samedi 3 juin 2017

Le code pénal mauritanien : horreur et mode d’emploi.

Lapidation…Culs-de jatte et morts en sursis

Sur le débat sur la peine de mort on ne reviendra pas. Il est si abondant et a fait couler tant d’encre et évaporé tant de salive que le retracer ici s’apparenterait à des ratures sur des cahiers ouverts d’une conscience humaniste encore en crise face à la peine capitale.
Cruelle chose que celle de prononcer une peine de mort à l’encontre d’un individu qui par la suite s’avérerait innocent. Encore plus cruel que de croire qu’un tribunal a le droit d’ôter une vie qu’il n’a pas donnée. Plus cruel encore une société ou la peine de mort est aussi présente dans ses lois que la simple contravention de voirie. Plus inhumain encore celle qui coupe les extrémités d’un individu qui a volé, une fois, deux fois…le réduisant à un cul-de-jatte.
L’examen du code pénal mauritanien nous incite à la réflexion suivante : si les dispositions sont appliquées n’aurions-nous pas eu les trois-quarts du peuple passés par les armes et le reste se trainant en culs-de jatte (estropié)?
En effet, le code pénal mauritanien est basé sur une conception poussée des peines afflictives et infamantes (la mort, la lapidation l’amputation, les travaux forcés, la réclusion).
En effet outre que tout condamné sera fusillé, la femme enceinte n’y échappe pas (après sa délivrance) autant dire que le reste du monde n’est pas mieux loti. La sécurité de l’Etat lieu privilégié. Tout y est à condamnation à mort de facto (espionnage, trahison).
L’assassinat, le parricide, l’empoisonnement : des passeports pour le peloton d’exécution.
L’anthropophagie ou la récidive suite à une condamnation à perpétuité : peine de mort.
L’hérésie, l’apostasie, l’athéisme, le relus de prier, l’adultère : peine de mort.
Refuser de prier : peine de mort
Tout musulman majeur qui refuse de prier tout en reconnaissant l’obligation de la prière sera invité à s’en acquitter jusqu’à la limite du temps prescrit pour l’accomplissement de la prière obligatoire concernée. S’il persiste dans son refus jusqu’à la fin de ce délai, il sera puni de la peine de mort. S’il ne reconnaît pas l’obligation de la prière, il sera puni de la peine pour apostasie et ses biens confisqués au profit du Trésor public. Il ne bénéficiera pas de l’office consacré par le rite musulman (art 306)
Apostasie : peine de mort
Tout musulman coupable du crime d’apostasie, soit par parole, soit par action de façon apparente ou évidente, sera invité à se repentir dans un délai de trois jours.
S’il ne se repent pas dans ce délai, il est condamné à mort en tant qu’apostat, et ses biens seront confisqués au profit du Trésor.
Homosexualité : peine de mort
Tout musulman majeur qui aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe sera puni de peine de mort par lapidation publique.
Adultère : lapidation, peine de mort
La peine de mort par lapidation, sera prononcée à l’égard du coupable marié ou divorcé. A l’égard de la femme en état de grossesse, la peine de flagellation et celle de lapidation sont suspendues jusqu’à l’accouchement.
Outre que suite à cela les trois-quarts du peuple seront déjà fusillés que restera-t-il ? Un quart de culs-de-jatte !
L’application de l’article 351 du code pénal ne fait pas de doute à ce propos :
Quiconque a soustrait frauduleusement une chose qui ne lui appartenait pas est coupable de vol et sera condamné à l’amputation de sa main si toutes les conditions suivantes sont remplies:
  1. Si le voleur est sain d’esprit et majeur;
  2. Si la soustraction est frauduleuse;
  3. Si la chose soustraite est susceptible d’appropriation;
  4. Si le coupable n’a droit à aucune revendication légitime vis-à-vis de la victime du vol;
  5. Si la valeur de la chose soustraite est égale ou supérieure au quart de dinar en or;
  6. Si le vol n’a pas pour mobile immédiat une nécessité de fait;
  7. Si la soustraction a été opérée dans un lieu habituel de gardiennage ou de conservation de la chose soustraite;
  8. Si le coupable n’est pas autorisé à pénétrer dans le lieu où s’est déroulée la soustraction;
  9. Si le coupable n’est pas un ascendant de la victime de la soustraction;
  10. Si la chose soustraite est sortie du lieu de sa soustraction;
  11. S’il n’existe aucun lien conjugal entre l’auteur et la victime de la soustraction et que la chose soustraite ne peut donner lieu à un vol entre les deux.
Dans tous les cas, l’amputation de la main droite du coupable n’est prononcée que lorsque toutes les conditions ci-dessus énumérées ont été réunies.
Si le coupable est récidiviste primaire, il sera amputé de son pied gauche. S’il est tri-récidiviste, il sera amputé de la main gauche. S’il est récidiviste pour la quatrième fois, il sera amputé de son pied droit. S’il est récidiviste pour la cinquième fois, il sera flagellé et emprisonné.
L’application de cet article aurait réduit (aux sens propre et figuré) bien du personnel politique et administratif de l’Etat sous l’ancien régime. Mais pas seulement celui-là.
En effet, avec ce que le pays a vécu ces trente dernières années, comment en principe après avoir appliqué les dispositions de ce code pénal, pensez-vous qu’il serait resté de vivants dans le désert mauritanien? Personne. A moins d’être six pieds sous terre ou, au mieux, se trainant sur le ventre.
Tout comme pour le reste de la législation mauritanienne, il est temps de revoir la législation pénale pour qu’elle puisse épouser le siècle, car avec cette législation anachronique bien du monde est potentiellement en attente dans le couloir de la mort. Cul-de-jatte et mort en sursis.
Pr ELY Mustapha

jeudi 23 mars 2017

Après la conférence de presse de Ould Abdelaziz : Décevant et ignorant !


« 33 sénateurs ne peuvent pas prendre un otage tout un peuple ! ». « Et l’article 38, permettant le référendum,  doit être appliqué et ni le Parlement ni le Conseil constitutionnel  n’y pourront rien ! »

Si le ridicule tuait, il aurait emporté le Président mauritanien. Ignorant la Constitution, le rôle du législatif et l’intérêt de la Mauritanie dans ses déclarations hésitantes et balbutiantes  Ould Abdel Aziz a montré qu’il avait l’attitude et le langage d’un dictateur.

En définitive, ce qui ressort de cette conférence de Presse est une déception, une de plus.

Ce qui est certain, c’est qu’Aziz n’a pas su profiter de cette conférence pour rehausser son image. Et il est probable qu’il vient, à travers elle, de signer la fin de son régime. Les conséquences incalculables de ce référendum qu’Aziz,  habitué aux coups de force, veut forcer malgré la clarté de la Constitution prélude d’un sombre avenir politique pour lui et une crise sociale pour la Mauritanie.

Décevant et ignorant !

Pr ELY Mustapha

lundi 9 janvier 2017

Voici le premier appel d’extrême urgence d’un expatrié mauritanien au nouveau Centre des opérations d'urgence mauritanien.



Suite à la grande générosité du gouvernement Aziz de mettre à notre disposition, nous autres expatriés mauritaniens, un « Centre des opérations d'urgence destiné à présenter aide et assistance en faveur des ressortissants mauritaniens à l'étranger » (http://cridem.org/C_Info.php?article=693005), j’adresse donc l’appel …d’extrême urgence que voici :
« Nous demandons, instamment, à Mohamed Ould Abdel Aziz de mettre fin :
-          à l’enrichissement faramineux de ses proches et moins proches ;
-          aux exactions subies par des centaines d’opposants à son régime ;
-           aux jugements de tribunaux auto-administrés par l’Exécutif à l’encontre de mouvements politiques ;
-          à la subordination des chefs des corps militaires et paramilitaires à ses désirs par l’enrichissement et les avantages illicite.
-          à l’entretien aux dépens des ressources publiques d’un parti majoritaire fictif qui le soutien du bout de sa gamelle.
-          à la criminalité qui a pris son essor en Mauritanie et qui est entretenue pour engendrer la peur et le désarroi chez le citoyen (suicide, meurtres, viols… ;
-          à l’appauvrissement du pays et de la détérioration des revenus des ménages ;
-          au pillage des richesses du pays par une nomenklatura à laquelle il n’a apporté aucune limite
-          à l’octroi des marchés publics à la parentèle et autres commerçants véreux ;
-          au bradage et de la vente des institutions de l’Education et de la culture au profit de marchands d’accointance ;
-          à la corruption qui gangrène le pays et qu’il a laissé faire ;
-           aux agissements de sa famille : détention d’armes à feu, atteinte à l’intégrité physique de personnes innocentes ;
-          à la dilapidation des biens et de l’usage des biens d’une fondation qui s’est fondée au mépris de toutes les lois de la gestion et des finances publiques.
-          Au troc institutionnel des biens publics et le servage du Parlement (sénateurs avilis par des terrains octroyés). »

Cet appel étant fait aussi à la mémoire du peuple mauritanien, j’espère que mon appel sera reçu sur un numéro vert (non détourné) car le peuple, crevant la dalle, n’a plus les moyens de communiquer.

Pr ELY Mustapha

samedi 5 novembre 2016

Lettre à monsieur l’ambassadeur de France en Mauritanie. Quelle déclaration inamicale ?

Monsieur l’ambassadeur, excellence,
Comment osez-vous mettre en garde vos concitoyens français à propos du danger de circuler dans certains quartiers de Nouakchott ? Comment avez-vous pu oser engendrer la colère de notre gouvernement à propos d’un danger qui est loin de la dimension à laquelle vous pensez ?
Depuis l’arrivée des militaires au pouvoir et particulièrement d’Ould Abdelaziz, jamais une quiétude si grande n’a régné sur les habitants de Nouakchott et ses beaux quartiers. Les agressions physiques, les suicides quotidiens, les viols et autres criminalités que l’on retrouve dans les quartiers de Paris, en France, nous ne les connaissons pas. Notre police au garde-à-vous à tous les coins de la capitale est l’une de plus efficace et des mieux tenues (au sens propre et figuré) du monde. Elle protège le citoyen, la veuve et l’orphelin ; et tous vos concitoyens français qui circulent dans les quartiers sécurisés de Nouakchott, le savent quand ils abordent nos policiers et nos gendarmes souriants, affables et surarmés pour les protéger, contre un danger fictif que vous, excellence, vous vous appliquez à faire exister à travers vos mises en garde diplomatiques et consulaires.

Monsieur l’ambassadeur, excellence,



Depuis son arrivée au pouvoir,  Ould Abdelaziz est un homme de Dialogue, et même ceux qui sont potentiellement criminels, ont renoncé à exercer leurs talents par respect et devant tant de sollicitude et d’écoute de celui qui a fait ses preuves en renversant un Président élu, commis deux coups d’Etat et  fait mordre la poussière à toute une opposition farinée.
Alors, comment voulez-vous qu’il y ait de la criminalité dans les quartiers de Nouakchott, puisque tous les ménages sont dans l’abondance, les marchés débordent de victuailles et les mendiants n’existent que parce qu’ils cherchent à s’enrichir d’avantage.

Monsieur l’ambassadeur, excellence,
Quelle que soit votre réponse, à l’attitude froissée du gouvernement mauritanien exprimée par un porte-parole, attractif des jets de sandales, nous croyons ferme que la mise en garde que vous avez adressée à vos compatriotes est très « inamicale ». Non pas inamicale pour la Mauritanie, loin de là, mais pour vos propres compatriotes que vous privez de venir circuler dans nos beaux quartiers, pavés aux grés, fleuris et odorants qui ne doivent rien à la Cité Florale du XIIIe arrondissement (comme vous le savez, entre la Place de Rungis et le Parc Montsouris.)
C’est pourquoi vos compatriotes devraient faire une pétition pour le rétablissement de leurs droits inaliénables à visiter les quartiers de Nouakchott, leurs droits culturels et touristiques en sont gravement lésés.

Monsieur l’ambassadeur, excellence,
Jamais nos quartiers n’ont été aussi salubres que durant les mandats du « président des « pauvres » (les pauvres !). La pauvreté est devenue invisible est c’est l’un des acquis de ce régime, puisque les détritus s’amoncelant dans les rues et les avenues, ils cachent les pauvres. Mais ravisez-vous de dire « inamicalement » comme j’ose le dire,  « détritus »,  car en fait dans la politique actuelle du régime les immondices qui couvrent Nouakchott font partie de la stratégie de développement du pays visant à produire à l’échelle nationale un humus fertilisant des rues et des avenues afin de faire refleurir davantage les beaux quartiers de Nouakchott (le grain est dans le sable) . Le citoyen mauritanien l’a d’ailleurs très bien compris, lui qui se débarrasse de tout détritus par toutes les issues possibles (porte, fenêtre, portière de voiture, charrette au galop) ; et si l’un de vos heureux compatriotes, ayant (ô combien !) la chance de circuler à Nouakchott, reçoit une poubelle pleine sur la tête qu’il s’estime heureux, il participe à la dynamique du développement soutenue par l’Aide publique française au développement versée à la Mauritanie.

Monsieur l’ambassadeur, excellence,
Les homicides dont vous entendez parler dans nos quartiers sont pour la plupart… involontaires. Qu’on se le dise !  Car nos voitures n’ont pas de freins (ni à pied ni à main), nos piétons peuplent allégrement le bitume, nos taxis sont à vitesse unique, nos policiers ont depuis longtemps avalé leurs sifflets. Tout est involontaire, nous sommes, monsieur l’ambassadeur, un peuple innocent. Pourquoi donc privez-vous, par une déclaration inamicale, vos concitoyens de flâner dans nos belles de cités de « netteg jembe » l’odorante, de Baghdad, la flottante… ?
Ici, vos compatriotes développeront par des exercices quotidiens, leur odorat, là-bas ils apprendront à surfer dans nos rues sur les lacs d’eau saumâtres de nos blanchisseries à ciel ouvert. Et ils pourront même (ô bonté divine !) faire le saute-mouton sur les cadavres d’ânes au soleil.

Monsieur l’ambassadeur, excellence,
Vous voyez donc que, comme l’a si bien dit le porte-parole d’Ould Abdelaziz, vous avez pris un acte contraire à l’amitié qui doit lier nos deux pays. En ne pas laissant vos concitoyens se faire arnaquer, ni agresser, ni voler dans certains de nos quartiers, vous faîtes preuve d’un manque de solidarité avec la politique de développement de nos villes et cela ce n’est pas… diplomatique. Comment le policier véreux va mettre du beurre sur ses épinards (qui d’ailleurs sont inconnus en Mauritanie), comment le pauvre criminel lâché dans la nature par un régime incompétent, payera-t-il son loyer sinon en trucidant son bailleur et là, vous incitez vous-même au développement de la criminalité. Car sans vos compatriotes dans certains de nos quartiers quel avenir économique local sans euros subtilisés ?

Monsieur l’ambassadeur, excellence,
Une lettre explicative, d’excuses voilées et jetant quelques fleurs au régime putschiste d’Aziz (Dialogue salutaire etc. etc.) ne suffit pas, il faut que vous vous rachetiez, non pas auprès de la Mauritanie, mais auprès de vos compatriotes en publiant sur le site de l’ambassade de France à Nouakchott l’avis suivant :
« Tous nos compatriotes visitant la Mauritanie et particulièrement Nouakchott et certains de ses quartiers sont vivement encouragés à continuer leur visite.
Cependant les précautions suivantes sont à prendre avant de voyager dans ce beau pays :
  • Prendre des cours de twist pour savoir éviter les jets de seaux d’eau sale aux coins des rues ;
  • Emprunter une côte de maille (de préférence au musée national des armures médiévales) pour flâner l’esprit tranquille dans certains quartiers ;
  • Se faire tatouer tout le contenu de son passeport directement sur la peau pour faciliter à l’ambassade le rapatriement en cas de gentille subtilisation des documents personnels ;
  • De se munir d’un panneau de STOP pour traverser les rues et si impossible à trouver, prendre des cours de saut de kangourou (s’exercer à sauter le plus haut possible. Les camions font aussi le taxi) ;
  • Prendre des cours de zoologie animale pour pouvoir parler aux taximen et aux conducteurs de charrette (l’âne en est souvent le maître) ;
  • Ne pas utiliser son téléphone portable en cas d’urgence. Un portable exposé expose à une autre urgence.
  • Développer ses facultés olfactives, pour se guider dans les quartiers (l’air devient moins odorant à la périphérie et plus acre au centre).
  • Apprendre à être patient pour retirer de l’argent. S’exercer à utiliser sa carte de crédit dans une bouche à incendie, les distributeurs locaux (DAB) réagissent moins vite.
  • Ne prendre le taxi qu’en cas de catastrophe (exemple si Sarkozy revient au pouvoir) et vérifier la direction qu’il prend. Les taximen appliquent les théorèmes de Thales pour saler la facture. Autant dire qu’ils n’empruntent la ligne droite que pour les autochtones.
  • Enfin, dans tous les cas si quelqu’un parle de la déclaration inamicale de « votre ambassadeur » sur certains quartiers de Nouakchott et que vous êtes dans l’un deux, dîtes : « combien ? »
Ceci dit, l’Ambassade rassure tous les compatriotes sur la bonne situation de sécurité qui règne à Nouakchott et elle reste à l’écoute de tous les compatriotes visitant les quartiers visés, si, bien-sûr, ils en reviennent. »

Monsieur l’ambassadeur, excellence,
En publiant cet avis, l’ambassade de France en Mauritanie aura couvert la déclaration inamicale qu’elle a faite aux français visitant Nouakchott puisque, de toute façon, elle n’avait pas à adresser des excuses au gouvernement Mauritanien, dont, soit dit en passant, les membres ne vivent pas dans lesdits quartiers.
Quant au peuple Mauritanien et aux habitants desdits quartiers, ils savent que la criminalité de quartier fait moins de victimes que celle qui s’exerce au (et depuis) le sommet de l’Etat.
Recevez, excellence, l’expression de ma considération la plus offusquée par votre déclaration inamicale à l’égard de vos concitoyens français, contribuables, pourvoyeurs de l’aide publique française au développement que nous recevons (dans les poches de nos dirigeants).

Pr ELY Mustapha

Crédits images et graphiques : Ibrahima Sy, Mouhamadou Koita, Doulo Traoré, Moussa Keita, Baidy Lo, Marcel Tanner et Guéladio Cissé « Vulnérabilité sanitaire et environnementale dans les quartiers défavorisés de Nouakchott (Mauritanie) : analyse des conditions d’émergence et de développement de maladies en milieu urbain sahélien ». Vertigo – La revue électronique en sciences e l’environnement - Volume 11 Numéro 2 | septembre 2011. (https://vertigo.revues.org/11174)

jeudi 3 novembre 2016

Lettre à ceux qui veulent succéder à Aziz: sans poches pleines pas de place au pouvoir.


Tous ceux qui arrivent au pouvoir en Mauritanie, et qui veulent y rester s’empressent de s’enrichir. Ce sont des voleurs mais des voleurs avertis. Ils savent que nul ne peut accéder au pouvoir ni y rester sans avoir les poches pleines. De ce point vu, ceux qui dirigent, à coups d’Etat, la Mauritanie depuis 1978, ont tout compris : pour rester au pouvoir il faut en avoir les moyens. Et il faut tant qu’on est au pouvoir, les accumuler.

Ils ont compris que l’électeur mauritanien est par essence un électeur du ventre. Et que l’intelligentsia mauritanienne n’est point insensible au froissement des billets et aux avantages en nature.
Si le régime d’Aziz, comme les précédents qu’il a servis, se caractérise par des détournements de biens publics tous azimuts et par des responsables à tous les niveaux, qui, en toute impunité courent les rues et partagent leurs pécules avec qui de droit, c’est parce que la seule voie d’accès au pouvoir en Mauritanie (et d’y rester) c’est d’être riche.

Riche pour se payer les notables, les tribus, les intellectuels véreux, les gradés de l’armée et de la police, les fonctionnaires, les commissionnaires des marchés publics, les attentistes, les opportunistes de salon, les expectants aux nominations, les prêts-à-se dévoyer, les me-voici-malléables- corvéables- à-merci.

 Le pouvoir engrange, à travers les multiples canaux de l’autorité dont il dispose, sur les finances et les ressources du pays, les moyens matériels et monétaires de sa pérennité.

Machiavélique, il sait que tout un peuple appauvri tendant la main, ne suivra que celui qui pourra y déposer une obole, de quoi subsister. Appauvrir un peuple jusqu’à demander l’aumône, pour mieux acheter sa liberté au prix dérisoire.

Ne nous méprenons pas sur ces procès-bidons de personnalités, aux quatre coins du pays, qui détournent les biens publics. Ce n’est qu’une mascarade ; car ceux qui détournent les milliards savent qu’ils seront impunis car ils connaissent avec qui les partager.

Alors ne nous méprenons pas si le pouvoir en place - fort des ressources du Trésor public et des revenus confisqués de la Nation- mette en marche sa machines de zombies fonctionnant aux rétributions et autres nominations.

 Un porte-parole-zombie qui parle comme du papier à musique, des ministres-zombies qui vendent leur âme pour un mandat indu et qui jouent un jeu faustien si macabre que le Diable lui-même n’en voudrait plus.

Autant dire que les régimes successifs en Mauritanie ont compris face à la misère morale et matérielle, tout s’achète. Alors ils abrutissent le peuple, en achetant l’obscurantisme et en vendant écoles, en promouvant le mercantilisme morbide et en détruisant les valeurs sociales.

Ils jettent des générations dans l’indigence intellectuelle et matérielle pour les trainer ensuite par le cordon de leur bourse.

Alors tous ceux qui veulent accéder au pouvoir doivent savoir que la seule voie de salut est de jouer dans la Cour des riches potentats qui actuellement squattent le pouvoir ; et pour cela, il faut en avoir les moyens financiers et matériels.

Le peuple avilit ne répond plus aux idéaux, mais à l’appel du ventre. Que ceux qui comptent  sur les distinctions internationales pour faire comprendre au peuple leur juste cause, que ceux qui pensent qu’être constitué en parti leur ouvre la voie du pouvoir,  que ceux qui ont de nobles idéaux à faire valoir pour briguer le pouvoir doivent savoir que personne n’en a plus cure.

Ce qu’il faut pour lutter pied-à-pied avec le pouvoir aux prochaines élections, c’est la capacité de mettre en œuvre des moyens financier similaires sinon plus importants.

Acheter les tribus, les notables, les religieux, les fonctionnaires, le patron et la ménagère, l’officier supérieur et le BASEP.

Aucun chef de tribu ne résisterait aujourd’hui à la remise d’un « troupeau » de tout-terrains flambant neufs et de ressources pour creuser une dizaine de puits. Aucun notable phagocytant des postes indus ne refusera de monnayer ses prérogatives contre le sonnant et le trébuchant au bénéfice de sa personne. Quant à l’intelligentsia mauritanienne, elle comprend comme on le sait une frange prête à sauter dans le premier chaudron monétaire qu’on lui présenterait.

Alors les marches de l’opposition clamant sous le soleil des idéaux et des valeurs galvanisent ceux qui y sont sensibles mais ils le suivent jusqu’à ce qu’ils trouvent le « juste prix » de leur renonciation à les défendre. En Mauritanien ; à travers les régimes militaires corrompus qui ont corrompu toute une société, les valeurs sociales sont devenue monétaires et l’idéal s’est transformé en refuge auprès de celui qui pourrait assurer la pitance et le couvert.

Alors, au lieu de penser à marcher à tout vent clamant des idéaux, l’opposition doit regarder vers trésorerie et l’évaluer ; car la vraie bataille électoral en Mauritanie, n’est ni idéologique, ni idéelle, ni même de principes c’est un bataille de la Bourse et des nantis.

Ceux qui croient que le militantisme en savates et guenilles, même organisé en partis et le militantisme à la rhétorique enflammée pour galvaniser les foules, permettront d’accéder au pouvoir, sont des perdants d’avance.  

La formule pour accéder au pouvoir en Mauritanie est la suivante : Combien de millions (de milliards) d’ouguiyas (X) je dispose pour « m’allier » un nombre suffisant d’électeurs (Y) me permettant d’accéder au pouvoir par les urnes (Z). Tout l’art de la politique du ventre ici est d’optimiser le rapport entre Y (notables influents) et X (le budget comparé au budget concurrent) pour remplir les urnes (Z).

Cette formule est basée sur les postulats suivants :
  • -          Aller aux élections sans argent est un ridicule ….électoral
  • -          Les notables et autres espèces argentées ne sont sensibles qu’à la monnaie fiduciaire.
  • -          L’idéal social, patriotique, national etc. équivaut, dans cette formule, à zéro (il annule la multiplication des efforts et neutralise leur addition)
  • -          Les militaires qui appuient le détenteur du pouvoir (actuel et futur) conçoivent leurs privilèges comme des barbelés : qui s’y frotte s’y pique. Seul des privilèges plus « privilégiant » les feront ramper sous les barbelés (exercice militaire fréquent depuis les coups d’Etat).

En définitive, si aucun parti politique mauritanien n’a les moyens de faire une campagne électorale d’abondance (et de bombance) comme le feront les potentats du pouvoir qui ont pillé l’Etat depuis 1978, et plus récemment encore, qu’il aille se convertir dans les œuvres charitables.
Si le vote du Mauritanien était un vote basé sur un militantisme idéologique ou sur une conviction d’un idéal que pourrait représenter n’importe quel citoyen à ses yeux, croyez-vous que des militaires putschistes successifs auraient été plébiscités durant des dizaines d’années par des votes « populaires » ?

Allons donc !  Pour gagner les élections en Mauritanie, il faut soit avoir les poches pleines…soit avoir la force de son côté. Un trésor (public) …ou un Bataillon (de préférence ASEP).
Une opposition pauvre, ne représente qu’une chose aux yeux du peuple : elle lui renvoie l’image de sa propre misère….et il est vrai qu’elle y est (par ses compromissions, sa faiblesse et ses divisions) pour quelque chose.

Alors en matière électorale pour les électeurs du ventre la sagesse populaire (celle qui arrange) est plus que de mise : un tien vaut mieux que deux tu l’auras.
Aller aux élections les poches pleines vaut mieux que d’y aller les musettes pleines de principes ; les secondes ne peuvent payer ce que les premières peuvent acheter….dans un pays où les valeurs sociales sont fiduciaires.

Pr ELY Mustapha

mercredi 14 septembre 2016

Le rap contestataire mauritanien : Ewlad Leblad, une anthologie de la criminalité d’Etat en Mauritanie.

eur dernier clip est une anthologie de la criminalité d’Etat en Mauritanie. Noms et photos en haute définition, le tableau de chasse du groupe de rap mauritanien Ewlad Leblad est d’autant plus riche qu’il fait le panorama de tous ceux qui depuis deux décennies au moins ont mis à sac l’économie mauritanienne. Indexant le général Ould AbdelAziz jusqu’aux barons du régime et leurs  protégés, Ewlad Leblad dénoncent le trafic de drogue, le détournement des biens publics, la corruption, le népotisme et les malversations de toute la nomenklatura politique mauritanienne.
Pourtnat, tout cela se sait en Mauritanie et les délinquants financiers et économiques d’Etat courent les rues sans être inquiétés. La justice est souvent de leur côté et leurs alliés aussi. Des procès bidon, des simulacres de jugements et des  peines dont le prononcé ressemble à des règlements de compte de juges en services commandés. Un adolescent jetant une chaussure à un porte-parole du gouvernement écope de trois ans de prison, un ministre détournant (et le disant) de façon notoire des milliards et mettant à genoux des entreprises publiques et des projets nationaux est nommé à la tête d’institution financière internationale. Les exemples foisonnent.

Ce qui est certain c’est que le tableau des personnages et les méfaits que rapportent Ewlad Leblad sont connus de tous, toutefois (et c’est là leur grand mérite),  ils les  mettent sous forme de Rap pour atteindre la masse silencieuse qui attend qu’on les crie puisque, face au régime actuel, elle est sans voix. Sans voix, du fait de l’oppression policière, de la justice instrumentalisée et de la nomenklatura qui porte à bout de bras un régime qui partage avec elle les ressources  du pays.
Faisant l’objet d’agressions, d’emprisonnement  et d’intimidation les membres de ce groupe de rap n’ont cependant pas baissé les bras.
Leur récente vidéo constitue certainement une référence non seulement pour le présent mais aussi pour le futur à l’image de ce que,  en son temps,  XouldY, le célèbre bloggeur avait fait en publiant la liste des 500 corrompus du régime de Ould Taya. Un succédané des régimes militaires successifs qui ont miné le pays. Les noms et  les visages de la corruption du pays sont désormais « rapés » dans la mémoire et gravés dans le numérique …pour une justice à venir d’un avenir certain.
Pr ELY Mustapha

dimanche 11 septembre 2016

Le syndrome Ribat el Bahr, ou comment la mafia mauritanienne pénalise le développement.

Le promoteur immobilier saoudien Tanmiyat, et partenaires  avaient lancé en Mauritanie la construction d’une ville balnéaire (comprenant une marina) s’étendant sur 8 km².
En Novembre 2010, Ould Abdel Aziz avait donné le coup d'envoi (au Km 7 sur la route Nouakchott-Nouadhibou) pour le lancement des travaux d'une nouvelle ville répondant aux normes de la modernité dénommé " Ribat Al Bahr".
« La ville, qui disposera de tous les services nécessaires, tire son nom du "Ribat" créé par l'érudit Abdallahi Ibn Yacine, qui a constitué le point de départ de l'Etat des "mourabitounes".
Le projet, le premier de son genre en Mauritanie et dont le coût global est de 3 milliards de dollars, accueillera une population de 50 000 personnes disposant de tous les services nécessaires. Il sera exécuté par le groupe mauritanien pour l'investissement avec la participation d'un certain nombre d'investisseurs et de partenaires étrangers, à leur tête l'établissement islamique pour le développement du secteur privé relevant du groupe de la Banque Islamique de Développement (BID).
Le projet comprendra des quartiers, des places de loisir, des infrastructures sanitaires et scolaires, des complexes commerciaux et d'autres services nécessaires à la vie moderne. » (AMI)
Où en  est actuellement ce projet  6 ans après?
Le site dédie à ce projet (http://ribatalbahr.mr) ne répond plus.
Un archive récupérée de ce site définit son Master plan.
« Le projet couvre une surface totale de 675 hectares dans un site particulièrement intéressant, au nord de la ville de Nouakchott dans le prolongement de la zone de Tavregh-Zeina à 7 km du centre ville et 16 km du nouvel aéroport international de Nouakchott, Il est délimité à l’Ouest par l’océan atlantique et à l’Est par la fameuse autoroute reliant l’Europe et l’Afrique subsaharienne à travers Nouadhibou.
Le projet comprend des zones résidentielles dont chacune dispose de structures sanitaires, scolaires, et de services, tous accessibles aux habitants en moins de 7 minutes de marche. Il comprend également une zone touristique dédiée aux complexes touristiques et hôtels, une zone réservée aux bureaux avec un quartier financier et d’affaires, un centre commercial moderne et d’autres équipements importants. »
Le site physique est fermé depuis 2013 et les images satellites de la localisation géographique de ce projet montrent en septembre 2016, les mêmes infrastructures que celles qui s’y trouvaient quelques mois  son  inauguration en 2010: une route bitumée et une petite construction lotie
Voici les images :
En 2011


En 2016 :



Que s’est-il donc passé pour qu’un projet grandiose lancé en 2010, suivi jusqu’en 2013 soit complétement caduque trois ans plus tard. Du côté du gouvernement mauritanien et de la nomenklatura, c’est le silence total.
Mais des sources externes affirment que le promoteur saoudien, et ses partenaires se sont désistés suite aux tracasseries des autorités mauritaniennes et de leurs mandataires. Entendez par là, toute la nébuleuse mafieuse qui s’est accrochée au projet pour soutirer des investisseurs les pots de vin et autres commissions qui ont fait que la Mauritanie est classée parmi les Etats les plus corrompus au monde. Ratant un investissement de plus de 3 milliards de dollars mettant en jeu des sociétés prestigieuses (de promotion immobilière, de bâtiment,  d’architecture et de design etc.) et qui de leur avis constituait une valeur ajoutée certaine pour l’économie nationale. Ci-après, a page du site disparu (rubrique « ils ont dit ») :

Ismail o. Bodde o. Cheikh Sidya
Ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire

«En plus de sa connotation historique liée à l’identité du pays et source de fierté pour tout les mauritaniens, RIBAT ALBAHR s’insère parfaitement dans le cadre de nos priorités en raison de son impact positif sur l’économie mauritanienne à travers la mise en place d’un habitat adéquat et la création d’emplois pour les jeunes ainsi que le développement des infrastructures de la ville de Nouakchott.

Khaled M. Al-Aboodi
Président du Conseil d’Administration de MMI.sa

CEO/Directeur général de La Société Islamique pour le Développement du Secteur Privé

RIBAT ALBAHR représente une entité urbaine indépendante et comporte des zones résidentielles, touristiques et d’affaire, et profitera de réseaux modernes de routes, d’assainissement, d’eau, d’irrigation, de transport, ainsi que les équipements de santé et d’éducation nécessaires et de nombreux équipements utiles pour la ville de Nouakchott et qui feront assurément du projet une destination distinguée.

Sulyman A. Aziz Al-Majed
Président du groupe TANMIYAT


Je pense que la vision de Ribat Albahr en soi, représente un important changement d’orientation du développement immobilier en Mauritanie et un exemple de ce que, ce beau et enraciné pays, mérite comme développement immobilier, que j’ espère, va participer au renforcement du niveau de vie pour qu’il reste proportionnel avec les prometteuses perspectives économique du pays.

Abdul Samie El fadil
Chairman AQTAR

Nous travaillons pour faire profiter RIBAT ALBAHR des meilleures compétences et des expériences internationales les plus riches, en matière de gestion des infrastructures et équipements publics, et nous visons dans ce domaine à contracter avec les plus grandes sociétés de façon à transférer leur compétence au projet.

Shaikha El-Arfaj
Directeur général PACE

Le projet RIBAT ALBAHR se caractérise par l’adoption de standards internationaux au niveau de la conception, ce qui lui ouvre largement la porte pour concurrencer des villes modernes. La prise en considération du souci environnemental et l’intégration de concepts environnementaux nouveaux lui confère le statut de ville verte par excellence.

Adel Karam Jemah
Directeur général TPM engineering Dubai


En plus de son enracinement profond dans l’histoire et son aspiration à l’avenir, RIBAT ALBAHR représente une oasis de l’investissement et un lieu idéal pour habiter, travailler, se reposer et se divertir.

Zakıyoulahı Sow
Directeur général TAMWEEL AFRICA

Aussi bien en quantité qu’en qualité, RIBAT ALBAHR sera probablement le plus important projet immobilier dans la région de l’Afrique de l’Ouest et il est sûre que de nombreuses institutions financières vont chercher à l’accompagner.

Rachid Lazrak
Directeur Général LAZRAK IMMOBILIER

A mon avis ce qui caractérise le plus RIBAT ALBAHR en tant que projet c’est surtout la conjugaison de toutes ces compétences complémentaires. Pour cette raison je m’attends à ce qu’il constitue une expérience unique dans la région.

Shahvand Yousefizadeh
Architect/ PACE


L’idée de conception du projet RIBAT ALBAHR implique de proposer la meilleure exploitation possible du site et la création d’une hiérarchie logique entre les différents espaces dans le respect de l’échelle humaine, ainsi que l’organisation du projet de façon à favoriser des relations de voisinage exemplaires et la création d’une ville mauritanienne où la marche sur pieds est agréable.

José Maria Aguirre Vila-Coro
AAA ARQUITECTOS


Je m’attends à ce que la mise en œuvre de cet ambitieux et fascinant projet, soit accompagnée par un changement radical dans le niveau des services et équipements commerciaux, et en tant qu’architecte je suis heureux de participer à ce changement.

Juan Manuel Palerm
Architect / Palerme & Tabares de Nava

De toutes les dimensions, l’expérience de conception du parcours piétons du RIBAT ALBAHR est une expérience digne d’intérêt et j’espère voir RIBAT ALBAHR devenir une destination distinguée pour tous.

La viabilité d’un projet et sa réussite, étant proportionnelles à la mentalité de ceux qui en bénéficient, en Mauritanie, son avenir est aussi incertain que les villes ensablées.
Le népotisme et la corruption sont aussi mortels pour les projets en particulier que pour le développement en général.
Que reste-t-il  désormais de ce grand projet ?
Rien. Du vent, du sable,  un Etat qui n’est pas à la hauteur de sa mission et ….une belle vidéo.


video


Pr ELY Mustapha

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Poésie de la douleur.