Nouakchott, bloc opératoire n° 7 de la République , première consultation ministérielle d'un gouvernement qui a décidément confondu l'organigramme avec une radiographie.
C'est
officiel : la Mauritanie vient d'inventer la première politique publique de
neurochirurgie appliquée à la théologie. En nommant le Dr Sidi El Hadj Ould
Dah, éminent spécialiste de la boîte crânienne, à la tête du ministère des
Affaires islamiques, l'État lance un message limpide : il est temps d'ouvrir
quelques crânes.
Le patient : nos têtes
brûlées
Car
reconnaissons-le, il y a urgence. Depuis des années, certains cerveaux
islamistes chauffent dangereusement. Les symptômes sont connus : fièvre des
takfirs, tremblements compulsifs du doigt accusateur, perte totale de l'humour
(stade terminal), et une étrange rigidité du cortex au moindre signe de nuance.
Aucun comprimé d'ijtihad n'y a fait quoi que ce soit. Devant l'échec de la
pharmacopée politique classique, on a donc décidé de passer au bistouri.
Imaginez
la première réunion de cabinet : le ministre entre en salle, chaussé d'un
frontal lumineux, stéthoscope autour du cou, et déclare solennellement : «
Allons-y. Premier patient : celui-là, à l'extrême droite de la salle, qui
devient rouge vif dès qu'on prononce le mot "modération". Iode, pince
de Kocher, et dose massive de Tolérance 50 cl en intraveineuse. »
Le
programme ministériel, paraît-il déjà rédigé sur des ordonnances, prévoit un
plan d'intervention en quatre temps :
·
Diagnostic. Scanner général de la
pensée fanatique nationale. À l'écran, des images troublantes : des neurones
cloîtrés depuis vingt ans dans la même fatwa, des synapses qui refusent toute
connexion avec l'autre rive du débat, et un lobe frontal atrophié parti en vacances
au tout début du cours d'éducation civique.
·
Anesthésie. Une fois le patient
plongé dans un profond sommeil médiatique (il suffit de couper le haut-parleur
du micro), on procède au point de suture.
· Ablation. Extraction délicate
de l'organe le plus encombrant : l'ego théologique, cette masse enflammée qui
convainc son porteur qu'il est l'unique gardien planétaire du Vrai, du Bien et
de l'orthographe coranique.
·
Rééducation. Séances quotidiennes
de lecture tolérante, exercices de cohabitation avec des opinions différentes,
et marche à l'étrier jusqu'à ce que le patient puisse entendre le mot «
pluralisme » sans appeler à l'apocalypse.
Bien
sûr, l'opération n'est pas sans risque. Le bulletin post-opératoire prévient :
certains patients risquent la rechute spectaculaire connue en milieu
hospitalier sous le nom professionnel de « syndrome du retour sur les réseaux
sociaux ».
Le vrai sujet du
dossier médical
Toute
l'ironie du dossier tient à un renversement pervers : ce ne sont pas les
fanatiques religieux que le pays devrait avant tout confier au neurochirurgien,
mais bien la machine des nominations elle-même, qui semble souffrir d'une grave
lésion du lobe décisionnel. Comment diagnostique-t-on, dans le cerveau institutionnel,
cette étrange activité qui consiste à placer un homme là où ses compétences ne
branchent sur aucune terminaison nerveuse du secteur ? C'est le gouvernement
qui a besoin d’une IRM.
Car en vérité, le Dr Ould Dah n'est pas le malade de l’histoire ; c’est un spécialiste reconnu, et tout le pays respecte le scalpel de cellar qui sauve des vies au CHN, entre deux convocations du protocole. Le patient dont le pronostic inquiète, c'est la conception même de l'État comme théâtre d'essai clinique, où l'on transplante les ministres sans vérifier la compatibilité de groupe, au gré de la chimère de la polyvalence universelle.
On
voit d'ailleurs poindre le prochain protocole : un cardiologue aux Finances
pour défibriller l'inflation, un ORL à la Communication pour soigner les
oreilles bouchées de l'administration, et, pourquoi pas, un anesthésiste à la
Justice, puisque de toute manière il y a longtemps que les dossiers dorment.
Ainsi,
si le nommé doit opérer un changement dans le cerveau de nos fanatisés
outragés, laissons-lui au moins le bénéfice de l'anesthésie générale : à la
manière dont le pays va, nulle autre chirurgie ne pourrait corriger de si
profondes convulsions. Mais que l'on se méfie : quand le bloc opératoire
servira à faire taire au lieu de soigner, le citoyen cessera d'être patient
pour devenir définition médicale
d'emploi un cobaye.
La
convalescence commencera le jour où, dans ce pays, on choisira les ministres
comme on choisit un chirurgien : pour leurs mains, leurs années d'expérience,
et le dossier qu'ils ont déjà signé. En attendant, gardez le malade sous
perfusion institutionnelle… et le micro du sermon sous surveillance électrique.
Pr
ELY Mustapha

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