Le régime mauritanien déploie une stratégie de
succession post-2029 profondément machiavélique, où des partisans lancent des
menaces voilées d'un troisième mandat anticonstitutionnel dont le but inavoué
est de contraindre à terme, l'opposition
à accepter un dauphin loyal, tout en rejetant formellement l'idée afin de
masquer la manipulation. Cette tactique illustre la praxéologie politique de
Machiavel, priorisant l'efficacité sur la morale pour la conservation du
pouvoir. Le Dauphin sera alors accepté comme "un moindre mal".
Machiavel, dans Le Prince (1532), enseigne
que le gouvernant doit être "lion
et renard" : force brute et ruse, car les hommes sont "ingrats,
volubiles, simulés, craintifs de péril, avides de gain" (chap. XVII).
En Mauritanie, les "loups de la majorité"
propagent des discours ambigus sur la "souveraineté populaire" via
des figures comme cet 'ambassadeur, testant les limites constitutionnelles
(art. 28 limitant à deux mandats) pour susciter la peur d'une révision forcée,
tout en feignant le respect des normes. Cette feinte ("simulazioneé" dirait
Machavel) permet de rejeter cyniquement le troisième mandat, transformant la
menace en levier pour imposer un successeur contrôlé, écho à la
"fortuna" maîtrisée par la "virtù" princière.
La tactique mauritanienne fragilise l'opposition par
intimidation psychologique sans effusion visible. Gramsci étend cela en
hégémonie culturelle : le régime hégémonise le discours successoral, banalisant
le "dauphinat" comme alternative au chaos (anarchie cyclique des
Discours sur Tite-Live). Arendt, critiquant le totalitarisme, verrait ici une
"banalité du mal" institutionnalisée, où la manipulation remplace la
violence ouverte pour perpétuer l'oligarchie militaro-tribalo-mercantile (voir
mon article " Mécanique d’un pays pris en otage : la machine
militaro-tribalo-commerçante mauritanienne " lien : https://haut-et-fort.blogspot.com/2019/10/mecanique-dun-pays-pris-en-otage-la.html
)
La stratégie exploite la "nature humaine
mauvaise" (Machiavel) : partisans menacent pour exploiter la versatilité
populaire, proposant le dauphin comme "bien public" stable, évitant
haine (ne pas ravir biens ou honneurs). Foucault analyserait cela comme
biopouvoir : contrôle des corps politiques via discours ambigus, relayés par
médias et réseaux, imposant une succession sans alternance réelle, similaire
aux "successions fictives" africaines décrites par El Hadj Mbodj.
L'échange (troisième mandat rejeté contre dauphin accepté) est un contrat
princier : efficacité avant éthique, risquant toutefois l'instabilité si perçu
comme tyrannie (cycle historique machiavélien).
Implications sur
la gouvernance Sahel
Cette praxis mine la légitimité démocratique,
ravivant instabilités sahéliennes (coups d'État mauritaniens passés), et
appelle à des garde-fous pluraux inspirés de Polybe (anacyclosis mixte).
Schmitt distinguerait "ami/ennemi" : opposition comme ennemi
potentiel, justifiant la ruse. Pour une gouvernance résiliente, prioriser
transparence et redevabilité, transcendant le machiavélisme vers un
républicanisme inclusif.
Les auteurs modernes en sciences politiques
africaines enrichissent l'analyse du machiavélisme mauritanien en
contextualisant ses stratégies dans l'hyper-présidentialisme et les
manipulations successorales post-coloniales
El Hadj Mbodj, dans sa thèse doctorale La
Succession des Chefs d'État Africains (rééd. 2026), décortique les
"mécanismes successoraux banalisés" où les régimes manipulent le
droit pour imposer des dauphins, testant des révisions constitutionnelles sous
couvert de souveraineté populaire - écho direct aux menaces de troisième mandat
en Mauritanie.
Mamadou Fofana, dans Recettes politiques de
Nicolas Machiavel (Université Félix Houphouët-Boigny (Cote d’Ivoire- 2025),
applique les principes de la virtù et fortuna aux États africains
modernes, soulignant comment les élites usent de corruption et d'intimidation
pour fragiliser l'opposition, comme les "loups de la majorité"
mauritanienne.
Antoine Tine propose une "lecture
néo-machiavélienne" des élites politiques sénégalaises (1999, rééd. UQAM),
extensible au Sahel : les princes africains simulent l'alternance tout en
contrôlant la succession via hégémonie culturelle gramscienne revisitée,
rejetant le troisième mandat pour forcer un dauphin loyal.
Ouanhi
Achille Gnanko (Nicolas Machiavel pour un patriotisme politique, 2024)
et Pamphile Biyoghe (éthique politique machiavélienne, 2024) critiquent
l'"hyper-présidentialisme" africain, où la violence symbolique
(menaces voilées) perpétue le pouvoir sans coup d'État visible, comme en
Mauritanie face aux rumeurs de 2026.
Le cas mauritanien
Ainsi donc, le régime mauritanien illustre
parfaitement le machiavélisme postcolonial théorisé par les auteurs modernes,
qui privilégie la conservation du pouvoir au détriment de l'éthique
normative.
El Hadj Mbodj l'a si bien décrit en ce processus d'
une "succession banalisée", où les élites jettent des
"filets" symboliques via des partisans - discours ambigus de
l'ambassadeur Ould Babana sur la souveraineté populaire - pour créer une fausse
alternative : accepter un dauphin loyal ou risquer un troisième mandat
anticonstitutionnel (art. 28).
Cet échange cynique transforme la menace en levier
hégémonique, minimisant l'alternance réelle au profit d'une continuité
oligarchique militaro-tribale, écho aux "recettes machiavéliennes" de
Fofana (2025) appliquées aux contextes africains contemporains.
Mamadou Fofana et Pamphile Biyoghe analysent cette
stratégie comme une virtù postcoloniale : feindre le rejet du troisième
mandat pour imposer un successeur préfabriqué, exploitant la fortuna des
tensions sahéliennes (insécurité, coups d'État passés) afin de justifier la
stabilité au prix de la démocratie. Antoine Tine étend cela à une hégémonie
culturelle : les rumeurs amplifiées sur les réseaux sociaux hégémonisent le
débat, rendant le dauphinat "inévitable" face à l'opposition
fragmentée, comme lors des contestations de 2024. Mbodj insiste sur le risque
cyclique : sans rupture, cette manipulation recycle les élites, perpétuant
l'hyper-présidentialisme dénoncé par les AfricTivistes, qui est une organisation
panafricaine qui promeut et défend les valeurs démocratiques, les droits
humains et la bonne gouvernance à travers la Civic tech (le numérique)
Ces théoriciens convergent vers une modération
républicaine inspirée de Polybe (anacyclosis), relayée par Fofana : renforcer
la séparation des pouvoirs via des garde-fous constitutionnels indépendants
(Cour constitutionnelle renforcée, Parlement plurinational) pour contrer
l'instabilité sahélienne. Gnanko préconise un "patriotisme politique"
machiavélien réhabilité : transparence successorale multipartite, audits
citoyens des déclarations partisanes, et coalitions d'opposition pour
désamorcer les menaces symboliques. Sans ces réformes, avertit Biyoghe, le
régime risque une implosion gramscienne, où l'hégémonie fissurée cède à la
violence ouverte.
La Mauritanie peut donc à travers ses forces vives, contrer
le machiavélisme successoral du régime par des réformes institutionnelles et
sociétales inspirées des théoriciens modernes, favorisant une alternance
démocratique authentique post-2029. Ces recommandations, ancrées dans une
gouvernance républicaine modérée, visent à neutraliser les manipulations tout
en stabilisant le Sahel.
Renforcer la limitation des mandats via un
amendement supervisé par une commission mixte (opposition, société civile,
experts OUA), interdisant explicitement les "ballons d'essai"
partisans et imposant des délais stricts pour toute révision (inspiré Mbodj).
Créer un "Conseil de la Succession" indépendant, chargé d'auditer les
candidatures et discours pré-électoraux, pour prévenir les dauphins imposés,
comme préconisé par Fofana dans sa relecture polybienne de la virtù
républicaine.
Réformer la Cour constitutionnelle en élargissant
ses membres à des juges nommés par l'opposition et la société civile (quota
40%), assurant l'impartialité face aux pressions (Tine sur hégémonie élitaire).
Activer le Parlement comme contre-pouvoir via des commissions d'enquête
obligatoires sur les rumeurs de troisième mandat, avec pouvoirs de saisine
citoyenne, pour déconstruire les "filets" symboliques des partisans.
Former des coalitions civiques (ONG anti-corruption,
syndicats, médias indépendants) pour monitorer les discours partisans via
plateformes numériques transparentes, écho à Gnanko's "patriotisme
politique" citoyen. Solliciter l'Union Africaine et l'ONU pour des
observateurs pré-successoraux, imposant sanctions ciblées contre les manipulations
constitutionnelles, stabilisant ainsi le Sahel contre les risques d'instabilité
(Biyoghe).
Ces solutions, si implémentées, transforment la ruse
machiavélienne, comme mentionné, en une redevabilité républicaine, évitant les cycles
autoritaires que vit la Mauritanie depuis 45 ans et qui confisquent et sa
démocratie et son développement.
Pr ELY Mustapha