mardi 5 octobre 2010

De l’obéissance au gouvernant

 

Quels oulémas pour quelle république?

 

Selon Abou Sa’id El Khodry, le Prophète sallAllahualayhiwasalam a dit : « Dieu n’a suscité aucun Prophète ni institué aucun calife sans leur adjoindre deux catégories de confidents. Les uns qui l’exhortent à faire le bien et le poussent à le faire, les autres qui l’exhortent à faire le mal et le poussent à le faire. N’est protégé que celui que Dieu protège. »

Et il ne fait pas de doute que  la religion musulmane est aujourd’hui malmenée par ceux-là même qui sont sensés la servir au mieux des intérêts des croyants.

Mais est-ce là un phénomène nouveau? Certes non.  Je me rappelle, dans ma tendre jeunesse, de ces féticheurs qui, psalmodiant mille et un versets, se présentaient pour vendre leurs talismans et qui refusaient d’en recevoir, en contrepartie, un prix modique; mais voulaient se faire payer au prix fort en invoquant le verset:

اشْتَرَوْا بِآيَاتِ اللَّهِ ثَمَنًا قَلِيلًا فَصَدُّوا عَنْ سَبِيلِهِ ۚ إِنَّهُمْ سَاءَ مَا كَانُوا يَعْمَلُون

“Ils troquent à vil prix les versets d'Allah (le Coran) et obstruent Son chemin. Ce qu'ils font est très mauvais!”

Alors que ce verset, dans toutes les interprétations depuis El Tabari à  El Jellaleyn, en passant par El Kortobi et Ibn Koutheir qui, tout en le plaçant dans le contexte historique,   met en garde les croyants contre l’abandon de la parole de Dieu pour suivre leurs désirs et leur convoitises.

On retrouve, aussi cette référence divine de la parole de Dieu au “vil prix” dans les sourates “El baghara”, “Alli Omrane”", “El ma’idah”. Ces versets ne s’adressaient donc nullement ni au troc des talismans ni à leur valeur financière.

Mais si ces versets détournés de leur sens réel couvraient  une simple escroquerie vidant les poches de quelques incrédules, il reste que lorsqu’un tel comportement est porté à l’échelle de l’Etat il devient un crime; surtout quand il  vise à soumettre tout un peuple au dictat d’une personne en utilisant la religion et ses saintes prescriptions. Parmi ces attitudes dangereuses, l’invocation de l’obéissance au détenteur du pouvoir.

يا أيها الذين آمنوا أطيعوا الله وأطيعوا الرسول وأولي الأمر منكم فإن تنازعتم في شيء فردوه إلى الله والرسول إن كنتم تؤمنون بالله واليوم الآخر ذلك خير وأحسن

“ Ô croyants ! Obéissez à Dieu, obéissez au Prophète et à ceux d'entre vous qui détiennent le pouvoir . En cas de litige entre vous, référez-vous-en à Dieu et au Prophète, si votre croyance en Dieu et au Jugement dernier est sincère. C'est là la démarche la plus sage et la meilleure voie à choisir.” (Sourate Ennisaa verset 4.59)

Tout en regroupant, pour plus de clarté , sous ce terme de “jurisconsultes”, les autorités religieuses ayant une influence ou un lien direct avec la communauté musulmane (Oulémas, imams, juristes etc), nous remarquons que l’utilisation d’un tel verset avait, dans les temps immémoriaux, permis aux jurisconsultes musulmans  d’assujettir la volonté des  musulmans au pouvoir du plus fort.

L’attitude des jurisconsultes s’expliquait aussi par le fait qu’à la fin de l’âge d’or  des califes rachidines, compagnons du prophètes, le califat  arrivait toujours par voie de conquête, de soumission et de coercition s’imposant et se perpétuant par voie héréditaire et dictatoriale et parfois sanguinaire.

Aussi la soumission au plus fort dans les périodes de conquêtes et de razzias s’expliquait bien par le recours aux armes pour soumettre les peuples.

C’est toujours  sur cette lancée que des jurisconsultes musulmans d’aujourd’hui continuent à perpétuer un telle tradition et l’appuient sur le verset précédent mais aussi sur les préceptes malékites de l’obéissance au gouvernant tel que cela ressort des prescriptions de l’imam Malek ibn Enes: " Il est préférable de supporter un roi injuste pendant soixante-dix ans plutôt  que de laisser un peuple sans chef, ne serait-ce que le temps d'une heure. "

La crainte de la zizanie et de l’insécurité qui pouvaient résulter d’une période sans gouvernant a donc toujours expliqué la justification de la soumission bon gré mal gré au gouvernant, fut-il injuste.

Si cependant on peut comprendre l’intérêt historique d’une telle attitude des jurisconsultes musulmans dans un monde de guerres de conquête et de convoitises du pouvoir entre califes, factions et étendards divers, il est difficile aujourd’hui de comprendre la dimension  de la difficulté lorsqu’il s’agit de concilier les préceptes malékites de gouvernance dans un pays musulman malékite mais  gouverné par un Etat régi par une constitution moderne se proclamant régime démocratique ( la démocratie étant “le gouvernement du peuple par lui-même”), il y a alors une contradiction qui jette à terre toute volonté d’évolution des institutions républicaines en Mauritanie.

Si l’appel religieux à l’obligation d’obéissance au gouvernant fait l’objet d’un tel assentiment c’est qu’il est véhiculé par ceux qui sont en charge de dire “la religion”, les oulémas.

Aussi des questions essentielles se posent:  

Quelle place occupent les oulémas dans la société musulmane pour entrainer un tel assujettissement? (I)

Cette place est-elle réellement due par les oulémas d’aujourd’hui et n’ y  a t-il pas une nécessité  de revoir les concepts de “ilm” (savoir) et “Alem”(savant)tels qu’ils devraient y ressortir de la sainte écriture? (II)

L’obligation d’obéissance au gouvernant, prescrite par la religion et véhiculée par ces oulémas, est présentée comme un dogme, mais n’ est-elle pas soumise à des conditions préalables qui dictent son application? (III)

Dans un régime mauritanien constitutionnel, soumis au droit positif, la mise en œuvre d’une telle obligation religieuse n’est-elle pas contradictoire avec le caractère non théocratique et démocratique de l’Etat? (IV)

Enfin,  une génération d’oulémas  s’est mise, aujourd’hui, à interférer avec les régimes politiques en place (“oulémas du pouvoir”). Qu’est-ce qui les détermine?  Restent-ils vraiment dans les limites que doit dicter leur statut religieux dans la société et dans l’Etat? ( V )

Autant de questions auxquelles nous consacrerons les développements qui suivent.

 

I- Le statut des oulémas dans la religion musulmane et dans la société mauritanienne

La tradition est claire à ce niveau, les oulèmas se répartissent en  fonction de leur discipline. Globalement on distingue les érudits dans la science coranique et de la Sunna (Hadiths) et les érudits de la doctrine et de la jurisprudence. Comme le mentionne les jurisconsultes:

والعلم علمان : علم التوحيد والصفات وعلم الفقه والشرائع .

 
فالأصل في علم التوحيد التمسك بالكتاب والسنة ومجانبة الهوى والبدعة كما كان عليه الصحابة والتابعون والسلف الصالحون - رضوان الله عليهم أجمعين - الذين أخفاهم التراب 
.

Il ne fait pas de doute que la  place que confère l’Islam aux oulémas dans l’orientation et l’assujettissement du musulman à leurs avis et directives est extrêmement importante.  Les jurisconsultes bénéficient d’un statut à part dans l’Islam , il sont assimilés dans la conscience populaire à ceux “qui autorisent et qui interdisent” (أهل الحلِّ و الربط) et Dieu leur a réservé une place particulière dans la direction, le conseil et le règlement des différends dans la communauté musulmane.

Mais l’examen du Saint Coran montre que non seulement ils ont cette mission temporelle et terrestre de servir la communauté musulmane, mais ils revêtent aussi auprès de Dieu une importance toute particulière.

قال الله - عز وجل - : ( ومن يؤت الحكمة فقد أوتي خيرا كثيرا ) ، قال ابن عباس رضي الله تعالى عنه الحكمة معرفة الأحكام من الحلال والحرام وقد ندب الله - تعالى - إلى ذلك بقوله - تعالى - : ( فلولا نفر من كل فرقة منهم طائفة ليتفقهوا في الدين ولينذروا قومهم إذا رجعوا إليهم لعلهم يحذرون ) فقد جعل ولاية الإنذار والدعوة للفقهاء ، وهذه درجة الأنبياء ، تركوها ميراثا للعلماء ، كما قال عليه الصلاة والسلام : « العلماء ورثة الأنبياء » ، وبعد انقطاع النبوة هذه الدرجة أعلى النهاية في القوة ، وهو معنى قول النبي عليه الصلاة والسلام : « من يرد الله به خيرا يفقهه » وقال عليه الصلاة والسلام : « خياركم في الجاهلية خياركم في الإسلام إذا فقهوا » ولهذا اشتغل به أعلام الصحابة

 

وَمِنَ النَّاسِ وَالدَّوَابِّ وَالْأَنْعَامِ مُخْتَلِفٌ أَلْوَانُهُ كَذَلِكَ إِنَّمَا يَخْشَى اللَّهَ مِنْ عِبَادِهِ الْعُلَمَاءُ إِنَّ اللَّهَ عَزِيزٌ غَفُورٌ

“Il y a pareillement des couleurs différentes, parmi les hommes, les animaux, et les bestiaux. Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah. Allah est, certes, Puissant et Pardonneur.”

Et cette crainte que les savants ont de Dieu, les a placés au dessus des autres croyants. Et cette situation s’explique par la connaissance que ces savants ont acquise des saintes écritures, de leur appréhension de la toute puissance de Dieu et de leur capacité à comprendre les paroles de Dieu, de les transmettre et de les appliquer au commun des mortels. En autorisant ce qui Dieu autorise et en interdisant ce qu’il interdit.

C’est ce que Ibn Koutheir à l’occasion  de  son interprétation de ce passage confirme et illustre par l’affirmation de jurisconsultes.

قَالَ عَلِيّ بْن أَبِي طَلْحَة عَنْ اِبْن عَبَّاس فِي قَوْله تَعَالَى : " إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء " قَالَ الَّذِينَ يَعْلَمُونَ أَنَّ اللَّه عَلَى كُلّ شَيْء قَدِير " . وَقَالَ اِبْن لَهِيعَة عَنْ اِبْن أَبِي عَمْرَة عَنْ عِكْرِمَة عَنْ اِبْن عَبَّاس قَالَ : الْعَالِم بِالرَّحْمَنِ مِنْ عِبَاده مَنْ لَمْ يُشْرِك شَيْئًا وَأَحَلَّ حَلَاله وَحَرَّمَ حَرَامه وَحَفِظَ وَصِيَّته وَأَيْقَنَ أَنَّهُ مُلَاقِيه وَمُحَاسَب بِعَمَلِهِ وَقَالَ سَعِيد بْن جُبَيْر الْخَشْيَة هِيَ الَّتِي تَحُول بَيْنك وَبَيْن مَعْصِيَة اللَّه عَزَّ وَجَلَّ وَقَالَ الْحَسَن الْبَصْرِيّ الْعَالِم مَنْ خَشِيَ الرَّحْمَن بِالْغَيْبِ وَرَغِبَ فِيمَا رَغَّبَ اللَّه فِيهِ وَزَهِدَ فِيمَا سَخَّطَ اللَّه فِيهِ ثُمَّ تَلَا الْحَسَن "

Et au dessus de tout, Allah J n’a-t-il pas dit:

{ Dis : «Sont-ils égaux ceux qui savent et les ignorants ? les hommes doués d'intelligence sont les seuls qui réfléchissent. } [ Sourate 39 - Les groupes - Az-Zumar - Verset 9 ]

La place et la reconnaissance faites aux oulémas dans l’Islam est telle que Abou Houreiraimages rapporte que l'Envoyé d'AllahsallAllahualayhiwasalama dit : « Les savants sont les héritiers des Prophètes (mentionné par Mouslim) et il a même donné une appréciation imagée de ce qui sépare le savant de l’ignorant. En effet , Abou Houreira - images - rapporte du Messager d'Allah sallAllahualayhiwasalam ces propos : « Cent degrés séparent la position du savant de celle du dévot. Entre chaque degré, il y a la distance que couvre un cheval au galop au cours de soixante-dix années. » (mentionné par Tirmidhi et Abou Daoud.)

     Le Messager d'Allah, Mohammed sallAllahualayhiwasalamdit:  «Les Anges étendent leurs ailes sur celui qui recherche le savoir et sont satisfaits de son oeuvre ». (Rapporté par An-Nessa'i et Tirmidhi )

          Et selon Abou Darda'images[16]: j'ai entendu le Messager d'Allah sallAllahualayhiwasalam[10]dire :   «Les Savants sont les héritiers des Prophètes.  Les Prophètes ne lèguent aucun dinar ni dirhem, par contre, ils lèguent la science.  Celui qui s'emparera d'elle (la science), se pourvoira d'un privilège grandissant. » (Rapporté par Abou Daoud, Tirmidhi, Ibn Madja et AI-Béihaqi )

Abou Houreira images[16]dit, j'ai entendu le Messager d'Allah sallAllahualayhiwasalam[10]: « Dans le cas où quelqu'un vienne à vous, dans le but d'étudier, traitez-le avec déférence et estime, car c'est mon convive.» (Rapporté par Mouslim et AI-Boukhari)

     Dans le testament de Loqman - que la paix soit sur lui -, il dit à son fils «Fils, fréquente les savants et rivalise avec eux de toute ton énergie.  Allah vivifie les coeurs avec la lumière de la sagesse comme il vivifie la terre avec la pluie qui tombe du ciel »

     Ali Ben Abi Talibimages[16]dit un jour à Koumil : "Koumil, le savoir est de loin préférable à l'argent.  Car, le savoir veille sur toi, mais par contre, tu veilles sur l'argent.  Le savoir est un maître.  L'argent est condamné, puisqu'il diminue à la dépense et le savoir augmente lorsqu'il est partagé."

     Il dit également : "L'orphelin n'est pas celui qui a perdu ses parents.  Non L'authentique orphelin est celui qui ne possède ni savoir, ni éthique."

     Abdallah ibn Abbas images16rapporte ces propos "On a donné à choisir à Salomon d'entre le savoir, l'argent ou la royauté.  Il choisit le savoir. Et l'argent et la royauté lui furent donnés avec le savoir"

     Zoubir ben Abi Bakrimages16raconte : "Lors de mon séjour en Irak, j'ai reçu une lettre de mon père me disant : «O mon fils ! Acquiers le savoir Si tu t'appauvris, il sera pour toi un trésor et si tu t'enrichis, il te sera une beauté. »"

 

II - De la nécessité de revoir les concepts de “ilm” (savoir) et de “Alem” (savant).

Si l’on examine la sourate dans laquelle le verset “إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء a été tiré, on remarque qu’avant de faire cette assertion, Dieu a commencé par citer les miracles de la nature qu’il a faite ( l’eau nourricière venue du ciel, les fruits multicolores qui en naissent. Les montagnes, leurs sillons blancs et rouges, de couleurs différentes et des roches à la noirceur excessive; les hommes, les animaux, les bestiaux aux couleurs différentes…). Puis Dieu cite alors les savants qui sont ces serviteurs qui sont les seuls à le craindre.

أَلَمْ تَرَ أَنَّ اللَّهَ أَنْزَلَ مِنَ السَّمَاءِ مَاءً فَأَخْرَجْنَا بِهِ ثَمَرَاتٍ مُخْتَلِفًا أَلْوَانُهَا وَمِنَ الْجِبَالِ جُدَدٌ بِيضٌ وَحُمْرٌ مُخْتَلِفٌ أَلْوَانُهَا وَغَرَابِيبُ سُودٌ

N'as-tu pas vu que, du ciel, Allah fait descendre l'eau? Puis Nous en faisons sortir des fruits de couleurs différentes. Et dans les montagnes, il y a des sillons blancs et rouges, de couleurs différentes, et des roches excessivement noires.

 وَمِنَ النَّاسِ وَالدَّوَابِّ وَالْأَنْعَامِ مُخْتَلِفٌ أَلْوَانُهُ كَذَلِكَ إِنَّمَا يَخْشَى اللَّهَ مِنْ عِبَادِهِ الْعُلَمَاءُ إِنَّ اللَّهَ عَزِيزٌ غَفُورٌ

Il y a pareillement des couleurs différentes, parmi les hommes, les animaux, et les bestiaux. Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah. Allah est, certes, Puissant et Pardonneur.

La question que chaque être rationnel devrait se poser est alors: Pourquoi Dieu fait-il cette assertion sur les savants  en parlant auparavant, et juste avant, des sciences humaines et de la nature ?

En effet, si l’on examine avec attention ce passage, l’on retrouve dans ce verset la référence aux sciences suivantes: météorologie, hydrologie, géologie, botanique,  agronomie, minéralogie, anthropologie, ethnologie, sociologie, botanique, zoologie …

Cela, à notre avis, ne peut signifier qu’une chose: les savants dont parle Dieu, ne sont pas les doctes de la religion mais bien les “scientifiques” au sens que nous leur connaissons aujourd'hui. A savoir les personnes qui se consacrent à l’étude d’une science, ou des sciences avec la rigueur et les méthodes scientifiques (Wikipédia)

Les “oulémas” seraient donc “les hommes de science”, ceux qui détiendraient un savoir scientifique (une science) leur permettant de scruter les miracles de Dieu sur terre (donc activité temporelle et non spirituelle) et qui sont capables d’en approcher  la complexité, l’ingéniosité et l’incommensurabilité ce qui les renforce dans la conviction de l’existence de l’éternel et de sa puissance, ce qui justement les renforce dans sa crainte  et sa soumission à lui.

Ce sont ces savants là dont Dieu parle. Ceux qui, par le savoir et  l’intelligence humaine, découvrent les miracles et s’agenouillent devant la puissance de Dieu.

Les doctes religieux invoquent les miracles de Dieu comme des faits avérés et immuables, les savants (scientifiques) les expérimentent et appréhendent chaque jour leur infinité, leur complexité et leur vérité.

Une telle connaissance dont ils saisissent les limites les met en perpétuelle situation de crainte et de révérence à Dieu. Dieu les ayant averti de l’infime connaissance qu’il leur a permis de posséder!

وَيَسْأَلُونَكَ عَنِ الرُّوحِ قُلِ الرُّوحُ مِنْ أَمْرِ رَبِّي وَمَا أُوتِيتُمْ مِنَ الْعِلْمِ إِلَّا قَلِيلًا 

“Et ils t'interrogent au sujet de l'âme, - Dis: "L'âme relève de l'Ordre de mon Seigneur". Et on ne vous a donné que peu de connaissance. “ Sourate El israa.”  n.15)

قُلْ لَا يَعْلَمُ مَنْ فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ الْغَيْبَ إِلَّا اللَّهُ وَمَا يَشْعُرُونَ أَيَّانَ يُبْعَثُونَ  (سورة النمل الاية رقم 65

Dis: "Nul de ceux qui sont dans les cieux et sur la terre ne connait l'Inconnaissable, à part Allah". Et ils ne savent pas quand ils seront ressuscités! “

Ainsi les véritables contemplateurs des miracles de Dieu sont les scientifiques. De l’infiniment petit (atome) à l’infiniment grand (galaxies), les scientifiques sont en connexion avec les merveilles divines. Ils découvrent chaque jour la fatuité de l’humain et le l’insignifiance de ses jours. La foi du savant (scientifique) est alors infinie et c’est en cela que Dieu a bien dit que “Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah”. Et pour cause.

C’est de cet homme de science là, dont le prophète MohamedsallAllahualayhiwasalam a parlé  . En effet, en exhortant le musulman à aller “chercher la science même en chine” ("اطلبوا العلم ولو بالصين، فإن طلب العلم فريضة على كل مسلم) !

Et ce n’est certainement pas en Chine qu’il fallait à l’époque rechercher les préceptes islamiques, mais bien le savoir scientifique et la découverte du savoir du monde.

Il est donc éminemment important de revoir cette conception du “savant” telle qu’elle a été ramenée aux doctes religieux (oulémas, jurisconsultes) pour lui faire prendre sa véritable dimension: l’homme de science.

Cette conception nous semble la plus plausible. Les savants ne peuvent être que les scientifiques ceux dont la définition a été donnée plus haut.

Mais Dieu en parlant de savant selon notre conception, a-t-il exclu les “oulémas” (doctes religieux) de ce champ?

Oui et non.

Oui, s’il s’agit des oulémas qui depuis la fermeture des portes de l’ijtihad se sont réduits en glossateurs et post-glossateurs de ceux qui les ont précédés en réduisant la “Bidaa” (innovation), au sens de Malek ibn Enes, à une proportion si infime qu’elle en est devenue une hérésie. Ces oulémas là, peu ouverts sur les réalités de ce monde, réduisent leur savoir à l’exégèse du livre saint et à la répétition des précédents (au sens doctrinal et jurisprudentiel du terme).

Non, cependant Dieu n’a pas exclu les oulémas;  en tout cas pas ceux qui ont été les références dans le monde islamique d’antan et dont peu d’oulémas d’aujourd’hui peuvent leur être assimilés.

Ce sont les oulémas islamiques des premiers temps. Ces oulémas étaient non seulement des docteurs de la religion mais ils étaient des scientifiques (médecins, mathématiciens, botanistes, logicien, pharmaciens, philosophes, anthropologues etc.).

Il suffit de dresser la liste des savants musulmans pour constater que les érudits étaient  versés dans plusieurs disciplines scientifiques et ne s’enfermaient pas dans l’étude des textes religieux.

 L’ouléma d’aujourd’hui est un pur produit des mahadras et autres écoles religieuses qui ne lui donnent d’horizon que les programmes liés à sa discipline. Aucune place n’est laissée aux sciences humaines et encore moins aux sciences exactes.

Il est enfermé dans la connaissance des sources principales de la religion, le Coran et la Sunna, les  méthodes d’interprétation et de divulgation ainsi que la doctrine et la jurisprudence qui lui sont attachées. Ni la philosophie, mère des sciences, dans toute sa dimension universelle (sans exclusion de courants de pensées), ni l’histoire de la pensée, des idées , des faits politiques, sociaux économiques ne sont intégrées dans les cursus des institutions de formation religieuse. Or la conviction religieuse et la solide détention d’un savoir, passent par la connaissance de l’homme et de son œuvre sur terre, car c’est à travers l’homme, représentant de Dieu sur terre, que l’on connait Dieu.

On n’enseigne ni la Bible, ni la Torah, qui pourtant font font partie des religions de Ehl el kitab, sur lesquels Dieu et son prophète Mohamed sallAllahualayhiwasalam[1], se sont prononcés.

Comment connaitre sa religion si on ne connait pas celle des autres ou tout au moins en savoir l’essentiel ? L’affirmation de sa propre religion, et la conviction qu’on a en elle, est d’autant plus fort que l’on n’ignore pas celle des autres. Et d’ailleurs dans le prêche face aux publics incrédules, la valeur scientifique de la rhétorique comparative de sa religion par rapport à celle des autres est payante pour l’adhésion des esprits.

L’ouléma d’aujourd’hui contrairement aux oulémas d’autrefois, n’intègre pas la science  à son savoir, il se suffit du dogme religieux et n’élargit pas ses horizons par l’intégration de la connaissance universelle telle qu’elle fut recommandée par les précurseurs de la pensée islamique et ses fondateurs.

Ainsi le premier magistrat de l’Islam et le commandeur des croyants, le Calife Omar Ibn El khattab, recommandait d’apprendre la généalogie, la poésie, l’astronomie et la science des étoiles vantant le mérite de ces savoirs dans la connaissance de soi, de son éducation, de son orientation sur terre et sur les mers.

Ali Ben Abi Talib images16 a dit: « Si vous interrogez le Coran, il ne vous répondra pas. Mais, je vais vous renseigner sur lui : il contient la science de l'avenir et les chroniques du passé. Il est la thérapeutique de vos maux et l'institution qui vous unit.» Il images16 disait également : « Le savant est mieux que le jeuneur, que l'homme qui prie et que le combattant dans la voie d'Allah. Lorsqu'un savant vient à mourir, une brèche se crée en Islam que ne peut colmater qu'un autre savant qui lui succèdera.»

Il faudrait cependant que les savants (“ouléma”), ne se réduisent plus dans leur définition et dans leur conception aux promotions des  cursus arides d’institutions religieuses, coupées de la science et du savoir et déversés dans les rangs d’une société mauritanienne malléable et dans les rouages d’un Etat qui cherche ses marques et sur lequel l’influence de la pensée fermée est pire que les tsunamis.

 

III- le contenu et le contexte d’un tel verset: l’obéissance au gouvernant n’est pas une obéissance aveugle

Il n’ y a pas plus dangereux pour la pensée et la compréhension d’une idée que celle qui est sortie de son contexte. En matière religieuse, on peut faire dire à un verset ce qu’il n’aurait pas dit s’il sort de son contexte.

C’est justement dans cette situation que la référence religieuse à “l’obéissance au gouvernant” a été utilisée pour accommoder mille et une intentions , dont celle très politique (et peu louable)  de maintenir l’humain dans sa condition et le citoyen dans son immobilisme, mais aussi dans une intention très louable (mais qui n’a plus qu’une valeur historique) d’empêcher la zizanie et les troubles dans des sociétés musulmanes anciennes guerrières et soumises à des seigneurs de la guerres(du temps des Califes et des crises fratricides). Si cette seconde utilisation de l’obligation d’obéissance (“obéir coute-que-coute" au gouvernant) se retrouve de façon non équivoque chez l’Imam Malek ibn Enes (pour des raisons de stabilité et de paix sociale historiques), elle ne se justifie plus dans le contexte de l’Etat moderne, constitutionnel, dont les dirigeants sont élus démocratiquement et qui assure par des moyens modernes sa propre sécurité démocratique tout en obéissant au droit national et international et sous le contrôle de citoyens libres et égaux en droit.

C’est pourquoi, il n’est pas faux de dire que dans la religion musulmane et particulièrement dans le courant malékite, l’obéissance au gouvernant est fortement prescrite (1) toutefois cette obéissance reste soumise à des conditions certaines pour être acceptée (2). Ce qui réduit son champ coercitif de la liberté des gens et d’affirmation de l’omnipotence des gouvernants; et n’en fait plus un dogme, comme certains zélateurs voudraient qu’il soit.

1. l’islam impose la soumission au gouvernant: l’ordre contre la zizanie

Nous avions cité plus haut le verset:إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء “ et la place dans laquelle Dieu met les savants. Cependant cette place que les savants ont auprès de Dieu , ils ne peuvent pas seulement la devoir au seul fait de leur érudition dans la matière religieuse (Coran et Sunna) mais comme l’explique  Ibn Messaoud images : “La science , ce n’est pas beaucoup parler de science mais davantage craindre Dieu”. la science dira Ibn Wahb,rapporté par Ahmed Ben Salah el Masri: “La science , ce n’est pas la prolifération dans la connaissance approfondie des faits et évènements (religieux), mais la science est une lumière que Dieu met dans le cœur”.

إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء إِنَّ اللَّه عَزِيز غَفُور " وَعَنْ اِبْن مَسْعُود رَضِيَ اللَّه عَنْهُ أَنَّهُ قَالَ : لَيْسَ الْعِلْم عَنْ كَثْرَة الْحَدِيث وَلَكِنَّ الْعِلْم عَنْ كَثْرَة الْخَشْيَة . وَقَالَ أَحْمَد بْن صَالِح الْمِصْرِيّ عَنْ اِبْن وَهْب عَنْ مَالِك قَالَ : إِنَّ الْعِلْم لَيْسَ بِكَثْرَةِ الرِّوَايَة وَإِنَّمَا الْعِلْم نُور يَجْعَلهُ اللَّه فِي الْقَلْب .

Ces érudits à travers les interprétations d’ Ibn Kuthair ramènent ce verset à sa juste dimension humaine. On ne devient donc pas savant, ouléma et jurisconsulte par la somme de connaissance accumulée mais  par la lumière que Dieu a placée dans le cœur de celui qui est sensé la détenir.

En somme, le savant est non seulement respectable par ce qu’il détient comme savoir mais aussi et surtout par la façon dont il utilise ce savoir (dans le sens du bien de la communauté) et par son comportement personne (image qu’il renvoie au commun des mortels).

le Prophète – Paix et Salut pour lui – a dit :

« Celui qui est commandé par un gouvernant, puis le voit commettre un quelconque péché, qu’il désapprouve ce péché sans qu’il ne retire sa main de son obéissance. »[1]

« Celui qui cesse d’obéir au gouvernant, se met à l’écart de la communauté, puis meurt, mourra comme dans l’époque pré-islamique ‘‘Jahiliya’’. »[2]

« Toute personne doit écouter et obéir dans les choses qu’elle aime et celles qu’elle déteste, sauf s’il lui est ordonné le péché, dans ce cas pas d’écoute, ni d’obéissance. »[3]

Lorsque le Prophète – Paix et Salut pour lui – annonça qu’il y aurait des gouvernants qui feront de bonnes choses mais aussi d’autres réprouvables, un compagnon questionna : Que nous ordonnes-tu ? Le Prophète – Paix et Salut pour lui – répondit : « Acquittez–vous de votre devoir et demandez vos droits à Allah. »[4]

°Ubâdat ibn El Sâmit  images[1]  a dit : « Le Prophète  sallAllahualayhiwasalam11  nous a fait prêter serment d’écouter et d’obéir dans ce que nous aimons et détestons, ce qui nous est facile et difficile, et de ne pas contester le pouvoir à ceux qui le détiennent. » Puis il dit : « Sauf si vous voyez un acte d’incroyance clair et évident dans lequel vous avez une preuve de la part d’Allah. »[5]

2. L’obéissance au gouvernant est soumise à condition: “l’obéissance n’est obéissance qu’au juste.”

La  portée  du verset  prônant l’obligation d’obéissance est, elle même, liée à d’autres versets qui la fondent et l’explicitent et ne peuvent justifier  l’invocation dogmatique  qui en est faite .

L’approche la plus simple du musulman, que nous sommes, c’est de croire en notre capacité et en notre force de réfléchir sur les problèmes qui nous concernent. Les oulémas ne sont pas des êtres infaillibles, seuls les prophètes le sont. Les oulémas ne sont pas des intercesseurs des hommes devant Dieu. Ce sont des dépositaires d’un savoir acquis qu’ils ont pour mission d’enrichir et de divulguer aux fins de la bonne parole et de la paix des âmes et des cœurs des croyants.

Les oulémas peuvent se tromper et parfois lourdement comme le commun des mortels et c’est en cela qu’il peuvent devenir extrêmement dangereux du fait que leur statut religieux et la place qu’ils occupent auprès des croyants et notamment ceux qui sont  leurs disciples.

Dans la société mauritanienne, croyante par excellence, ceci est d’autant plus grave que El alem (singulier de Ouléma) occupe une place telle que le Mauritanien croyant lui fait souvent, parfois par intérêt parfois par piété, une confiance quasi-aveugle. C’est notamment ce que traduit l’adage fort bien utilisé dans la société mauritanienne: Laisse à El almen  la responsabilité de ce qu’il dit et ne t’oppose pas (“Houtha alla eddhar allem wa mougrha  salem”). Une forme de fuite en avant qui explique cette facilité de se soumettre au premier venu.

قال البخاري: حدثنا عمر بن حفص بن غياث، حدثنا أبي، حدثنا الأعمش، حدثنا سعد بن عبيدة، عن أبي عبد الرحمن، عن علي - رضي الله عنه - قال: بعث النبي - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - سرية وأمّر عليهم رجلاً من الأنصار، وأمرهم أن يطيعوه، فغضب وقال: أليس قد أمر النبي - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - أن تطيعوني؟ قالوا: بلى، قال: قد عزمت عليكم لما جمعتم حطبا وأوقدتم نارا ثم دخلتم فيها. فجمعوا حطبا فأوقدوا نارا، فلما همّوا بالدخول فقاموا ينظر بعضهم إلى بعض فقال بعضهم: إنما تبعنا النبي - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فراراً من النار أفندخلها؟ فبينما هم كذلك إذ خمدت النار وسكن غضبه، فذكر للنبي - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فقال: "لو دخلوها ما خرجو منها أبداً، إنما الطاعة في المعروف".

El boukhari rapporte que le Prophète Mohamed sallAllahualayhiwasalam,  avait nommé à la tête d’un groupe de combattants, un  homme parmi ceux qui l’avaient supporté, ses partisans (El Ansar). Ce dernier leur dit: “Notre prophète Mohamed ne vous-à-t-il pas ordonné de m’obeir”, ils répondèrent : “oui”, alors il leur ordonna de rapporter une quantité de bois et d’allumer un brasier. Quand cela fut fait, il leur ordonna de se jeter dans le brasier. Les combattants allaient s’exécuter  mais se regardèrent les uns et les autres et dirent: “Nous avons suivi le prophete pour échapper au feu (enfer) et tu veux nous y faire entrer?”.Après que le brasier se fut éteint et que la colère de leur commandant s’en soit allée, le prophète Mohamed sallAllahualayhiwasalam l’apprit et dit: “ S’ils étaient entrés dans ce feu (l’enfer), ils n’en sortiront plus jamais car l’obéissance n’est obéissance qu’au juste.”

وفي الحديث الصحيح المتفق على صحته عن أبي هريرة عن رسول الله صلى الله عليه وسلم أنه قال " من أطاعني فقد أطاع الله ومن عصاني فقد عصا الله ومن أطاع أميري فقد أطاعني ومن عصا أميري فقد عصاني " فهذه أوامر بطاعة العلماء والأمراء ولهذا قال تعالى " أطيعوا الله " أي اتبعوا كتابه وأطيعوا الرسول أي خذوا بسنته وأولي الأمر منكم أي فيما أمروكم به من طاعة الله لا في معصية الله فإنه لا طاعة لمخلوق في معصية الله كما تقدم في الحديث الصحيح " إنما الطاعة في المعروف "

On comprend donc, comme l’a dit notre prophète Mohamed sallAllahualayhiwasalamdans cette admirable parabole universelle: "l’obéissance n’est obéissance qu’au juste

C’est la condition fondamentale de tout devoir d’obéissance. Il serait donc erroné et aller dans une mauvaise interprétation que de vouloir, au nom du précepte religieux de gouvernance, soumettre le musulman au gouvernant qui ne respecte pas l’homme dans sa vie, dans sa dignité, dans son honneur et dans les droits inaliénables qui sont attachés à sa vie et à sa condition humaine.

IV- L’Etat mauritanien n’est pas un Etat théocratique.

La difficulté souvent exploitée par ceux qui se déclarent des oulémas, c’est la complexité de la matière dans laquelle ils opèrent mais aussi son caractère sacré. Chacun y va de son interprétation et chacun y met une dose de sa personne à telle enseigne d’ailleurs, qu’une tradition fort malencontreuse s’est installée dans notre pays où il y a une confusion réelle entre la personne des oulèmas et ce qu’ils disent. Il suffit que tel ait dit ceci pour que cela coule de source. Or il est impératif de le dire, l’Etat mauritanien n’est pas une congrégation d’oulémas et sa constitution ne lui a pas conféré un régime théocratique.

Le malékisme, dans la soumission sine qua non qu’il impose au gouvernants,  serait-il contradictoire avec la démocratie? Qu’en est-il aujourd’hui du rôle que doivent jouer les imams, oulémas et hommes de Dieu dans un Etat mauritanien, non théocratique, soumis à une constitution libérale et des institutions démocratiques ?

Est-il aujourd’hui possible de soutenir l’assertion de  l’imam Malek ibn Enes: " Il est préférable de supporter un roi injuste pendant soixante-dix ans plutôt  que de laisser un peuple sans chef, ne serait-ce que le temps d'une heure. "?

Tout en sachant que nos présidents ne s’absentent pas seulement pour une heure, mais qu’ils sont toujours absents au propre et au figuré,  allons-nous souffrir qu’un président ( a fortiori même juste) règne pendant soixante dix ans alors que son mandat ne vaut que pour cinq ans?

Certes, non. L’imam Malek ibn Enes fils de son temps et de ses luttes fratricides au sommet du Califat était bien en droit de le dire. Lui-même en avait subit physiquement les conséquences.

Malek ibn Enes “était partisan de Ali ben Abi Talib  images16-, d'où son opinion politique Alide. Lorsque Mohammed ibn Abd Allah surnommé "l'âme pure" se révolta à Médine en 145 contre le Calife Al Mansour, ses partisans allèrent trouver Malek et lui demandèrent ce que valait le serment de fidélité qu'ils avaient prêté à Al-Mansour. Il répondit, qu'il était nul, comme ayant été arraché par la force. Ils le prièrent de prêter serment lui-même au prétendant, il s'y refusa. Mes'oudi raconte quand la révolte fut matée, il fut mis à la torture et sévèrement flagellé, on lui a même brisé les deux bras.

Lorsqu'en 145, Mohammed s'empara de Médine par un coup de main, Malek déclara dans une fetwa que le serment prêté à AI Mansour ne pouvait obliger en conscience parce qu'il avait été extorqué par la force. A la suite de quoi un grand nombre d'habitants qui seraient demeurés sur la réserve se déclarèrent pour Mohammed. Malek ne prit pas de parti active au soulèvement. Malgré cela en 147, après l'échec du mouvement, il fut emprisonné et puni de fustigation par Dja'far ibn Souleïman, gouverneur de Médine. Il lui en resta une dévitatino de l'épaule et une fracture des deux bras. Les mauvais traitements en prison dont parle Abou Hanifa sont calqués sur cet épisode de la vie de Malek “ 1

C’est autant dire que Malek ibn Enes avait forgé les préceptes de son temps en les appuyant sur les prescriptions religieuses. Et ont le sait, sociologiquement les prescriptions religieuses ne sont que des sources d’obligations qui s’imposent avec plus ou moins de rigueur en fonction du temps, de l’époque et des conditions politiques, économique et sociales d’une société donnée à un moment donné de son histoire.

L’exemple du premier des magistrats Omar ibn El khatab images16 (duquel le prophète Mohamed sallAllahualayhiwasalamdisait: “Dans ma communauté, il y a des gens inspirés. Par Dieu, 'Omar est l'un d'entre eux !”), est élogieux à cet égard. Omar ibn El khatab  images16 qui durant les temps de disette et de famine renonçait à appliquer pour les voleurs la peine dans toute sa rigueur. Il savait que le droit, dût-il être d’inspiration religieuse, devait épouser les exigences du temps.

Le commandeur des croyants , Omar ibn El Khatab, n’imposait jamais au musulman ce qu'il ne pouvait pas supporter. Et Malek ibn Enes en témoigne d’ailleurs lui-même:

Malek ibn Enes a dit : « Alors que nous étions chez ‘Omar (Ibn El Khattab)images16, celui-ci dit :  On nous a défendu de prescrire une chose au-dessus de nos moyens. ».

C’est autant dire que l’on est loin de l’approche rigide que certains oulémas ont des préceptes religieux éludant par là même les principes de base de l’édiction de tout précepte à caractère obligatoire  à savoir que la religion doit éviter la compléxité (الدين يسرٌ و ليس عسرٌ) et la coercition (لا إكراه في الدين).

En Mauritanie, l’amalgame se doit de ne pas être fait. Le Président de la république n’est pas un calife, il n’a aucune ascendance spirituelle sur le peuple; il ne tire sa légitimité d’aucune source religieuse . Son rôle,  est de veiller  “au respect de la constitution et des lois, à l’intérêt du peuple mauritanien, de sauvegarder son indépendance, la souveraineté du pays, l’unité de la patrie et l’intégrité du territoire national”.

Ces obligations, il les proclame par serment, non pas devant une assemblée “Choura” ou d’Oulémas mais devant le Conseil Constitutionnel, en présence des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat et des présidents de la Cour suprême et du Haut conseil Islamique.

Si la source déclarée du droit mauritanien est l’islam, il n’en demeure pas moins que l’on ne retrouve nulle part dans la Constitution la mention des oulémas ou même du livre saint. Tous les principes des droits et obligations rapportés par la Constitution sont repris des constitutions modernes et à certains égards la Constitution mauritanienne est la sœur jumelle de la constitution de la Vème république française.

Il est certain donc que le document suprême régissant les pouvoirs de l’Etat ne fait nullement de ce dernier un Etat théocratique. Au contraire la Constitution du 20 juillet 1991, telle que modifiée en 2006 (Article 2) déclare que:  “ Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants élus et par la voie de référendum.”

Une souveraineté populaire, du peuple qui est la source du pouvoir, n’est-elle pas antinomique avec le précepte dogmatique de l’obéissance sine qua non au gouvernant ?

Peut-on cependant au nom d’un tel argumentaire rejeter une prescription religieuse qui fait l’unanimité chez les oulémas quant à son intégrité textuelle et à son obligation à l’égard du musulman?

Certes non. Mais ce précepte se doit d’obéir à des règles quant à son édiction.

En effet,  s’il n’est pas adéquatement exposé , dans son contexte socio-historique, dans les conditions qui doivent accompagner cette obéissance (tel que nous l’avions fait plus haut) , ce précepte d’obéissance est une négation pure et simple de la Constitution mauritanienne. 

C’est la raison pour laquelle son invocation dans le cadre de l’Etat mauritanien par les oulémas vis-à-vis des croyants ne peut se faire que si les conditions suivantes sont remplies:

- Que le gouvernant soit juste

- Que le gouvernant soit légalement élu

- Que le gouvernant bénéficie d’une légitimité populaire certaine,

- Que le gouvernant ne soit pas un despote

- que le gouvernant agisse dans l’intérêt du peuple et de la nation.

Dans le cas contraire toute soumission et obéissance entérinent l’une des situations suivantes: La colonisation , la dictature, l’autoritarisme, le despotisme, l’autocratie, la tyrannie, l’absolutisme….

Et nulle part dans l’Islam un précepte n’impose au musulman de vivre dans la tyrannie. Au contraire, l’Islam invite à réagir face à l’injustice et la tyrannie.

le Prophète Mohamed sallAllahualayhiwasalam a dit : « Celui d’entre vous qui voit une chose répréhensible, qu’il la redresse de sa main ; s’il en est incapable, qu’il le fasse par le langage ; s’il est incapable, qu’il la réprouve dans son for intérieur et c’est là le stade le plus faible de la foi. » (Muslim (1/69), hadith n°49.)

‘Omar Ben ‘Abdelaziz  avait lui-même posé les conditions de celui qui doit rendre justice: « Le Cadi (Juge) doit avoir cinq qualités : Si une de ces qualités lui manque, il n’est pas digne d’exercer ses fonctions. Il doit être intelligent, posé, chaste, autoritaire, cultivé et assoiffé de science.”

Dans l’Etat moderne,  le premier garant de la Justice est le Premier magistrat de la république, à savoir le chef de l’Etat. Autant dire que si l’une des qualités lui manque” il n’est pas digne d’exercer ses fonctions et donc a fortiori lui obéir.

Sans pousser le raisonnement plus loin, on comprend aisément que nous avions peu de chef d’Etats dignes de nous gouverner, a fortiori de leur obéir. Et paradoxalement, les conditions posées par le Calife Omar prônent  la désobéissance au gouvernant. A beaucoup de nos gouvernants.

V – Des oulémas  et de leur infaillibilité:  oulémas du pouvoir et oulémas de la dignité

On comprend donc que le précepte religieux d’obéissance au gouvernant en place que certains oulémas ont posé comme condition sine qua non pour le musulman, n’est pas absolu. Tout comme n’est pas absolu le raisonnement des oulémas. L’infaillibilité , comme on le sait,  est l’apanage exclusif des prophètes. Or les oulémas, d’aujourd’hui, agissent comme tels.

Ceci nous pousse alors à nous poser la question sur le précepte de gouvernance: Pourquoi certains oulémas s’évertuent à interférer avec les régimes politiques en place, en servant les préceptes religieux de gouvernance au gré des circonstances et des détenteurs du pouvoir en place?

L’amalgame,  encore une fois, ne doit pas être fait entre le précepte religieux de gouvernance et le comportement des oulémas. Si le précepte est obligatoire,  le comportement des oulémas n’est pas infaillible. Si le précepte est immuable, l’intégrité des oulémas ne l’est pas forcément.

C’est au musulman d’obéir au précepte religieux, mais en vérifiant qui l’édicte, quels ont ses déterminants, ses motivations et l’environnement socio-politique dans lequel il proclame ce précepte.

Notons bien ici que nous ne traitons ici  que du précepte de gouvernance ( “obéir au premier commandeur d’entre-vous”) et non des préceptes religieux qui dictent les rapports entre le croyant et son Dieu (prière, jeûne, pèlerinage, zakat, aumône etc.) dans lesquels les oulémas sont les docteurs de la foi.

Pourquoi le musulman doit prêter attention au précepte religieux de gouvernance?

Parce contrairement aux autres préceptes de la foi, ce principe à haute charge politique peut être utilisé pour assujettir le musulman (comme du temps des califes), pour maintenir l’arbitraire des gouvernants et servir les intérêts d’une classe d’Oulémas dont les rapports d’intérêt avec le pouvoir sont étroits. Ces oulémas que certains ont appelé à juste titre “oulémas du pouvoir” existent et prennent en charge la perpétuation d’un régime d’un ordre en se servant de la religion au détriment du citoyen.

“Oulémas du pouvoir” que l’on oppose aux “oulémas de la dignité”. Oulémas qui sont qualifiés ainsi suivant leur attitude à l’égard du pouvoir et leur compromission avec les gouvernants. Il en est ainsi notamment de celui qui a émis une fatwa légitimant la barrière entre l’Egypte et la bande de Gaza.

“La controverse, écrit Ennasri Nabil,  qui secoue actuellement le monde arabe au sujet de la fatwa scélérate émise par le Cheikh d’Al Azhar légitimant, d’un point de vue islamique, la construction de la barrière métallique anti-tunnels entre l’Egypte et la bande de Gaza, révèle au grand jour le visage douteux de ces Oulémas du pouvoir qui, par leur compromission, jettent un trouble sur la catégorie des savants de la législation islamique (‘Oulémas As Shar’). L’assujettissement de l’institution Al Azhar au Raïs égyptien et à sa politique machiavélique d’étranglement du peuple de Gaza pose en effet la question des relations, en islam, entre le détenteur de l’autorité politique et la catégorie des savants religieux, plus connus sous le vocable de ‘Oulémas.

Pour saisir l’enjeu crucial qui tourne autour de cette relation, rappelons les faits. Il y a quelques semaines, la presse israélienne révélait que les autorités égyptiennes s’apprêtaient à construire un mur d’acier souterrain s’enfonçant jusqu’à 30 mètres de profondeur, l’objectif avoué étant de contrer la “contrebande“ due à la présence de centaines de tunnels entre le territoire palestinien et son voisin égyptien. Très vite, l’annonce de ce nouveau “Mur de la Honte“ allait déclencher une vive polémique et de nombreuses voix se sont élevées dans le monde arabe pour dénoncer cette ultime provocation émanant du gouvernement de Hosni Moubarak. Parmi celles-ci, on trouve le Cheikh Al Qardawi qui représente à l’heure actuelle l’Ouléma le plus connu et certainement le plus influent du monde musulman. Ce dernier s’est fermement prononcé contre l’édification de cette barrière qui finira par étouffer complètement la bande de Gaza. Qualifiant ce projet de “crime“, celui qui est également le Président de l’Union Mondiale des Oulémas a dans le même temps considéré le mur égyptien comme étant “illégal au regard de la Loi islamique“. Rejoint par de très nombreuses personnalités religieuses du monde musulman cette fatwa a provoqué l’ire des responsables égyptiens qui ont immédiatement répondu en passant commande auprès de leurs fonctionnaires du ministère des Affaires religieuses d’une contre-fatwa légitimant l’opération égyptienne…” 7

C’est, donc, autant dire que tant que les oulémas du pouvoir existent, les fatwas du ventre continueront à induire le peuple en erreur.

En conclusion,

Il ne fait pas de doute que la république a besoin de ses oulémas, mais non pas pour interférer avec le politique mais s’occuper d’une spiritualité nationale affirmée jusque dans la Constitution mauritanienne.

L’indépendance des oulémas par rapport au pouvoir doit  d’être affirmée et qu’ils soient protégés des incursions et influence des autorités politiques. Ces autorités qui n’hésitent pas à des fins de maintien au sommet de l’Etat à fonctionnaliser la religion et à fonctionnariser les docteurs de la foi.

Nous avons aussi besoin d’Oulémas imbus de leur temps et vivant les réalités de ce monde pour leur permettre de comprendre le sens de leur mission spirituelle. Il n’est pas de mission spirituelle qui se concevrait sans les impératifs de la situation temporelle de ceux qu’elle vise: les musulmans. Et les musulmans ont besoin aujourd’hui, et plus que jamais dans ce monde trouble de violence et d’intolérance,  d’oulémas qui interagissent avec leur réalités .

Ces oulémas pourraient-ils y arriver s’ils restent dans une sphère religio-religieuse (tant dans leur formation que dans leur attitude) n’intégrant ni  les savoirs nouveaux  ni l’évolution des sciences humaines, sociales ou exactes?

Certes que non. Les oulémas d’autrefois, chercheurs , penseurs, intégrant la pensée scientifique à leur quête spirituelle étaient de vrais oulémas. Car par la science, et par ce que le savant découvre de merveilles qu’il est plus proche de Dieu. N’est-ce pas le sens et l’essence du verset coranique cité plus haut: إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء “

Quant au précepte religieux de gouvernance, il est partie intégrante de la foi. Faut-il cependant qu’il réponde aux conditions requises (voir plus haut),  que celui qui l’édicte (Alem) ne fasse pas de doute sur ses intentions et que celui qui s’y soumet (le musulman) le fasse en connaissance de cause (à savoir que le gouvernant auquel il se soumet n’enfreint pas le interdictions de sa fonction).

Autrement, il n y a ni obligation, ni obéissance.

Car si les oulémas peuvent nous guider dans la spiritualité  il ne sont en aucun (et ne peuvent être) des intercesseurs pour nous devant Dieu pour nos actes d’ici-bas. Faisons que parmi ces actes dont on devra rendre compte devant l’éternel, il n’ y ait jamais l’un des plus odieux d’entre-eux:  une soumission volontaire à l’arbitraire et à l’injustice des gouvernants.

Et quelle  que soit la congrégation des oulémas et leur voie religieuse, leur œuvre se doit toujours être imbue de la  compassion envers le genre humain. C’est cette compassion qui aujourd’hui se perd dans l’attitude officielle et le raisonnement partisan de certains de nos oulémas. .

Quel que soit le “Alem”, son savoir n’atteindra jamais, face à Dieu, la mesure d’un atome et ne vaudra parmi les hommes que si son cœur est imbu de compassion comme l’a enseigné notre prophète MohamedsallAllahualayhiwasalam qui  dans la Crise et de la Douleur qui le frappait, jusque dans sa sainte personne, recommandait la compassion.

L’épisode suivant  fort douloureux et  si tragique à faire exploser tout musulman en larmes et le jeter à terre de piété, ne saurait nous échapper. Non seulement, il interpelle ceux qui croient détenir  “la science infuse” sur les réalités de la religion musulmane qui est une religion de compassion comme le fut son prophète sallAllahualayhiwasalam, le dernier des prophètes et le premier d’entre-eux.

Ossama Ben Zeïd a dit : « Nous nous trouvions chez le Prophète quand un messager envoyé par une de ses filles vint le prier de se rendre au chevet de son fils qui était mourant.

Le Prophète s’adressa a l’émissaire et lui dit : - Repars auprès de ma fille et informe-la, qu’à Dieu appartient ce qu’Il donne et ce qu’Il reprend, qu’Il a fixé un terme déterminé pour toute chose et invite-la à se soumettre et à espérer en Dieu. Le messager repartit puis revint une nouvelle fois annoncer que la fille du Prophète suppliait son père de la rejoindre. Le Prophète se leva alors et partit chez sa fille en compagnie de Sa’d Ben ‘Obada et de Mo’ad Ben Djabal. Une fois sur place, on lui tendit l’enfant qui exhalait un souffle ressemblant au bruit d’une vieille outre. Alors les yeux du Prophète se répandirent en larmes. Comme Sa’d lui disait : - Ô Envoyé de Dieu, qu’est-ce ceci ? – C’est, répondit le Prophète, la marque de la compassion que Dieu a mis dans le cœur de l’homme et Dieu n’est Miséricordieux qu’envers ses adorateurs compatissants. »

Une religion de la compassion ne peut avoir que des oulémas dont la vertu première est la compassion. Compassion pour ceux que Dieu a recommandé au musulman de protéger et de respecter (le pauvre, le diminué, l’handicapé, le meurtri, le violé, la veuve, l’orphelin, l’exploité, l’apatride, l’opprimé) et nul Alem ne pourra au nom d’un précepte de gouvernance sacrifier cette compassion, aux intérêts d’un gouvernant.

Selon Djarir Ben ‘Abdallah,  l’Envoyé de Dieu, Mohamed sallAllahualayhiwasalam a dit : « Dieu n’aura pas de compassion vis-à-vis de ceux qui ne l’auront pas pour leurs semblables. »

Et l’homme, à travers Adam, est le représentant de Dieu sur terre :" (وإذ قال ربك للملائكة إني جاعل في الأرض خليفة‏(‏ البقرة‏:30)‏).

Les oulémas se doivent alors de mettre l’homme en général et l’homme musulman, en particulier, au centre de leurs préoccupations. C’est la voie vers Dieu. Elle est plus salutaire, ici-bas et dans l’au-delà, que la voie des palais où la compassion ne s’inscrit pas à l’ordre du jour.

Pr ELY Mustapha

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[1] Ahmed (6/24,28), Muslim (1855) et d’autres, d’après un hadith de °Awf ibn Mâlik El Achja°î – qu’Allah l’agrée.

[2] Ahmed (2/296) et Muslim (1848), d’après un hadith d’Abû Hureyra – qu’Allah l’agrée.

[3] Muslim (1839) et El Nassâï (7/160), d’après un hadith de °Abd Allah ibn °Umar – qu'Allah les agrée tous deux.

[4] Bukhârî (7052) et Muslim (1843), d’après un hadith d’Ibn Mas°ûd – qu'Allah l'agrée.

[5] Bukhârî (7056) et Muslim (1709).

[6] http://www.sajidine.com/

[7 ]Chronique parue sur le site http://www.saphirnews.com/, le jeudi 21 janvier 2010.

lundi 4 octobre 2010

La “jurisprudence” Ould Dadde :

 

Vadémécum à l’usage de la diaspora

ou

comment ne pas se brûler les ailes au contact du pouvoir

 

Je ne connais Mohamed Lemine ould Dadde ni d’Eve, ni D’Adam. Jusqu’au coup d’Etat d’Août 2008, j’ignorais jusque son existence et certainement lui, la mienne. C’est autant dire que je ne connais de lui que ce que les medias ont bien pu rapporter suite à sa nomination au Commissariat aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux relations avec la Société Civile ou à la suite de sa mise en inculpation après une enquête de l’Inspection générale d’Etat.

Nous ne poserons donc pas les questions politico-juridico-sociales sur lesquelles se chamaillent les acteurs de la place mauritanienne ; à savoir s’il est personnellement, ou solidairement, responsable des infractions commises à l’égard des deniers publics ou s’il n’est qu’un « bouc émissaire » dans une gestion d’un service public à la tête duquel il a été nommé.

Qu’importe. Pourvu simplement que justice lui soit rendue.

Mais le fait est là. Mohamed Lemine Ould Dadde est en prison. Quelles leçons en tirer ? Et plus précisément quelles leçons en tirer pour la Diaspora mauritanienne à l’étranger ? Notamment celle qui pense retourner au pays et sans doute occuper de hautes responsabilités ?

En effet, malgré notre méconnaissance de Ould Dadde, une chose est certaine, il a fait longtemps partie d’une diaspora et non pas des moindres. Une diaspora militante et engagée. Une organisation expatriée dans laquelle il a occupé des responsabilités clef, jusqu’au jour où il décida de la quitter pour occuper le poste de Commissaire à la Sécurité alimentaire.

Ce qui arrive actuellement au personnage, malgré son amertume, est cependant riche d’enseignements pour toute la Diaspora mauritanienne. Aussi au vu de ce qui arrive et tenant compte du cheminement pris par les évènements, nous nous devons de faire les constats suivants. En somme, un petit vadémécum à l’usage de la diaspora mauritanienne.

I- Ne jamais soutenir un coup d’Etat : La violence n’engendre que la violence

Ceux qui font des coups d’Etat, le savent. Ils ne sont adeptes que de la force. Même si le bastion qu’ils ont pris légalise leur situation à la tête de l’Etat qu’ils ont violenté, ils restent toujours des putschistes et leurs comportements ne changent pas. Chasser le naturel, il revient au galop.

Dans cette perspective, l’intellectuel, ou celui qui se définit comme tel, ne peut en aucune façon entériner l’assujettissement des nations par la force. Il n’y a point de place pour l’intellect là où se développe la pensée unique. Et lorsque l’intellectuel, par une volte-face que seule sa conscience (que nous ne jugeons pas) lui dicte, il rejoint le camp de la violence institutionnelle, alors il se brûle les ailes. Car à chaque envol son élan se brise. Et sa chute est assurée.

Car qu’est-ce qui justifie la présence d’une pensée libre, ou se voulant comme telle, dans un environnement autoritaire ? Qu’y cherche-t-elle ?

On ne doit soutenir que ce qui est soutenable. L’édifice des coups d’Etat, même légalisés, est en perpétuel effondrement. Et ne se préoccupant que de sa propre survie, sacrifiera autant qu’il le pourra ceux qui, en pensant le rejoindre par « conviction », ne sont en fait que des candidats à l’éviction.

Une éviction qui sera d’autant plus brutale que le régime voulant toujours prouver quelque chose (lutte contre la corruption, contre la pauvreté etc.) fera qu’elle soit la plus douloureuse. Le régime en tire ainsi, au détriment du « sacrifié », quelques jetons de satisfecit auprès d’une masse populaire incrédule pour entretenir sa survie.

Ceux qui arrivent par des coups d’Etat, étaient déjà, au commencement de leurs actes contre l’Etat, prêts à sacrifier des vies humaines pour se saisir du pouvoir. Ils continueront à avoir cette mentalité bien après qu’ils aient pris le pouvoir et qu’ils s’y soient légalisés. Ils utiliseront la même politique. Ils ne lâcheront pas ce qu’ils ont saisi par la force et surtout quand ils savent que le paysage humain mauritanien regorge d’individus malléables et corvéables à merci. Prêts à saisir la moindre opportunité pour « une fiche budgétaire ». A fortiori devenir « haut commis de l’Etat. »

Ould Dadde, était-il de par son cursus personnel intégrable dans ce « paysage humain » ?

Il semblerait qu’il n’était ni en Mauritanie, ni dans les rouages du pouvoir. Il faisait partie d’une diaspora mauritanienne en France qui, a priori, n’avait pas d’accointances avec les putschistes. Une diaspora qui regroupe une importante élite mauritanienne, dont certains membres et groupes avaient rationnellement réagi aux différents coups d’Etat en Mauritanie, soit dans une neutralité soit dans une dénonciation manifeste. Mais le ralliement public et l’engagement personnel notoire aux faiseurs de coups d’Etat, sont exceptionnels de la part d’un militant engagé, à travers son organisation, dans le dialogue, la non violence et les droits de l’homme.

Qu’advient-il d’un intellectuel qui renonce à son organisation militante pour rejoindre un régime putschiste ? Ce qui advient aujourd’hui est une réponse à cela.

Car ce que cet intellectuel ne sait pas c’est qu’il a mis les pieds dans un environnement qui ne peut en aucun cas être le sien. Dans lequel il ne sera jamais vu comme il aimerait qu’on le voit, mais sera l’instrument d’un régime qu’il n’a participé ni à établir, ni à orienter, ni même influencé par ses propres principes, ses idées ou sa façon de concevoir le monde. Et cela aucun intellectuel, que dis-je, aucune personne éprise de droit et de liberté ne devrait l’accepter. C’est en effet enfermer son esprit et sa raison dans la cage du pouvoir en contrepartie d’une visibilité publique qui n’est en fait que l’antichambre d’une pénombre de cachot. C’est en soi un sacrifice dont on aurait pu se passer.

Et l’intellectuel passant dans cette antichambre se rendant compte du tort qu’on lui a fait et de celui qu’il a fait à sa conscience, il se met à s’en vouloir et grever de famine pour qu’on lui rende justice. Mais comme le disait, autrefois, Anatole France : « On croit mourir pour la patrie; on meurt pour des industriels »…En Mauritanie, aujourd’hui, un intellectuel ne doit pas mourir pour des putschistes.

II- Des hautes responsabilités et de leurs conditions

Depuis plus d’une trentaine d’années les sphères politique, économique, administrative et sociale mauritaniennes se sont gangrenées. Elles ont donné naissance à un foisonnement d’individus sans scrupules occupant toutes ces sphères et qui en ont fait leur terrain privilégié où ils exercent, en toute impunité, leurs actes de détournements de malversation et d’accaparation générale des biens publics.

C’est un réseau d’individus qui opère à tous les échelons de l’Etat aussi bien dans la gestion des ressources publiques que dans les rapports de ces gestionnaires avec les lobbies commerçants et banquiers en Mauritanie.

Ils ont développé, les techniques de corruptions passive et active, de fraude, de détournement, de malversation, de concussion, de trafic d’influence à tous les échelons de l’Etat. Ils savent utiliser les circuits politiques, administratifs, économiques, financiers et comptables pour arriver à leurs fins. Circuits qu’ils ont monté, soudoyé ou acquis par les moyens dont ils disposent et qui leurs servent de relais à tous les niveaux pour détourner, falsifier, transférer, dissimuler et se couvrir.

C’est dans cette « soupe » là que Ould Dadde est tombé. Et pas n’importe où. Dans un département par où transitent des moyens financiers et matériels importants et qui, bien avant lui, était la boite à Pandore où gesticulaient des commerçants véreux, des banquiers sans scrupules et une multitude de « fournisseurs », de « transitaires », de « bénéficiaires », « d’intermédiaires », qui formaient la chaine jusqu’au supposé destinataire, mais qui n’était que  le justificatif officiel de la « machine à détournement»: le pauvre.

Etre nommé à un tel emploi, comme d’ailleurs tous les emplois faisant intervenir des ressources publiques en Mauritanie, demande plusieurs conditions à mettre rapidement en place.

1) Faire une cartographie (« mapping ») rapide de l’institution à diriger

D’abord « ne pas être tombé de la dernière pluie », et surtout ne pas être fraichement débarqué dans le poste. Les milieux affairistes mauritaniens se saisissent très vite du « novice » et le mettent dans des « conditions idéales » pour s’en servir afin d’atteindre leur but. L’embobinement est une spécialité mauritanienne.

Dès sa prise de fonction, le titulaire n’y verra que du feu. La dissimulation des faits, des documents et du background de chaque collaborateur sera de rigueur. Tout sera fait pour faire paraître au novice qu’il est « tombé dans le meilleur des mondes possibles ». Qu’il sera l’Alpha et l’Omega de tout et que ses collaborateurs sont fidèles à l’infini. L’image qui lui sera renvoyée, d’un soutien généralisé à sa personne et à sa mission, sera telle qu’il se glissera dans une confiance proche de l’endormissement. Il signera sans prêter attention, il accordera la confiance sans se poser des questions, il acceptera ce qui lui est proposé par ses collaborateurs, il n’ira jamais vérifier ce qui se fait dans l’étage en dessous de lui, il évitera de poser des questions gênantes pour ne pas irriter un tel (ami d’un tel, frère d’un tel, cousin d’un tel, comptable de son service). Bref, il aura été mis au formol d’une mafia à visage humain.

Aussi avant d’accepter toute fonction, son titulaire doit bien connaître l’organisation ou le service qui lui est confié, son historique, les ressources humaines, l’environnement public et privé , les réseaux internes de gestion et leur interaction avec l’extérieur (« fournisseurs », commerçants, banques, personnes physiques et personnes morales, personnes publiques et privées). En somme, faire une cartographie de l’institution à diriger pour une « visibilité » optimale de son environnement interne et externe.

Dans cette démarche de cartographie, utiliser toute l’instrumentation formelle et informelle que la culture mauritanienne a mis à disposition. En effet, l’approche classique et rationnelle du renseignement à propos de X ou de Y ne ressort nullement de sa fiche officielle ou administrative de service, mais de l’information croisée et vérifiée obtenue dans le milieu sociopolitique.

En Mauritanie tout se colporte et tout se sait.

Pour mieux comprendre la dynamique interne d’un tel milieu et s’y préparer en conséquence lire ici  :

- le manuel à l’usage de ceux qui veulent s’enrichir en toute impunité

- Le monde qui pille les ressources publiques

2) Mettre rapidement en place un tableau de bord de gestion économique et financière

Les financiers vous diront que c’est une erreur, pouvant être fatale, lorsqu’on prend en charge une organisation publique ou privée sans connaitre à l’instant « T » (c’est-à-dire le moment où on prend ses fonctions) ses engagements économiques et financiers (internes et externes).

Un aperçu est généralement obtenu par le nouveau titulaire du poste lors de la passation de service, mais ce n’est parfois que la « vision » de son prédécesseur de sa propre gestion. On comprend donc la part de subjectivité de telles informations.

En Mauritanie, outre que la passation de service est une formalité qui est vide de contenu, surtout quand il s’agit de postes politiques, elle peut cependant être lourde de conséquence.

Aussi, le nommé à ce poste se doit d’affuter lui-même ses propres moyens de vérification de l’état physique (inventaire matériel et immatériel, état des stocks, effectifs du personnel permanent contractuel, en cessation d’activité, en disponibilité et en congé) et financier des lieux (snapshot du budget de l’entité, état préliminaire des engagements et des charges et autres encours financiers, fonds de roulement à la date d’entrée en fonction et un état des pièces et valeurs en caisse).

Un tableau de bord, avec indicateurs des ressources et des charges sur la période budgétaire et comptabilité matière et financière à l’appui présentant les différents postes en mouvement (débit et crédit) pour ledit établissement.

A titre d’exemple lire ici ce que nous avions écrit à propos de la comptabilité des postes diplomatiques et consulaires

Ce  tableau de bord établi, charger une personne de confiance (de préférence, personne morale indépendante et n’appartenant pas à l’établissement) de l’alimenter en permanence par les informations fournies par les services de gestion économique, financière et comptable de l’entité gérée et de dégager les « alertes » nécessaires à la prise de décision.

Toutefois, en Mauritanie et pour les raisons citées plus haut (falsification, connivence etc.) : le principe de rigueur doit toujours être : Vérification sur pièce (budgétaire, financière et comptable) sur place (remise de la chose achetée ou acquise) et sur la réalité de l’opération (nature en qualité et en quantité de la chose achetée ou acquise).

Pour cela le tableau de bord doit indiquer les flux physiques et financiers entrants, les flux physiques et financiers sortants sur la période de gestion considérée en s’appuyant sur le triangle : Inventaire-comptabilité-banque. (Etat des stock-reprise comptable-Etat des finances).

Pour bien utiliser ces instruments, le responsable de l’entité se doit de se familiariser avec les techniques de gestion financières et comptables, publiques et privées. Cela demande un savoir qui peut être acquis au préalable sinon avec l’expérience de gestion. Mais dans tous les cas, savoir lire des états financiers et comptables, les recouper avec des mouvements bancaires, budgétaires et de trésorerie, lire un bilan de fin d’exercice et tirer des conclusions d’un simple bordereau mensuel de comptabilité sont des fondements préalables à la direction d’une entité publique ou privée.

Dans tous les cas essayer de s’adjoindre des compétences du secteur privé (bureau d’experts) ou public (experts reconnus) pour mieux surveiller la gestion de l’entité dirigée.

III- Naviguer entre deux eaux : gérer les impondérables

Comme cela a été dit : « si le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument » et il est davantage plus corrompant lorsque celui qui l’acquiert n’a ni les moyens ni l’expérience, ni le savoir du microcosme politique dominant. Il est à ce moment là pris dans la tourmente du pouvoir.

En Mauritanie, une constante n’échappe à personne : la nomination aux postes publics, notamment les « hauts commis de l’Etat », est dictée d’abord et davantage par « une reconnaissance » du pouvoir en place (pour un soutien quelconque à un moment donné de son avènement), elle est, ensuite, matérialisée par la volonté du nommant d’instrumentaliser le nommé.

Aucun ministre ne pourra  certifier qu’il a été nommé pour ses compétences, mais d’abord parce que le pouvoir l’a agrée pour une raison ou pour une autre. Et cette raison est toujours l’adhésion directe ou indirecte au pouvoir en place.

C’est la raison pour laquelle, tout nommé sait qu’il “doit quelque chose” au pouvoir politique et il ne lui échappe pas que cette nomination n’est autre qu’un lien de servitude, non pas à la nation (comme cela est dans les démocraties) mais à celui qui l’a nommé.

Cette allégeance directe à un personnage, souvent titulaire d’un pouvoir qu’il a acquis par la force et qu’il distribue au gré de ses ouailles consentantes et souvent applaudissantes, entraine deux effets contradictoires que le titulaire du poste se doit de gérer sur le « fil du rasoir » :

- Etant nommé par le « chef » lui-même, il ne peut rien refuser au chef et à ses émissaires non plus.

- Etant nommé pour gérer une institution, il se doit de la diriger suivant les règles de bonne gestion et en dehors de toute ingérence.

Le « nommé » est donc dans un état de servitude avec la responsabilité d’un libre-arbitre.

Comment dans ces conditions peut-il allier ce « statut » politiquement servile dû à la nature du régime et cette responsabilité civile, commerciale et pénale du gestionnaire des biens publics ?

C’est là en effet, tout le hic. Ould Dadde n’a certainement pas échappé à ce dilemme. C’est la façon avec laquelle il l’a géré qui a certainement eu les conséquences que l’on sait.

Face à cette situation les « nommés » aux postes de responsabilité adoptent différentes attitudes dont chacune a ses conséquences. Les voici :

- Ceux qui se « refugient » dans leur statut politique, s’occupant tout au long de leur présence dans le poste, de leur environnement politique et laissent la gestion aux cadres de l’entité. L’entité n’est qu’un tremplin, un moyen de leur ambition politique. Ceux-là ont deux types de destinées. La première, s’ils ont un poids politique très important finissent par « grimper » ailleurs, laissant l’entité dans le désastre, mais couverts, impunis, ils continuent leur carrière autrement. La seconde, s’ils n’ont pas de poids politique que relatif (ou conjoncturel), ils sont très vite rattrapés par leur « mauvaise gestion » et finissent en prison pour servir d’exemple de la politique que l’Etat s’est définie (exemple lutte contre la corruption). Mohamed Lemine Ould Dadde fait probablement partie de la seconde catégorie.

- Ceux qui se mettent carrément à piller l’institution (ou le projet ) qui leur est confié en utilisant tout l’environnement malsain et le réseau mafieux en place. Ceux-là ont deux types de destinées. La première : ils ne sont pas inquiétés. Ils font partie du système et couverts par leur réseau et ils monnayent toute volonté influente de les punir (magistrats, fisc, contrôleurs, inspecteurs etc.). La seconde destinée : Ils sont l’objet d’un excès de zèle du pouvoir (toujours au nom de la justification de sa politique) et sont traduits en justice. Souvent, il faut le dire, leur parcours « carcéral » ne dépasse pas la détention préventive et se retrouvent très vite en liberté car tout se monnaye. Et ils ont les moyens de leur liberté.

On voit donc que le dilemme n’est pas en lui-même une gageure et que ceux qui s’y prennent sont forcément sous les feux du pouvoir.

Comment alors Med Lemine ould Dadde s’est retrouvé dans cette situation ?

Certains disent qu’il ne prêtait pas beaucoup attention à la gestion du commissariat et qu’il la laissait à l’interne. Aussi la « mafia » en aurait profité pour se “sucrer” sur les engagements économiques et financiers de l’entité. D’où les détournements, malversations et autres fraudes signalés à propos de l’affaire.

D’autres disent que s’il y a de cela, il reste que ould Dadde aurait, aussi, remis périodiquement d’importantes sommes d’argent à une personne sénatrice proche de ould Abdelaziz et qui les aurait requise au nom de ce dernier.

Mais dans l’une ou l’autre de ces situations  (ou les deux à la fois), Ould Dadde est bien tombé dans les travers du système.

Ce qui prouve bien que la gestion des entités publiques ne peut se faire que par des personnes averties du milieu sociopolitique et économique mauritanien, capables de mettre en œuvre les moyens techniques et humains pour se prémunir contre la gestion frauduleuse interne.

En somme, naviguer entre deux eaux dominées par deux courants contraires. Le courant montant des impératifs de la gestion saine de l’entité dirigée et le courant descendant du trafic d’influence que le pouvoir-nommant ne manquera pas d’exercer.

En conclusion:

Ce petit vadémécum n’a pas pour ambition de se servir de l’exemple d’un personnage pour le dénoncer mais tout au contraire de s’en servir pour que d’autres « ould Dadde » ne tombent pas dans le piège du pouvoir. On sait qu’il y’en a potentiellement beaucoup qui comme Ould Dadde aimeraient bien rentrer au pays, exercer une fonction , participer à son développement.

Certains, comme Ould Dadde, pourraient le faire au détriment de beaucoup de paramètres que nous n’avons pas à juger mais d’ores et déjà ce qui advint au personnage n’aura pas servi à rien. Mais à nous éclairer sur l’antinomie entre le libre intellect et la brûlante flamme du pouvoir.

Il ne fait pas de doute, que justice sera un jour  faite pour Mohamed Lemine Ould Dadde et qu’il pourra un jour libre, nous dire ce qui s’est passé dans les arcanes du commissariat, celui qu’il a dirigé et celui où il a, malgré lui, séjourné.

Et si face à cette volonté continuelle du pouvoir d’utiliser les intellectuels pour ses ambitions, Ould Dadde en sort indemne, la jurisprudence qui vaudra (pour nous autres de la diaspora) ne sera pas celle de la justice mauritanienne,  mais celle des leçons à tirer de l’aventure d’un membre de la diaspora dans les cimes du pouvoir. Dont acte.

Pr ELY Mustapha

* Dénomination actuelle lire: Commissariat aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux relations avec la Société Civile.

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Poésie de la douleur.