samedi 24 janvier 2026

Analyse critique et vérification factuelle du discours du Premier ministre mauritanien M. El Moctar Ould Djay, devant l'Assemblée nationale. 2026. Par Pr ELY Mustapha

 Le discours du Premier ministre mauritanien devant l'Assemblée nationale présente le bilan de l'action gouvernementale pour 2025 et les perspectives pour 2026. 

Le contexte est marqué par le démarrage effectif (bien que retardé) de l'exportation du gaz (projet GTA), une transition énergétique et des promesses sociales fortes ("Taahoudaty"). Le Premier ministre tente de dresser un tableau de résilience économique exceptionnelle et de "révolution" infrastructurelle. Notre analyse confronte ces affirmations aux données macroéconomiques et sectorielles disponibles auprès des institutions internationales (FMI, Banque Mondiale, BAD) pour la période concernée.

Le discours revendique une croissance annuelle moyenne dépassant continuellement le seuil de 5,5 % sur la période 2022-2026. Cette affirmation est contredite par les données réelles qui montrent une volatilité importante, avec un ralentissement marqué en 2023 (entre 3,4 % et 4,8 %) et des projections pour 2025 autour de 4,0 %. La présentation d'une croissance ininterrompue au-dessus de ce seuil relève donc d'une exagération manifeste.

Concernant l'endettement, le gouvernement annonce un ratio dette publique/PIB de 43,3 % pour l'année 2026. Ce chiffre est jugé crédible et même prudent, car il est légèrement supérieur aux projections des institutions financières internationales, qui anticipent un ratio de 41,2 %. Cette estimation gouvernementale conservatrice renforce la fiabilité des prévisions sur ce point spécifique.

L'affirmation selon laquelle le taux d'inflation est maintenu « autour de 2 % » est considérée comme trompeuse. Elle passe sous silence le pic inflationniste de 9,6 % subi en 2022 et ne reflète pas la réalité des années 2024 et 2025, où les taux oscillent davantage entre 2,5 % et 3,5 %. Cette formulation minimise l'érosion cumulée du pouvoir d'achat des ménages sur la période.

Les chiffres avancés pour le secteur minier, avec une production de la SNIM de 14,7 millions de tonnes en 2025 et un objectif de 15,5 millions pour 2026, sont évalués comme plausibles. Ils s'inscrivent dans la tendance haussière observée (environ 14,2 Mt en 2024) et sont corroborés par la stratégie de développement de l'entreprise.

L'annonce de l'allocation de 26 % du budget de l'État aux programmes sociaux, chiffrée à 340 milliards d'anciennes ouguiyas, est vérifiée. Si l'ordre de grandeur est correct (représentant environ 28-30 % du budget total en nouvelle monnaie), l'utilisation des montants en ancienne devise vise clairement à gonfler l'impact psychologique de l'annonce auprès du public.

Enfin, l'annonce du démarrage de la production gazière du projet GTA et de l'achèvement du pipeline est vérifiée. Le calendrier présenté concorde avec les informations des opérateurs du projet, qui ont confirmé l'arrivée du premier gaz et les premiers chargements de GNL au début de l'année 2025, validant ainsi la réalisation de cette étape clé après des années de retard.

 
L'analyse révèle une stratégie de communication basée sur la sélection avantageuse (fort connu du cherry-picking) et la réécriture de l'histoire récente.

L'affirmation centrale selon laquelle la Mauritanie a connu "5 années continues de croissance supérieure à 5,5% (2022-2026)" est contredite par toutes les institutions majeures.
En 2023, la croissance a ralenti à 3,4% (BAD) ou 4,8% (FMI) en raison de contre-performances du secteur extractif et de la baisse des investissements publics.
Le Premier ministre tente de créer un narratif de "décollage économique ininterrompu" pour valider la politique du Président Ghazouani. Reconnaître le ralentissement de 2023 fragiliserait ce récit de succès linéaire.
En affirmant maintenir l'inflation "autour de 2%", le gouvernement projette une image de stabilité des prix qui ne reflète pas le ressenti des ménages.

L'inflation cumulée sur la période 2022-2025 est significative (9,6% en 2022 seule). Si l'inflation annuelle 2026 vise 2%, le niveau général des prix reste élevé par rapport à 2019.
Utilisation d'un taux cible futur pour masquer la volatilité passée.

Le discours utilise systématiquement l'ancienne ouguiya (MRO) pour les annonces sociales ("340 milliards"), alors que le pays est depuis longtemps passé à la nouvelle ouguiya (MRU) .

Annoncer "340 milliards" sonne politiquement beaucoup plus fort que "34 milliards", bien que la valeur soit identique. C'est une technique populiste classique en période pré-électorale ou de bilan.

Le discours repose sur une structure logique de légitimation par l'infrastructure et la sécurité, tout en utilisant des sophismes pour masquer les faiblesses sociales.

Le Premier ministre énumère une liste exhaustive de projets (routes, ponts, centrales) avec un niveau de détail granulaire (kilomètres exacts, noms de villages).

Cette "avalanche de preuves" vise à saturer l'auditoire et à rendre la critique difficile sur le fond. L'achèvement du projet gazier GTA (finalement arrivé en 2025 après 3 ans de retard) est présenté comme un succès de gestion, occultant les coûts d'opportunité des retards.

Le discours lie explicitement la stabilité politique à la performance économique : "Qui, parmi nous, n’apprécie pas chaque jour les bienfaits de la sécurité... dans un contexte régional... chaotique ?" .

Il sous-entend que toute critique virulente de l'action gouvernementale pourrait mettre en péril cette stabilité, utilisant la peur du chaos régional (Sahel) pour discipliner l'opposition intérieure.

Le discours promet 15 000 emplois .
Avec une population jeune et un taux de chômage des jeunes estimé à 24% en 2023, 15 000 emplois représentent une goutte d'eau face aux dizaines de milliers d'entrants sur le marché du travail chaque année. Le ratio "moyens mis en œuvre / impact réel sur le chômage" reste le point faible non adressé du discours.

Le discours du Premier ministre El Moctar Ould Djay est un exercice de comptabilité politique optimiste. Si les données sur la dette et les projets gaziers (GTA) sont globalement corroborées par les sources internationales (FMI, BP), l'affirmation centrale d'une croissance ininterrompue et supérieure à 5,5% depuis 2022 est factuellement fausse. Le gouvernement s'attribue les mérites d'une conjoncture favorable (démarrage du gaz) tout en masquant les creux de croissance (2023) et l'impact de l'inflation passée (2022).

 
Comparaison des deux discours du Premier ministre (2025 et 2026)

Qu'en est-il alors si pour plus de crédibilité  on faisait l' analyse comparative des deux discours du Premier ministre, celui de 2025 (faisant le bilan de l'année 2024) et celui de 2026 (faisant celui de 2025) ?

Cette mise en perspective des deux discours du Premier ministre (2025 et 2026). révèle plusieurs glissements de calendrier et ajustements d'objectifs entre les promesses faites en janvier 2025 et le bilan présenté en janvier 2026.

L'analyse conjointe du discours de janvier 2025 (fixant les perspectives pour 2025) et de celui de janvier 2026 (présentant le bilan 2025) permet de mesurer l'écart entre le planifié et le réalisé. Si certains objectifs macroéconomiques et industriels (notamment la SNIM) sont atteints avec une précision remarquable, le volet des infrastructures routières et sanitaires souffre de reports systématiques d'une année sur l'autre, souvent présentés de manière implicite dans le discours de 2026.


Contradictions et Réalisations

Dans le domaine des transports, le discours de janvier 2025 affirmait catégoriquement que les travaux des deux tronçons de la route Néma - Nbeyket Lahouache seraient achevés avant la fin de l'année 2025. Cependant, le bilan dressé en janvier 2026 réinscrit ce même projet dans la liste des réalisations dont la réception est prévue pour la fin de l'année 2026. Cela met en évidence un glissement d'une année complète sur le calendrier initial, sans que ce report ne soit explicitement justifié dans le nouveau discours.

Concernant les infrastructures de santé, le gouvernement s'était engagé en 2025 à achever, équiper et mettre en service l'hôpital d'Aïoun au cours de l'année. Le discours de 2026 reconnaît implicitement que cet objectif n'a pas été pleinement atteint dans les temps, mentionnant la finalisation des travaux tout en admettant un retard par rapport aux délais contractuels. L'hôpital n'était donc toujours pas pleinement opérationnel au début de 2026 comme promis.

À l'opposé des infrastructures publiques, le secteur minier démontre une grande précision dans ses prévisions. L'objectif fixé pour la SNIM dans le discours de 2025 était d'atteindre une production de 14,7 millions de tonnes. Le bilan de 2026 confirme que ce chiffre exact a été atteint, ce qui souligne une forte crédibilité des projections industrielles et commerciales de l'entreprise d'État, contrairement aux aléas des chantiers sociaux.

Le secteur de l'artisanat a également subi des contretemps. La mise en service du Village artisanal de Nouakchott, présentée comme une perspective pour 2025, n'a pas été réalisée dans les délais impartis. Le discours de 2026 évoque sa mise en service mais précise qu'elle intervient après le retard enregistré par ce projet majeur, confirmant ainsi le non-respect de l'échéance initiale.

Sur le plan énergétique, le discours de 2025 se montrait très précis, annonçant la première livraison de gaz naturel liquéfié pour le mois de février 2025. En comparaison, le discours de 2026 reste plus flou sur l'exploitation commerciale immédiate, se concentrant davantage sur l'achèvement des infrastructures et la révision des conditions de financement de la première phase, ce qui suggère que la promesse d'une livraison effective en février 2025 a probablement rencontré des obstacles.
 

Enfin, une contradiction notable apparaît dans la présentation de la croissance économique. Alors que le discours de 2025 prévoyait un taux de 5 % pour l'année 2024, le discours de 2026 affirme rétrospectivement que la croissance annuelle moyenne a dépassé le seuil de 5,5 % de manière continue sur la période 2022-2026. Cette affirmation de 2026 semble lisser la réalité des fluctuations économiques pour construire un récit de performance ininterrompue qui ne correspond pas aux données annuelles précédemment communiquées.

Le discours de 2026 utilise une technique rhétorique consistant à réinscrire comme "perspectives" des projets qui étaient présentés comme des "certitudes" l'année précédente.

Cas de la route Néma-Nbeyket Lahwach : En 2025, elle est listée catégoriquement dans les projets "qui seront achevés avant la fin de l'année" . En 2026, elle réapparaît discrètement dans la liste des réceptions prévues pour 2026 . Ce report d'un an n'est pas justifié par un cas de force majeure dans le texte.
Cas de l'Institut Supérieur de Rosso (ISET) : Promis à l'achèvement et mise en service pour 2025 , le discours 2026 annonce devoir "Achever les travaux... après le retard enregistré" .

Une distinction nette apparaît entre les projets industriels/commerciaux et les projets sociaux.

Les objectifs de production de la SNIM (14,7 Mt) ont été atteints au chiffre près .
À l'inverse, les programmes sociaux comme les infrastructures de jeunesse (stades, maisons des jeunes) subissent des reports. Par exemple, le stade de Sebkha et les salles de Kiffa/Kaédi, dont le lancement des travaux était annoncé pour 2025 , sont à nouveau cités comme "lancement des travaux" ou études en 2026 .

Le discours de 2025 sur le Gazier était très précis : "première livraison... en février prochain (2025)" . Le discours de 2026 devient plus technique et moins triomphaliste sur l'exportation immédiate, mettant l'accent sur "l'achèvement des travaux du pipeline" et des négociations financières complexes ("révision des conditions de financement" ). Cela indique que l'année 2025 a probablement été marquée par des défis techniques ou financiers non anticipés dans le discours précédent.

 En définitive, la comparaison des deux discours démontre une tendance du gouvernement à surestimer sa capacité d'exécution annuelle sur les infrastructures publiques (routes, hôpitaux, universités), entraînant un report systématique d'environ 12 mois pour de nombreux projets structurants. En revanche, les prévisions macro-budgétaires et la production minière (SNIM) font preuve d'une grande fiabilité. Le discours de 2026 tente de masquer ces glissements en intégrant les projets en retard dans les nouvelles "perspectives", diluant ainsi la non-réalisation des engagements de 2025.

Une gouvernance à deux vitesses. 

En somme, l'analyse croisée des discours du Premier ministre et des réalités factuelles met en lumière une gouvernance à deux vitesses. 

D'un côté, les secteurs extractifs et industriels, tels que la SNIM et le projet gazier GTA, démontrent une fiabilité prévisionnelle et une robustesse rassurantes pour les partenaires économiques. De l'autre, le volet social et les infrastructures publiques souffrent d'un déficit chronique d'exécution, caractérisé par des reports systématiques d'une année sur l'autre et une tendance à "recycler" les promesses non tenues en nouvelles perspectives.

Si la gestion prudente de la dette est à saluer , la stratégie de communication consistant à lisser artificiellement les indicateurs de croissance et à masquer l'inflation passée fragilise la crédibilité du récit gouvernemental. 

Le véritable défi pour l'exécutif ne réside plus dans l'annonce de plans ambitieux, mais dans sa capacité à briser ce cycle de glissements calendaires pour transformer les ressources gazières et minières en améliorations tangibles et immédiates pour le quotidien des citoyens mauritaniens.

Pr ELY Mustapha




vendredi 23 janvier 2026

Depuis Davos : Les Européens regrettent d’avoir découvert l’Amérique. Par Pr ELY Mustapha


Cette année à Davos, le mot d’ordre n’était ni « croissance verte », ni « résilience numérique ». Non, l’expression la plus prononcée entre deux coupes de champagne sans bulles et trois regards crispés sur l’indice Nasdaq fut : « On aurait mieux fait de ne jamais traverser l’Atlantique. »

Dans les couloirs, un commissaire européen, manteau intelligent et conscience propre, résumait la situation :

« On a exporté la Renaissance, et ils nous ont renvoyé TikTok et Donald Trump. »

Le bilan historique, dressé à la suissesse - précis, discret et hors de prix - fut cruel. Cinq siècles après Christophe Colomb, l’esprit européen nage dans le regret : l’Amérique aurait dû rester un concept géographique, pas un modèle économique.

Pendant que les délégations discutent du futur de la démocratie libérale, un ministre portugais, nostalgique des caravelles, murmure en aparté (com vinho tinto, évidemment) :

« Se soubéssemos o que vinha aí, tínhamos virado para o sul e descoberto o Brasil mais cedo. Aí pelo menos tínhamos carnaval! » (Ce qui signifie pour ceux qui ne jouent pas des maracas : "« Si nous avions su ce qui allait arriver, nous aurions mis le cap vers le sud et découvert le Brésil plus tôt. Au moins, nous aurions eu le carnaval ! »)

Les Français, toujours prompts à dégainer des aphorismes, évoquent « le Grand Remord ». Les Allemands, eux, proposent un Green Plan pour “replanter des principes là-bas”. Et les Italiens, pragmatiques, suggèrent simplement de racheter la Californie en cryptomonnaie, « vu que tout est à vendre ».

Mais la palme du réalisme revient à un jeune économiste espagnol, ironique et goguenard :

« En fin de compte, si on regrette, c’est peut-être parce qu’on a découvert l’Amérique deux fois : une fois avec Colomb… et une autre avec Netflix. »

Au dernier jour du Forum, un vieux banquier suisse, caressant son gilet en cachemire, conclut avec un sourire :

« Et dire que tout ça a commencé par un malentendu. Ils cherchaient les Indes. Aujourd’hui, c’est nous qui les cherchons encore. »

Epílogo à la portugaise : C'est la faute à Christophe.

Le soir venu, dans les bars de Davos, les rires ont refait surface - nerveux, glacés, sincères peut-être. Entre deux gorgées de vin chauffé, un vieux fonctionnaire européen a conclu en regardant la montagne :

« Décidément, on n’aurait jamais dû envoyer Christophe Colomb. On aurait dû envoyer Spinoza. Au moins, il aurait réfléchi avant d’y aller. »

Le ministre portugais, toujours présent, a souri, le regard dans le vide :

« América, meu amor, foste a nossa maior descoberta… e o nosso maior equívoco. »

Et au loin, dans la nuit glaciale, un écho ironique sembla répondre, un écho avec une touffe orange du côté de Mar-a-Lago , porté par le vent :

« Thanks, Europe. Here the West Indies, LOL. We’ll send you the invoice. »

Pr ELY Mustapha

 


jeudi 22 janvier 2026

Trump à Davos: " La Mauritanie est un petit pays, la Suisse aussi". Par Pr ELY Mustapha

 

Lieu : Une suite privée à l'hôtel Belvédère,Janvier 2026. Davos. Dehors, il neige. Dedans, Donald Trump boit un Coca Light, entouré de graphiques boursiers. Le journaliste tente de garder le cap…

 

Le Journaliste : Monsieur le Président, merci de me recevoir. Tout le monde à Davos parle de votre discours sur le protectionnisme américain. Mais vous, vous semblez obsédé par une carte de l'Afrique de l'Ouest posée sur votre bureau. Pourquoi la Mauritanie, et pourquoi maintenant ?

Donald Trump : Regardez par la fenêtre. De la neige, des banquiers ennuyeux, et du chocolat hors de prix. La Suisse, c’est fini. C’est un musée. J'ai dit à Klaus Schwab ce matin : "Klaus, ton pays est minuscule". Il n'a pas aimé. Mais regardez cette carte. La Mauritanie. C'est énorme. C'est deux fois la France, mais sans les grèves et sans les impôts socialistes. C’est un terrain de jeu immobilier et énergétique vierge. La Suisse gère la richesse des autres ; la Mauritanie est assise sur sa propre richesse. Et croyez-moi, personne ne connaît l'immobilier comme moi. C’est un "asset play" (jeu d'actifs) de classe mondiale.

Le Journaliste : C'est une comparaison audacieuse. Mais parlons technique. Le FMI s'inquiète de la dette mauritanienne. Le projet gazier GTA (Grand Tortue Ahmeyim) a connu des retards techniques majeurs, l'inflation des coûts (CAPEX) a explosé. N'est-ce pas un investissement risqué pour l'Amérique ?

Donald Trump : Le FMI ? Des gens très désagréables. Ils ne comprennent pas le "leverage" (effet de levier). Vous parlez de dette, je parle d'investissement. GTA est retardé, oui, parce que BP est devenu trop "woke". Ils s'inquiètent trop des poissons et pas assez des tuyaux.

Mais voici la réalité technique,  c’est du FLNG (Floating Liquefied Natural Gas). Des usines flottantes. C'est une technologie magnifique. Quand le gaz sortira - et il va sortir, croyez-moi, j'ai mis la pression sur les PDG -, la Mauritanie ne sera plus un pays pauvre. Elle aura un cash-flow en dollars US. Le ratio dette/PIB ? On s'en fiche quand vous avez des réserves prouvées de 15 TCF (trillions de pieds cubes) de gaz. C'est du collatéral pur. Je dirais aux Mauritaniens : "Ne payez pas le FMI, payez-nous en gaz". C'est le deal.

Le Journaliste : Vous abordez là un point crucial : la monnaie. La Mauritanie a sa propre monnaie, l'Ouguiya. Elle n'est pas dans la zone CFA. Est-ce un atout ou une faiblesse pour attirer les capitaux américains ?

Donald Trump : J'adore ça. Ils ont leur propre monnaie. Ils contrôlent leur Banque Centrale. Ils ne dépendent pas d'une banque à Paris ou à Francfort. C'est très "America First" dans l'esprit. L'Ouguiya... nom difficile à prononcer, très difficile, mais j'aime l'idée.

Cependant, pour faire du business avec moi, il faut parler Dollar. Le roi Dollar. Je ne veux pas être payé en Ouguiya. Ce que je propose au Président Ghazouani - un type très bien, très fort, un général, j'aime les généraux -, c'est une "dollarisation" de leurs exportations d'énergie. Ils vendent le gaz en dollars, ils achètent nos équipements miniers Caterpillar et nos avions Boeing en dollars. Le cycle est bouclé. Pas d'Euros. L'Euro est une monnaie fatiguée.

Le Journaliste : Parlons du voisinage. Le Sahel est une zone de "non-droit" financier et sécuritaire. Le Mali et le Niger ont chassé la France et l'Occident pour se jeter dans les bras de la Russie. La Mauritanie est entourée par le chaos. Le risque pays (Country Risk) n'est-il pas prohibitif pour Wall Street ?

Donald Trump : C'est là que vous vous trompez. Le chaos crée des opportunités. Si tout était sûr, les rendements seraient faibles, comme vos obligations suisses à 1%. La Mauritanie est le dernier bastion. C'est le mur. J'ai construit un mur au Mexique, je sais de quoi je parle. La Mauritanie est le mur entre l'Atlantique et les terroristes du Sahel.

La Russie ? Poutine ? Je le connais bien. Il veut l'Afrique. Mais il ne peut pas offrir ce que j'offre. Wagner offre des mercenaires. Moi, j'offre la prospérité. J'ai dit à Nouakchott : "Si vous restez avec l'Oncle Sam, je m'assurerai que personne ne touche à votre frontière". Pas besoin de soldats américains au sol, juste notre technologie de surveillance satellite et nos drones. En échange ? Priorité aux entreprises américaines sur l'uranium et l'or. Les Chinois sont là-bas, à creuser partout. Je n'aime pas ça. Ils construisent des ports moches. Nous allons les virer, mais poliment. Économiquement.

Le Journaliste : Vous avez mentionné l'or. La mine de Tasiast est énorme. Mais la Mauritanie parie aussi sur l'hydrogène vert. Des projets à 40 milliards de dollars pour de l'ammoniac vert. C'est l'avenir de la transition énergétique...

Donald Trump : (Il lève les yeux au ciel et soupire bruyamment). L'hydrogène vert... Encore une fantaisie pour faire plaisir aux écolos de Davos. Vous savez combien d'énergie il faut pour faire ça ? C'est ridicule. Mais... attendez. J'ai vu les photos du désert mauritanien. Il y a du vent. Beaucoup de vent. Et du soleil qui tape dur.

Si les Européens veulent jeter leur argent par les fenêtres pour acheter de l'hydrogène mauritanien à prix d'or, je dis "Bravo la Mauritanie". Prenez leur argent ! C'est le business. Mais moi, ce qui m'intéresse, c'est le fer. La SNIM (Société Nationale Industrielle et Minière). Ils ont des trains... vous avez vu ce train ? Le plus long du monde. J'adore les trains. J'en ferai un encore plus grand, plus beau. Un train Trump pour transporter le minerai de fer directement vers des aciéries que je ferai rouvrir en Pennsylvanie. L'acier mauritanien pour construire des gratte-ciels américains. C'est ça la vision. Pas des moulins à vent.

Le Journaliste :  Monsieur le Président. Vous semblez voir la Mauritanie comme une entreprise. Si vous deviez lui donner un conseil de "CEO à CEO", quel serait-il ?

Donald Trump : C'est simple. "Location, location, location" (L'emplacement, l'emplacement, l'emplacement). Ils sont en face de la Floride, de l'autre côté de l'étang.

Mon conseil : Oubliez l'aide au développement. C'est pour les perdants. Devenez le hub logistique de l'Atlantique Sud. Et aussi... j'ai vu la côte près de Nouadhibou. Il y a du sable magnifique. Le meilleur sable. Pourquoi n'y a-t-il pas un Trump International Golf Links là-bas ? Avec vue sur l'océan ?

Sérieusement, la Mauritanie doit choisir. Être la petite Suisse de l'Afrique - riche, neutre et ennuyeuse (mais en sécurité) - ou devenir le Venezuela - riche, socialiste et ruiné. Avec moi, ils seront la Suisse, mais avec plus de pétrole et de meilleurs terrains de golf. C'est le "Trump Guarantee".

Le Journaliste : Monsieur le Président, permettez-moi de relever une ironie savoureuse, presque comique. Lors de sa visite à la Maison Blanche, le Président mauritanien Ghazouani a fait preuve de modestie en qualifiant la Mauritanie de "petit pays" face à la puissance américaine.

Hier, ici même à Davos, vous aviez dit que le Président de la Confédération Suisse vous a dit au téléphone exactement la même chose : "Nous sommes un petit pays". Mais lui, c'était pour vous supplier de ne pas imposer vos fameux droits de douane de 39 % sur l'horlogerie de luxe.

Est-ce que "Je suis un petit pays" est devenu le nouveau mot de passe pour entrer dans le bureau ovale ? "Bienvenue au club", en quelque sorte ?

Donald Trump : (Il éclate de rire, un rire court et sec). C'est drôle que vous disiez ça. "Le Club des Petits Pays". J'aime bien le titre. Mais attention, c'est du "Fake News". Ce n'est pas le même club. Pas du tout. C'est deux salles, deux ambiances.

Regardez le Suisse. Il arrive, il tremble. Il porte une montre à 50 000 dollars, mais il pleure pour une taxe. Il me dit : "Donald, s'il vous plaît, nous sommes petits, ne nous tuez pas avec 39 %".

Pourquoi 39 % ? C'est un chiffre magnifique. Pas 40, ça fait rond. Pas 38, ça fait faible. 39 %, ça fait peur. C'est psychologique.

Le Suisse utilise l'argument du "petit pays" comme un bouclier. C'est de la défensive. Ils veulent protéger leurs marges bénéficiaires sur des produits inutiles. Des montres ? J'ai l'heure sur mon téléphone. Qui a besoin d'une montre suisse aujourd'hui ? Personne. C'est un marché de vanité. S'ils sont petits, c'est leur problème. S'ils veulent éviter la taxe, ils doivent acheter nos avions de chasse F-35, pas les Rafale français. C'est ça, la transaction.

Le Journaliste : Et pour la Mauritanie ? Le Président Ghazouani a utilisé les mêmes mots...

Donald Trump : Mais avec une intention totalement différente ! C'est là que vous devez être un expert en "Body Language", ce que je suis. Personne ne lit les gens mieux que moi.

Quand le Général Ghazouani me dit "Nous sommes un petit pays", c'est de la fausse modestie. C'est une tactique de négociation intelligente. Il sait qu'il est assis sur une mine d'or - littéralement.

En disant "Je suis petit", il me dit en réalité : "Donald, je suis une Small Cap (société à petite capitalisation) avec un potentiel de croissance de 1000 %. Achetez mes actions maintenant avant qu'elles n'explosent".

La Suisse est une "Blue Chip" mature et ennuyeuse qui essaie de ne pas perdre de parts de marché. La Mauritanie est une start-up agressive qui cherche du Venture Capital.

Le Journaliste : Donc, si je comprends bien votre "Trump Economics", être un "petit pays" pour la Suisse, c'est un aveu de faiblesse face à vos tarifs douaniers punitifs. Mais pour la Mauritanie, c'est un argument de vente pour attirer l'investissement direct étranger (IDE) ?

Donald Trump : Exactement ! Vous commencez à comprendre, c'est bien.

Le Président suisse a peur de mes tarifs parce qu'il n'a rien d'autre à vendre que du luxe et du chocolat. Si je taxe les Rolex, Genève fait faillite. C'est un "Levier Négatif".

La Mauritanie ? Je ne peux pas mettre de tarifs sur ce qu'ils ont. Vous croyez que je vais taxer le gaz naturel dont le monde a désespérément besoin ? Vous croyez que je vais mettre des droits de douane sur l'or ou le poisson ? Jamais. Ce sont des commodités stratégiques. La demande est inélastique.

Donc Ghazouani est en position de force, même s'il prétend être petit. Il a un "Levier Positif". Il vient me voir et me dit : "Aidez-moi à développer ça". Le Suisse vient me voir et me dit : "Ne me faites pas mal".

C'est toute la différence entre un partenaire et une victime. Et je préfère les partenaires. Surtout quand ils ont des uniformes militaires. Ça montre qu'ils sont sérieux.

Le Journaliste : C'est une vision fascinante. Le "petit pays" riche en ressources est donc plus puissant que le "petit pays" riche en capitaux ? C'est une revanche du Sud Global sur le Nord ?

Donald Trump : N'utilisez pas ces mots "Sud Global", c'est du vocabulaire de perdants des Nations Unies.

Parlons de Real Assets (Actifs Réels) contre Paper Assets (Actifs Papier). La Suisse, c'est du papier. La Mauritanie, c'est du réel. En temps de paix, le papier gagne. Mais regardez le monde! L'Ukraine, Gaza, la Mer Rouge... Nous sommes en économie de guerre. En économie de guerre, le papier brûle, mais le gaz chauffe et l'acier protège.

Donc oui, bienvenue au "Club des Petits Pays". Mais dans ce club, la Mauritanie est assise à la table VIP avec l'Arabie Saoudite et le Texas, tandis que la Suisse sert les cocktails et espère que je ne renverse pas la table.

D'ailleurs, dites, en passant, au Président suisse que s'il veut baisser le tarif à 10 %, il devrait peut-être investir dans ce projet gazier mauritanien avec nous. On appelle ça de la "synergie". Je devrais faire payer des royalties pour des idées aussi géniales.

Le Journaliste : Monsieur Trump, avant de nous quitter, redescendons sur terre. Vos analyses macro-économiques sont fascinantes pour les banquiers de Davos, mais parlons du quotidien. Aujourd'hui, à Nouakchott, les files d'attente s'allongent devant les stations-service. Il y a des pénuries de carburant récurrentes.

C'est le paradoxe ultime : un pays qui s'apprête à inonder le monde de gaz, mais dont les citoyens ne peuvent pas faire le plein de leur taxi. Qu'avez-vous à dire au chauffeur de taxi mauritanien coincé dans une file d'attente sous 40 degrés ?

Donald Trump : (Il devient soudainement très sérieux, se penche en avant). C'est ce que j'appelle "l'Incompétence Logistique". C'est improductif. Vous marchez sur des milliards de dollars de gaz, mais votre voiture est à sec ? C'est comme mourir de soif au milieu de..de l'océan.

C'est là que "l'Effet Groenland" entre en jeu. Vous vous souvenez quand j'ai voulu acheter le Groenland ? Les médias "Fake News" ont ri. Le Danemark a été très impoli, très méchant ("nasty"). Ils ont dit : "Ce n'est pas à vendre".

Mais pourquoi je voulais le Groenland ? Pas pour la glace. Je déteste le froid. Je le voulais pour l'énergie et les minéraux stratégiques.

Voici ma promesse : Si j'avais acheté le Groenland, je vous garantis qu'aujourd'hui, chaque habitant de Nuuk (oui,  oui,  c'est le f... name de cette capitale de ce morceau de glace, qui est l'Iceland....ou le Gorenland...qu'importe.) aurait le chauffage gratuit et de l'essence à 10 cents le gallon. Pourquoi ? Parce que quand l'Amérique gère l'exploitation, nous ne faisons pas que creuser. Nous créons la "Verticalité".

Le Journaliste : La verticalité ? Vous voulez dire le raffinage sur place ?

Donald Trump : Exactement ! Le problème de la Mauritanie, c'est qu'ils ont le "Upstream" (l'extraction), mais ils ont laissé le "Downstream" (le raffinage et la distribution) à des amateurs ou à des traders européens qui se sucrent au passage.

Mon message aux Mauritaniens est le suivant : Ne laissez pas les bureaucrates gérer vos pompes à essence. Regardez le Groenland : ils sont toujours pauvres et dépendants du Danemark. Ils ont raté le train Trump. Ne ratez pas le vôtre.

Si je suis aux commandes, voici ce qui va se passer. Je n'envoie pas seulement des foreurs de BP. J'envoie des ingénieurs pour construire des raffineries modulaires américaines sur la côte mauritanienne.

L'Effet Groenland, c'est ça : Quand c'est "US Operated", il n'y a pas de pénurie. Jamais.

Le Journaliste : Donc, votre solution à la pénurie, c'est une sorte de mise sous tutelle énergétique ?

Donald Trump : Pas une tutelle. Un partenariat agressif.

Écoutez, j'adore les voitures. J'aime les grosses voitures. Les Mauritaniens devraient conduire des Cadillac Escalade, pas des petites Toyota fatiguées. Mais pour ça, il faut du carburant.

Si le Groenland était américain aujourd'hui, ce serait le Dubaï de l'Arctique.

La Mauritanie peut être le Dubaï de l'Atlantique. Mais pour ça, il faut arrêter d'envoyer tout le gaz en Europe pour sauver les Allemands qui ont fermé leurs centrales nucléaires.

Gardez une part pour vous ! C'est le principe "America First", appliqué à la Mauritanie : "Mauritania First".

Dites à votre Président : Donnez les clés du sous-sol à Trump Energy, et je vous promets que dans deux ans, l'essence coulera tellement à flots que vous pourrez remplir vos piscines avec. Plus de files d'attente. Juste de la puissance. C'est ça, l'avenir. Et c'est beaucoup mieux que d'être une "petite Suisse".

 

Ps : Interview fictive, fictivement menée.

 

Pr ELY Mustapha

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Poésie de la douleur.