La Mauritanie entretient avec l'OTAN une relation de partenariat qui remonte à plusieurs années. Le Président Ghazouani s'était déjà rendu au siège de l'OTAN à Bruxelles en 2021 pour discuter des questions de sécurité et de défense dans la zone sahélo-saharienne avec le Secrétaire général de l'Alliance. Plus significatif encore, les chefs d'État et de gouvernement des pays membres ont officiellement approuvé, lors du Sommet de Madrid en 2022, un paquet de renforcement des capacités de défense et de sécurité spécifiquement dédié à la Mauritanie. Cela fait d'elle un partenaire bénéficiaire à part entière de l'Alliance. En mai 2024, l'amiral Rob Bauer, président du Comité militaire de l'OTAN, s'est déplacé à Nouakchott pour rencontrer le Président Ghazouani et les autorités militaires mauritaniennes. Cette visite de haut niveau démontre que l'OTAN considère la Mauritanie comme un partenaire très apprécié.
Le Sahel : Raison Fondamentale de Cette Invitation
La logique première de la présence de Ghazouani à Bruxelles est géostratégique. L'OTAN a explicitement déclaré que son approche pour l'ensemble du Sahel s'articule autour de son partenariat avec la Mauritanie. Cette affirmation prend aujourd'hui une dimension cruciale, compte tenu des coups d'État successifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Ces pays ont rompu leurs partenariats militaires avec la France et d'autres puissances occidentales, expulsé leurs contingents militaires et se sont tournés vers d'autres parrains stratégiques. Dans ce panorama chaotique, la Mauritanie se distingue comme l'un des rares pays sahéliens à maintenir une coopération sécuritaire stable avec l'Occident. Elle est devenue, aux yeux de l'OTAN, le pivot indispensable de toute stratégie de sécurité en Afrique de l'Ouest.
Ce n'est pas le hasard qui a conduit l'OTAN à inviter Ghazouani ; c'est le mérite d'une politique sécuritaire nationale cohérente et efficace. La Mauritanie a développé, depuis plus d'une décennie, une doctrine originale combinant contrôle militaire du territoire, coopération internationale et stratégie de prévention de la radicalisation. Le pays a subi de plein fouet les attaques terroristes dans les années 2000, mais il a su construire une résilience institutionnelle rare dans la région. L'OTAN, qui cherche à étendre ses relations avec les pays du flanc sud de la Méditerranée et du Sahel pour prévenir les menaces transnationales, trouve en la Mauritanie un interlocuteur crédible, expérimenté et souverain. La visite de Ghazouani s'inscrit dans cette dynamique de dialogue politique et sécuritaire avec les partenaires du flanc sud de l'Alliance.
Les Enjeux Concrets de la Rencontre
La rencontre à Bruxelles ouvre des perspectives opérationnelles sur plusieurs axes essentiels. Le premier concerne le renforcement des capacités militaires et de formation des forces armées mauritaniennes, notamment dans les normes applicables aux troupes déployées en opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Le deuxième axe porte sur le partage de renseignements antiterroristes, domaine dans lequel la Mauritanie a acquis une expertise reconnue. Le troisième concerne la sécurité maritime dans l'Atlantique et le Golfe de Guinée, une dimension croissante des préoccupations sécuritaires régionales. Par ailleurs, Bruxelles n'est pas seulement le siège de l'OTAN, mais aussi celui des institutions de l'Union européenne. La visite de Ghazouani pourrait ainsi inclure des échanges avec des responsables européens, dans un contexte où l'UE est un partenaire majeur de la Mauritanie dans les domaines du développement, de la sécurité et de la gestion migratoire.
Au-delà des aspects techniques et sécuritaires, la visite de Ghazouani à l'OTAN révèle une stratégie diplomatique définie. La Mauritanie ne cherche pas à intégrer l'Alliance, mais elle tire intelligemment parti de sa position géographique et de sa stabilité politique pour entretenir des partenariats stratégiques diversifiés. Alors que d'autres pays sahéliens ont fait le choix de la rupture avec l'Occident, Nouakchott maintient une politique d'équilibre, préservant simultanément sa souveraineté et ses relations avec les partenaires internationaux. Cette posture lui confère une visibilité et une influence diplomatique bien supérieures à son poids démographique ou économique. L'invitation de l'OTAN est plus qu'un geste de courtoisie ; c'est une reconnaissance formelle du rôle de la Mauritanie comme pôle de stabilité dans une région en pleine recomposition stratégique.
Le droit international et l'architecture de sécurité mondiale n'imposent aucunement qu'un pays soit membre d'une alliance pour y être invité ou pour coopérer avec elle. L'OTAN entretient des relations de partenariat structurées avec des dizaines de pays non membres à travers le monde, notamment dans le cadre de ses programmes de renforcement des capacités de défense et de sécurité. La Mauritanie bénéficie officiellement de ce statut depuis le Sommet de Madrid de 2022. La présence du Président Ghazouani à Bruxelles est donc la traduction concrète et visible d'une relation sécuritaire bâtie patiemment, structurée institutionnellement, et aujourd'hui indispensable à la stratégie de l'OTAN pour le flanc sud. Elle consacre la Mauritanie non pas comme membre d'une alliance militaire, mais comme ce qu'elle est réellement : un partenaire stratégique irremplaçable dans l'une des régions les plus volatiles du monde.
Pr ELY Mustapha

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