mercredi 9 avril 2025

NIOFAR : Les trois verres du destin ou lorsque les économistes s’en mêlent. Par Pr ELY Mustapha

 À la suite de l’affaire NIOFAR, un lanceur d’alerte qui a secoué la gouvernance en léthargie dans notre pays,  le ministère de l’Économie et des Finances a mis en place une commission chargée d’enquêter sur les faits, d’élucider l’ensemble des circonstances de cette affaire et de vérifier les procédures d’accompagnement des investisseurs, qu’ils soient nationaux ou étrangers, dans le développement de leurs projets, afin de concilier rentabilité économique, développement national et création d’emplois. La commission a été enjointe de remettre son rapport au plus tard le 11 avril prochain. ..

Aussi sur cette enquête en cours et sur son devenir, j’ai réuni un panel d’éminents économistes pour un échange sur ce qui pourrait être encore une énième expérience…


 En somme,  un  Dialogue interactif entre économistes sur l’enquête Niofar en Mauritanie. Un Dialogue qui n’a de réalité que ce que, en son âme et conscience, chaque mauritanien intègre voudrait bien  lui donner.



Question:  (Sur un ton taquin) : Mes chers esprits cette enquête mauritanienne sur l’affaire NIOFAR est-elle un feuilleton tribal ou un chef-d’œuvre de corruption créative ?

Samir Amin (Égyptien, Théorie de la dépendance – « L’accumulation à l’échelle mondiale») :  Votre humour est aussi tranchant que mon analyse ! La Mauritanie incarne le capitalisme périphérique : 89% des mines contrôlées par des multinationales, et vos élites locales jouent les vendeurs de sable dans le désert. Cette enquête ? Un mirage néocolonial !

Ibn Khaldoun (Tunisien, Théorie de la Asabiyyah – « Muqaddimah ») :
 En effet cher Samir. Au XIVe siècle déjà, j’écrivais : « L’État est comme un arbre qui se nourrit de la tribu ». cette  enquête sera des feuilles mortes… tant que 92% des postes-clés restent aux mains des Béidanes. Où est votre Asabiyyah (cohésion sociale) ?

Thandika Mkandawire (Malawien, Économie du développement – « Thinking about Developmental States in Africa ») :  Arrêtez le folklore ! Les États développeurs exigent des institutions fortes. Mais chez-vous  62% des contrats miniers passent outre les appels d’offres. Votre ministère ? Un distributeur automatique de privilèges… hors service !

Dambisa Moyo (Zambienne, Critique de l’aide internationale – « Dead Aid ») :  L’aide étrangère a corrompu l’Afrique… mais la Mauritanie s’en passe ! Elle a inventé la corruption authoctone : 7,8% du CA des PME en pots-de-vin. Bravo pour l’innovation locale !

Question:  (à Mahmoud Mohamed Taha) :  Professeur Taha, votre économie islamique résoudrait-elle cette mascarade ?

Mahmoud Mohamed Taha (Soudanais, Réformisme islamique – « The Second Message of Islam ») :  La zakat (aumône) exige la transparence. Mais quand 3 familles accaparent 58% du PIB, même un chameau trouverait la charge trop lourde !

Question:  (à Imad El-Anis) : Et vous, professeur El-Anis, spécialiste des Émirats… Des leçons à partager ?

Imad El-Anis (Jordanien, Économie politique – « Global Market Integration ») : Dubaï a transformé le désert en or… grâce à des règles claires. En Mauritanie, les seuls investisseurs sont les vautours… et ils préfèrent la viande fraîche !


Question:  (d’un ton sarcastique) :  Mes chers esprits brillants, cette enquête mauritanienne est-elle une innovation institutionnelle ou un remake de ‘Game of Tribes’ version désertique ?

Pierre Bourdieu (Sociologie de la reproduction sociale – « La Distinction ») : Votre ironie est savoureuse mon cher ! je rebondis sur que vient de dire le père de la Sociologie notre éminent savant Ibn Khaldoun sur el Asabiya. En Mauritanie, l’État est un champ de pouvoir où les élites béidanes (92% des postes stratégiques) reproduisent leur domination via le capital symbolique. Cette enquête ? Un rituel de légitimation… comme organiser un concours de beauté pour masquer un coup d’État !

Max Weber (Rationalité bureaucratique – « Économie et Société ») :  oui c’est ridicule, en effet Pierre ! Une enquête doit être impersonnelle, désintéressée et l’indépendance des enquêteurs garantie et eux-mêmes protégés. La bureaucratie rationnelle exige des règles impersonnelles. Cette enquête fonctionnera comme un casino où les croupiers… sont aussi les joueurs !

Mamadou Dia (Fétichisme du pouvoir – « Réflexions sur l’économie de l’Afrique noire ») :
Oui en effet, Max. Ne soyez pas dupes ! Ces enquêtes sont des exorcismes médiatiques. Rappelez-vous l’affaire Ould Abdel Aziz : 96 millions de dollars évaporés, et condamnation…. aux calendes grecques !. La justice ici est un mirage… qui hydrate les élites ! Ce que le bloggeur Taleb ould Abdelwedoud appelle les « raccords de sustentation » mis en bouche des courtisans du régime.

André Gunder Frank (Théorie de la dépendance – « Le développement du sous-développement ») : J’ajouterai, cher Dia, un facteur essentiel : la Mauritanie est un État-comptoir. 89% des revenus miniers fuient via des sociétés écrans à Gibraltar. Cette enquête ? Un pansement sur une hémorragie capitaliste !

Question:  (interrogeant Joseph Stiglitz) :  Professeur Stiglitz, vous qui dénoncez les asymétries d’information… Cette enquête aura-t-elle un effet placebo ?

Joseph Stiglitz (Asymétries d’information – « Le Prix de l’inégalité ») : Excellente question ! Quand 77% des Haratines croient que l’exclusion est une fatalité divine, toute enquête devient un jeu de dupes. La transparence ? Impossible sans briser les monopoles informationnels des clans !

Elinor Ostrom (Gouvernance des communs – « Governing the Commons ») :  Et si on sortait du piège étatique ? Au lieu de commissions qui accoucheront d’une souris , créons des assemblées .  Les pêcheurs Imraguen ont géré les bancs de pêche pendant des siècles… avant que les licences tribales ne  saccagent tout.

Thomas Piketty (Inégalités – « Le Capital au XXIe siècle ») : Regardez les données : 3 familles contrôlent 58% du PIB. Cette concentration rend l’enquête aussi crédible qu’un test antidopage… organisé par les dopés !

Question:  (à Paul Romer) :  Professeur Romer, votre théorie de la croissance endogène peut-elle décryptocratiser ce système ?

Paul Romer (Croissance endogène – « Mathématique des idées ») : Bien tenté,  cher Professeur !  Mais comment innover quand 62% des budgets R&D sont détournés ? La Mauritanie a besoin de zones économiques spéciales… protégées des tribus par des drones suisses !

Amartya Sen (Capabilités – « L’Idée de justice ») : En Mauritanie, l’enjeu est la liberté réelle. Si 50% des investisseurs jugent les tribunaux corrompus, l’enquête Niofar est un miroir brisé… qui ne reflète que vos chaînes !

Hernando de Soto (Droit de propriété – « Le Mystère du capital ») : Titrisez les terres ! Seuls 5% des Haratines ont des titres fonciers. Sans propriété formelle, vos enquêtes sont des châteaux de sable… balayés par le vent tribal !

Question:  (avec un sourire radieux) : Bienvenue.  Des économistes femmes de renom viennent de nous rejoindre. Les femmes sont toujours à l’honneur en Mauritanie. Mesdames, vous qui êtes des pionnières dans vos domaines, cette enquête Niofar en Mauritanie est-elle une avancée institutionnelle ou un simple exercice de camouflage bureaucratique ?

Esther Duflo (Prix Nobel 2019 – « Poor Economics ») : Camouflage, bien sûr ! En Mauritanie, où 77% des Haratines croient que leur exclusion est naturelle, cette enquête ressemble à un placebo. Pourquoi ne pas randomiser les enquêteurs ? Imaginez : un Béidane, un Haratine, et un pêcheur Imraguen dans la même salle… Cela ferait au moins une expérience sociale intéressante !  Qu’en pensez-vous Chère Claudia ?

Claudia Goldin (Prix Nobel 2023 – « Career and Family ») : Oui. Votre analyse est pertinente, Esther ! Mais regardez les données historiques : les élites mauritaniennes ont perfectionné l’art de la segmentation économique. Le tribalisme agit comme une barrière invisible, tout comme le genre dans mes recherches sur le marché du travail. Une enquête menée par ces mêmes élites ? C’est comme demander à des PDG de réduire volontairement leurs salaires !

Question:  : Et vous chère Carmen…du côté de la BIRD ?

Carmen Reinhart (Vice-présidente de la Banque mondiale – « This Time Is Different ») : Je suis d’accord avec mes éminentes collègues ! La Mauritanie est un exemple classique de crise systémique chronique. Avec 89% des revenus miniers évaporés dans des paradis fiscaux, cette enquête est une distraction. Si vous voulez vraiment réformer, commencez par auditer les flux financiers… mais attention, cela pourrait provoquer une crise politique majeure !

Mariana Mazzucato (« Mission Economy ») : En effet, Carmen,   mais pourquoi ne pas transformer cette crise en opportunité ? La Mauritanie pourrait adopter une approche missionnaire, comme je le propose dans mes travaux. Par exemple, utiliser cette enquête pour redéfinir ses priorités économiques : investir dans l’éducation des Haratines et diversifier au-delà du secteur minier. Mais soyons honnêtes… Les consultants de l'enquête ont probablement déjà pris leur commission !

Question:  : Chère Rohini Pande …Qu’en pensez-vous ?

Rohini Pande (Yale University – « Institutions et justice sociale ») : Cette enquête, cher professeur,  est un cas d’école pour mes recherches sur les institutions défaillantes. En Mauritanie, les institutions sont construites pour maintenir les inégalités structurelles. Si vous voulez vraiment changer quelque chose, donnez aux Haratines un accès équitable aux postes publics. Mais cela nécessiterait une révolution… et non une simple enquête.

Crystal Simeoni
(Directrice du Nawi Afrifem Macroeconomics Collective) : Bravo Rohini ! Je dirais même que cette enquête est un exemple parfait de macroféminisme inversé. Les femmes mauritaniennes, particulièrement les Haratines, sont exclues non seulement économiquement mais aussi politiquement. Pourquoi ne pas inclure des femmes dans le processus d’enquête, combien de femmes ? Cela pourrait au moins introduire une perspective différente.

Question:  : tournons-nous maintenant vers une vision américaine… Madame Janet Yellen votre expertise en politique monétaire peut-elle nous éclairer sur la manière dont la Mauritanie pourrait sortir de ce cycle infernal ?

Janet Yellen - (Secrétaire au Trésor américain) (Politique monétaire – Ancienne présidente de la Fed) : La Mauritanie doit renforcer ses institutions fiscales avant tout. Avec 58% du PIB contrôlé par trois familles, il n’y a aucune base pour une croissance inclusive. Introduisez des taxes progressives sur les revenus miniers et redistribuez-les via des programmes sociaux. Mais je doute que ceux qui bénéficient du système actuel soient prêts à lâcher prise…


Et l’inattendu … arriva.


Alors que les économistes, en genre et en nombre,  débattaient avec passion, un vieil homme mauritanien, silencieux jusque-là, se leva doucement. Il portait une théière fumante et distribuait des verres de thé aux participants. Son geste interrompit le dialogue. Tous les regards se tournèrent vers lui alors qu’il prenait la parole d’une voix grave et posée.


Le vieil homme (posant sa théière fumante) dit : Chers invités de notre cher professeur, j’ai écouté vos grandes théories pendant que je préparais ce thé. Vous parlez de chiffres, de modèles, de corruption et d’institutions. Votre savoir si grand, dépasse la compréhension de mon humble personne (il ramena sur son crâne dégarni le turban rapiécé qu’il portait). Mais ici, en Mauritanie, continua-t-il nous savons que le thé est plus qu’une boisson. C’est une métaphore de notre réalité : amer comme la vie, fort comme l’amour, doux comme la mort. Alors, laissez-moi vous raconter ce que cette enquête signifie vraiment pour nous.


Le vieil homme (versant le premier verre de thé) : Notre thé mauritanien comprend trois verres dont la symbolique remonte jusque notre conscience collective; celle d’une nation qui cherche désespèrement son unité malgré sa mal-gouvernance. Le premier verre est amer comme la vie. Cette enquête, comme toutes les autres, (comme tous les dialogues , comme toutes les initiatives)   est amère parce qu’elle commence toujours par de grandes promesses. Mais nous savons tous que ces promesses ne sont jamais tenues. Les élites qui mènent cette enquête sont les mêmes qui profitent du système corrompu. Comment espérer qu’un serpent se morde la queue ?

Pierre Bourdieu (Sociologie de la reproduction sociale – « La Distinction ») :  Vous avez raison, mon ami. Ce que vous décrivez est une reproduction sociale parfaite. Les élites béidanes contrôlent 92% des postes stratégiques et utilisent cette enquête pour renforcer leur domination symbolique. C’est un spectacle destiné à calmer les masses… mais rien ne changera.


Le vieil homme (versant le deuxième verre) : Le deuxième verre est fort comme l’amour. Cette enquête est forte parce qu’elle joue sur nos émotions. Elle nous promet justice et égalité, mais elle divise davantage nos communautés. Le tribalisme est une plaie ouverte ici, et chaque enquête ne fait que raviver les rancunes.

Ibn Khaldoun (Théorie de la Asabiyyah – « Muqaddimah ») : Votre analyse est brillante ! Sans Asabiyyah, ou cohésion sociale, l’État n’est qu’un mirage. En Mauritanie, les tribus utilisent ces enquêtes pour renforcer leur pouvoir au détriment du bien commun. Cette absence d’unité condamne toute réforme à l’échec.

Le vieil homme (versant le troisième verre) : Le troisième verre est doux comme la mort. Cette enquête finira comme toutes les autres : en silence. Les responsables détourneront l’attention avec un nouveau scandale ou une nouvelle promesse vide. Et nous, le peuple, continuerons à boire notre thé en attendant un miracle qui ne viendra jamais.

Amartya Sen (Capabilités – « Development as Freedom ») :  Votre métaphore est puissante ! Ce que vous décrivez est un échec des capabilités institutionnelles. Tant que les Mauritaniens n’auront pas la liberté réelle de participer aux décisions publiques, ces enquêtes resteront des rituels symboliques sans impact concret.

Le vieil homme sourit tristement …ce qui n’échappa pas à Samir Amin

Samir Amin (Théorie de la dépendance – « L’accumulation à l’échelle mondiale ») : Vieil homme, votre sagesse dépasse nos théories ! La Mauritanie est un État-comptoir, où les élites locales collaborent avec des multinationales pour piller les ressources naturelles. Cette enquête n’est qu’un écran de fumée pour cacher cette exploitation systématique.

Thandika Mkandawire (États développeurs – « Thinking about Developmental States in Africa ») : Vous avez parfaitement décrit le problème  avec cette  belle métaphore des trois verres de thé! C’est brillant ! Sans institutions inclusives et sans rupture avec le néopatrimonialisme, aucune enquête ne pourra transformer la Mauritanie en un véritable État développeur.

Esther Duflo (Prix Nobel 2019 – « Poor Economics ») : Votre analogie avec le thé me touche profondément. Mais pourquoi ne pas utiliser cette culture du thé pour créer des espaces de dialogue  Si chaque verre pouvait être l’occasion d’un débat sur la justice sociale, peut-être que quelque chose changerait.

Dambisa Moyo (Critique de l’aide internationale – « Dead Aid ») : Je suis d’accord avec Esther ! Mais attention : tant que 58% du PIB reste contrôlé par trois familles, même les discussions autour du thé risquent d’être monopolisées par les élites. Un thé amer, mais sans la vie.


Le vieil homme (Théificateur) posa sa théière toujours fumante et regarda l’assemblée avec gravité et dit (en retroussant sur ses maigres épaules les pans usés de son boubou) :   Vous êtes tous brillants, et  vos solutions nous éclairent davantage sur notre intolérable condition politique et sociale et ce que nous sommes et valons . Ici, en Mauritanie, nous avons appris à survivre malgré tout cela. Peut-être que la vraie solution n’est pas dans une enquête ou dans des réformes imposées d’en haut… mais dans notre capacité à reconstruire nos liens sociaux autour de ce thé qui nous unit tous. Car ce qui nous unit et bien plus fort que ce qui nous divise. 

Pr ELY Mustapha


mardi 8 avril 2025

Un acte inhumain qui bafoue la dignité humaine et les principes de l'Islam .Par Pr ELY Mustapha

 Quand Allah, dans la Sourate el Baqara, dit que les vrais musulmans qui sont sur le bon chemin de leur Seigneur, et ceux qui réussissent (dans cette vie et dans la vie future) sont ceux qui doivent croire en la révélation que le Prophète Mohamed (PSL) a reçu mais aussi aux révélations qui ont été faites  avant lui  (La Bible et la Thora) .
Cela signifie que le musulman doit respecter les deux réligions du livre et ne pas porter préjudice ni mal à leurs adeptes . Ce que le Prophète Mohamed avait d'ailleurs enseigné de son vivant.
Alors déterrer leurs morts est un grand mal et contredit les préceptes de l'Islam.

"Alif, Lam, Mim. C'est le Livre au sujet duquel il n'y a aucun doute, c'est un guide pour les pieux,  qui croient à l'invisible et accomplissent la Salat et dépensent (dans l'obéissance à Allah), de ce que Nous leur avons attribué, Ceux qui croient à ce qui t'a été descendu (révélé) et à ce qui a été descendu avant toi et qui croient fermement à la vie future.Ceux-là sont sur le bon chemin de leur Seigneur, et ce sont eux qui réussissent (dans cette vie et dans la vie future)." (Sourate el Baqara)

À Sélibaby, en Mauritanie, un acte d'une gravité inouïe a été commis : l'exhumation présumée du corps d'un chrétien. Cet événement tragique soulève des questions fondamentales sur le respect de la dignité humaine, des droits des morts, et des valeurs universelles prônées par l'Islam. Cet acte barbare et intolérant ne peut être justifié ni par la foi ni par la morale.
Mais une telle intolerance a déjà pris place chez les adeptes d'un islam  bigot. Rappelons-nous il y a quelques mois encore l'Imam de la mosquée saoudienne de Nouakchot qui refusait de prier sur dépouille du griot Sidaty ould Abba.? (voir mon article sur ce blog " je suis un griot":

https://haut-et-fort.blogspot.com/2019/10/je-suis-un-griot.html )

L'Islam et le respect des morts : une obligation sacrée

L'Islam, religion de paix et de justice, accorde une importance capitale à la dignité des défunts, quelle que soit leur confession. Le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) a enseigné que le respect envers les morts est un devoir universel. Lorsqu'un cortège funéraire passait devant lui, il se levait par respect, même s'il s'agissait d'une personne non musulmane. Quand on lui fit remarquer qu'il s'agissait d'un Juif, il répondit : « N'était-ce pas une âme humaine ? ».

Les enseignements islamiques interdisent strictement toute forme de profanation ou de mutilation des corps. L'exhumation injustifiée d'un cadavre va à l'encontre de ces principes fondamentaux. Selon le fiqh islamique, même les ennemis morts au combat doivent être enterrés avec dignité pour préserver leur humanité et éviter toute humiliation. Cela montre que l'Islam ne limite pas la dignité aux seuls musulmans mais l'étend à toute l'humanité.

Un acte contraire à la morale et aux valeurs humaines

L'exhumation d'un corps, surtout pour des raisons religieuses ou discriminatoires, est une violation flagrante des droits humains et un affront à la coexistence pacifique. Ce geste déshumanise non seulement le défunt mais blesse également ses proches et sa communauté. En Islam, il est interdit de parler en mal des défunts ou de leur causer du tort après leur mort, car cela revient à infliger une douleur inutile aux vivants.

De plus, Allah rappelle dans le Coran : « Nous avons certes honoré les fils d'Adam » (Sourate 17:70). Cette honorabilité s'applique à chaque être humain sans distinction de race ou de religion. Déshonorer un mort revient donc à nier cette dignité conférée par le Créateur.

Appel à la justice et à la tolérance

Ce drame nous interpelle sur notre responsabilité collective en tant qu'humains. Il est impératif que les autorités mauritaniennes enquêtent sur cet incident et traduisent les responsables en justice. De tels actes ne doivent pas être tolérés dans une société qui aspire à l'harmonie sociale et au respect mutuel.

Les leaders religieux ont également un rôle crucial à jouer pour rappeler aux fidèles que l'Islam prône la tolérance et le respect envers tous. Les mosquées doivent être des lieux où ces valeurs sont enseignées et renforcées.

Un appel à la réflexion

Cet événement tragique doit nous pousser à réfléchir sur notre humanité commune. Quel que soit notre système de croyance, nous partageons tous une destinée commune : celle de retourner à la terre. La mort est un rappel poignant de notre fragilité et devrait nous unir dans le respect mutuel plutôt que nous diviser.

Que cet incident serve d'électrochoc pour promouvoir une meilleure compréhension entre les communautés religieuses en Mauritanie et ailleurs. L'inhumanité n'a pas sa place dans une société éclairée par les principes divins et humanitaires.


 

Pr ELY Mustapha



lundi 7 avril 2025

NIOFAR : un lanceur d’alerte, dans un pays à conscience inerte. Par Pr ELY Mustapha




 

 

 

 

 « Lorsque le Sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt »



 

 

 

 

N’en déplaise à tous ceux qui depuis quelques jours dissertent sur l’absence de corruption en Mauritanie, ou sur les mesures prises pour lutter contre, ou encore sur la bonne foi des décideurs et par la même occasion cherchent à discréditer les dénonciations des sociétés qui quittent la Mauritanie à cause de cette gangrène, le constat reste accablant : la Mauritanie est bien un pays où la corruption a atteint des sommets inimaginables.

Ni un nationalisme primaire, ni un patriotisme de circonstance, ni un appel du ventre de conserver un emploi aussi éphémère que la politique qu’il sert, ne doivent servir à nier les réalités de la misère corruptive en Mauritanie. Ce serait un déni de conscience, qui, face aux dérives de son pays, justifierait l’injustifiable.

Ce serait là, tout au contraire, mal servir son pays, particulièrement dans un emploi public, puisque l’essence première de toute administration publique est de servir le citoyen et non de l’induire en erreur.

Mais, me diriez-vous, pourquoi face à une société qui dénonce le crime, et qui se présente en lanceur d’alerte, cette montée de logorrhée semi-patriotique semi-intéressée, à son égard ?

 Pourquoi au contraire, les autorités n’ont-elles  pas invité ladite société à présenter ses griefs et ses preuves, à diligenter des enquêtes pour saisir les responsables, les traduire en justice et assainir les rouages d’une économie qu’ils gangrènent.

Pourquoi ?  Diriez-vous encore.

Simplement parce que, comme le dit l’adage : « Lorsque le Sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt ».


Mais croyez-vous vraiment que l’idiot en Mauritanie, aussi idiot soit-il, ne voit pas la lune ?


Mais il préfère regarder le doigt, car cela est plus sécurisant, pour lui, pour son emploi, pour ses intérêts que le soi-disant patriotisme qui n’emportera que chômage et misère.


Faut-il en vouloir lui en vouloir dans une administration publique tribalisée , clanisée ;  dans un secteur public et privé dominé par une oligarchie commerçante tribalo-militaro-mercantile, verrouillant tous les secteurs de l’Economie, empêchant,  par la dissuasion et la corruption,  tout autre acteur économique ( et plus encore  étranger ) d’y investir à moins de se soumettre à son diktat,  à ses méthodes et aux pratiques d’une administration corrompue qu’elle  nourrit à travers les marché publics véreux qu’elle obtient contre récompense sonnante et trébuchante , et  les projets faramineux et inutiles qu’elle initie et qu’elle s’octroie à coups de dessous de tables et d’influence haut placée.


Fallait-il donc qu’une société,  telle NIOCAR, puisse dire ce que chaque citoyen sait et que chaque haut responsable couvre, pour que la gangrène soit encore mise en actualité ?

Je défie quiconque des responsables mauritaniens d’apporter la preuve contraire de ce qui est, ici, avancé, non pas que l’on détienne la vérité, mais parce tout se sait et parce que la situation catastrophique de la corruption en Mauritanie est dénoncée jusque par les instances internationales et par les organisations de lutte contre la corruption et pour la transparence dans la gestion des ressources et des biens publics Et cela depuis des dizaines d’années.


Alors ?

Alors soyons convaincus que le fort message d’une société qui, hélas ! a décidé de quitter notre pays, et certainement celui de dizaines de société qui sont parties en silence, en emportant avec elles des opportunités d’investissement, de croissance et d’emploi, doit parler à tout responsable et à sa conscience.

Mais que vaut un lanceur d’alerte dans un pays où toute conscience est inerte. Prise en otage par tout un système économique et financier de corruption verrouillé ?
 
La corruption en Mauritanie est un problème structurel qui affecte tous les secteurs de l’économie et de la gouvernance publique.

 Les données issues de rapports internationaux et d’enquêtes locales, démontrent que ce phénomène est profondément enraciné, compromettant la transparence, la compétitivité et l’attractivité du pays pour les investisseurs.

Les expériences vécues par des entreprises comme NIOFAR illustrent cette réalité, confirmant que la directrice de cette société a raison de dénoncer un environnement hostile aux affaires.

Une perception internationale accablante

La Mauritanie est classée 130ᵉ sur 180 pays avec un score de 30/100 dans l’Indice de Perception de la Corruption (IPC) 2024 publié par Transparency International. Ce score reflète une corruption systémique dans le secteur public. Par ailleurs, 77 % des citoyens mauritaniens considèrent que la corruption est omniprésente dans les institutions étatiques (Arab Barometer 2023). Ces chiffres soulignent une crise de confiance généralisée entre les citoyens et leurs dirigeants.

Le rapport de GAN Integrity (2020) qualifie la corruption en Mauritanie de « risque très élevé », affectant tous les secteurs économiques, notamment les marchés publics, l’administration fiscale et le système judiciaire. Les lois anti-corruption existent mais sont rarement appliquées, ce qui permet aux fonctionnaires corrompus d’agir en toute impunité.


Dysfonctionnements institutionnels : des exemples concrets

Le secteur judiciaire

Le système judiciaire mauritanien est perçu comme inefficace et corrompu. Environ 40 % des entreprises dénoncent un manque d’indépendance des tribunaux, où les pots-de-vin influencent fréquemment les décisions judiciaires. En 2013, des investisseurs chinois ont été arrêtés pour tentative de corruption envers le directeur général des impôts, mais aucune sanction significative n’a suivi.

L’administration publique

Les entreprises opérant en Mauritanie consacrent en moyenne 734 heures/an aux procédures fiscales, soit deux fois plus que la moyenne régionale. Ces lourdeurs administratives sont aggravées par des pratiques corruptives qui augmentent considérablement les coûts d’exploitation pour les entreprises. La faillite de la Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM) en 2024, due à des détournements massifs, illustre l’ampleur du problème au sein même des institutions économiques stratégiques du pays.

Impact économique : un coût colossal

La corruption a un impact direct sur l’économie mauritanienne :

Entre 2010 et 2014, environ 17,24 milliards USD ont été détournés selon Sherpa.
Dans le secteur de la pêche, où 48 % des contrats seraient entachés de corruption, environ 45 000 emplois directs sont menacés.
La Banque Mondiale souligne que 36 % des entreprises considèrent la corruption comme le principal obstacle à leurs activités dans le pays.

Ces chiffres montrent que la corruption agit comme une taxe invisible qui freine la croissance économique et décourage les investisseurs étrangers.

Corruption fiscale : un manque à gagner massif

Le secteur fiscal est particulièrement touché :
Le FMI (2023) estime que l’écart entre le potentiel fiscal théorique (24,2 % du PIB) et les recettes réelles (14,1 %) représente une perte annuelle d’environ 3,4 milliards USD.

Des exemptions fiscales opaques dans les secteurs minier et pétrolier génèrent des pertes fiscales équivalentes à 2,1 % du PIB annuel.

L’affaire Mohamed Abdellahi Ould Yaha (Pandora Papers), impliquant des fonds dissimulés dans des paradis fiscaux comme Gibraltar et Gran Canaria, illustre comment ces pratiques privent l’État de ressources essentielles.

Montrant ainsi que les progrès réalisés dans la gouvernance fiscale sont une chimère

Corruption commerciale : marchés publics et douanes

La corruption commerciale affecte gravement les marchés publics et les échanges transfrontaliers :

Environ 40 % des entreprises déclarent devoir verser des pots-de-vin pour obtenir des contrats publics.

Aux postes douaniers, 35 % des importateurs subissent des paiements informels pour accélérer leurs transactions.

L’affaire Smith & Ouzman (2016), où une entreprise britannique a versé environ 543 000 USD pour obtenir un marché public en Mauritanie, illustre l’ampleur du problème.

Ces pratiques augmentent considérablement le coût des affaires en Mauritanie et dissuadent les investisseurs étrangers.


Clanisme, oligarchie commerciale et monopoles militaro-tribaux : des obstacles structurels à l’investissement en Mauritanie

La concentration du pouvoir économique entre les mains de réseaux claniques, tribaux et militaires en Mauritanie constitue un frein majeur à la diversification économique et à l’attractivité pour les investisseurs. Ce système, verrouillé par des décennies de pratiques prédatrices, perpétue une économie de rente au détriment d’une réelle concurrence.

Clanisme et mainmise sur les institutions financières

Le secteur bancaire mauritanien est dominé par des dynasties familiales étroitement liées au pouvoir politique. Par exemple, la Banque Nationale de Mauritanie (BNM), contrôlée par le groupe AON, illustre cette collusion entre élites économiques et politiques. Ce holding, héritier de l’ère Maaouiya Ould Taya, monopolise des secteurs clés (télécoms, BTP, agroalimentaire) grâce à des marchés attribués sans appel d’offres transparents.

La Banque Centrale de Mauritanie (BCM) elle-même a été impliquée dans des détournements massifs, notamment un prélèvement illégal de 55 millions € sur les comptes de l’État entre 2008 et 2011. Ces pratiques découragent les investisseurs étrangers, confrontés à un système financier opaque et clientéliste.

Oligarchie commerciale : des réseaux tribaux verrouillant l’économie

Les tribus Smassid et Awlad Besbaa contrôlent historiquement les circuits commerciaux, héritage d’un système diasporique structuré autour de « l’import-import ». Ces réseaux, comme le groupe MAOA ou BSA, captent les ressources stratégiques :

48 % des contrats de pêche sont attribués à des sociétés étrangères via des complicités étatiques, souvent liées à des figures comme Mohamed Abdellahi Ould Yaha (Pandora Papers).

Dans le secteur minier, 86 % des contrats sous l’ère Aziz bénéficiaient à son entourage direct, comme en témoigne l’affaire Kinross Gold (2016).

Cette mainmise génère des dépenses fiscales opaques (2,1 % du PIB annuel). Privant l’État de revenus essentiels tout en décourageant les PME, dont 40 % ferment avant 5 ans en raison des « frais informels ».


Monopoles militaro-tribaux : l’exemple du ciment et des télécoms


Le secteur du BTP est emblématique des distorsions créées par les monopoles :

Le prix du ciment a atteint 180 USD/tonne en Mauritanie contre 70 USD chez les voisins, en raison du contrôle par des groupes proches du pouvoir.

Les compagnies de télécoms, comme Mauritel (détenue par AON), siphonnent l’épargne des ménages via des pratiques abusives, sans réinvestissement dans l’économie réelle.

Ces monopoles sont protégés par des barrières réglementaires, comme des licences d’importation discrétionnaires, et des alliances avec des figures militaires. Le rapport Carnegie Endowment (2020) souligne que ces pratiques alimentent une «économie de transit » où les marchandises sont réexportées illégalement vers d’autres pays africains.

Impact sur l’investissement : un climat délétère

Insécurité juridique : Les investisseurs étrangers, comme NIOFAR, dénoncent des pressions pour des paiements informels et des audits fiscaux arbitraires

Concurrence faussée : Les entreprises locales indépendantes sont évincées des marchés publics, attribués à 40 % via des pots-de-vin.


Fuites de capitaux : 17,24 milliards USD ont été détournés entre 2010 et 2014, selon Sherpa, privant le pays de ressources pour les infrastructures.



Les responsables des administrations et agences chargées de l’investissement en Mauritanie, pour ne pas les nommer, affirment que le pays progresse dans ses réformes institutionnelles. Cependant, ces déclarations ne tiennent pas compte du fait que seuls 23 % des cas de corruption font l’objet de poursuites, selon le FMI (2023). De plus, malgré la création d’une Autorité Nationale Anti-Corruption en 2025, son efficacité reste limitée par un manque d’indépendance et de moyens.

Les affirmations sur les « progrès de la gouvernance » sont contredites par la réalité : 77 % des pots-de-vin ne font jamais l’objet de plainte par crainte de représailles, et seulement 23 % des cas de corruption sont poursuivis. Sans une rupture avec ce modèle clanique et militaro-tribal, la Mauritanie restera une économie de prédation, incapable d’attirer des investissements durables.

Par ailleurs, certains responsables soutiennent que les investisseurs doivent utiliser les canaux légaux pour signaler les abus. Or, comme le montrent les expériences vécues par NIOFAR et d’autres entreprises étrangères, ces canaux sont eux-mêmes compromis par un système corrompu où règne l’impunité. Les entreprises font face à des pressions informelles pour financer illégalement certains projets ou éviter des audits fiscaux injustifiés.


Une réforme urgente nécessaire

Les preuves accumulées montrent que la corruption en Mauritanie n’est pas une simple perception mais une réalité systémique qui freine le développement économique et social du pays. Les discours optimistes avancés par les responsables ne résistent pas aux faits documentés : sans réformes profondes pour renforcer la transparence et responsabiliser les institutions publiques, il sera impossible d’attirer durablement les investissements étrangers ou d’améliorer le bien-être des citoyens mauritaniens.

L’expérience de NIOFAR illustre parfaitement cette réalité : loin d’être un cas isolé ou imputable à une mauvaise gestion interne, elle reflète un environnement économique hostile marqué par une corruption omniprésente. Il est urgent que le gouvernement mauritanien prenne des mesures concrètes pour briser ce cercle vicieux qui mine non seulement son économie mais aussi sa crédibilité internationale.

Combien d’entreprises, en douce ou en urgence ont quitté la Mauritanie, et qui contrairement à NIOFAR n’ont pas dénoncé les misères qu’elles ont subies dans leurs vouloir d’investir en Mauritanie ?

NIOFAR a fait œuvre de lanceur d’alerte, et tout gouvernement et tout responsable aurait dû en tirer un motif d’honneur pour dénoncer et combattre la corruption qui gangrène la Mauritanie. Au lieu de cela, on s’évertue à nier, à tempérer sinon à charger le dénonciateur.

Il reste vrai que « lorsque le Sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt ».


Pr ELY Mustapha

Nombre total de pages vues

Nombre de visiteurs

Poésie de la douleur.