La Mauritanie traverse une séquence historique décisive. Alors que le débat sur un troisième mandat présidentiel s'intensifie, des voix irresponsables s'élèvent pour préconiser un coup d'État comme « solution » à la mal-gouvernance, la corruption, le détournement des biens publics et le népotisme .
Cet appel est non seulement
criminel sur le plan constitutionnel, mais il est structurellement suicidaire
pour un pays qui paie encore, près d'un demi-siècle plus tard, le prix
exorbitant du cycle militaire inauguré le 10 juillet 1978.
Depuis l'indépendance, la
Mauritanie a connu cinq coups d'État réussis - 1978, 1980, 1984, 2005, 2008 -
et de nombreuses tentatives avortées, chaque putsch promettant « redressement
», « moralisation » et « retour aux civils » avant de confisquer la transition,
d'installer ses réseaux et de piller les ressources .
Le bilan est sans appel : les putschistes de
1978, 1980, 1984, 2005, 2008 étaient les mêmes officiers ou leurs héritiers
directs, du colonel Ould Taya (21 ans de pouvoir) au général Ould Abdel Aziz
(11 ans) en passant par le général Ghazouani, chef d'état-major d'Aziz et
putschiste de 2008, au pouvoir depuis 2019 .
Le rapport Bertelsmann Transformation Index
(BTI) 2026 le dit crûment : la relative stabilité du pays repose sur la
quasi-monopolisation du pouvoir politique par un étroit stratum de l'élite,
militaro-affairiste d'origine, recyclée en hommes d'affaires, ministres,
députés, directeurs de sociétés d'État .
Un coup d'État en 2026 ou 2027 serait mené par ces mêmes réseaux - officiers formés dans les mêmes écoles, liés par les mêmes clientèles, propriétaires des mêmes avoirs dissimulés. Il ne « nettoierait » rien ; il réinitialiserait le compteur de l'impunité. Le coût humain, économique et institutionnel serait prohibitif : suspension de la Constitution et retour à l'arbitraire, isolement diplomatique avec sanctions de l'UA, de l'UE et des USA et gel des appuis budgétaires (FMI, Banque mondiale), effondrement des investissements et fuite des capitaux, risque sécuritaire par fragmentation de l'armée et tentation jihadiste au Sahel, régression des droits avec retour de la torture, disparitions, esclavage par ascendance non sanctionné et criminalisation de l'opposition .
L'argument « la corruption appelle un putsch » est un piège logique car la corruption systémique est produite et entretenue par les régimes militaires qui ont capturé l'État pour servir leurs réseaux .
Les instruments de lutte existent déjà : Inspection générale d'État, Cour des comptes, Pôle judiciaire anticorruption, Autorité nationale de lutte contre la corruption créée par la loi 2025-023, mais leur inefficacité tient à l'absence d'indépendance réelle, au rattachement à la Présidence, à la nomination des dirigeants par l'exécutif, à l'absence de moyens d'investigation autonomes .
Un putsch ne changera pas
cette architecture ; il la verrouillera.
La Constitution, révisée en
2020, est un bouclier : l'article 26 fixe le mandat à cinq ans, l'article 28
dispose que « le Président de la République est rééligible une seule fois », et
l'article 99 (ex-100) établit une clause d'éternité qui soustrait indéfiniment les
possibilités de révision constitutionnelle, ainsi aucune révision ne peut
toucher la durée et la limitation du mandat.
Un troisième mandat pour
Ghazouani (élu en 2019, réélu en 2024) nécessiterait une révision constitutionnelle
impossible sans violer cette clause, ce qui constituerait un coup d'État
constitutionnel . L'alternance de 2029 est donc
constitutionnellement programmée : Ghazouani ne peut légalement se représenter.
La bataille n'est pas « putsch pour empêcher un troisième mandat » mais «
succession contrôlée par l'oligarchie militaire » contre« alternance
démocratique par les urnes ».
Conquérir 2029 sans violence, c’est
ce qu’il faut réaliser. Pour cela, il faut verrouiller l'alternance et
empêcher à jamais le retour des militaires - qu'ils portent l'uniforme ou le
costume civil - et cela doit reposer sur quatre piliers à mettre en œuvre dès
aujourd'hui.
Quoi de plus noble et de plus gratifiant
à terme que de répondre à la violence institutionnelle par le tranchant de la
plume.
Mon ouvrage (édité en arabe et en français) « La Mauritanie face à elle-même : stratégie pour l’alternance est une réponse aux aventuriers du chaos ». Son complément « Carnet de combat civique » est un manuel d'action de l'activiste politique pour conquérir le pouvoir pacifiquement, par les institutions démocratiques». Il s’agit d’une opérationnalisation de terrain de la stratégie et ce carnet est mis à la disposition de tous les activistes politiques en Mauritanie.
Mon livre détaille la
stratégie en profondeur. Voici résumés les quatre piliers opérationnels pour
la conquérir et la verrouiller dès 2029.
Premier pilier : Unifier
l'opposition — Le « Pacte pour l'alternance »
Le Carnet de combat civique
opérationnalise ce pilier par des fiches-action concrètes : modèle de Pacte (10
engagements), statuts du Comité de pilotage de l'alternance (CPA), protocole de
primaires citoyennes (vote électronique et bureaux physiques), et projet de lois
« verrous » (ANLC, magistrature, financement des partis). Chaque activiste dispose
d'un kit de plaidoyer parlementaire (argumentaire, amendements types, coalition
à nouer) et d'une grille de conditionnement du dialogue national : pas de
participation sans adoption préalable des trois lois organiques. Le Carnet
fournit aussi les modèles de pétition (100 000 signatures), de communiqué de
presse unifié et de feuille de route de mobilisation (meetings régionaux,
porte-à-porte, réseaux sociaux).
Deuxième pilier. Réformer le
cadre électoral : la bataille parlementaire 2026-2028
Le Carnet détaille la
stratégie de niche parlementaire : calendrier des questions orales, modèles de
commissions d'enquête (art. 98 Constitution), motions de censure constructives,
et alliances tactiques avec députés « modérés » de la majorité. Il inclut les projets de lois organiques CENI (président élu à 2/3 ou tirage au sort CSM, commissaires paritaires, mandat de 6 ans), loi électorale (liste nationale intégrale de 157 députés, seuil de 3%, parité zipper) et loi Cour électorale indépendante (9 juges, saisine en 48 h, jugement en 30 jours). Des fiches « observation électorale » forment les activistes à documenter les fraudes, rédiger des recours et mobiliser des observateurs internationaux (UA, CEDEAO, Francophonie, IDEA).
Troisième pilier. Désarmer
l'oligarchie : les 18 mois de transition 2029-2031
Le Carnet consacre une
section entière aux « lois de rupture » : projet de loi de désarmement
patrimonial (audit Cour des comptes, ANLC, experts internationaux, modèle de
grille d'audit, procédure de restitution), projet de réforme du statut des
armées (mission défense exclusive, interdiction activités économiques, conseil
supérieur majoritairement civil, chef d'état-major 4 ans révocable 2/3
Parlement), projet de loi CVJR (mandat 3 ans, pouvoirs citation/archives,
protection témoins, compétence crimes sang/esclavage/corruption), et projet de
révision constitutionnelle « Verrou démocratique » (référendum 2030, clause
d'éternité élargie, président 1 mandat 6 ans, Cour constitutionnelle 9 ans,
institutions « quatrième pouvoir » constitutionnalisées). Chaque projet est
accompagné d'un argumentaire juridique, d'un calendrier de vote et d'une
stratégie de communication pour emporter l'adhésion populaire.
Quatrième pilier. Prévenir le putsch : surveillance,
diplomatie, architecture « anti-putsch »
Le Carnet fournit le
manuel du réseau « Sentinelles » : fiche de signalement des mouvements de troupes,
nominations suspectes, marchés opaques, publication mensuelle « Baromètre
militarisation ». Il inclut le modèle de pétition parlementaire (1/3 des députés saisissent la Cour suprême), la note verbale type UA/CEDEAO/ONU (sanctions automatiques), et les clauses « gouvernance démocratique » à insérer dans les contrats bilatéraux (gaz, mines, pêche, infrastructures). L'architecture post-2029 est détaillée : statut de la Garde républicaine (3 000 hommes, recrutement civil, serment à la Constitution), transfert de la Gendarmerie au Ministère de la Justice, programme de service national citoyen (12 mois mixte civil/militaire). Des scénarios de crise (tentative de putsch, répression post-électorale) sont simulés avec des réponses non-violentes (grève ciblée, sit-in, appel aux soldats, art. 35 de la Constitution).
Réponses aux objections et
chronogramme : Le Carnet
comme boîte à outils
Le Carnet consacre un chapitre
entier aux objections des réalistes du putsch, en traitant successivement la
thèse des urnes pipées avec les données de 2019 et 2024 et la stratégie de CENI
réformée couplée à une mobilisation dépassant 70%, puis l'hypothèse d'une armée
tirant sur la rue avec la réponse non-violente fondée sur la grève ciblée et
l'article 35 de la Constitution, ensuite l'argument selon lequel les militaires
détiennent les armes, l'argent et les réseaux en montrant les divisions
internes et l'effet dissuasif de la loi ANLC combinée à l'audit patrimonial et
à la CVJR sur chaque officier, enfin la crainte d'une société divisée en
rappelant que le pacte 2029 intègre les clivages ethniques, tribaux et de caste
dans un projet républicain commun. Le chronogramme 2026-2030 y est décliné en
jalons mensuels assortis d'indicateurs de succès chiffrés : 15 partis
signataires minimum, 50 organisations de la société civile engagées, 100 000
signatures de pétition, 500 000 manifestants pacifiques, 500 000 voix aux
primaires, 100 meetings régionaux, 50 observateurs internationaux accrédités,
plus de 60% de participation au référendum et plus de 70% de votes favorables.
Chaque activiste dispose en annexe d'un tableau de bord personnel lui
permettant de suivre sa contribution individuelle au calendrier collectif et de
mesurer en temps réel l'avancement de la campagne vers les échéances critiques.
La Mauritanie a payé 46 ans le prix du « raccourci militaire » : instabilité chronique, prédation des ressources, fracture sociale, exil des cerveaux, humiliation internationale. Chaque putsch a aggravé le mal qu'il prétendait soigner. Aujourd'hui, la Constitution offre un chemin : limitation de mandat (art. 28), clause d'éternité (art. 99), parlement, CENI, Cour des comptes, ANLC, société civile vibrante, jeunesse connectée (70% < 35 ans), diaspora compétente. Les instruments sont là. Il manque la volonté collective de les actionner en même temps.
L'appel au putsch est une trahison de l'avenir.
Il livre le pays aux mêmes prédateurs sous un nouvel uniforme. L'alternance 2029 se prépare maintenant, dans la clarté du droit, la rigueur de l'organisation, le courage de la non-violence. Aux démocrates mauritaniens : l'histoire ne pardonne pas l'hésitation. Elle récompense l'audace structurée.
2029 se gagne aujourd'hui. Par la loi. Par le nombre. Par
la vérité. Comme l'écrivait Moktar Ould Daddah, premier président civil renversé
le 10 juillet 1978 : « La liberté n'est pas un don que l'on reçoit, c'est une
conquête que l'on fait chaque jour. » Ne laissons pas sa chute avoir été vaine.
Pr ELY Mustapha
Ps : Des
exemplaires (en arabe et en français) de mon livre et de son Carnet de combat
civique sont mis gratuitement à la disposition de tous les activistes politiques
en Mauritanie.

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Pr ELY Mustapha