
Dîtes-le haut et fort. Avec respect et tolérance . Dîtes-le haut et fort avec humour, satire, sérieux... Qu'importe, dîtes-le pourvu que votre voix soit entendue pour le bien de ce pays et pour que jamais votre conscience, face au fait accompli, ne vous dise: "vous auriez pu le dire..." haut et fort!
lundi 9 janvier 2017
Voici le premier appel d’extrême urgence d’un expatrié mauritanien au nouveau Centre des opérations d'urgence mauritanien.

samedi 5 novembre 2016
Lettre à monsieur l’ambassadeur de France en Mauritanie. Quelle déclaration inamicale ?
Comment osez-vous mettre en garde vos concitoyens français à propos du danger de circuler dans certains quartiers de Nouakchott ? Comment avez-vous pu oser engendrer la colère de notre gouvernement à propos d’un danger qui est loin de la dimension à laquelle vous pensez ?
Quelle que soit votre réponse, à l’attitude froissée du gouvernement mauritanien exprimée par un porte-parole, attractif des jets de sandales, nous croyons ferme que la mise en garde que vous avez adressée à vos compatriotes est très « inamicale ». Non pas inamicale pour la Mauritanie, loin de là, mais pour vos propres compatriotes que vous privez de venir circuler dans nos beaux quartiers, pavés aux grés, fleuris et odorants qui ne doivent rien à la Cité Florale du XIIIe arrondissement (comme vous le savez, entre la Place de Rungis et le Parc Montsouris.)
Vous voyez donc que, comme l’a si bien dit le porte-parole d’Ould Abdelaziz, vous avez pris un acte contraire à l’amitié qui doit lier nos deux pays. En ne pas laissant vos concitoyens se faire arnaquer, ni agresser, ni voler dans certains de nos quartiers, vous faîtes preuve d’un manque de solidarité avec la politique de développement de nos villes et cela ce n’est pas… diplomatique. Comment le policier véreux va mettre du beurre sur ses épinards (qui d’ailleurs sont inconnus en Mauritanie), comment le pauvre criminel lâché dans la nature par un régime incompétent, payera-t-il son loyer sinon en trucidant son bailleur et là, vous incitez vous-même au développement de la criminalité. Car sans vos compatriotes dans certains de nos quartiers quel avenir économique local sans euros subtilisés ?- Prendre des cours de twist pour savoir éviter les jets de seaux d’eau sale aux coins des rues ;
- Emprunter une côte de maille (de préférence au musée national des armures médiévales) pour flâner l’esprit tranquille dans certains quartiers ;
- Se faire tatouer tout le contenu de son passeport directement sur la peau pour faciliter à l’ambassade le rapatriement en cas de gentille subtilisation des documents personnels ;
- De se munir d’un panneau de STOP pour traverser les rues et si impossible à trouver, prendre des cours de saut de kangourou (s’exercer à sauter le plus haut possible. Les camions font aussi le taxi) ;
- Prendre des cours de zoologie animale pour pouvoir parler aux taximen et aux conducteurs de charrette (l’âne en est souvent le maître) ;
- Ne pas utiliser son téléphone portable en cas d’urgence. Un portable exposé expose à une autre urgence.
- Développer ses facultés olfactives, pour se guider dans les quartiers (l’air devient moins odorant à la périphérie et plus acre au centre).
- Apprendre à être patient pour retirer de l’argent. S’exercer à utiliser sa carte de crédit dans une bouche à incendie, les distributeurs locaux (DAB) réagissent moins vite.
- Ne prendre le taxi qu’en cas de catastrophe (exemple si Sarkozy revient au pouvoir) et vérifier la direction qu’il prend. Les taximen appliquent les théorèmes de Thales pour saler la facture. Autant dire qu’ils n’empruntent la ligne droite que pour les autochtones.
- Enfin, dans tous les cas si quelqu’un parle de la déclaration inamicale de « votre ambassadeur » sur certains quartiers de Nouakchott et que vous êtes dans l’un deux, dîtes : « combien ? »
jeudi 3 novembre 2016
Lettre à ceux qui veulent succéder à Aziz: sans poches pleines pas de place au pouvoir.
Tous ceux qui arrivent au pouvoir en Mauritanie, et qui veulent y rester
s’empressent de s’enrichir. Ce sont des voleurs mais des voleurs avertis. Ils
savent que nul ne peut accéder au pouvoir ni y rester sans avoir les poches
pleines. De ce point vu, ceux qui dirigent, à coups d’Etat, la Mauritanie
depuis 1978, ont tout compris : pour rester au pouvoir il faut en avoir
les moyens. Et il faut tant qu’on est au pouvoir, les accumuler.- - Aller aux élections sans argent est un ridicule ….électoral
- - Les notables et autres espèces argentées ne sont sensibles qu’à la monnaie fiduciaire.
- - L’idéal social, patriotique, national etc. équivaut, dans cette formule, à zéro (il annule la multiplication des efforts et neutralise leur addition)
- - Les militaires qui appuient le détenteur du pouvoir (actuel et futur) conçoivent leurs privilèges comme des barbelés : qui s’y frotte s’y pique. Seul des privilèges plus « privilégiant » les feront ramper sous les barbelés (exercice militaire fréquent depuis les coups d’Etat).
jeudi 13 octobre 2016
L'article 231 CPCCA: le cheval de Troie planté au cœur de la justice mauritanienne.
Il y a des textes qu'on lit avec une plume et d'autres qu'on lit
avec un thermomètre. L'article 231 du Code de procédure civile, commerciale et
administrative (CPCCA) mauritanien appartient à la seconde catégorie : il fait
monter la fièvre de tout investisseur qui a déjà vu une créance, un titre
foncier ou un jugement définitif s'évaporer sous ses yeux. Adopté par
ordonnance n° 2007-035 du 10 avril 2007, en pleine transition, sans débat
parlementaire, ce texte est un cheval de Troie juridique : il porte le nom
d'une institution respectable, le pourvoi dans l'intérêt de la loi et en détruit
méthodiquement l'âme.
Un pourvoi qui n'en est pas un
Commençons par l'essentiel :
l'article 231 n'est pas, au sens orthodoxe du terme, un pourvoi dans l'intérêt
de la loi. C'est un pourvoi en
annulation sur ordre de l'exécutif, transposé tel quel de l'article 620 du
Code de procédure pénale français une survivance du code d'instruction
criminelle de 1808, conçue pour protéger l'accusé, jamais pour encercler les
biens des justiciables. En France, ce mécanisme est cantonné au pénal, devant
la chambre criminelle, et sa vocation est de libérer, non de spolier. En
Mauritanie, on l'a déplacé aux matières civile, commerciale et administrative c'est-à-dire
aux contrats, aux créances, aux droits fonciers, à tout ce qui constitue le
patrimoine d'un investisseur.
La démonstration interne au
Code est accablante. L'article 230, qui précède immédiatement, reprend le
modèle orthodoxe avec une précision chirurgicale : saisine réservée au
procureur général, « dans le seul intérêt de la loi », et surtout cette clause
de neutralité qui change tout « si une cassation intervient, les parties ne
peuvent s'en prévaloir pour éluder les dispositions de la décision cassée ». Le
rédacteur de 2007 connaissait donc parfaitement la distinction. Il a
délibérément choisi de la bafouer.
Quatre vices, une seule conclusion
Quatre caractères trahissent
la nature profonde de l'article 231, et chacun est une bombe à retardement pour
la sécurité juridique.
D'abord, l'auteur de la saisine est un membre du
gouvernement : le ministre de la Justice « prescrit » au procureur général.
Ce n'est pas une invitation, c'est une instruction au sens hiérarchique.
Lorsque l'État est partie au litige, ce qui est le cas dans la quasi-totalité
des contentieux d'investissement, la partie perdante dispose ainsi d'un
levier de réouverture que l'investisseur n'a pas. C'est une asymétrie
procédurale irréversible, un conflit d'intérêts institutionnalisé.
Ensuite, les motifs sont ouverts : le «
notamment » précédant « erreur de droit, fausse application de la loi ou erreur
manifeste dans la qualification juridique des faits » prive l'énumération de
tout caractère limitatif. Pire, ces motifs recoupent presque mot pour mot les
ouvertures à cassation de l'article 204 violation de la loi, erreur
d'application ou d'interprétation, excès de pouvoir. L'article 231 fait donc
double emploi avec une voie que les justiciables, y compris l'État, possèdent
déjà. À quoi sert-il alors, sinon à contourner les délais, les formes et les
garanties de la voie ordinaire ?
Troisièmement, aucun délai n'est fixé. L'erreur de
droit peut susciter l'annulation indéfiniment dans le temps. Une décision
passée en force de chose jugée il y a dix ans peut être réouverte le lendemain sur instruction ministérielle. Il n'existe plus, dans ce système, de titre
définitif : il n'existe que des créances conditionnelles.
Enfin, les effets sont destructeurs : annulation valant « à l'égard de
tous » et renvoi des parties « en l'état de la procédure antérieure à l'acte
annulé ». Traduction : réouverture du procès, anéantissement des droits
définitivement constatés, destruction de la res judicata. Une créance exécutée,
un titre foncier immatriculé, un jugement devenu irrévocable : tout peut être
remis en cause rétrospectivement.
La contradiction interne au
Code est totale
Le plus troublant n'est pas
ce que l'article 231 dit, mais ce qu'il contredit. Le même Code, au même
moment, proclame à l'article 230 que la cassation dans l'intérêt de la loi ne
doit pas affecter les droits acquis entre les parties. Le même Code, à l'article
304, encadre strictement l'exequatur des jugements étrangers en exigeant
notamment l'absence de contrariété avec une décision mauritanienne. Comment
garantir la stabilité d'un jugement étranger exequaturé si le droit interne
admet que son pendant national soit perpétuellement révisable par l'exécutif ?
On ne peut pas, dans le même texte, proclamer le devoir d'exécuter les
décisions et conserver mécaniquement le pouvoir de les défaire.
Une bombe juridique contre
l'État hôte lui-même
L'article 231 n'est pas
seulement une anomalie interne : il est une bombe à retardement contre la
Mauritanie elle-même. Le pays est engagé dans plusieurs dizaines de traités
bilatéraux d'investissement et a déjà fait l'objet d'arbitrages CIRDI.
Trois standards inhérents à ces traités sont directement menacés :
·
Le
traitement juste et équitable : la jurisprudence arbitrale constante réprime la rupture des
légitimes attentes relatives à la stabilité des situations juridiques
constatées judiciairement. L'annulation ministérielle d'une décision passée en
force au profit de l'investisseur, lorsque l'État est partie, constitue un cas
d'école de manquement.
·
La sécurité
juridique effective : l'insécurité illimitée dans le temps, induite par l'absence de
délai et de motifs limitatifs, suffit à elle seule à caractériser un traitement
arbitraire.
·
L'expropriation
indirecte :
l'annulation erga omnes d'un titre foncier ou d'une créance définitive au
bénéfice d'un investisseur étranger, suivie d'une reprise du procès perdu par
l'État, produit les effets substantiels d'une dépossession sans indemnité.
Abroger, ou
ne rien dire
La conclusion s'impose avec
une netteté rare, à la fois juridique et économique : l'article 231, dans sa forme actuelle, est indéfendable. Il
contredit l'article 230 du même Code.
Trois issues sont possibles,
par ordre décroissant de sécurité :
1. L'abrogation pure et simple. La matrice de l'article 620
CPP français, dont il est issu, n'a jamais eu vocation à sortir du pénal. La
transposer au civil était une erreur de catégorie.
2. L'alignement sur l'article 230 : saisine du procureur
général seule, motifs limitativement énumérés, délai court (six mois à compter
du caractère définitif), et surtout clause de sauvegarde des droits
définitivement acquis : la cassation ne redresserait que le droit pour l'avenir.
3. Le déclenchement du contrôle de
constitutionnalité pour incompatibilité avec l'indépendance judiciaire, l'égalité
des justiciables, le procès équitable et la sécurité juridique voie
explicitement appelée de ses vœux par la doctrine mauritanienne.
Le moment est venu de choisir : soit la parole donnée aux investisseurs compte, soit elle ne compte pas. S'il y a une réforme à faire en priorité absolue pour restaurer la confiance dans la justice mauritanienne, c'est celle-là. Abroger l'article 231, ou le réécrire dans le sens de l'article 230, n'est pas une option parmi d'autres : c'est le test de sincérité de toute la politique d'attractivité du pays.
Pr ELY Mustapha

