samedi 1 mars 2014

Lorsque les oulémas se brûlent au contact du pouvoir

 

 

Pugilat des oulémas, risée des oumaras, misère ici-bas.

 

La science resta précieuse, jusqu’à ce qu’elle fut portée aux portes des sultans et qu’on ait pris un salaire en échange,  Allah a alors enlevé la douceur du cœur (des savants) et les priva de la science à cause (du salaire).

Sofiane Ath-Thawrî  (Rapporté par Ibn An-Nadjdjar dans son «Târîkh »)

 

 

 

 

 

bismi lahi Quand un Alem (savant théologien), image de l’homme de Dieu se fait agresser physiquement par l’un de ses propres disciples à la fin d’une prière dans une mosquée, et cela à cause d’un comportement social et matériel, la question qui se pose est de savoir : avons-nous encore des ulémas qui méritent ce titre et cet honneur ? Ne se sont-ils pas brûlés au contact du pouvoir et des matérialités de ce monde ? N’ont-ils pas vendu leurs âmes, aux émirs, rois et présidents entrainant dans leurs sillons, ceux qui croient en eux et qui finissent dans l’ignorance, l’erreur, la pauvreté et la tyrannie de ceux qui les gouvernent et qu’ils servent par leur savoir religieux ?

 

Nos savants ne semblent pas avoir intégré l’enseignement qui, d’El Boukhari à El Ghazali en passant par des milliers d’ulémas et jurisconsultes - et bien avant eux les enseignements du prophète Mohamedclip_image002 et ses compagnons et disciples-, a mis en garde les savants musulmans contre la fréquentation des gens de pouvoir, allant jusqu’à leur retirer toute intégrité morale et dignité !

Le pugilat de nos oulémas d’aujourd’hui, ne fait que le spectacle des oumaras en place. Ils leur ont aliéné leur peuple en usant de la parole d’Allah.

اشْتَرَوْا بِآيَاتِ اللَّهِ ثَمَنًا قَلِيلًا فَصَدُّوا عَنْ سَبِيلِهِ ۚ إِنَّهُمْ سَاءَ مَا كَانُوا يَعْمَلُون

“Ils troquent à vil prix les versets d'Allah (le Coran) et obstruent Son chemin. Ce qu'ils font est très mauvais!”

 bismi lahi

Et si cela ne te plaît pas, tu es un sultan…

 

 

A l’émissaire du Sultan il dit :

«Dis-lui que je ne me permets pas de rabaisser la science ni de la porter devant les portes des sultans. S'il en a quelque besoin, il n'a qu'à venir dans mon oratoire ou chez moi. »

Et au sultan lui-même il dit : "Et, si cela ne te plaît pas, tu es un sultan et tu peux m'interdire de professer. [J'espère] que cela me soit une excuse devant Dieu le jour de la Résurrection" ...».

C’est la réponse qu’El Imam Al-Boukhari fit à l’émir Khaled ben Ahmad Azouhaly, le gouverneur de Boukhara (ancienne province de Khorassan, du règne des Omeyyades, actuelle ville d’Ouzbékistan), qui lui avait demandé de se présenter avec ses livres pour être écouté de ses fils.

Le refus d’Al-Boukhari d'aller chez l'émir lui valut une dissension qui le força à l’exil, mais il ne renonça pas à sa conviction que les oulémas ne sont pas au service des émirs mais à la parole de Dieu et au salut des hommes.

Cheikh Azzeddine Ibn Abdessalam que les gouverneurs et autres potentats de son époque sollicitaient pour leur rendre visite disait :

« J’ai étudié la science pour être un ambassadeur entre Allah et sa création, penses-tu que je vais me rendre à la porte de ces gens ? »

Ibn Al Hâdjdj dans Al Madkhal a dit : Il convient au savant, il lui incombe même de ne pas se rendre chez les fils de la dounya, car il est plus convenable pour un savant que les gens soient à sa porte que l’inverse.

Ibn An-Nadjdjâr rapporte que Mouflih Ibn Al Aswad raconte que le Calife El Maamoun passant près d’un homme qui guidait la prière d’El icha, pria dans ses rangs et  engagea avec lui, après la prière, une discussion sur le fiqh (jurisprudence). L’homme contredisait le Calife sur les points de fiqh et lui apportait la preuve de ce qu’il avançait. Lorsque l’homme eut exposé de nombreuses contradictions aux avis du Calife, celui-ci lui dit : « Prends l’engagement que lorsque tu rencontreras tes amis, tu leur diras que tu as donné tord à l’émir des croyants ». L’homme ne sachant pas qu’il avait affaire au Calife lui dit : « Par Allah, ô émir des croyants ! J’ai honte que mes amis sachent que je suis venu te voir ». Signifiant par-là qu’en tant que savant ce n’est pas un privilège qu’il l’ait rencontré et que au contraire ce serait une honte qu’il ait rencontré le détenteur du pouvoir !

Alors le Calife El’ Maamoun, comprenant l’humilité de l’homme et la profondeur de sa foi en Dieu pas aux hommes, dit alors : « Grâce à Dieu qui a fait en sorte qu’il y ait parmi mon peuple quelqu’un qui ait honte de me rencontrer » Puis il se prosterna par gratitude envers son Seigneur.

L’Imam derrière lequel il pria n’était autre qu’ Ibrâhîm Ibn Ishâq AlHarbî. »

Al Bayhaqi dans Chouaib Al Imane rapporte que Bichr Al Hâfî a dit «

Qu’il est repoussant de demander après un savant et qu’on réponde qu’il est à la porte de l’émir. »

Foudayl Ibn iyad a dit : «…méfiez-vous des portes des sultans car elles causent la disparition des bienfaits (...) dès que le savant entre les voir et voit ce qu’Allah leur a octroyé comme demeures et servants, il méprisera le bien dans lequel il se trouve et c’est ainsi que les bienfaits disparaîtront.»

Les vrais et respectés oulémas de l’Islam d’autrefois se méfiaient des détenteurs de pouvoirs et ne recommandaient pas leur fréquentation, car cela corrompt l’âme et avilit le rang du savoir.

Aujourd’hui, au contraire, les oulémas sont aux portes des sultans et des émirs et la plupart ont perdu leur âme et la neutralité qu’ils devaient garder pour transmettre le savoir religieux. Ils ont confondu entre le spirituel et le temporel et se sont brûlés aux flammes matérielles du second oubliant les lumières salvatrices du premier.

El Imam El Ghazali conseillait dans son livre «  Ihya Ouloum Eddin » (Revivification des sciences de la foi) le savant à propos de la fréquentation des gens de pouvoir :

« Sache que tu as le choix entre trois situations avec les émirs et les califes injustes : la première qui est la pire est de rentrer chez eux, la deuxième qui est moindre est qu’ils viennent chez toi, la troisième qui est la plus prudente est que tu t’écartes d’eux, que tu ne les vois pas et qu’ils ne te voient pas »

Mieux et par-dessus,  tout le prophète Mohamed clip_image002[1] a mis en garde ceux qui prêchent la parole d’Allah  en décrivant certains d’entre eux  comme suit :

«Des prédicateurs aux portes de l’Enfer, dans lequel ils précipiteront ceux qui leur répondent».

Houdhayfa clip_image004, Compagnon du Prophète, lui demanda:

« Oh Messager d'Allah! Décris-les-nous».

Le Messager d’Allah clip_image002[2] lui répondit alors :

" Ils sont des nôtres et ils parlent notre langue." (Mentionné par Al-Boukhari)

Le prophète clip_image002[3] a dit dans un célèbre hadith :

« Allah ne fera pas disparaître la science en l’ôtant aux hommes, mais Il la fera disparaître en faisant périr les savants, si bien que lorsqu’ils auront disparu, les gens prendront pour guides des ignorants qu'ils interrogeront, et qui leur donneront des fatwas sans aucune autorité, ils les égareront en s’égarant eux-mêmes. »

Ce qui explique bien l’injonction de Mouhammad Ibn Sirîne : " Cette science est une religion, prenez donc garde de qui vous prenez votre religion " (rapporté par Mouslim)

Il est donc apparu, de nos jours,  des porteurs de la parole de Dieu qui l’utilisent pour leur intérêt personnel ou pour leur rayonnement. Ils fréquentent les gens de pouvoir et utilisent les médias pour rayonner. Alors que l’humilité et la discrétion sont les caractéristiques du vrai savant. Son rayonnement nait de sa propre science et la reconnaissance de ses disciples et des croyants et non point forcée par une quelconque autorité au pouvoir ou un média quelconque.

Ces savant qui fréquentent le pouvoir et agissent pour quelques deniers en appliquant sa volonté et souvent son despotisme ce sont les oulémas du pouvoir.

L'imam Ibn Taymiyya écrivit :

« Quand le savant abandonne ce qu’il connaît du Coran et de la sounna du messager qu’Allah le bénisse et le Salue, et suit le jugement du gouverneur qui contredit le Coran et la sounna, il est alors un mécréant apostat, qui mérite le châtiment ici-bas et dans l’au-delà. » [Majmoua Al Fatawa 35/372]

Nous avions dans un article précédent consacré des développements aux oulémas du pouvoir et aux oulémas de la dignité (voir « de l’obeissance au gouvernant »)

  bismi lahi

Assassiné sans couteau…

 

Certains savants de l’Islam, on considéré que la fréquentation des oulémas des couloirs du pouvoir conduit à assimiler leur dégradation morale et spirituelle à leur mort par  assassinat  sans couteau.

Voici ce que dit Abu Bakr al-Aajurri (savant du 4ème siècle de l’hégire) du savant du pouvoir :

« Il est devenu infatué avec l'amour de cette vie, et avec les louanges et sa position auprès des gens dans ce monde. Il utilise la science comme un ornement tout comme une belle femme s'orne elle-même avec les bijoux de ce monde, mais il n'orne pas sa connaissance d'actions qui lui est liée. »

« Alors ces caractéristiques et ressemblances prédominent le cœur de celui qui ne tire pas bénéfice du savoir, et tandis qu'il porte ces caractéristiques son âme va commencer à avoir l'amour de sa notoriété et sa position - de sorte qu'il va aimer s'asseoir avec les rois et les princes de ce monde. Ainsi il aime partager leur style de vie opulent, partager leurs vêtements prodigieux, leur transport confortable, leurs domestiques, leurs habits fins, leur literie délicate et leur nourriture délicieuse. Il aimera que les gens accourent à sa porte, que ses paroles soient écoutées, qu'il soit obéit - et il ne peut atteindre ce dernier qu'en devenant un juge (Qadhi) - alors il va chercher à en devenir un. Ainsi il ne sera possible d'en devenir un qu'en propageant sa Religion, donc il va se rabaisser devant le gouverneur et ses ministres, en étant à leur service et en leur donnant sa notoriété comme tribut. Il garde le silence lorsqu'il voit leurs mauvais actes après être entré dans leurs palais et leurs maisons. Alors sur ce il se peut même qu'il loue leurs mauvais actes et les déclarer bonnes grâce à quelques mauvaises interprétations afin d'améliorer sa position auprès d'eux.

Puis lorsqu'il devient habitué à faire ceci durant une longue période et que le faux a complètement pris racine en lui - alors ils le promulguent à la position de juge (qadhi) et l'assassinent ainsi sans couteau. [1]

Ainsi il lui a été accordé une telle faveur qu'il est obligé et doit leur montrer sa gratitude, alors il use de grands efforts pour s'assurer qu'il ne les fâche pas et ne se fasse pas retirer sa position. Mais il ne se soucie pas de ce qui peut attirer sur lui la colère de son Seigneur, le Très-Haut, et ainsi il détourne le bien des orphelins, des veuves, des pauvres et nécessiteux, le bien réservé des waqf (dotations religieuses) pour ceux qui combattent au Jihad et les besoins de la Mecque et de Médine, et le bien qui est supposé profiter à tous les Musulmans - mais à la place il l'utilise pour satisfaire ses commis, chamberlains et domestiques. Alors il mange ce qui est haram (interdit) et se nourrit de ce qui haram et augmente ce qui lui cause du tort. Ainsi la routine prend celui que la science lui vaut d'avoir ces caractéristiques. Alors qu'au contraire c'est dans la science où le Prophète,
clip_image002[4]- allait chercher refuge et dont il nous ait ordonné d'aller chercher refuge. C'est à propos de la science que le Prophète, clip_image005- a dit : « Ceux parmi les gens qui recevront un sévère châtiment le Jour de la Résurrection sont les savants qui n'ont pas tiré bénéfice de leur science auprès d'Allah »[2]

Al Imâm Abû 'Amr 'Abdourrahman Al Awza’i, disait quant à lui : « Il n’y a rien de plus détesté par Allah qu’un savant qui rend visite à un calife. » (rapporté par El Imam El Ghazali)

El Imam Ghazali rapporta qu’il entendit dire : « Si vous voyez le savant rendre visite au sultan alors soupçonnez-le au sujet de votre religion. Je ne suis jamais rentré chez ces gens-là sans faire un examen de mon âme à la sortie et je l’examine en profondeur même si je les affronte avec dureté et que je contredis leurs passions ».

Said Ibn Al Moussayib clip_image004[1]- faisait du commerce d’huile et disait : « Il y a en ceci ce qui nous dispense (d’avoir recours aux) sultans ».

Wahb clip_image004[2] a dit : « Ceux qui rentrent voir les rois sont plus nuisibles à la Oumma (communauté musulmane) que les personnes s’adonnant aux jeux de hasard ».

Mohammed ibn Maslamaclip_image004[3] a dit : « Les mouches sur les restes de nourriture sont meilleures qu’un lecteur (de Coran) à la porte de ces gens-là ».

Qaunt à Alî Ibn Al Hassan As-Sandali, il répondit au Sultan qui demandait pourquoi il n’est pas venu lui rendre visite : « J’ai voulu que tu fasses partie des meilleurs rois en rendant visite aux savants et je n’ai pas souhaité faire partie des pire savants en rendant visite aux rois. »[3]

L’histoire des savants musulmans qui refusèrent de rencontrer les sultans, les émirs et les rois de leurs temps est si éloquente qu’il semble bien que nous vivons actuellement une époque où nos oulémas ne semblent jamais avoir appris cette histoire. Pourtant, ils se brûlent au contact du pouvoir et scellent avec lui le sort de populations entières qui croient en eux et qui finissent dans l’ignorance, l’erreur, la pauvreté et la tyrannie de ceux qui les gouvernent et qu’ils servent par leur savoir religieux.

 bismi lahi

 

Tout le monde n’est pas satisfait de ton émirat, et je déteste mentir…

 

Nous sommes loin de l’attitude des oulémas et des hommes saints d’autrefois qui craignaient de rencontrer les détenteurs de pouvoir et quand par la force on les obligeait à les rencontrer savaient leur dire les vérités au risque de leur propre vie.

C’est l’exemple de Tawous ben Qiçan Al Yemeni El Hamdani clip_image007:

A son arrivée en pèlerinage à la Mecque, Hicham Ibn Abdel Mâlik , Calife omeyyade (71-125 de l’hégire ), demanda qu’on fasse venir un homme parmi les compagnons du prophète.

On lui répondit : « Ô émir des croyants, Ils sont tous morts.»

« Un parmi les Tabi’in, alors », demanda-t-il.

On lui ramena Tawous ben Qiçan Al Yemeni El Hamdani, l’un des disciples du prophète clip_image002[5],

Dès qu’il entra chez le sultan, il se déchaussa au bord du tapis et lui adressa le « salam » sans l’interpeller par son titre « émir des croyants ».

Au lieu de cela, il dit : « Assalamou alayka Ya Hicham ».

Il ne l’appela pas non plus par sa kounya ( qui est une appellation traditionnelle par référence à la descendance immédiate. Exemple:Abou Ali, Abou Ahmed etc.) - mais plutôt s’assit face lui en demandant : «Comment vas-tu Ô Hicham ? ».

Hicham se mit en colère au point qu’il faillit le tuer et lui demanda ce qui le poussait à agir de la sorte.

Tawous ben Qiçan Al Yemeni El Hamdaniclip_image008 lui dit alors : « Agir comment ? »

Hicham s’énerva de plus belle et lui répondit : « Tu t’es déchaussé au bord de mon tapis, tu n’as pas baisé ma main, tu ne m’as pas salué en m’appelant émir des croyants, tu ne m’as pas non plus appelé par ma kounya et tu t’es assis en face de moi sans m’en demander la permission et tu m’as interpellé en disant ‘ô Hicham’ ».

Tawous lui répondit:

- « Concernant le fait de m’être déchaussé au bord de ton tapis, je le fais cinq fois par jour entre les mains de mon Seigneur, il ne me punit pas, ni ne se met en colère contre moi.

- Quant au fait que je n’ai pas baisé ta main, et bien j’ai entendu Ali Ibn Abi Talib clip_image009 dire : « Il n’est permis à personne de baiser la main de quelqu’un si ce n’est sa femme par désir ou son fils par miséricorde. »

- Quant au fait de ne pas t’avoir salué en t’appelant « émir des croyants », c’est parce que tout le monde n’est pas satisfait de ton émirat, et je déteste mentir.

- Pour ce qui est de ne pas t’avoir appelé par ta kounya, Allah soubhanahou wa ta‘âla a appelé ses alliés en disant : « Ô Dawoûd, ô Yahyâ, ô Îssâ » et a appelé ses ennemis par leur kounya:« Périssent les mains d’Abou Lahab » (Sourate 111, Verset 1.)

- Si je me suis assis face à toi, c’est parce que j’ai entendu Ali Ibn Abi Talib clip_image010dire : « Si tu veux regarder un homme parmi les gens du feu, regarde un homme assis et autour de lui un groupe de gens se tenant debout. »

Hicham lui dit alors : « Conseille-moi ! »

Il lui dit alors : « J’ai entendu Ali Ibn Abi Talib clip_image011 dire : « Il y a dans la géhenne des serpents tels une clôture et des scorpions tels des mules, ils mordent chaque émir qui est injuste envers ses gouvernés

Il se leva alors et sortit.

Alors véritablement où se situent dans leur comportements et leurs attitudes face aux gouvernants nos « oulémas » d’aujourd’hui par rapport à Tawous ben Qiçan Al Yemeni El Hamdani clip_image011[1] ?

Il n y a aucune commune mesure.

 bismi lahi

 

  Par ta faute, ils ont semé la suspicion au sujet des savants et ont meurtri les cœurs des ignorants.

Les savants digne de ce nom en Islam n’ont pas hésité à prévenir leurs condisciples contemporains sur les dangers spirituels et temporels qu’ils courent en fréquentant les détenteurs du pouvoir, la lettre d’un contemporain au grand érudit AbouBakr Azzahri (vécu de 50 - ou 51 – à 124 de l’hégire) est un chef-d’œuvre en la matière :

« Qu’Allah nous préserve des Fitans (guerres intestines) ainsi que toi ô Abâ Bakr, tu t’es mis dans une situation où il convient à celui qui te connaît d’invoquer pour toi et d’implorer la miséricorde d’Allah sur toi.

Tu es devenu vieux et les bienfaits d’Allah t’ont alourdi alors qu’Il t’a accordé la compréhension de Son Livre et t’a appris la Sounna de son Prophète . Ceci n’est pas l’engagement que les savants ont pris envers Allah.

Sache que le plus aisé de ce que tu as commis et le moins grave de ce que tu as porté (comme fardeau) est d’avoir tenu compagnie à celui qui est injuste et que tu as facilité la voie de l’égarement, tu as donné de l’importance à celui qui n’a pas rendu aux gouvernés leurs droits, et qui n’a pas délaissé le faux alors qu’il t’a rabaissé.

En effet, il t’a pris comme pôle autour duquel tourne le moulin de leur injustice, un pont à travers lequel ils traversent en direction de leur affliction et une échelle par laquelle ils montent vers leurs égarements.

Par ta faute, ils ont semé la suspicion au sujet des savants et ont meurtri les cœurs des ignorants.

Ce qu’ils ont construit pour toi est insignifiant par rapport à ce qu’ils ont ruiné en toi. Comme sont nombreuses les choses dont ils t’ont dépossédé en corrompant ta religion. Qu’est-ce qui te garantit de ne pas faire partie de ceux au sujet desquels Allah a dit :

« Vinrent à leur suite d’autres générations qui délaissèrent la prière et suivirent leurs passions »?

Tu as affaire à quelqu’un qui n’est pas ignorant, et ceux qui ont appris de toi ne sont pas insouciants, soigne donc ta religion car s’y est introduite une maladie et prépare ta provision car va survenir un voyage lointain, et rien n’échappe à Allah dans les cieux et sur Terre, wa as Salâm ».

Notons la clairvoyance de celui qui adressa ce message. Une clairvoyance qui ferait pâlir nos oulémas d’aujourd’hui. C’était  quelques années après l’Hégire.

Et ce qui renforce encore davantage la suspicion qui doit régner à l’égard des oulémas qui fréquent les émirs ce hadith du prophète Mohamed clip_image004[8].

D’après Al-Hassan Ibn Soufian, d’après Ibn Malik, le Prophète Mohamed clip_image004[9], a dit :

« Les savants sont les garants des Prophètes auprès des serviteurs d’Allah, tant qu’ils ne fréquentent pas les sultans. Car, quand ils fréquenteront les sultans, ils auront trahi les Prophètes. Prends alors garde à eux et ne les approche plus » (Rapporté par l’Imam Souyouti, , dans son livre «  les pionniers et leur comportement à l’égard des sultans »)

 bismi lahi

 

  Au temps où le savant faisait pleurer de piété le Calife

 

Voici enfin le récit de la lettre que Sufiane Ibn Said Ethawri envoya au Calife Harouna Errachid qui l’invitait à lui rendre visite lorsqu’il devint Calife .Harouna Errachid entretenait une amitié avec Sufiane Ibn Said Ethawri et pourtant celui-ci ne vint pas à son invitation alors que tous les oulémas du Califat sont venus lui rendre hommage.

Le récit de cette lettre est rapporté par l’Imam Ibn Balban et l’Imam el Ghazali.

La lettre de Harouna Errachid à Sufiane Ibn Sa’id Ethawri :

« Au Nom d’Allah le Clément le Miséricordieux,

De la part du serviteur d’Allah, Haroun, le chef des croyants à son frère en Allah Sufiian Ibn Said Ethawri

Tu sais, qu’Allah subhana wa ta‘ala a lié les croyants par des liens de fraternité .Quant à moi, je te considère comme mon frère en Allah, et pour cette fraternité, je n’ai pas rompu les liens d’amitié que j’ai pour toi, j’ai en moi une grande amitié pour toi et je suis à ton entière disposition. S’il n’y avait pas les responsabilités dont Allah subhana wa ta‘ala m’a chargé, je serais venu à toi, même à quatre pattes, et ce, en raison de l’amour que j’ai pour toi dans mon cœur.

Sache, ô Abou Abdallah ! Qu’il n’y a pas un de nos frères à tous les deux qui ne soit venu me rendre visite et me féliciter pour les fonctions qui m’ont été confiées. J’ai ouvert la trésorerie et je leur ai donné des cadeaux magnifiques, ce qui m’a fait plaisir et qui m’a réjoui. J’ai trouvé que tu as tardé à venir me voir, et c’est pour cette raison que je t’écris cette lettre pour t’informer du désir ardent de te voir que j’éprouve envers toi.

Oh Abou ‘Abdallah ! tu connais les hadiths qui ont été rapportés au sujet du fait de rendre visite au croyant et d’entretenir les liens avec lui, alors dès que ma lettre te parviendra, empresse toi de venir à moi ! »

La réponse de Sufiane Ibn Said Ethawri au Calife Harouna Errachid :

«  Au Nom d’Allah le Clément le Miséricordieux

De la part du serviteur et du pécheur Sufiane, à l’attention du serviteur berné par l’espoir de vivre longtemps, Haroun, celui a qui, la douceur de la foi, ainsi que le plaisir de la lecture du Coran ont été enlevés.

Je t’écris afin de t’informer que j’ai coupé les liens avec toi et que j’ai rompu l’amitié que j’avais pour toi. Tu as fait de moi, un témoin contre toi, et ce, car tu as reconnu toi-même, dans ta lettre, que tu as assaillis la trésorerie des musulmans, et que tu as dépensé et gaspillé à tort ; sache que je témoigne contre toi, moi et mes frères qui ont assisté à la lecture de ta lettre, et nous allons nous servir de ce témoignage auprès du Juge Juste ;

Ô Haroun ! Tu as assaillis la trésorerie des musulmans sans leurs consentement ;

Les nouveaux venus à l’Islam, ainsi que ceux qui s’occupent d’eux et qui se trouvent sur la terre d’Allah, les combattants pour la cause d’Allah et les orphelins t’ont-ils agrée pour ton acte ?

Ceux qui connaissent le Coran par cœur et les gens de science, c'est-à-dire ceux qui mettent cette dernière en pratique, t’ont-ils agrée pour cet acte ?

Les orphelins et les veuves t’ont-ils agrée pour cet acte ?

Les gens parmi tes sujets t’ont-ils agrée pour cela ?

Alors ô Haroun ! Sers ta ceinture et prépare les réponses que tu vas donner lors de ton interrogatoire et arme toi de patience pour les malheurs que tu vas subir.

Et sache que tu vas te tenir debout entre les mains du Juge Juste, alors crains Allah pour toi-même, et ce, si t’ont été ôtés la douceur de la science et de l’ascétisme, les plaisirs du Coran et le fait de t’asseoir avec les bienfaisants, et que tu as accepté pour toi-même, d’être un tyran et d’être pour les tyrans un chef.

Ô Haroun ! Tu t’es assis sur le trône et tu t’es habillé de moelleux ; tu as baissé les rideaux devant ta porte et tu t’es assimilé au Maître du monde avec ton planton ; ensuite, tu as mis devant ta porte tes soldats tyrans, qui oppriment les gens et qui ne sont pas justes ; ils boivent du vin et ils punissent ceux qui boivent le vin, ils commettent l’adultère et ils punissent celui qui commet l’adultère, ils volent et ils coupent la main du voleur, ils tuent et ils celui qui tue.

Ces jugements devraient tout d’abord s’appliquer à toi et à eux, avant qu’ils ne soient appliqués sur les gens.

Ô Haroun ! Quel sera ton état demain lorsque l’on criera auprès d’Allah : « Rassemblez les injustes et leurs épouses » [Coran 37 : 22 ],

« Où sont les tyrans et leurs aides ? »

Et que l’on te mettra devant Allah subhanahou wa ta‘ala alors que tes deux mains seront attachées à ton cou. Seules ta justice et ton équité pourront les détacher. Les tyrans seront autour de toi, et toi tu seras leur chef pour les guider vers l’enfer. C’est comme si je te voyais, alors que tu es attaché par une courte corde au cou et que tu endures les souffrances. Tu vois tes bonnes actions dans la balance des autres personnes, et les mauvaises actions des autres personnes s’ajoutent aux tiennes dans ta balance, tu vis malheur sur malheur et ténèbres sur ténèbres.

Alors, Ô Haroun ! Crains Allah subhanahou wa ta‘ala en ce qui concerne tes sujets, et prends soin de la communauté de Mohamed clip_image004[10].

Sache que ce que tu possèdes ira à autre que toi, et il en est de même pour la vie terrestre qui se déplace d’une personne à l’autre.

Certaines personnes font des provisions qui leurs seront utiles, d’autres personnes perdent leur vie terrestre et perdront leur vie de l’au-delà.

Fais attention et prends garde de m’écrire après cette fois, car je ne te répondrai pas et reçois mes salutations. »

 

Le Calife Haroun Errachid conserva la lettre de Sufiane Ibn Said Ethawri et il ne cessa de la lire après chaque prière et il pleurait, et ce, jusqu’à ce qu’il mourut.[4]

 

Alors, si aujourd’hui nous sommes soumis à des ulémas de ce bas monde qui œuvrent pour ici-bas et se mettent au service des potentats, ce n’est pas seulement de leur faute, mais aussi de la nôtre, celle d’avoir ignoré notre histoire islamique, celle de ses hommes pieux, de ses savants de lumière, de sa sagesse éternelle en pensant avoir tout inventé, alors que tout existait avant nous jusque les réponses à notre ignorance.

C’est cette ignorance-là que tant et tant de ceux qui pensent détenir le savoir spirituel exploitent pour maintenir des âmes innocentes et des esprits crédules, en sommes l’essence humaine des peuples, dans la domination de leurs maitres temporels.

Maintenant qu’ils se violentent eux-mêmes jusque dans les mosquées à l’heure de la prière, il n’est plus permis de penser autre chose sinon d’invoquer, encore une fois et toujours,  les paroles divines :

اشْتَرَوْا بِآيَاتِ اللَّهِ ثَمَنًا قَلِيلًا فَصَدُّوا عَنْ سَبِيلِهِ ۚ إِنَّهُمْ سَاءَ مَا كَانُوا يَعْمَلُون

“Ils troquent à vil prix les versets d'Allah (le Coran) et obstruent Son chemin. Ce qu'ils font est très mauvais!”

Pr ELY Mustapha


[1] Allusion un hadith du Prophète : «Il est celui qui est promu comme un juge qui a été tué sans couteau » (rapporté dans Sunan Abī Dāwud qui est une collection de hadiths par le savant Abū Dāwud Sulaymān ibn al-Ash‘ath - 817 à 888 de l’Hégire)

[2] Cités par Ibn 'Abdel-Barr dans Jaami' Bayaanil-`Ilm al-Aajurri at-Tabaraani dans as-Saghir mais son authenticité est douteuse du fait de l’intégrité contestable de l’un de ses rapporteurs dans la chaine source de transmission des hadiths.

[3] Rapporté par l’ imam as-Souyouti , dans Tabaqât Al Hanafiyya

[4] Voir le récit complet sur http://bibliotheque-islamique-coran-sunna.over-blog.com/

 

mercredi 19 février 2014

Le papier à mouche : « un président consensuel »

 

L’opposition revient au dialogue : Maure de rire !

 

mouche_transp- 2 Si vous avez envie d’éclater de rire quittez ce blog, car si vous ne pleurez pas en même temps (ce qui est humainement possible, mais rationnellement ne l’est pas), vous ne résisterez pas à entrer dans un désespoir profond suite à ce constat de la médiocrité de nos dirigeants politiques.

 

L’exemple le plus illustratif de cette médiocrité le voici :

Lundi 17 février 2014, le premier ministre, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, a rencontré Mohamed Ould Maouloud, président de l’Union des Force de Progrès (UFP), un parti membre de la COD. Cette rencontre a eu lieu sur demande du premier ministre.

Objet de la rencontre : « échanger les points de vue sur la meilleure manière d’organiser une présidentielle consensuelle. »

A la suite de cette rencontre, le président de l’UFP, a fait la déclaration suivante :

« Le premier ministre m’a dit que l’objectif de notre rencontre est de discuter de l’organisation d’une élection présidentielle consensuelle. »

Maure de rire !

Une élection présidentielle consensuelle ?

Non ?

Vous avez bien lu une  « élection présidentielle consensuelle ». (Hé ! Défense de mourir de rire avant de terminer cet article !)

A-t-on jamais vu dans un pays une majorité au pouvoir et une opposition discuter pour l’élection d’un « président consensuel » ? Dans ce cas de figure : Où se trouve « l’opposition » et où se trouve la « majorité » ? Et vice-versa ?

On aura tout vu !

Une opposition qui veut élire un Président conjointement avec la « majorité ». S’entendre sur un président commun. Un président de consensus. Le ridicule en politique mauritanienne c’est l’élément absorbant permanent de la démocratie.

Les partis politiques de l’opposition – et ceux qui les composent- sont en Mauritanie comme les mouches, c’est le sucre qui les attire et c’est le pouvoir qui se sucre sur leur dos. Mais cette fois, il est en train de les attraper carrément au papier tue-mouche.

En effet, contre les mouches, on utilise soit une tapette (qui est déjà au pouvoir), soit le papier tue-mouches (le pouvoir en a déployé tout un tapis) soit du fly-tox (de l’intox haut vol). Et tous ces instruments politiques se trouvent déjà en Mauritanie.

Un proverbe américain dit : « Vous devez perdre une mouche pour attraper une truite ». Mais pour un pouvoir voulant aller à la pêche sans perdre sa place, il lui est donc plus facile de tuer les mouches puisque la truite est déjà dans ses rangs.

L’erreur des scientifiques est donc de croire qu’il y’a seulement 100 000 espèces de mouches dans le monde car en Mauritanie de nouvelles espèces sont encore à découvrir. Pourvu seulement qu’elles ne laissent pas des larves dans l’esprit des générations futures.

Mais comme à toute chose malheur est bon, on vient de découvrir,  grâce à la médiocrité de nos politiques une institution fondamentale de la médiocratie : le « président consensuel ».

Notion que nous pouvons définir comme étant : «  l’expression la plus basse du comportement politico-électoral lorsque, face à son impuissance, une opposition à un pouvoir en place, qui la piétine, lui propose les moyens de son propre avilissement institutionnel ».

Pr ELY Mustapha

mercredi 5 février 2014

Au bâtonnier de l’ordre des avocats de Mauritanie.

 

avocats

Prouvez-le !

 

J’exprime par cette lettre toute l’indignation que peut inspirer l’attitude de l’ordre des avocats mauritaniens à l’égard de l’affaire Ould Mkheitir ; cet homme qui, en plein XXIème siècle, est accusé de blasphème et d’apostasie, sur un écrit que rares sont ceux qui l’ont lu. L’ordre des avocats a, dans cette affaire, entretenu un silence sinon un immobilisme qui ne sied pas à la profession qu’il représente.

Monsieur, le bâtonnier,

Vous qui, ces dernières années dénonciez à cors et à cri, les dérives du régime politique mauritanien, du népotisme à la corruption en passant par l’abus de pouvoir et d’autorité, allez-vous garder le silence face à cette inimaginable transgression des droits de l’individu ?

N’est-ce pas vous qui avez écrit : « Nous devons être à la hauteur de notre mission qui va au-delà de l’organisation et la défense des intérêts matériels et moraux des avocats pour assurer, défendre et garantir les droits de l’homme, les libertés, l’indépendance de la justice, la séparation des pouvoir, l’accès à la justice, le procès équitable et la primauté de la loi. »[1]

Eh bien prouvez-le !

Si vous ne le pouvez pas, vous remettrez en cause toute la profession d’avocat en Mauritanie que vous représentez. Vous aurez reculé devant l’injustice et l’obscurantisme et failli au droit de porter assistance à personne en danger. Et de primus inter pares vous serez le dernier d’entre tous.

Vous aurez comme votre collègue qui s’est désisté  jeté l’opprobre sur une profession sensée défendre les opprimés d’entre la veuve et l’orphelin.

Si Ould Mkheitir est aujourd’hui orphelin, ce n’est ni de sa famille qui l’a rejetée, ni de ses collègues qui l’ont banni, ni de la compréhension de son acte mais d’une défense digne de ce nom qui pourrait faire valoir ses droits devant la justice. Et sur ce point vous ne pouvez échapper à la mission qui vous incombe du fait de la nature même de votre profession.

Qu’à travers vous, l’ordre des avocats de Mauritanie prenne ses responsabilités face à cette transgression manifeste des droits et des libertés qui, si elle devait aboutir, jetterai une ombre sur le devenir du droit et de la justice en Mauritanie et consacrerait le discrédit de l’avocat mauritanien.

Aussi, Je vous invite urgemment à désigner un collectif d’avocats pour défendre au nom de la présomption d’innocence et du droit de la défense, ce jeune homme jeté à la vindicte populaire; vindicte attisée par d’obscures personnages jouant sur la sensibilité et la crédulité de certains, sur le fanatisme d’autres et sur la complicité certaine et silencieuse d’autorités officielles plus préoccupées de leur assise électorale que par le droit des personnes.

Et il n y a pires conjectures que celles qui peuvent mener un individu à la potence.

{يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اجْتَنِبُوا كَثِيرًا مِّنَ الظَّنِّ إِنَّ بَعْضَ الظَّنِّ إِثْمٌ }[الحجرات: 12

 

Pr ELY Mustapha


[1] http://www.avocatmauritanie.org/fr/index.php?option=com_content&view=article&id=133&Itemid=7

lundi 27 janvier 2014

Manuel Valls citoyen d’honneur de Nouakchott…par correspondance.

 

Une quenelle, encore une ?

 

bidonville Décidément, le ridicule ne tuant pas, le maire de la commune de Nouakchott vient de délivrer une attestation de citoyen d’honneur à Manuel Valls. On élève les autres en citoyens alors que chez eux, les mauritaniens ne se sentent même pas citoyens. Pire encore, des citoyens de seconde zone. Surtout quand ils s’adressent au consulat de France à Nouakchott pour un visa !

Il y a quelque chose qui cloche chez nos dirigeants, nationaux et communaux, cette volonté de ramper pour obtenir de la considération.

Comment peut-on délivrer la citoyenneté dût-elle être honorifique à des autorités françaises qui trainent nos citoyens dans la boue. Allez donc voir comment nos concitoyens  sont accueillis au service des visas au Consulat français. On dirait qu’ils se présentent aux portes du paradis. Seulement les « anges » qui les reçoivent ont rarement le sourire.

Alors délivrer la citoyenneté d’honneur à des autorités qui font val(l)ser nos concitoyens chez nous et chez eux, c’est soit de l’hypocrisie soit de la mauvaise politique.

Qu’en tire le maire De la Commune de Nouakchott ? Obscure politique qui fait que même le local se met à jouer à l’international, à coup de papiers tamponnés.

Ce qui est encore plus étonnant c’est que les bénéficiaires du certificat de citoyenneté, ne sont même pas venus  le chercher ! Ni Emmanuel Valls, Ni Delanoë, n’ont cru bon de se déplacer. Grandeur oblige, petitesse impose.

Cela valait-il réellement le déplacement?  Demandez à Valls et Delanoë s’ils sont fiers d’avoir été déclarés « citoyens d’honneur », citoyens d’une ville dépotoir aux bidonvilles nauséabonds.

Ils ont, donc, été déclarés Citoyens d’honneur de la ville de Nouakchott...par correspondance ; une quenelle ! Encore une ?

Pr ELY Mustapha

vendredi 24 janvier 2014

Le saint prophète, le forgeron humilié et les bergers inconscients

 

Puisque vous ne serez jamais plus cléments que le Prophète Mohamed clip_image001, taisez-vous !

 

خُذِ الْعَفْوَ وَأْمُرْ بِالْعُرْفِ وَأَعْرِضْ عَنِ الْجَاهِلِينَ

« Adopte la clémence, et enjoins ce qui est convenable, et détourne-toi des ignorants. »

(Le Saint Coran, chapitre 7, verset 200)

 errassoul

Nous croyons absolument aux enseignements du Prophète Mohamed clip_image001[1] , à son infaillibilité en tant qu’envoyé de Dieu, nous ne croyons cependant que relativement aux enseignements des imams, à leur infaillibilité en tant qu’interprètes de préceptes religieux dogmatiques et nous croyons sans aucun doute, à la volonté d’un « forgeron » qui veut dénoncer sa condition sociale.

Nul ne peut revêtir la condition du Prophète Mohamed clip_image001[2], être unique, ni se substituer à lui. Mais si toute personne peut se faire passer pour un imam, jusqu’à preuve du contraire, personne ne veut revêtir la condition sociale de « forgeron ». Et quand le forgeron s’exprime pour dénoncer sa condition, c’est l’imam, être faillible, qui extrapole les paroles d’un opprimé au nom d’un Prophète, infaillible, libérateur des opprimés, pour le mettre aux fers.

Cet Imam, a- t-il compris l’enseignement du Prophète Mohamed clip_image001[3] lorsqu’un homme lui demanda: « donne-moi un conseil. » il lui répondit : « ne te mets pas en colère. » l’homme revint à la charge plusieurs fois et le prophète lui répétait : « ne te mets pas en colère. ».Rapporté par El Boukhâry.

Jusqu’où ira-t-on pour brandir l’Islam en toute occasion et détruire des vies. Sommes-nous devenus moins clément que le prophète Mohamed clip_image001[4] lui-même ? Pourquoi cet acharnement contre un individu qui veut dénoncer sa vile condition sociale en justifiant ses propos par des écrits qui ne sont pas les siens ?

Une société qui entretient des castes et considère une partie de ses enfants comme des sous-hommes, des forgerons a-t-elle d’ailleurs le droit de s’en offusquer ? Et si cela était ne devrait-elle pas prendre exemple sur son Prophète clip_image001[5] pour pardonner et conseiller pour remettre celui qui faute dans le droit chemin. Pourquoi tant de violence que même le prophète Mohamed clip_image001[6] a réprouvé et combattu de son temps.

Puisque vous ne serez jamais plus cléments que le Prophète Mohamed clip_image001[7] taisez-vous !

Si vous n’avez appris de l’Islam que la vindicte et la violence alors vous n’avez rien compris aux enseignements de clémence du plus saint des Prophètes.

Lui, le Prophète Mohamed clip_image001[8] qui devant l’agonie de son propre enfant appelait la compassion des hommes jusque dans la souffrance  (I) ! Lui, le prophète Mohamed clip_image001[7] qui face à ceux qui l’on insulté(II), qui ont essayé de le déshonorer (III), qui ont tué ses compagnons (III) a donné sa clémence (V)! Non, vous n’avez rien compris à la voie du Prophète Mohamed clip_image001[9]

I- Le prophète Mohamed clip_image001[10] souffrant lui-même devant l’agonie de son propre enfant appelait la compassion des hommes !

L’épisode suivant  fort douloureux et  si tragique à faire exploser tout musulman en larmes et le jeter à terre de piété, ne saurait nous échapper. Il interpelle sur les réalités de la religion musulmane qui est une religion de compassion comme le fut son prophète clip_image001[11], le dernier des prophètes et le premier d’entre-eux.

Ossama Ben Zeïd a dit : « Nous nous trouvions chez le Prophète quand un messager envoyé par une de ses filles vint le prier de se rendre au chevet de son fils qui était mourant.

Le Prophète s’adressa a l’émissaire et lui dit : - Repars auprès de ma fille et informe-la, qu’à Dieu appartient ce qu’Il donne et ce qu’Il reprend, qu’Il a fixé un terme déterminé pour toute chose et invite-la à se soumettre et à espérer en Dieu. Le messager repartit puis revint une nouvelle fois annoncer que la fille du Prophète suppliait son père de la rejoindre. Le Prophète se leva alors et partit chez sa fille en compagnie de Sa’d Ben ‘Obada et de Mo’ad Ben Djabal. Une fois sur place, on lui tendit l’enfant qui exhalait un souffle ressemblant au bruit d’une vieille outre. Alors les yeux du Prophète se répandirent en larmes. Comme Sa’d lui disait : - Ô Envoyé de Dieu, qu’est-ce ceci ? – C’est, répondit le Prophète, la marque de la compassion que Dieu a mis dans le cœur de l’homme et Dieu n’est Miséricordieux qu’envers ses adorateurs compatissants. »

Une religion de la compassion ne peut avoir que des oulémas dont la vertu première est la compassion. Compassion pour ceux que Dieu a recommandé au musulman de protéger et de respecter (le pauvre, le diminué, l’handicapé, le meurtri, le violé, la veuve, l’orphelin, l’exploité, l’apatride, l’opprimé) et nul Alem ne pourra au nom d’un précepte de gouvernance sacrifier cette compassion, aux intérêts d’un gouvernant.

Selon Djarir Ben ‘Abdallah,  l’Envoyé de Dieu, Mohamed clip_image001[12] a dit : « Dieu n’aura pas de compassion vis-à-vis de ceux qui ne l’auront pas pour leurs semblables. »

Et l’homme, à travers Adam, est le représentant de Dieu sur terre :" (وإذ قال ربك للملائكة إني جاعل في الأرض خليفة‏(‏ البقرة‏:30)).

II- Le Prophète insulté a pardonné à son insulteur et pria même sur la tombe de celui qui l’offusqua.

Abdoullah Ibn Oubay Ibn Saloul, eut des propos indignes à l’égard du Prophète clip_image001[13] . Son fils Abdoullah Ibn Oubay Ibn Saloul, fervent musulman , alla voir le Prophète Mohamed clip_image001[14] et dit :

« Ô Prophète, mon père t'a insulté. Que la mort soit sa punition. Si tu en décidais ainsi, je préférerais que tu me commandes de le tuer, car si tu commandes à quelqu'un d'autre de le faire et que mon père meurt par ses mains, je pourrais avoir à venger mon père en tuant cet homme. »

Le Saint Prophète Mohamed PSL répondit : « Mais je n'ai pas cette intention. Je traiterai ton père avec compassion et considération. ».

Après la mort, de celui qui l’avait insulté , Abdoullah Ibn Oubay Ibn Saloul, le Prophète Mohamed clip_image001[15]  offrit sa chemise à son fils pour que celui-ci puisse l’utiliser comme linceul pour son père. De surcroît, le Saint Prophète Mohamed clip_image001[16]se présenta pour sa prière funéraire.

Oumar Ibn El Khatab, que Dieu l’agrée, lui rappela que Dieu avait dit que ses prières pour le pardon des hypocrites ne seront pas acceptées même s'il l’implorait 70 fois. Le Prophète Mohamed clip_image001[17] répliqua qu'il prierait pour leur pardon plus de 70 fois !

III- Le prophète Mohamed clip_image001[18] a pardonné à ceux qui qui ont essayé de le déshonorer

Lors d'une expédition la caravane été partie sans Aicha, que Dieu l’agrée, l'épouse du prophète Mohamed clip_image001[19] . Un musulman lui offrit son chameau comme monture et ils partirent tous deux à la suite de la caravane. Lorsque les hypocrites eurent vent de ce qui s'était passé, ils commencèrent à répandre des rumeurs malveillantes, voire des calomnies, à propos de Aicha, que Dieu l’agrée, Cette campagne d’hypocrite, blessa profondément prophète Mohamed clip_image001[20]. Mais le prophète Mohamed clip_image001[21] ne prit pas de sanctions contre eux bien que Dieu l’informa de l’innocence de Aicha, que Dieu l’agrée, dans cette affaire.

IV- Le prophète Mohamed clip_image001[22] a pardonné à ceux qui ont tué ses compagnons

Après la conquête de la Mecque le prophète Mohamed clip_image001[23] fit venir Wahchi, l’assassin de Hamza, son oncle. Wahchi avait trouvé refuge à Taïf lorsque l'Islam s'est répandu à la Mecque. Le prophète Mohamed clip_image001[24] lui demanda de lui présenter le récit de la mort de Hamza au cours de la bataille de Badr, ainsi que ce qui s'ensuivit. Il avait les larmes aux yeux, car son oncle l'avait soutenu à maintes reprises face à Abou Jahl, son pire adversaire. Le prophète Mohamed clip_image001[25] gracia le meurtrier de son oncle en dépit de l'avoir entre ses mains. Aicha, que Dieu l’agrée, rapporte que jamais le prophète Mohamed clip_image001[26] ne se vengea pour un tort personnel. Mais si l’on osait outrepasser les limites fixées par Dieu, il prenait de mesures disciplinaires pour la cause de Dieu contre le coupable.

C’est ce que confirme El Boukhari dans son Sahih : Aicha, que Dieu l’agrée dit : « L’envoyé de Dieu ne s’est jamais vengé pour son propre compte, mais si la Majesté de Dieu était offensée, il se vengeait au nom de Dieu .»  (Hadith, n° 1492)

V- Le prophète Mohamed clip_image001[27] a pardonné la traitrise et la vilénie de son entourage

Pendant qu’il priait avec ses compagnons, 80 Quoreïchites attaquèrent par surprise le prophète Mohamed clip_image001[28] . Ses compagnons finirent par maîtriser les assaillants. Cependant le prophète Mohamed clip_image001[29] leur accorda son pardon.

Une femme juive offrit prophète Mohamed clip_image001[30] et ses compagnons, de la viande empoisonnée dans le dessein de les exterminer. Pourtant le prophète Mohamed clip_image001[31] , allant contre l’avis de ses compagnons qui réclamaient la peine de mort, lui pardonna son acte après qu’elle eût avoué son intention criminelle

Après la conquête de la Mecque, le prophète Mohamed clip_image001[32] offrit une amnistie générale à tous ses ennemis sauf certains criminels de guerre qui méritaient la peine capitale selon le commandement divin. Cependant Ikrama, qui était de ces derniers obtînt le pardon du prophète. Sa femme musulmane intercéda pour lui auprès du prophète Mohamed clip_image001[33] et Ikrama Se convertit alors à l’Islam. Il demanda prophète Mohamed clip_image001[34] de prier pour lui afin que Dieu pardonne ses fautes et le prophète Mohamed clip_image001[35] pria : « Dieu, pardonne l’inimité que Ikrama avait envers moi. Pardonne-lui pour les injures qui sont sorties de ses lèvres. » !

Alors ?

Et vous,  commandités et autres vindicatifs personnages mauritaniens, vous refusez de pardonner !

A qui ?

A un « forgeron » qui se lamente sur sa condition sociale, en recourant à des citations d’autrui ?

Ceux qui veulent lyncher ce « forgeron » n’ont rien compris ni à son message de frustration dont la cause première  est toute la société mauritanienne, ni à la compassion du Prophète Mohamed clip_image001[36] , ni à son message de clémence !

Les faits historiques rapportés par les grands imams, d’El Boukhari, à Elmouslim et autres sommités de l’Islam, personne n’a rien à y redire, ni surtout dans les solutions que le prophète Mohamed clip_image001[37] a donné aux situations sociales et politiques critiques qu’il a affrontées durant la transmission de son message universel.

Ce que l’on tendance à oublier c’est que le Prophète Mohamed clip_image001[38] , messager de Dieu fut aussi un guerrier et un stratège. Il fut un homme de paix et un homme de guerre. Un dirigeant humain et un guide spirituel.

Cette grave confusion dans l’action du prophète, continue encore à semer le désordre et la haine.

A la question de savoir : Pourquoi le prophète Mohamed a privilégié une solution à une autre ne s’explique que par le contexte d’une conversion à l’Islam que mène le prophète Mohamed clip_image001[39] , et pour laquelle il a développé une stratégie, que souvent Dieu confirme dans les versets qu’il lui dicte. En effet, en maintes occasions, le prophète Mohamed clip_image001[40] , humain, s’est trouvé confronté à une situation sociale et une sourate lui a été révélée pour lui donner ce qu’il convenait de faire au mieux des intérêts des musulmans et de l’Islam. Mais tous les actes du prophète ne sont pas corroborés par des sourates dans le Coran. Le prophète, guide et stratège, a agi par lui-même au mieux des intérêts de l’Islam. Mais nul, ne peut, ni ne doit remettre en cause ces actes fondateurs d’une sunna pilier et source de l’Islam.

La question n’est pas de sanctionner ce jeune «  forgeron », en recourant au verbiage du lynchage : « blasphème », « offense », « apostasie » etc. mais d’agir comme le ferait le Prophète de l’Islam (mais le pourriez-vous jamais ? ) et de trouver la source de l’écrit de ce « forgeron » pour en tirer les conséquences sur le devenir de toute une société de castrés, mentalement castrée, par l’opportunisme de ses enfants.

I- Les exemples donnés plus haut, montrent que les comportements du prophète Mohamed clip_image001[41] à l’égard de ceux qui l’ont insulté, essayé de le déshonorer, de le tuer, de l’empoisonner lui et ses compagnons, n’étaient ni la vindicte, ni la mort ni l’exclusion ni l’exil !

Pouvez-vous être plus nobles dans vos actes que le prophète Mohamed clip_image001[42] !

Certainement non !

Vous comprenez donc l’étendue de votre erreur de jugement à l’égard de ce « forgeron ».

II- C’est vous qu’il faut blâmer d’avoir entretenu dans la société mauritanienne cette vilainie consistant à considérer que parmi vos frère il y ait des sous-hommes , des « forgerons » et pourtant si vous êtes croyant vous savez très bien que « le plus noble aux yeux de Dieu est le plus croyant d’entre-vous ! ».

Qu’en faîtes-vous rien ! Rien, vous entretenez les castes, la misère et la décadence sociale et de cette situation ne peut naître que la frustration, qui mène à tout ! Aujourd’hui c’est celle d’un forgeron, demain celle de la pléthore de castes qui peuplent la Mauritanie.

Le prophète Mohamed clip_image001[43] a dit : « Allah m’a commandé de vous enjoindre la modestie afin que personne ne se prétende supérieur aux autres ni ne les traite injustement. » rapporté par mouslim.

Le prophète Mohamed clip_image001[44] a aussi dit :

- « Allah ne regarde pas votre aspect, mais il regarde ce que renferme votre cœur et ce que vous accomplissez. » rapporté par Mouslim.

- « ô vous les gens ! votre seigneur est unique et votre père est unique ; vous descendez tous d’Adam et Adam provient de la terre. assurément, le plus noble d’entre vous auprès d’Allah est le plus pieux, et l’arabe n’a pas plus de mérite que le non-arabe sauf s’il se distingue par la piété. » .Authentifié par albâny dans at-targhîb wa at-tarhîb.

Ne soyez donc pas comme ceux d’antan dont Le prophète Mohamed clip_image001[45] a dit : «ceux d’antan ont péri, car ils renonçaient à punir le noble lorsqu’il volait, tandis qu’ils s’empressaient de sanctionner le misérable, s’il volait. Je jure par celui qui détient l’âme de Mohamed entre ses mains, si Fatima, fille de Mohamed, s’avérait être une voleuse, je lui couperais moi-même sa main ! » Rapporté par EL Boukhary et Mouslim.

Dans une société mauritanienne où la corruption est généralisée où les tribunaux saturent de doléances d’innocents où les prisons regorgent d’âmes perdues par le népotisme et l’injustice, ou la pauvreté est criante où les vices deviennent des vertus en sommes tout ce que Le prophète Mohamed clip_image001[46] a dénoncé, un forgeron de plus ou de moins, ne lavera la mauvaise conscience de personne.

Aussi, Puisque vous ne serez jamais plus cléments que le prophète Mohamed clip_image001[47], taisez-vous !

En 1840, Thomas Carlyle dans un chapitre de son livre “Hero as a Prophet” de son livre "Heroes and Hero Worship" écrivit  à propos du Prophète Mohamed clip_image001[47]:

« Un Prophète, porteur du message divin, fut envoyé à un peuple de bergers inconscients qui erraient dans le désert depuis la création du monde. Les inconscients devinrent de respectables personnalités et les faibles prospérèrent dans un monde qui se transformait. Moins d'un siècle après cet événement, les Arabes arrivèrent à Grenade et à Delhi. Durant plusieurs siècles, les valeurs, le génie et les splendeurs de la civilisation arabe brillèrent à travers le monde, lui apportant fécondité et foi profonde. Une nation prospérait et façonnait l'histoire de l'humanité dont elle élevait la conscience. Les Arabes, le prophète Mohamed clip_image001[47] et ce premier siècle furent comme une étincelle qui avait jailli sur un monde insignifiant de sable noir et qui apporta le Paradis de Delhi à Grenade. L'humanité entière l'attendait car c’était l'étincelle qui allait l'animer. Elle allait désormais resplendir. »

En 2014, en Mauritanie, quelques bergers inconscients, dans un désert, pourchassent encore…un « forgeron ». Loin de la lumière du Prophète Mohamed clip_image001[48], de Grenade à New Delhi.

Pr ELY Mustapha

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Poésie de la douleur.