mardi 13 octobre 2026

Opération « Cerveau Propre » au ministère des Affaires islamiques. Pr ELY Mustapha

 Nouakchott, bloc opératoire n° 7 de la République ,  première consultation ministérielle d'un gouvernement qui a décidément confondu l'organigramme avec une radiographie.

C'est officiel : la Mauritanie vient d'inventer la première politique publique de neurochirurgie appliquée à la théologie. En nommant le Dr Sidi El Hadj Ould Dah, éminent spécialiste de la boîte crânienne, à la tête du ministère des Affaires islamiques, l'État lance un message limpide : il est temps d'ouvrir quelques crânes.

Le patient : nos têtes brûlées

Car reconnaissons-le, il y a urgence. Depuis des années, certains cerveaux islamistes chauffent dangereusement. Les symptômes sont connus : fièvre des takfirs, tremblements compulsifs du doigt accusateur, perte totale de l'humour (stade terminal), et une étrange rigidité du cortex au moindre signe de nuance. Aucun comprimé d'ijtihad n'y a fait quoi que ce soit. Devant l'échec de la pharmacopée politique classique, on a donc décidé de passer au bistouri.

Imaginez la première réunion de cabinet : le ministre entre en salle, chaussé d'un frontal lumineux, stéthoscope autour du cou, et déclare solennellement : « Allons-y. Premier patient : celui-là, à l'extrême droite de la salle, qui devient rouge vif dès qu'on prononce le mot "modération". Iode, pince de Kocher, et dose massive de Tolérance 50 cl en intraveineuse. »

Le protocole opératoire

Le programme ministériel, paraît-il déjà rédigé sur des ordonnances, prévoit un plan d'intervention en quatre temps :

·         Diagnostic. Scanner général de la pensée fanatique nationale. À l'écran, des images troublantes : des neurones cloîtrés depuis vingt ans dans la même fatwa, des synapses qui refusent toute connexion avec l'autre rive du débat, et un lobe frontal atrophié parti en vacances au tout début du cours d'éducation civique.

·         Anesthésie. Une fois le patient plongé dans un profond sommeil médiatique (il suffit de couper le haut-parleur du micro), on procède au point de suture.

·      Ablation. Extraction délicate de l'organe le plus encombrant : l'ego théologique, cette masse enflammée qui convainc son porteur qu'il est l'unique gardien planétaire du Vrai, du Bien et de l'orthographe coranique.

·         Rééducation. Séances quotidiennes de lecture tolérante, exercices de cohabitation avec des opinions différentes, et marche à l'étrier jusqu'à ce que le patient puisse entendre le mot « pluralisme » sans appeler à l'apocalypse.

Bien sûr, l'opération n'est pas sans risque. Le bulletin post-opératoire prévient : certains patients risquent la rechute  spectaculaire connue en milieu hospitalier sous le nom professionnel de « syndrome du retour sur les réseaux sociaux ».

Le vrai sujet du dossier médical

Toute l'ironie du dossier tient à un renversement pervers : ce ne sont pas les fanatiques religieux que le pays devrait avant tout confier au neurochirurgien, mais bien la machine des nominations elle-même, qui semble souffrir d'une grave lésion du lobe décisionnel. Comment diagnostique-t-on, dans le cerveau institutionnel, cette étrange activité qui consiste à placer un homme là où ses compétences ne branchent sur aucune terminaison nerveuse du secteur ? C'est le gouvernement qui a besoin d’une IRM.

Car en vérité, le Dr Ould Dah n'est pas le malade de l’histoire ; c’est un spécialiste reconnu, et tout le pays respecte le scalpel de cellar qui sauve des vies au CHN, entre deux convocations du protocole. Le patient dont le pronostic inquiète, c'est la conception même de l'État comme théâtre d'essai clinique, où l'on transplante les ministres sans vérifier la compatibilité de groupe, au gré de la chimère de la polyvalence universelle.

On voit d'ailleurs poindre le prochain protocole : un cardiologue aux Finances pour défibriller l'inflation, un ORL à la Communication pour soigner les oreilles bouchées de l'administration, et, pourquoi pas, un anesthésiste à la Justice, puisque de toute manière il y a longtemps que les dossiers dorment.

Prescription finale

Ainsi, si le nommé doit opérer un changement dans le cerveau de nos fanatisés outragés, laissons-lui au moins le bénéfice de l'anesthésie générale : à la manière dont le pays va, nulle autre chirurgie ne pourrait corriger de si profondes convulsions. Mais que l'on se méfie : quand le bloc opératoire servira à faire taire au lieu de soigner, le citoyen cessera d'être patient pour devenir  définition médicale d'emploi  un cobaye.

La convalescence commencera le jour où, dans ce pays, on choisira les ministres comme on choisit un chirurgien : pour leurs mains, leurs années d'expérience, et le dossier qu'ils ont déjà signé. En attendant, gardez le malade sous perfusion institutionnelle… et le micro du sermon sous surveillance électrique.

Pr ELY Mustapha

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Pr ELY Mustapha

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Poésie de la douleur.