jeudi 16 avril 2026

Mauritanie : Le Bébé Subversif . Pr ELY Mustapha

 Il faut un certain talent, appelons-le génie de l'absurde, pour annoncer un dialogue national apaisé tout en envoyant simultanément des agents de sécurité cueillir des femmes enceintes et leurs bébés. La Mauritanie, terre de contrastes, vient de battre un record que personne n'avait songé à inscrire au Guinness : le plus jeune prisonnier politique de son histoire a trois mois. Trois mois. Il ne marche pas encore. Il ne parle pas encore. Mais visiblement, il représente une menace suffisante pour l'ordre public.

Petit Biram, car c'est ainsi qu'on l'appelle, n'a sans doute pas encore une opinion tranchée sur l'esclavage, la justice sociale, ou la réforme constitutionnelle. Pourtant, le voilà derrière les barreaux, ou plutôt dans les bras de sa mère derrière les barreaux, ce qui revient au même côté statistiques carcérales. On imagine la fiche de police : "Suspect : sexe masculin, trois mois, sans emploi, mobile inconnu, dangereux par association." Beau palmarès pour un régime qui se targue d'avancer vers la modernité.

La politique  mauritanienne  maîtrise un art rare : la schizophrénie institutionnelle à ciel ouvert. D'un côté, les communiqués officiels ronronnent de bonnes intentions, dialogue, concertation, ouverture. De l'autre, les fourgons cellulaires tournent. On dialogue avec la bouche, on réprime avec les bras, et on espère que personne ne regarde les deux en même temps. C'est la politique de Schrödinger : le prisonnier est à la fois libre dans le discours et enchaîné dans la réalité.

Le prétexte de cette vague d'arrestations ? Des militantes ont eu l'audace de demander justice pour Noura, 11 ans, victime d'esclavage. Onze ans. En 2026. Dans un pays qui a officiellement aboli l'esclavage en… 1981. Puis en 2007. Puis encore une fois, avec des peines renforcées, en 2015. L'esclavage a été aboli tellement de fois en Mauritanie qu'on commence à se demander si ces abolitions répétées ne constituent pas elles-mêmes une forme de recyclage.

Cinq femmes en détention à ce jour. Deux d'entre elles sont députées à l'Assemblée nationale, Mariem Mint Cheikh et Ghamou Achour Salem, ce qui signifie que le gouvernement a jugé utile d'arrêter ses propres parlementaires. On appelle ça de la rationalisation institutionnelle, ou peut-être simplement de la panique.

Arrêter des élues de la nation, c'est techniquement un affront à la représentation populaire, à la séparation des pouvoirs, et à quelques dizaines de conventions internationales que la Mauritanie a probablement signées lors d'une conférence où le buffet était bon. Mais les détails juridiques, c'est pour les naïfs qui croient encore que les constitutions servent à quelque chose.

Petit Biram et le Poids de l'Histoire

L'histoire retiendra que pendant que Harriet Tubman, Rosa Parks et Angela Davis ont lutté contre des systèmes d'oppression avec une bravoure légendaire, la Mauritanie, elle, a choisi d'entrer dans cette galerie de l'infamie par la petite porte, en incarcérant un nourrisson. C'est petit, certes. Mais c'est symboliquement gigantesque.

Parce que Petit Biram, sans le savoir, sans le vouloir, sans même pouvoir réclamer son biberon par voie de recours gracieux, est devenu le symbole le plus éloquent de l'échec moral d'un régime. Pas besoin de discours, pas besoin de plaidoirie. Trois mois, derrière les barreaux avec sa mère. L'image parle d'elle-même, plus fort que n'importe quel rapport d'Amnesty International.

La Question Qui Dérange

Au fond, la vraie question est simple, et c'est celle que pose l'article original avec une lucidité implacable : comment dialoguer avec un gouvernement dont les actes contredisent systématiquement les paroles ?

 La réponse, malheureusement, est que vous ne pouvez pas. Vous pouvez signer des communiqués, participer à des tables rondes, sourire devant les caméras, mais tant que des bébés finissent en cellule pour le crime d'être nés de la mauvaise mère, le dialogue reste une fiction bien habillée.

La Mauritanie a le choix : entrer dans l'histoire comme le pays qui a finalement, vraiment, définitivement mis fin à l'esclavage et à ses séquelles, ou comme le pays qui a emprisonné un nourrisson de trois mois. Pour l'instant, elle est en train de choisir. Et le monde, lui, regarde.


LA VIDÉO DE L'ARTICLE 



 Pr ELY Mustapha

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Pr ELY Mustapha

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Poésie de la douleur.