
Faut-il supprimer l'armée nationale?
Art. 12 de la Constitution costaricienne: «L'armée est interdite en tant qu'institution permanente.»
Ne pas avoir d’armée fait-elle qu’un pays s’en porte plus mal ?
"Faut-il supprimer l’armée..." semble être une vue de l’esprit et pourtant les exemples sont là pour prouver le contraire. Mais au-delà de l’actualité la conviction personnelle ne peut se faire qu’à travers les questions que l’on peut se poser: « à quoi sert l’armée nationale ? », « quels dangers fait-elle courir à l’Etat? », ou encore : « justifie-t-elle les charges financières qu’elle fait supporter à la nation ?»
Questions qui ne sont pas dénuées de fondement et leurs réponses se trouvent déjà dans la pratique des Etats.
I - Le coût que fait supporter l’armée à la collectivité
Ce coût est comme on peut s’en douter considérable, si l’on compare le coût aux avantages. L’armée fait supporter à l’Etat un poids financier énorme qui pénalise son développement, mais elle lui fait encore supporter un coût sociopolitique encore bien plus grave.
1. Ce que coûte financièrement l’armée nationale
Si l’on s’en tient uniquement aux allocations budgétaires pour le ministère de la Défense nationale , telles qu’elle apparaissent dans le budget de l’Etat 2007, le montant est de 21 282 442 000 UM (dont 4 milliards et demi revenant à la gendarmerie nationale ). Soit 16 838 442 000 d’ouguiyas pour l’armée nationale y compris son administration. Et ce n’est que son budget de fonctionnement !
Le budget d’investissement, quant à lui, n’apparaît pas dans le budget du Ministère de la Défense nationale. Il s’agit d’une question de sécurité (équipement en armements etc.) , mais l’on comprend bien que cela réduit considérablement l’appréciation que l’on peut avoir du poids total que l’armée fait subir au budget. C’et là une question à reconsidérer et à apprécier du point de vue du contrôle parlementaire notamment.
A ces 16 838 442 000 UM, il convient d’ajouter celui des corps spéciaux notamment la Basep ( Brigade affectée à la sécurité de la présidence de la République) dont le budget apparaît sous le "titre 1" - budget de la Présidence de la République sous l’intitulé « Direction de la Sûreté présidentielle (BASEP) » ( soit 227 905 000 UM) et l’Etat major particulier du Président de la République ( soit 34 500 000). Au total: 17 100 847 000 Um.
Ainsi plus de 17 milliards d’ouguiyas affectés uniquement au fonctionnement de l’armée nationale.
17 milliards d’ouguiya absorbés par le budget de fonctionnement de l’armée nationale c’est l’équivalent :
- De ce que l’Etat paye au titre des intérêts de la dette extérieure et intérieure soit 17 067 000 000 Um ou plus de trois fois l’amortissement de cette même dette (soit 5 700 000 000 UM ) au titre de l’années 2007
- Du triple du budget consacré à l’enseignement supérieur et à la recherche scientifique
Et les exemples peuvent être multipliés à l’infini pour ce budget faramineux d’une armée en stationnement. Et il ne s’agit encore une fois, que de son budget de fonctionnement, le budget d’investissement restant une inconnue.
A quoi peuvent être utilisés ces 17 milliards ?
Avec ces milliards, l’Etat Mauritanien peut réaliser des centaines d’investissements socio-économiques à grande valeur ajoutée pour le développement. Il pourra aussi les placer dans des projets rentables à l’échelle nationale ou internationale. Dans des projets pour la jeunesse, pour la technologie, pour l’éducation, la santé pour la lutte contre la pauvreté etc. Les raisons d’investir ne manquent pas.
2 - Ce que coûte sociopolitiquement l’armée
Des casernes entières de soldats au salaire qui laisse à désirer et qui depuis l’indépendance sont aux aguets d’une guerre qui ne vient pas. La seule expérience fut celle du Sahara occidental et notre armée n’a pas pu empêcher les sahraouis d’arriver aux portes de la capitale. C’est autant dire son efficacité historique.
L’armée mauritanienne est une armée de coups d’Etats. Elle est devenue un machine en quête de pouvoir et non point au service des institutions. Jusqu’à l’avènement du régime démocratique en mars dernier, le pays a souffert des coups d’Etats successifs et d’une gestion militaire qui l’a laissé exsangue.
L’armée a infiltré les structures sociopolitiques et a déstabilisé les institutions pour longtemps encore et jusqu’à nos jours, elle n’a pas encore quitté les allées du pouvoir. Forte de sa dissuasion armée à l’égard de civils qu’elle a su pétrir à son bon vouloir durant ses putschs successifs, l’armée est devenu un système intraverti dont la vigilance n’est tournée que vers les frontières du pouvoir pas celles du territoire.
Le développement de la société en a pâti dans tous les domaines du fait du trauma qu’elle lui a fait subir.
L’armée est à l’origine de ce que la société mauritanienne est actuellement.
Une société traumatisée par le recours à la force systématique qui a développé une crainte intérieure, un
sentiment d’instabilité permanent qui a rendu le citoyen indécis, et a fragilisé sa capacité de se prendre lui-même en main.
Une société traumatisée et qui le restera tant qu’une force armée est toujours prête à bafouer les institutions, les lois et à assujettir l’Etat à ses intérêts.
Pour que le peuple reprennent confiance en son devenir, il faut que cette force disparaisse, se réduise ou se neutralise. On remarque que aussi paradoxal que celui puisse apparaître, c’est cette force même qui est sensée garantir la sécurité de l’Etat qui la viole constamment.
Le coût social est donc grand et la société mauritanienne depuis trente ans n’a pas connu un seul régime civil, ni ne s’est vue reconnaître un quelconque droit à l’existence par elle-même. Elle a été gouvernée de façon autoritaire, non discutée et violente. Et cela n’est pas sans conséquence sur ce que la société est devenue aujourd’hui.
Le coût politique est encore plus grand. Des institutions faites sur mesure, des droits octroyés, une gestion désastreuse et malsaine des deniers publics, une culture de soi et un environnement de courtisans qui ont pillé l’Etat et avili la société.
Une classe politique réduite au silence, sinon incarcérée, une répression policière guidées par des chefs militaires.
L’armée a fait du politique son Etat major, l’Etat sa caserne et le peuple son maréchal-ferrant.
Une telle « armée » se doit d’être reconsidérée dans son existence ou tout au moins dans une reconfiguration nouvelle la mettant au service de l’Etat et non l’inverse.
II Qu’est-ce qui justifie, en Mauritanie, l’existence de l’armée ?La réponse à cette question passe par l’examen des justificatifs stratégiques et pseudo-stratégiques fondant le maintien ou non d’une armée régulière lourde et coûteuse.
1. De l’existence d’une armée régulière en Mauritanie
Si financièrement on sait déjà que l’armée est
coûteuse, son
existence est-elle justifiée pour autant.
Si l’on résume les menaces qui peuvent peser sur la Mauritanie elles tournent toutes autour de la fameuse stratégie politique qui justifie tous les excès : « l’ennemi extérieur». Cependant si certaines de ces menaces sont « avouées » et conscientes d’autres menaces ne sont pas dîtes et relèvent d’un inconscient collectif.
Les menaces conscientes que l’on dit :
Nous appelons ces « menaces conscientes » car elles sont apparentes, elles sont visibles et elles apparaissent dans l’attitude sécuritaire des pouvoirs publics. Elles peuvent s’appréhender en deux types : les menaces directes et les menaces indirectes.
Des menaces directes : L’Etat s’est constitué une menace principale et qui pèse dans tous ses discours sécuritaires : les infiltrations d’éléments armés à travers la frontière. Ces éléments sont un amalgame de groupes qui vont des salafistes, et autres « intégristes », aux sahraouis en passant par.... les immigrants clandestins. En sommes l’armée se doit de repousser toutes ces infiltrations et servir de rempart aux frontières.
Des menaces indirectes : Ce sont celles qui prennent leur fondement dans la justification même de l’existence de l’armée en tant que corps indispensable. Ces menaces sont imprévisibles, elles peuvent surgir à tout moment; un voisin tranquille peut soudain avoir des velléités d’expansion, un conflit frontalier entre éleveurs peut faire craindre une occupation etc. etc. Dans cette approche tout justifie l’existence de l’armée.
Ce sont ces menaces directes et indirectes qui sont le fondement de l’opposition à toute idée de de remise en cause sur l’existence de l’armée.
Les menaces inconscientes que l’on ne dit pas :
On l’a particulièrement sû lors du dernier régime militaire en Mauritanie. L’armée est bien un vase clos où tendent de s’équilibrer des forces qui trouvent leur résultante dans le pouvoir en place. Ces forces sont tribales, raciales et ethniques.
L’armée est dans l’imaginaire de franges du peuple mauritanien comme un rempart contre la «dérive » éthnique.
Il suffit, pour s’en convaincre, de voir ce qu’il est advenu de l’armée durant le régime précédent où tour à tour des militaires d’éthnies ou de tribus se sont vu radiés de ce corps, incarcérés ou fusillés au nom de l’idée que se fait le pouvoir en place de l’armée et de la répartition du pouvoir dan l’Etat.
L’armée est donc au service d’une menace inconsciente qui, si elle était publiquement avouée, serait tout simplement un justificatif pour la réformer au sens propre et figuré.
Mais tant quand elle reste du domaine de l’inconscient collectif et inavouée, cette menace reste la plus forte dans la justification de l’existence de l’armée.
Il convient donc de l’exorciser en mettant sur la table ce qu’une armée doit-être, ses justificatifs et son devenir, mais ni l’Etat, ni ceux qui détiennent le pouvoir imbu de leur tribalisme, de leurs régionalisme et de leurs faveurs mal acquises ne sont prêts à se prêter au jeu et d’ailleurs le voudraient-ils que l’armée elle-même si opposerait.
2. L’armée nationale : Un Etat dans l’Etat
Depuis 1978, en réalisant leur premier coup d’Etat militaire, les chefs militaires ont pris « le pli » du pouvoir.
On sait pertinemment que le pouvoir corrompt et c’est ce qui advînt à la série de colonels qui se sont succédés au pouvoir. Ils ont pris et ont transmis à leurs subalternes le « goût » du pouvoir. Ils ont « squatté » l’Etat et en ont fait une vaste caserne d’intérêts et de courtisans.
La république du treillis a cette caractéristique de transformer les institutions républicaines à l’image de ceux qui les détiennent : des autorités qui gouvernent par la dissuasion et l’intérêt.
Et de cette stratégie il en est resté quelque chose qui se perpétue encore sournoisement dans l’Etat et qui fait dire que la Démocratie actuelle est une institution au talon d’Achille.
En effet, les militaires ont durant ces trente dernières années façonné l’Etat à leur image.
Ils ont accumulé des richesses considérables, se sont tissés des relations commerciales et financières durables au sein du système économique mauritanien et une bonne frange d’acteurs économiques de poids en Mauritanie leurs doivent encore une allégeance ostensible. Sans compter tout un fonctionnariat servile (dans l’administration centrale, territoriale et à l’étranger) qu’ils ont façonné à leur service durant tant d’années de pouvoir.
Les militaires ne sont pas partis, ils tiennent encore une place considérable dans les rouages du pouvoir politique et économique.
C’est ainsi que l’armée est un « Etat » dans l’Etat, une force qui développe à l’ombre du pouvoir ses stratégies et ses privilèges. Une sphère qui échappe à ceux-là même qui ont été élus démocratiquement et qui ne peuvent s’en défaire.
Et pourtant des solutions existent.
III- Les voies et les moyens de se défaire de l’armée : la stratégie nihiliste et la stratégie progressive.
Le cas mauritanien n’est cependant pas une impasse car des Etats se sont défaits de leur armée et ne s’en portent que mieux alors que d’autres l'ont réduite progressivement pour en faire une armée dont le rapport coût avantage se conçoit au profit de la collectivité.
Si le premier cas est difficile à réaliser en Mauritanie du fait de son caractère particulier et historique, par contre la réduction progressive du poids financier et humain des armées et, par la même leur poids politique, est une solution envisageable.
1.La solution nihiliste : l’expérience costaricienne
"Au Costa Rica, la décision de supprimer l’armée fut prise en 1948 et le budget de l'armée est transféré à l'Education nationale. Les banques sont nationalisées, l'Institut costaricain de l'électricité créé et les assurances maladie et vieillesse rendues obligatoires. Cinquante-six ans plus tard, le Costa Rica possède toujours le meilleur système éducatif et de santé de toute l'Amérique centrale. Il est un cas exemplaire de démilitarisation volontaire non imposée par l'étranger."
Pour un témoignage récent et très expressif de l’appréciation que font les autorités costariciennes actuelles des effets de cette mesure de suppression, l’ambassadeur Javier Sanch Bonilla du Costa Rica, déclarait en 2006 devant la réunion d’experts sur « la limitation des dépenses militaires et la promotion d’une plus grande transparence de l’acquisition d’armement » (Washington) :
« À la lumière de cette réunion, nous démontrons l’intérêt de nos pays, spécialement ceux qui sont les plus pauvres, à réduire leurs dépenses militaires et à accorder la priorité aux investissements dans l’éducation, la santé et le logement, autrement dit, dans le capital humain. En d’autres termes, nous déclarons notre engagement d’avancer dans la tâche de consolidation d’un continent dans lequel la paix durable, la démocratie et le développement humain deviennent les principaux piliers qui sous-tendent le bien-être de nos peuples.
Nous agissons ainsi parce qu’en dépit d’une réduction substantielle enregistrée récemment, les hauts niveaux de pauvreté dans le Continent américain continuent d’être inacceptables. De même, on ne peut accepter non plus le fossé toujours croissant entre pays riches et pauvres, un gouffre chaque jour plus difficile à combler. Il nous incombe donc d’ajuster nos budgets aux vraies exigences de nos sociétés et de concrétiser le droit dont jouissent chaque homme et chaque femme des Amériques de bénéficier d’une meilleure éducation, de services de santé et d’occasions de progrès durant cette période de mondialisation et d’ouverture.
Cette réunion coïncide avec l’un des événements les plus pertinents de l’histoire de mon pays, le Costa Rica. Le 1er décembre de chaque année, le Costa Rica célèbre le “Jour de l’abolition de l’Armée”. Cette journée a été instituée sous la présidence de M. Oscar Arias-Sánchez en 1986.
Au Costa Rica, la décision de supprimer l’armée fut prise en 1948 par José Figueres Ferrer, seul général victorieux qui, au summum de la victoire, rejeta toute tentative de faire de l’armée un mécanisme permettant de se maintenir au pouvoir. Par ce geste insolite, cet homme extraordinaire a exposé haut et fort la vocation pacifiste et démocratique des Costaricains. Permettez-moi de rappeler ses paroles prononcées un jour comme celui-là il y a cinquante-huit ans:
«L’Armée régulière du Costa Rica, digne successeur de l’Armée de libération nationale, remet aujourd’hui la clé de cette caserne aux écoles pour que ce bâtiment devienne un centre culturel.
La Junte fondatrice de la Deuxième République déclare officiellement dissoute l’Armée nationale, parce qu’elle considère suffisante l’existence d’un corps compétent de police pour la sécurité de notre pays.
Nous sommes les supports définitifs de l’idéal d’un nouveau monde en Amérique. À cette patrie de Washington, Lincoln, Bolivar et Marti, nous voulons lui dire: Oh Amérique! D’autres peuples, tes fils également, t’offrent leurs grandeurs.
La diminutive Costa Rica souhaite t’offrir toujours, comme maintenant, conjointement avec son cœur, son amour envers la civilité, envers la démocratie!»
En ouvrant cette réunion, nous demeurons convaincus que la limitation des dépenses militaires – tout en maintenant une capacité conforme aux légitimes besoins de sécurité des États – ainsi que la promotion d’une plus grande transparence de l’acquisition des armements, constituent des mesures fondamentales à adopter pour accroître la stabilité, sauvegarder la paix et la sécurité continentale et internationale, et consolider la démocratie, conditions indispensables à la promotion du développement humain et du bien-être des populations américaines. C’est pour elles que nous déployons ces efforts. »
2. La solution progressive : l’expérience européenne.
La Suisse, qui a faillit en 1982 introduire un article17 dans sa constitution (« la Suisse n’ a pas d’armée ») sous l’impulsion de puissants regroupements hostiles à l’armée et à l’armement, a fini par conserver dans sa constitution de 1999, la référence à une « armée suisse composée de milices ». Toujours est-il que la Suisse n’est qu’un exemple d’un vaste mouvement qui en Europe prône une action en vue de réduire le corps militaire. Ce mouvement prend sa source dans des idées qui se développèrent davantage suite à la chute du mur de Berlin. La guerre froide cessante, il devenait naturel de revoir ses forces. Le mouvement suit davantage une réduction des effectifs des armées que leur suppression pure et simple.
En France cette réduction est depuis longtemps à l’ordre du jour. De 1996 à 2002 l’armée française fait apparaître une réduction de 23 % de l'ensemble des effectifs. Réduction qui tire ses conséquences de la décision du chef de l’Etat français le 22 février 1996 de suspendre la conscription c'est-à-dire l'appel obligatoire de jeunes hommes sous les drapeaux et de la loi du 28 octobre 1997 portant réforme du service national.
Certains observateurs soulignent qu’aujourd’hui malgré la publicité affichée par l’armée pour les recrutements cela en fait ne concerne que des embauches sur des contrats à durée déterminée de 5 à 8 ans maximum. L’objectif est de limiter l’armée française, d’ici 2012, de 130000 militaires à 80 000. Il s’agit d’une professionnalisation de l’armée.
En offrant des contrats à durée déterminée , la stratégie est d’offrir un emploi non pérenne mais aussi et surtout de permettre ce créer, en quittant l’armée pour d’autres emplois dans la vie civile, des réservistes formés et qui peuvent être appelés sous les drapeaux s’il y a lieu.
Mais là où le bas blesse c’est que face à une situation contractuelle provisoire les recruteurs ne trouveront pas candidats. Mais il s’agit là en fait d’un élément de cette stratégie dissuasive. Mieux encore l’armée française a opté pour de vastes programmes non pas de recrutement mais de facilitations pour les militaires qui voudraient quitter l’armée. C’est la stratégie d’aide à la reconversion des militaires dans la vie civile.
Le ministère de la Défense français souligne que chaque année, 27 000 militaires quittent l'armée. Il met à leur disposition des moyens d'accompagnement adaptés pour les aider à s'orienter et se former.
D’autre part, le ministère de la Défense accompagne les militaires engagés dans une démarche de reconversion afin de faciliter leur retour vers un emploi civil : aide au choix de l'orientation, formations, conseils en techniques de recherche d'emploi, périodes d'adaptation en entreprises sous statut et rémunération militaires, aides à la création ou à la reprise d'entreprise, sessions d'accompagnement vers l'entreprise.
Ce programme de reconversion concerne « tous les militaires de carrière, servant sous contrat ou volontaires et son objectif est de « favoriser le retour à l’emploi des militaires dès qu’ils
La Mauritanie pourra s’inspirer largement des programmes de reconversion des armées d’autre pays.
Toutefois, il faudrait se poser la question fondamentale de savoir si la Mauritanie comme tous les pays en voie de développement a vraiment la latitude, le libre arbitre et l’autonomie pour entreprendre une quelconque action visant son armée.
Si pour le Costa Rica, le phénomène est historique si pour les pays européens c’est un choix de puissances économiques et militaires, la Mauritanie ne vît-elle pas justement un autre statut et d’autres réalités d’un pays en voie de développement sous contrainte.
IV- Face à son armée, la Mauritanie a t-elle le choix ?
1. Les contraintes intérieures : une économie d’entraînement.
L’armée mauritanienne n’est pas seulement un corps militaire en stationnement, elle occupe une part importante de l’emploi dans l’Etat, elle est un « projet social » de distribution de revenus et participe à l’effet d’entraînement dans les lieux où elle s’implante sur l’économie locale comme d’ailleurs tout organisme qui dispose de revenus à dépenser.
Même si l’armée y est prédisposée, procéder à une réduction des forces armées ne peut donc se concevoir sans risques majeurs pour l’économie et la société.
Y procéder se serait en fonction d’une stratégie de reconversion des militaires dans la vie civile, par l’intéressement et la subvention pour monter des projets collectifs ou individuels à travers la création d’entreprise.
S’il est une chose certaine, c’est que le niveau de vie des soldats ne s’est nullement amélioré depuis des décennies et leurs soldes sont très bas. Une stratégie visant à améliorer leur revenu et leur situation matérielle en général même hors de l’armée serait bien accueillie.
En effet, naturellement le soldat vient à l’armée pour l’emploi pas pour la guerre. Et c’est en axant sur les avantages avec l’appui de l’Etat d’une reconversion dans la vie civile active que l’Etat pourra à moins ou long terme réduire les effectifs de l’armée et alléger sa charge financière.
Pour cela, le travail est davantage à réaliser auprès des chefs de ses armées pour les associer à ce projet afin qu’ils en soient partie prenante, car il ne fait pas de doute que ceux qui tiennent plus à l’armée, eu égard à leurs conditions matérielles et humaines, ce sont moins ses soldats que ses chefs pour les raisons déjà évoquées. Pour le soldat, l’armée est un gagne-pain, pour le chef, l’armée est un gagne-pouvoir, un gagne-Etat.
2. les contraintes extérieures : les marchands d’armes et d’influence
En 2005 les ventes d’armes mondiales ont atteint environ 1,81 trillions de dollars, la Mauritanie y a un pourcentage aussi infime soit-il et est, comme tous les pays sous-développés, soumise au dictat des puissances de l’armement, elle n’a pas le libre arbitre de supprimer son armée car derrière ce corps se profilent des intérêts qui dépassent souvent de loin l’unique question de défense.
Les lobbies de l’armement tiennent souvent les Etats sous leur coupe sinon créent à leur égard une dépendance de laquelle ils ne peuvent se soustraire. Les marchands d’armes qui ne sont autres que les puissances militaires y compris celles constituant le conseil de sécurité lient souvent leur aide au développement à l’achat de leur armement et mettent souvent des conditionnalités aux Etats en développement pour bénéficier de leurs coopérations, de leur influence diplomatique, de leur intercession auprès d’autres Etats ou d’institutions internationales (financières notamment).
Dans cette optique l’armée n’est pas simplement un corps de défense d’un territoire, c’est aussi une institution à travers laquelle l’Etat réalise et négocie des objectifs qui paradoxalement sont étrangers à la Défense.
En définitive, la question « faut-il supprimer l’armée nationale » réveille bien des sentiments et des ressentiments. Aussi le sondage effectué depuis trois jours sur ce blog et les réactions qu’une telle question a suscitées fait bien apparaître des divergences sur cette question. Mais le propre d’une démocratie c’est d’essayer de poser les bonnes questions, les réponses, quant à elles, naissent de la volonté humaine et de l’empreinte du temps.
Pr. ELY Mustapha