jeudi 27 mars 2025

Le Sénégal avait caché sa dette, la Mauritanie aussi. Par Pr ELY Mustapha

 Aujourd’hui  encore,  où le gouvernement mauritanien signe des conventions de prêts à tour de bras, aux taux du marché ou concessionnels, qu’importe, les générations futures se lamentent.
Le dernier prêt signé cette semaine est de 68 millions d’Euros de la France (AFD).

Et cela pour des investissements et des projets sans rendre compte ni de leur nécessité, ni même parfois de leur objet.

Le citoyen doit se poser la question :  pourquoi son pays s’endette (199,7 milliards MRU, à ce jour) et pourquoi cette dette hypothèque la vie de générations futures, et cela sans en rendre compte ?



Cette opacité je l’avais révélée à maintes reprises par mes écrits et sur mon blog. Et j’avais lancé à son propos des alertes tout au long de la gestion calamiteuse des régimes successifs (lettres d’éclaircissement adressées aux instances financières internationales). Convaincu que je suis que les errements des gouvernants se révèlent par la conscientisation du citoyen.   Car s’ils sont le fait de régimes prédateurs, ils sont davantage la conséquence de l’ignorance du citoyen.

Et lorsque le scandale éclate, il est un catalyseur d’une opinion qui se réveille…devant le fait accompli.

C’est qui vient d’arriver au Sénégal, n’est pas sans nous rappeler qu’en Mauritanie c’est aussi arrivé. Et cela a couté à la Mauritanie le remboursement au FMI de  3,6 millions de DTS (Droit de tirage spéciaux) soit plus de 6 millions de dollars.

 Cependant à la différence de la Mauritanie, au Sénégal la gouvernance a changé.  Et ceux qui sont au pouvoir, n’ignorant ni les finances publiques ni la macroéconomie de leur pays, et mieux encore les intérêts de ceux qui les ont élus démocratiquement, révèlent la gabegie.

Ainsi, la récente révélation d’une dette « cachée » de 7 milliards de dollars au Sénégal entre 2019 et 2024 a secoué les marchés financiers africains. Toutefois, cette pratique n'est pas isolée, elle est même au voisinage du Sénégal : la Mauritanie a eu également recours à une gestion non transparente de ses finances publiques qui a coûté des millions de dollars en ressources nationales.

J’expose, d’abord, dans ce qui suit les faits, et, ensuite, pour une meilleure clarté je fais une comparaison entre ce qui est arrivé au Sénégal et ce qui est arrivé en Mauritanie pour en tirer des leçons utiles pour l’avenir et, enfin, je propose des voies de contrôle et un renforcement  des institutions de contrôle, notamment la Cour des comptes.

Sénégal : une dissimulation systémique sous Macky Sall (2019-2024)


Le FMI et la Cour des comptes sénégalaise ont confirmé en février 2025 une sous-estimation délibérée de la dette publique. Les mécanismes employés incluaient:

1.    Exclusion de dettes bancaires : 4,13 milliards $ de prêts locaux non déclarés au Trésor public.
2.    Manipulation des ratios dette/PIB : Un écart de 25,27 points de PIB entre les chiffres officiels (74,4 %) et la réalité (99,67 %).
3.    Stratégies de camouflage : Utilisation de clauses de confidentialité dans les contrats d’emprunt et fragmentation des circuits financiers.

Ces pratiques ont permis au Sénégal d’emprunter à des taux avantageux sur les marchés internationaux, tout en évitant les contrôles du FMI. Conséquence : la suspension du programme de 1,8 milliard $ du FMI et un risque accru de surendettement.


Mauritanie : des antécédents de fausses déclarations (2003-2005)


Des épisodes de graves d’opacité financière ont marqué sa gestion sous l’ère du président Mohamed Ould Abdel Aziz :

1.    Dépenses extra-budgétaires massives : En 2003-2004, des dépenses équivalant à 50 % du PIB ont été financées par la Banque centrale sans reporting au FMI, entraînant un décaissement non conforme de 0,92 million de DTS.
2.    Pratiques chroniques de malversation : Entre 1999 et 2003, des inexactitudes répétées dans les données macroéconomiques ont conduit au remboursement de 2,7 millions de DTS au FMI.
3.    Contournement des règles du PRGF : En 2007, la Mauritanie a contracté des prêts non concessionnels de 146,6 millions $ sans approbation du FMI, nécessitant une dérogation.


Différences clés entre les deux pays : suspension du programme pour le Sénégal et remboursement forcé pour la Mauritanie

Les différences clés entre le Sénégal et la Mauritanie en matière de gestion de la dette publique et de transparence financière sont les suivantes :

Nature de l'opacité : Au Sénégal, il s'agissait d'une exclusion délibérée de dettes du bilan officiel, tandis qu'en Mauritanie, le problème concernait de fausses déclarations de flux financiers.
Période concernée : Pour le Sénégal, les irrégularités ont été constatées sur la période 2019-2024, soit cinq années récentes. En Mauritanie, les problèmes remontent à une période plus ancienne, de 1999 à 2007.

Montant concerné : Dans le cas du Sénégal, la dette cachée s'élève à environ 7 milliards de dollars, ce qui représente 23% du PIB du pays. Pour la Mauritanie, l'ampleur était plus importante, atteignant 50% du PIB pour les seules dépenses des années 2003-2004.

Sanctions du FMI : Face à ces irrégularités, le FMI a réagi différemment pour chaque pays. Pour le Sénégal, l'institution a suspendu son programme d'aide en attendant des mesures correctives.

En Mauritanie, les conséquences ont été plus sévères, avec des remboursements forcés exigés par le FMI. Soit plus de 6 millions de dollars.

Ces différences soulignent l'importance de la transparence financière et de la gestion responsable de la dette publique pour maintenir la confiance des institutions financières internationales et assurer la stabilité économique à long terme.

Quelle ont été les exigences du FMI du Sénégal et de la Mauritanie ?

Pour le Sénégal : Le FMI exige désormais une centralisation complète de la gestion de la dette et des réformes structurelles (compte unique du Trésor) avant toute reprise du programme.

Pour la Mauritanie : Le FMI a exigé des réformes dès 2015 (stratégie de gestion de la dette, audits réguliers) qui ont permis une réduction de la dette publique à 47,9 % du PIB en 2023.


Quelles leçons peut-on  tirer de notre approche comparative, de deux pays au destin régional commun,

1.    Dans les deux cas, les audits (Cour des comptes au Sénégal, consortium Franklin/Finexem en Mauritanie) ont été décisifs pour révéler les écarts. D’où l’éminent intérêt que nous devons accorder en tant que citoyens aux publications des rapports d'audits indépendants.

2.     Les conséquences. Au Sénégal, les subventions énergétiques (4 % du PIB) sont menacées ; en Mauritanie, la pauvreté est passée de 40 % en 2002 à 57 % en 2015 sous l’effet des ajustements... avec impact ressenti sur les populations des pays.

3.    Les deux pays doivent encadrer les partenariats public-privé, source majeure d’engagements implicites. D’où la nécessaire réforme de ces partenariats public-privé pour le suivi et le contrôle.


Que faire ?

Pour éviter ces comportements catastrophiques de nos gouvernants, ou tout au moins pour les juguler ou les mettre en lumière publiquement, renforcer nos institutions de contrôle des finances publiques

La cour des comptes mauritanienne

Outre le nécessaire renforcement des moyens humains, matériels et techniques de la Cour des comptes mauritanienne,  quels contrôles la Cour des comptes mauritanienne pourrait renforcer pour prévenir ou détecter la dissimulation de la dette publique en Mauritanie ?

La Cour des comptes de Mauritanie, institution clé de contrôle des finances publiques, peut prévenir des cas similaires de dette cachée, tel celui révélée au Sénégal par sa Cour des comptes.


 Voici les contrôles prioritaires qui me semblent adaptés.

1. Audit intégral des engagements publics

La Cour pourrait systématiquement vérifier :

-    Les dettes des entreprises publiques (SNIM, SOMELEC) et des projets parapublics, dont les engagements ne sont pas toujours consolidés dans la dette souveraine. En 2023, la dette des entreprises publiques représentait 12 % du PIB.

-    Les garanties d’État sur les prêts aux secteurs minier et énergétique, souvent opaques. Le rapport ESCWA (2023) souligne que 25 % des recettes minières échappent à la traçabilité.

-    Les partenariats public-privé (PPP) : La Cour doit exiger la divulgation des clauses de confidentialité et des engagements implicites, comme le préconise le FMI.

2. Contrôle de la qualité des données via le SYGADE

Veiller à auditer les données du système SYGADE, utilisé pour gérer la dette, qui présente des lacunes critiques :

-  Exactitude des données : En 2023, 27 % des prêts enregistrés dans SYGADE contenaient des erreurs dans les tableaux d’amortissement.

- Actualité : Seuls 60 % des opérations sont enregistrées dans les délais requis, retardant la détection des écarts.

- Cohérence : La fragmentation entre les institutions (Trésor, Banque centrale) entraîne des incohérences, comme observé dans le bulletin statistique de la dette 2024 (mai)


La Cour pourrait imposer des audits trimestriels avec la CNUCED pour corriger ces faiblesses.

3.    Vérification des circuits de financement parallèles

Auditer les projets et marchés. Ainsi les rapports de la Cour précédents avaient révélé de dysfonctionnements graves :

-    Utilisation illégale de fonds de projets (ex : détournement de véhicules ou de budgets dédiés à la lutte contre le Covid-19).

-    Marchés publics non concurrentiels : 40 % des contrats analysés en 2023 violaient les procédures d’appel d’offres.

-    Dons sans base juridique : Des transferts opaques vers des entités non contrôlées.

4.    Surveillance des risques budgétaires cachés

La Cour gagnerait à évaluer :

-    Les prêts garantis par l’État : Les engagements contingents  peuvent représenter des pourcentages importants du PIB, selon l’ESCWA,  qui est une institution-référence qui promeut et analyse le développement économique et social dans les pays de l'Asie occidentale et de l'Afrique du Nord.

   
-    Les emprunts en devises : 85 % de la dette mauritanienne est libellée en Foreign Exchange (FX), soit en devises étrangères, principalement en dollars américains et autres monnaies qui s'y rattachent exposant le pays aux chocs de change. Cette forte exposition aux devises étrangères rend la Mauritanie vulnérable aux risques de change. Si la monnaie nationale, l'Ouguiya, se déprécie, le coût de remboursement de la dette en devises étrangères augmente. La structure de la dette en devises est dominée par le dollar américain. Au 31 mars 2024, le portefeuille de la dette mauritanienne avait une exposition aux risques de taux de change d'environ 85,3%, principalement due au dollar américain. Cette situation expose le pays à des risques financiers importants, car une dévaluation de l'Ouguiya rendrait les paiements de la dette en devises étrangères plus coûteux, réduisant ainsi les ressources disponibles pour les dépenses de développement

-    Les échéances concentrées : 45 % de la dette doit être remboursée d’ici 2028, nécessitant une planification rigoureuse.

5.    Application des réformes légales

Recours aux bulletins statistiques annuels de la dette publique.

Par arrêté N° 948/MF/2023 en date du 13 octobre 2023 portant production et publication des documents et informations à caractère économique, financier et budgétaire de la République Islamique de Mauritanie, l’Etat s’est engagé à produire et publier semestriellement un bulletin statistique de la dette au titre de l’année 2023 et par la suite trimestriellement à partir de 2024. Des bulletins statistiques annuels de la dette publique ont été produits et publiés au titre des années 2022 et 2023.

Cet arrêté n° 948/MF/2023 impose la publication trimestrielle d’un bulletin statistique de la dette. La Cour pourra :

-    Vérifier la conformité des institutions avec cette obligation.
-    Sanctionner les manquements (ex : retards de reporting, données incomplètes).
-    Collaborer avec le Comité National de la Dette Publique (CNDP) pour valider les stratégies d’endettement.

6.    Renforcement des capacités institutionnelles

Formation des auditeurs, si cela n’a pas déjà été fait, sur :

-    La Maîtrise des outils comme le Cadre d’évaluation de la qualité des données (Debt-DQA), qui attribue des scores à la base de données mauritanienne.  Le Debt-DQA étant le Cadre d'évaluation de la Qualité des Données sur la dette qui est utilisé pour évaluer, contrôler et valider la qualité des données enregistrées dans une base de données sur la dette tout au long du cycle de vie d'un instrument d'emprunt, de sa création à son échéance, ainsi que les données de référence qui y sont associées.

-    L’Interconnexion des systèmes : Lier SYGADE aux données douanières et bancaires pour tracer les flux hors bilan.

-    Collaboration internationale : S’appuyer sur l’expertise de la CNUCED et du FMI pour les audits complexes.

7. Déclencher les sanctions pour une transparence proactive


-    Vulgariser intégralement les rapports : Y compris ceux des années précédentes, où la Cour a révélé des irrégularités manifestes des institutions contrôlées.

-    Poursuites pénales : Appliquer des amendes allant jusqu’à 200 % du montant dissimulé, conformément aux normes ISSAI.Soit le cadre des déclarations professionnelles de l'INTOSAI favorisant la crédibilité et la pertinence du contrôle des finances publiques en définissant des normes et des principes professionnels reconnus à l'échelle internationale qui encouragent l'excellence dans l'application de la méthodologie et soutiennent le fonctionnement efficace des institutions supérieures de contrôle dans l'intérêt du public (INTOSAI).

-    Alertes précoces : Utiliser des indicateurs comme le ratio dette/PIB (actuellement 47,9 %) pour anticiper les risques..

La Mauritanie a progressé avec la publication des bulletins de dette et l’adoption de SYGADE, mais des failles systémiques persistent. La Cour des comptes doit devenir un acteur proactif, combinant audits techniques, sanctions dissuasives et coopération internationale. Ces mesures sont cruciales pour éviter une crise similaire à celle du Sénégal, où la dissimulation a coûté ce montant astronomique de 7 milliards de dollars au Trésor public.


En définitive, je pourrai conclure que si le Sénégal représente un cas avéré de « dette cachée », la Mauritanie illustre les risques d’une gestion financière non transparente, avec des conséquences durables sur sa crédibilité.

 Ces deux exemples soulignent l’urgence de mécanismes de contrôle renforcés en Afrique, où 35 % des dettes publiques restent opaques selon la Banque mondiale. Ou le FMI, dont les programmes sont suspendus dans 12 pays africains en 2025, renforce ses critères de surveillance pour éviter de nouvelles crises ou qu’il exclut ces pays de ses programmes, ou qu’ils s’excluent eux-mêmes. Ce qui reste une question de souveraineté. Mais quelle souveraineté quand on est financièrement dépendant ?

Et si ces révélations nous apprennent quelque chose, en tant que citoyens, (merci le Sénégal !) c’est que tant, que nos pays ne sont pas dirigés par des gouvernements démocratiques et soumis à la redevabilité de leurs actes devant le peuple, ce ne sera toujours là que la partie visible de l’iceberg ….
Et vogue le Titanic…de nos finances publiques.


Pr ELY Mustapha


mercredi 26 mars 2025

Les Députés d’Abyssinie : Le Droit des parlementaires mauritaniens de dénoncer l'injustice à l’Étranger. Par Pr ELY Mustapha

Cet article examine les fondements juridiques, constitutionnels et religieux qui sous-tendent le droit et la responsabilité des députés mauritaniens à dénoncer les injustices socio-économiques, tant au niveau national qu'international. L'analyse s'appuie sur le cadre constitutionnel, les obligations internationales, les principes de la Charia.

Le Cadre constitutionnel et juridique Mauritanien

Le système juridique mauritanien est fondamentalement de type moniste. Selon ce principe, les traités internationaux ratifiés par la Mauritanie font automatiquement partie intégrante du droit interne dès leur ratification, sans nécessiter de transposition par un acte législatif supplémentaire. L'État mauritanien affirme lui-même que « en raison du système moniste qui prévaut, les instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme ratifiés par le pays sont incorporés dans l'ordre juridique interne conformément à l'article 80 de la Constitution ».
La Constitution de la République Islamique de Mauritanie, dans son préambule, proclame solennellement l'attachement du pays à l'Islam et aux principes démocratiques définis par la Déclaration Universelle des droits de l'homme de 1948 et la Charte Africaine des droits de l'homme et des peuples de 1981, ainsi qu'aux autres conventions internationales auxquelles la Mauritanie a souscrit. Ce fondement constitutionnel établit clairement l'engagement du pays envers les principes universels de droits humains.

Cependant, une contradiction persiste dans l'application de ces principes. Bien que le monisme suppose théoriquement la primauté du droit international, le gouvernement mauritanien défend souvent la primauté de sa Constitution, dont la Charia est présentée comme l'unique source de droit, sur les instruments juridiques internationaux ratifiés. Cette ambivalence crée un cadre juridique complexe où les droits fondamentaux, dont celui de dénoncer l'injustice, se trouvent dans une zone d'interprétation contestée.

La Primauté contestée du Droit International


Dans la pratique, l'application de la primauté du droit international en Mauritanie présente des contradictions significatives. Théoriquement, les dispositions des traités relatifs aux droits humains, y compris la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, sont d'application directe au sein de l'État et peuvent être invoquées devant les tribunaux. Cependant, les exemples concrets d'application sont rares, voire inexistants.
Le gouvernement mauritanien a souligné dans le cadre de sa collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) que le préambule de la Constitution consacre la primauté de la Constitution, dont la Charia est l'unique source de droit, sur les instruments juridiques internationaux ratifiés. Cette position crée un paradoxe juridique où le principe moniste est affirmé mais partiellement appliqué dans la pratique.
Cette tension entre droit international et droit interne a des implications directes sur la liberté d'expression des députés et leur capacité à dénoncer les problèmes sociaux et économiques du pays, particulièrement à l'étranger.

La Charia comme Source de Droit : Obligation de dénoncer l'Injustice


Puisque la Charia constitue la source principale du droit mauritanien, il est essentiel d'examiner ce que les textes islamiques prescrivent concernant la dénonciation de l'injustice.

Fondements Coraniques

Le Coran établit clairement l'obligation pour les croyants de défendre la justice : « Ô vous qui avez cru, soyez fermement attachés à la justice, témoins pour Allah, même si c'est contre vous-mêmes, vos parents ou vos proches. Qu'il s'agisse d'un riche ou d'un pauvre, Allah a priorité sur eux deux ». Ce verset (4:135) établit sans ambiguïté l'obligation de témoigner pour la justice, même contre ses propres intérêts ou ceux de ses proches.

Hadiths et Jurisprudence Islamique

Cette obligation est renforcée par plusieurs hadiths authentiques. Abû Bakr Aṣ-Ṣiddîq (qu'Allah l'agrée) rapporte avoir entendu le Prophète dire : « Lorsque les gens voient l'injuste [commettre l'injustice] et ne l'en empêchent pas, peu s'en faut qu'Allah ne les saisisse tous d'un châtiment venant de Lui ». Ce hadith, considéré comme authentique et rapporté par plusieurs compilateurs, dont At-Tirmidhî et Abû Dâwud, montre clairement la responsabilité collective face à l'injustice.

Un autre hadith fondamental établit une hiérarchie dans la lutte contre l'injustice : « Que celui d'entre vous qui voit un mal le change par sa main. S'il ne le peut pas qu'il le dénonce. S'il ne le peut pas qu'il le désapprouve en son cœur car c'est la plus faible expression de la foi ». Cette tradition prophétique, rapportée par Mouslim, établit la dénonciation verbale comme le deuxième niveau d'action contre l'injustice, lorsque l'intervention directe n'est pas possible.

Ce principe d'engagement contre l'injustice est d'autant plus contraignant pour ceux qui occupent des positions d'autorité ou de représentation, comme les députés. Un député, ayant reçu un mandat de représentation du peuple, porte une responsabilité particulière dans la défense des droits de ses électeurs et la dénonciation des injustices qu'ils subissent.

Cas Concrets de députés mauritaniens



Un exemple particulièrement éclairant est celui de Khally Diallo, député mauritanien élu en mai 2023 sous la bannière du Front Républicain pour l'Unité et la Démocratie (FRUD). Contrairement à une opposition traditionnelle parfois qualifiée de complaisante, Diallo s'est distingué par « sa fermeté morale et son refus catégorique de toute compromission » face aux injustices structurelles.

Par ses interventions à l'Assemblée nationale, il a mis en lumière « des réalités dérangeantes telles que les discriminations institutionnalisées dans l'administration publique, la marginalisation systématique de certaines communautés ethniques et la persistance de pratiques esclavagistes pourtant officiellement abolies ». Il a notamment dénoncé « la sous-représentation flagrante des Mauritaniens noirs dans les hautes fonctions administratives, preuve tangible d'une discrimination institutionnelle persistante ».

Cet engagement, qualifié de « cri d'alarme sur l'urgence d'un changement systémique en Mauritanie », appelle à « une refonte complète du contrat social national, basée sur la justice, l'équité et la transparence ». Il illustre parfaitement la mise en application du devoir islamique de dénoncer l'injustice par un représentant élu.

Manifestations Parlementaires contre les Modifications Constitutionnelles

En janvier 2019, un autre exemple significatif s'est produit lorsque des députés de l'opposition sont sortis de l'hémicycle pour se joindre à des manifestants qui protestaient contre une initiative visant à modifier la constitution pour supprimer la limitation des mandats. Ces députés « se sont déclarés hostiles à cette initiative » de révision constitutionnelle. Cet acte de protestation publique illustre comment des représentants élus peuvent utiliser leur position pour s'opposer à des modifications perçues comme injustes du cadre légal fondamental.

Réactions historiques des autorités aux dénonciations d'Injustice

L'attitude des autorités mauritaniennes face aux dénonciations d'injustices présente un tableau préoccupant de restrictions des libertés fondamentales.

Restrictions Législatives sur la Liberté d'Association


En 2016, le parlement mauritanien a approuvé un projet de loi restreignant les droits à la liberté de réunion et d'association, sans consultation publique préalable. Cette loi confirme « la singularité de la Mauritanie où, jusqu'à présent, la création d'une association est soumise à une autorisation étatique »7. Amnesty International et une vingtaine d'organisations de la société civile ont dénoncé cette loi qui continue « de restreindre l'espace civique déjà limité ».
Dans son rapport, Amnesty International a documenté « les cas d'au moins quatre organisations qui peinent toujours à recevoir leur autorisation malgré le dépôt de statuts en bonne et due forme »7. Cette restriction systématique du droit d'association limite considérablement la capacité des citoyens et de leurs représentants à s'organiser pour dénoncer collectivement les injustices.

Répression des Voix Critiques

Sous la présidence de Mohamed Ould Abdel Aziz (avant juin 2019), le bilan en matière de droits humains a été qualifié de « déplorable ». Durant cette période, « des personnes sont régulièrement poursuivies pour avoir exprimé pacifiquement des opinions dissidentes et des critiques à l'égard de l'État et de ses représentants ». Plus préoccupant encore, « les journalistes et les militants des droits humains qui dénoncent les phénomènes d'exclusion ou des affaires de corruption sont régulièrement victimes d'abus policiers, de harcèlement judiciaire et de détention arbitraire ».

Ce climat répressif s'est également manifesté dans la réaction aux manifestations du mouvement « Touche pas à ma nationalité ». Le gouvernement a qualifié ces manifestations d'« activités non autorisées, où des étrangers jouaient, sans équivoque le rôle d'encadreurs », menaçant de sanctionner « sévèrement » les participants, en dépit de leurs revendications légitimes concernant les procédures de recensement des citoyens.

Analyse Comparative et Perspectives


Principes Politiques et Éthiques en Jeu

Les tensions entre le droit des députés à dénoncer l'injustice et les restrictions imposées par les autorités mauritaniennes reflètent un conflit fondamental entre plusieurs principes :

1.    L'immunité parlementaire : Théoriquement, les députés jouissent d'une protection dans l'exercice de leur fonction représentative, qui devrait inclure la liberté d'expression et de dénonciation.
2.    L'éthique islamique de justice : La Charia, source principale du droit mauritanien, impose clairement l'obligation de dénoncer l'injustice, particulièrement pour ceux en position d'autorité.
3.    Les obligations internationales : En tant que signataire de nombreux traités internationaux relatifs aux droits humains, la Mauritanie s'est engagée à protéger la liberté d'expression et le droit de participation politique.
4.    La souveraineté nationale : Les autorités invoquent souvent ce principe pour limiter ce qu'elles considèrent comme des ingérences étrangères, notamment lorsque des critiques sont formulées à l'international.


Fondements Coraniques et Prophétiques du Devoir de Dénonciation de l'Injustice en Islam


I. Principes Coraniques : L'Impératif de Justice Universelle


1. L'Exigence Absolue de Justice (Al-'Adl)

Coran 4:135 :
"Ô vous qui croyez ! Observez strictement la justice et soyez des témoins (véridiques) comme Allah l'ordonne, fût-ce contre vous-mêmes, vos parents ou proches..."
Ce verset établit un devoir sacré de témoigner pour la justice, même contre ses intérêts tribaux ou familiaux. Le commentateur Ibn Kathir souligne que ce verset "abroge toute solidarité clanique contraire à la vérité".
Coran 5:8 :
"Que la haine envers un peuple ne vous incite pas à être injustes. Soyez justes : cela est plus proche de la piété."
L'exégète Al-Qurtubi explique que ce commandement s'applique particulièrement aux détenteurs d'autorité, les obligeant à protéger toutes les communautés, y compris les non-musulmans.

2. L'Interdiction de la Complicité Silencieuse


Coran 8:25 :
"Et craignez une calamité qui n'affligera pas exclusivement les injustes d'entre vous."
Selon l'imam Ash-Shawkānī, ce verset condamne l'inaction face à l'injustice, y compris lorsqu'elle ne touche pas directement sa communauté.

Coran 49:6 :
"Ô vous qui croyez ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, vérifiez-la..."
Ce verset, souvent cité dans les débats sur la liberté d'expression, impose un devoir actif de vérification et de dénonciation des fausses informations au service du pouvoir.

II. Hadiths Prophétiques : La Dissidence comme Acte de Foi

1. La Parole Juste Face au Pouvoir Tyrannique

Sahih Muslim 49 :

"Le meilleur jihad est une parole de vérité devant un souverain injuste."
Ce hadith authentique fait de la dénonciation publique des abus un acte supérieur de piété, validé par les oulémas contemporains comme Yusuf Al-Qaradawi.

2. La Responsabilité Collective

Sunan Abi Dawud 4336 (authentifié par Al-Albani) :
"Quiconque parmi vous voit un mal, qu'il le change par sa main. S'il ne peut, alors par sa langue. S'il ne peut, alors par son cœur - et c'est le plus faible degré de foi."
L'imam An-Nawawi dans Sharh Sahih Muslim précise que ce devoir s'impose sans distinction d'appartenance communautaire.

3. L'Universalisme de la Justice


Musnad Ahmad 21794 (jugé sahih par Shu'ayb Al-Arna'ut) :
Le Prophète (PSL) dit : "Aidez votre frère, qu'il soit oppresseur ou opprimé." Les compagnons demandèrent : "Ô Messager d'Allah, nous comprenons aider l'opprimé, mais comment aider l'oppresseur ?" Il répondit : "En l'empêchant d'opprimer."
Ce hadith fonde juridiquement le droit - et le devoir - de s'opposer aux abus de pouvoir, y compris au sein de son propre groupe.

III. Pratiques des Compagnons : Modèles de Dissidence Sacrée

1.    Abu Bakr As-Siddiq et la Redevabilité des Dirigeants

Lors de son discours d'intronisation, le premier calife déclara :

"Si j'agis bien, aidez-moi. Si j'agis mal, redressez-moi." (Al-Bidaya wa An-Nihaya, Ibn Kathir).
Ce principe deviendra la base du contrôle citoyen du pouvoir en droit constitutionnel islamique.

2.    Umar ibn Al-Khattab et la Justice Transcommunautaire

Le deuxième calife interpella publiquement un gouverneur égyptien :

"Depuis quand asservis-tu les gens alors qu'ils sont nés libres de leurs mères ?" (Al-Iqd Al-Farid, Ibn Abd Rabbih).

Cet épisode historique fonde l'obligation de défendre les droits des minorités non arabes.

3.    Bilal ibn Rabah : Symbole de la Lutte Antiraciste

L'ancien esclave éthiopien, devenu muezzin du Prophète, incarna la dénonciation des discriminations. Son célèbre reproche à Abu Dharr Al-Ghifari :
"Ressens-tu de la supériorité à cause de ta mère ?" (Sahih Al-Bukhari 30)
devint un paradigme juridique contre le tribalisme.

IV. Jurisprudence Islamique (Fiqh) : Les Règles de la Dissidence Légitime

1.    La Hisba : Commandement du Bien et Interdiction du Mal

Le juriste hanbalite Ibn Taymiyyah écrit dans Al-Hisba fi Al-Islam :
"Celui qui détient une autorité (wali al-amr) doit écouter les doléances du peuple et réformer les injustices, qu'elles émanent de ses proches ou de ses adversaires."

2. Conditions de la Dénonciation Publique (Selon Al-Ghazali)

Dans Ihya Ulum Ad-Din, il énumère 4 conditions pour dénoncer une injustice :

1.    Connaissance certaine du tort
2.    Absence d'alternative discrète
3.    Proportionnalité des moyens
4.    Persistance du mal après avertissement

2.    La Primauté de la Justice sur la Solidarité Tribale

Le malikite Al-Qarafi stipule dans Al-Furuq :
"Le témoignage contre son propre clan, lorsqu'il s'agit de préserver les droits d'autrui, est une obligation plus forte que le silence complice."


En conclusion  voilà donc une Éthique Islamique de la Dissidence

L'islam construit une théologie de la responsabilité sociale où le silence face à l'injustice équivaut à une complicité spirituelle.

Comme le résume le Coran 5:105 :

"Ô vous qui croyez ! Vous êtes responsables de vous-mêmes. Celui qui s'égare ne pourra vous nuire si vous êtes bien guidés."

Cette guidance implique, selon l'interprétation dominante des écoles malikite et hanbalite, un devoir actif de réforme sociale transcendant toutes les affiliations tribales ou partisanes.

La tradition prophétique et l'histoire islamique ne nous offrent-ils pas ainsi un cadre sacré légitimant - et même exigeant - la dénonciation courageuse des abus de pouvoir.


Cas Concrets des Compagnons du Prophète dans la Lutte contre l'Injustice (Sources Sunnites)

1.    Abû Bakr Aṣ-Ṣiddîq et la Réconciliation avec 'Umar : Modèle de Correction des Torts

Lors d'un conflit entre Abû Bakr et 'Umar ibn Al-Khaṭṭâb, ce dernier refusa initialement d'accepter les excuses d'Abû Bakr. Le Prophète Muḥammad (PSL) intervint en rappelant la primauté de la justice sur les rancoeurs personnelles :
« Allah m'a envoyé (comme Prophète) à vous, mais vous m'avez dit : "Tu mens", tandis qu'Abû Bakr a dit : "Il a dit la vérité" »
.
Cette scène montre deux aspects cruciaux :

•    L'obligation de rectifier ses torts, même entre dirigeants (Abû Bakr reconnaît avoir été « plus injuste »).
•    Le rôle médiateur du Prophète pour rétablir la cohésion communautaire face aux dissensions.

2.    Intervention Prophétique contre l'Injustice Financière

Un créancier venu réclamer une dette à Abû Jahl, ennemi juré de l'Islam, reçut l'appui inattendu du Prophète (PSL) :
« Le Prophète accompagna le créancier chez Abû Jahl et exigea le paiement intégral de la dette »
.
Cet acte illustre :
•    Le devoir de défendre les droits des opprimés, indépendamment des affiliations idéologiques.
•    La neutralité active en matière de justice, transcendant les conflits personnels.

3.Aichha  bint Abi Bakr : Avocate des Femmes Opprimées

'Â'ishah (رضي الله عنها) intervint en faveur d'un groupe de femmes maltraitées par leurs maris :
« Elle plaida leur cause avec véhémence, utilisant son influence pour obtenir réparation »

Son action démontre :
•    La légitimité de l'intervention des autorités religieuses en cas d'injustice domestique.
•    L'application concrète du hadith : « Aidez votre frère, qu'il soit oppresseur ou opprimé » (en empêchant l'oppression).

En effet L’obligation est de combattre les injustices, et de délivrer les musulmans de l’oppression. Aicha - que Dieu soit satisfait d’elle - a relaté que le Prophète – que les prières de Dieu soient sur lui – a dit : « Viens en aide à ton frère, qu’il soit oppresseur ou opprimé. S’il est oppresseur, retiens ses mains [afin qu’il ne puisse commettre d’actes injustes] ; s’il est victime d’oppression, exige son dû pour lui. »

Et Ḥumayd rapporte une tradition sous l’autorité d’Anas. Il dit : Le Prophète (PSL) a dit : « Viens en aide à ton frère, qu’il soit oppresseur ou opprimé ». On lui demanda : « Ô Envoyé de Dieu ! L’opprimé, nous viendrons à son aide ; mais l’oppresseur, comment l’aiderons-nous ? » Il leur répondit (PSL): « Vous l’empêcherez d’opprimer, et c’est de cette façon que vous l’aiderez. »

.
3.    Sa'îd ibn Jubayr : Défi à la Tyrannie d'Al-Ḥajjâj

Face à Al-Ḥajjâj ibn Yûsuf, gouverneur réputé pour sa brutalité, Sa'îd ibn Jubayr (رضي الله عنه) refusa catégoriquement de se taire :
« Si je pensais que tu avais le pouvoir de prendre ma vie, j'aurais adoré toi au lieu d'Allah ».
Son martyre (exécuté en 95 AH) symbolise :
•    L'interdiction absolue de pactiser avec les tyrans, même sous menace de mort.
•    La validation coranique : « N'incline pas vers les injustes, sinon le Feu te touchera » (Coran 11:113)
.
4.    Al-Mughîrah ibn Shu'bah : Défense Physique de l'Honneur Prophétique

Lors des négociations de Hudaybiyyah, Al-Mughîrah ibn Shu'bah (رضي الله عنه) frappa la main de 'Urwah ibn Mas'ûd qui tentait de toucher la barbe du Prophète (PSL) :
« Ôte ta main de la barbe du Messager d'Allah ! »
.
Cet épisode souligne donc :

•    La protection active de la dignité des leaders légitimes, y compris par la force si nécessaire.
•    L'application littérale du verset : « Les croyants sont sévères envers les mécréants » (Coran 48:29).

Analysons  par là même juridiquement  ces Cas.

a)    Devoirs Hiérarchisés selon la Charia

Le hadith classique énonce trois niveaux d'action contre l'injustice :
1.    Corriger par la main (autorité).
2.    Dénoncer par la langue (devoir citoyen).
3.    Désapprouver en son cœur (minimum moral)

Les députés, en tant que détenteurs d'autorité (niveau 1), ont une obligation renforcée d'agir concrètement.

b)    Immunité Parlementaire et Limites Islamiques

Si la Constitution mauritanienne s'inspire de la Charia, elle doit intégrer la règle coranique :

« Allah ordonne la justice, la bienfaisance et l'assistance aux proches. Il interdit la turpitude, l'acte répréhensible et la rébellion » (Coran 16:90).

Toute loi restreignant la dénonciation des abus serait donc contraire à l'esprit de la Charia, comme le soulignent les oulémas contemporains.

c)    Précédents historiques et leur application Moderne

Le comportement des compagnons établit que :

•    La dénonciation internationale est licite si l'oppression persiste localement (cf. hijra en Abyssinie voir plus loin  dans cet  article ).
•    Les représailles étatiques (emprisonnement, censure) contre les lanceurs d'alerte violent directement les principes prophétiques..

Déclinaisons Contemporaines en Mauritanie:

Selon la Sharia donc un député mauritanien  qui dénonce l’injustice et les discriminations ne fait en tant que musulman qu’appliquer  les enseignements de la sainte religion et suivre, comme exemples universels qui résistent à tout droit spoliateur :

•    La persévérance d'Abû Bakr face aux quraychites hostiles.
•    La stratégie de Aicha combinant plaidoyer public et mobilisation juridique.

2. Obstacles Légaux : Une Violation des Préceptes Islamiques

Les lois restreignant les libertés d'expression  contredisent :

•    Le verset « Exposez clairement ce qui est injuste » (Coran 4:148)
•    La fatwa d'Ibn Taymiyyah : « Celui qui dissimule les crimes des gouvernants trahit Allah et Son Messager ».

Ma conclusion Théologico-Juridique

Les exemples des compagnons prouvent que l'islam sanctifie le devoir de rébellion verbale contre l'injustice, surtout pour les élus.

 La Mauritanie, en criminalisant ces pratiques, s'écarte doublement :

1.    De sa Constitution (art. 10 garantissant la liberté d'expression).
2.    Des fondements immuables de la Charia (obligation de amr bil ma'rûf).

Seule une réforme alignant le droit positif sur ces principes islamiques authentiques permettrait une conciliation entre souveraineté nationale et impératifs éthiques universelles.


La Hijra en Abyssinie : Preuve Historique de la Légitimité de la Dénonciation Internationale Face à l'Oppression

I.    Contexte Historique et Fondements Théologiques

La Hijra (migration) en Abyssinie, en  l’an 5 après la Révélation, constitue le premier exode politique et religieux de l'histoire islamique. Face aux persécutions systématiques des Qurayshites à La Mecque, le Prophète Muḥammad (PSL ) ordonna à ses compagnons de chercher refuge auprès du Négus, roi chrétien d'Abyssinie (actuelle Éthiopie).

Cette décision prophétique établit un précédent juridico-théologique majeur : le recours à une autorité non musulmane pour protéger les droits fondamentaux lorsque l'État d'origine persiste dans l'oppression.

Le Coran justifie cette approche par le verset :

« Et quand Mes serviteurs t'interrogent sur Moi... Je suis proche » (2:186),
interprété par les juristes malékites comme une injonction à rechercher la justice par tous moyens licites
. La Hijra n'était pas une fuite, mais une stratégie de résistance active visant à préserver la communauté et à internationaliser la cause des opprimés
.
II.    Mécanismes de la dénonciation transnationale

a)    Dialogue avec le Négus : Un Modèle universel de Plaidoyer International

Lorsque les Quraysh envoyèrent une délégation pour exiger l'extradition des réfugiés, Jaʿfar ibn Abī Ṭālib (رضي الله عنه) présenta devant la cour abyssine un exposé structuré des persécutions subies :

1.    Détail des tortures physiques et économiques infligées aux convertis.
2.    Explication des principes islamiques, incluant le respect de Jésus (ʿĪsā) et Marie (Maryam) pour établir un terrain d'entente théologique.
3.    Appel à la protection basée sur la réputation de justice du Négus.

Ce plaidoyer, rapporté dans Ṣaḥīḥ al-Bukhārī (Hadith 7), démontre que l'islam sanctionne le recours à des instances internationales lorsque l'appareil étatique local devient oppresseur.

 Le Négus, en tant qu’autorité pourtant étrangère, incarne ici la figure du garant neutre des droits humains universels.

b)    Réponse du Négus : Un Arrêt Juridique Précurseur

La décision du roi abyssin constitue l'un des premiers verdicts internationaux en matière d'asile politique :


« Allez, car vous êtes en sécurité sur ma terre. Quiconque vous maltraitera paiera une amende. Personne ne sera lésé tant qu'il vivra sur ma terre »
.
Ce jugement s'appuie de mon point de vue sur deux principes coraniques anticipés :

1.    La primauté du droit à la vie (Coran 5:32).
2.    La liberté de conscience (Coran 2:256), bien que non encore révélée à l'époque.

III.    Implications Juridiques Modernes

a)    Droit International contre Souveraineté Étatique

La Hijra établit que la protection des droits humains prime sur la non-ingérence :

•    Les réfugiés mecquois restèrent 13 ans en Abyssinie malgré les pressions qurashites.
•    Le Négus rejeta l'argument de « menace à la sécurité nationale » avancé par les émissaires qurashites, préfigurant l'article 14 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (1948)
.
b)    Critères de légitimité d'une dénonciation internationale

Les fuqahā (juristes) ont déduit de cet événement trois conditions pour justifier une dénonciation extraterritoriale :

1.    Épuisement des recours internes : Les musulmans avaient tenté en vain de négocier avec les Quraysh.
2.    Preuves tangibles d'oppression systémique : Tortures, confiscations de biens, embargos économiques.
3.    Objectivité du canal de dénonciation : Choix d'un médiateur neutre (le Négus) plutôt que d'une puissance rivale de La Mecque.

IV. Applications Contemporaines

a)    Cas des Ouïghours : Un Parallèle Historique

À l'instar des réfugiés mecquois, les Ouïghours ont utilisé depuis 2017 des mécanismes similaires :
•    Pétitions à l'ONU et à l'OCI basées sur des preuves documentées.
•    Mobilisation de la diaspora pour alerter sur les camps d'internement au Xinjiang.
Ce mouvement s'inscrit dans la lignée directe de la Hijra, combinant exil forcé et plaidoyer transnational.

b)    Mauritanie : Leçons pour les Députés mauritaniens

L'exemple abyssin éclaire le dilemme des parlementaires mauritaniens confrontés à des lois répressives.

 Ibn Hishām et  Ṭabarī confirment  que le Prophète (PSL) recommanda explicitement l'Abyssinie pour sa justice institutionnelle, non pour sa confession.

Ainsi donc si la Hijra en Abyssinie, peut à nos yeux de musulmans illustrer quelque chose c’est bien qu’elle constitue bien un paradigme juridique complet pour les peuples opprimés :

1.    Légitimation théologique de l'asile politique même en territoire non musulman.
2.    Cadrage éthique de la dénonciation internationale (preuves, modération, médiation).
3.    Primauté des droits humains sur les considérations géopolitiques.



LES DEPUTES D'ABYSSINIE.

Ainsi, pour conclure je dirai que l’analyse juridique, constitutionnelle et théologique démontre clairement que les députés mauritaniens ont non seulement le droit mais aussi le devoir moral et religieux de dénoncer les injustices, y compris à l'étranger. Ce devoir découle à la fois:

1.    Du système moniste mauritanien qui incorpore les traités internationaux de droits humains dans l'ordre juridique interne;
2.    Des principes islamiques fondamentaux qui imposent l'obligation de lutter contre l'injustice;
3.    Du mandat représentatif des députés qui les engage à défendre les intérêts de leurs électeurs.

Cependant, l'exercice de ce droit se heurte dans la pratique à des restrictions significatives et à un climat de coercition qui contredisent les engagements constitutionnels et internationaux de la Mauritanie. 


Cette contradiction entre principes et pratique représente un défi majeur pour la démocratie mauritanienne et le respect effectif des droits fondamentaux dans le pays.

Le cas des députés qui dénoncent l'injustice en Mauritanie illustre un dilemme universel entre la souveraineté nationale et les obligations universelles en matière de droits humains, entre la loyauté envers les institutions et le devoir moral, envers ceux qui les ont élus, de dénoncer leurs défaillances, particulièrement lorsque des violations graves des droits fondamentaux sont en jeu.

Le droit mauritanien, écartelé entre impératifs islamiques et obligations internationales, génère un cadre paradoxal pour les députés.

 Si la Charia et la Constitution leur imposent éthiquement de dénoncer les injustices, les outils juridiques actuels entravent cette mission.

Seule une réforme courageuse, intégrant les leçons des Compagnons du Prophète et des mécanismes internationaux de justice reconnus par la Mauritanie, pourrait transformer les parlementaires, puisque la voix du peuple, soit des opprimés et des laissées pour compte, en somme de leurs électeur;  en véritables « Gardiens de la Justice » (Hâfiz al-ʿAdl), selon l'idéal prophétique.

Il n’en tient qu’à l’Etat en modulant son mode gouvernance en ouvrant des espaces médiatiques libres et responsables publics et privés de remédier à cette recherche par les députés de médiums internationaux pour s’exprimer. En sommes faire que nos députés ne soient plus des députés  mauritaniens…en Abyssinie.

Et tout bon juriste sait que la règle de droit n’est que l’expression de valeurs sociales d’une société donnée à un moment donné de son histoire. Or seul Dieu est éternel.

 Et au-delà des apparences, Dieu connaît mieux celui qui s'est égaré de son chemin, et il connaît mieux ceux qui sont guidés.

Aussi appelle au droit chemin de ton seigneur par la sagesse, la foi et la bonne parole. En Mauritanie...en Abyssinie, partout où la voix juste porte. N'est-ce pas là l'essence de l'Islam? Et la finalité du droit.



ٱدْعُ إِلَىٰ سَبِيلِ رَبِّكَ بِٱلْحِكْمَةِ وَٱلْمَوْعِظَةِ ٱلْحَسَنَةِ ۖ وَجَٰدِلْهُم بِٱلَّتِى هِىَ أَحْسَنُ ۚ إِنَّ رَبَّكَ هُوَ أَعْلَمُ بِمَن ضَلَّ عَن سَبِيلِهِۦ ۖ وَهُوَ أَعْلَمُ بِٱلْمُهْتَدِينَ. (صدق الله العظيم)


Pr ELY Mustapha



mardi 25 mars 2025

LIVRE BLANC : dialogues, leurres et lueurs. Par Pr ELY Mustapha


DEDICACE

« Mon fils était brillant, il aimait l'école et voulait devenir ingénieur.
 Le jour de l'accident, il était si content car il devait recevoir un prix pour ses bons résultats. Puis le toit s'est effondré...”

A Mme Aïcha, mère de Moussa,
l'un des enfants tués lors de l'effondrement de l'école de Dar El Barka

Victime d’une gouvernance qui se perpétue par le Dialogue.


Un Livre, des illusions et de l’espoir

J’introduis, ici, ce livre blanc commencé il y a bien longtemps et muri par des articles et essais successifs qui, publiés sur mon blog et dans les médias nationaux et internationaux en constituent la chaine et la trame.

Aujourd’hui et au crépuscule d’un paradoxe, soit celui d’une nation qui, depuis près d’un demi-siècle, cultive l’art du dialogue comme rituel politique, étouffe méthodiquement la voix de son peuple, je publie ce livre blanc.

 Ce livre blanc n’est ni une chronique de plus sur les échecs mauritaniens, ni un pamphlet vengeur.

C’est une radiographie que j’ai voulue sciemment critique, du fait de la gravité de la situation, d’un système où le dialogue, promesse de démocratie, s’est mué en outil de domination.

Imaginez un paysage politique où chaque décennie apporte son lot de tables rondes, de concertation nationale, de feuilles de route – des mots nobles vidés de leur sens.

Derrière ces termes se cache une réalité brutale : depuis le coup d’État de 1978, la Mauritanie a connu 14 processus de dialogue officiels, tous aboutissant au même scénario. Des opposants se transforment en complices, des révoltes s’éteignent dans des compromis truqués, et le peuple, spectateur impuissant, voit ses espoirs s’évaporer au rythme des déclarations solennelles.

Je pars d’un constat cruel : 45 ans de dialogues n’ont produit aucune alternance politique, aucune réforme structurelle, aucune justice pour les maux qui frappent le pays et ses habitants et moins encore pour ceux criants des victimes de l’esclavage ou des purges ethniques. Pire,  ils ont permis à des régimes successifs de se recycler en « garants du consensus », tout en maintenant intactes les racines de l’autoritarisme. Ce travail s’ancre dans les récits des oubliés : ces jeunes diplômés au chômage qui ironisent sur les « accords entre costards », ces femmes haratines exclues des négociations, ces opposants emprisonnés pour avoir refusé de jouer la comédie du dialogue.

Notre approche combine trois grilles de lecture :

1.    L’histoire critique : De la junte d’Ould Salek (1978) aux « Assises pour la Réconciliation» de 2023, je retrace chaque dialogue comme un épisode d’une série tragique où le pouvoir réécrit les règles du jeu à son avantage. Pour entretenir la mémoire contre l’oubli, pour les jeunes générations et pour l’Histoire qui est le premier témoin des errements humains.
2.    Le miroir africain : En confrontant l’expérience mauritanienne à celles d’autres pays, tels le  Tchad, le Congo pays que j’ai visités, je montre des mécanismes communs de confiscation du politique par les élites.
3.    La théorie politique : Toute démarche pratique qui ne puisse être éclairée par un processus intellectuel théorique éclairant ses constats aux fin de compréhension et de partage est limitée  Aussi de la « démocratie autoritaire » (Levitsky & Way) au concept de «résilience autoritaire » (Heydemann), j’essaie de décrypter comment les régimes mauritaniens ont détourné les outils démocratiques pour survivre.

Mais ce livre blanc va plus loin. Il démontre comment ces pseudo-dialogues ont hypothéqué le développement du pays :

-    En détournant l’attention des urgences sociales (31% de pauvreté, 25% de chômage des jeunes).
-    En légitimant un système économique de prédation (50% des richesses contrôlées par 0.3% de la population).
-    En alimentant les fractures identitaires (discriminations persistantes contre les Haratines et les Négro-Africains, qui apparaissent tant dans la répartition des richesses que dans les droits aux emplois publics).

Ce travail est aussi un acte de foi. Je crois qu’en démontant les rouages de cette machinerie du faux-semblant, je participe humblement à éclairer la nécessité de renforcer une véritable démocratie par le bas.

 Les pages qui suivent ne se contentent pas de critiquer positivement - elles esquissent les contours d’une citoyenneté consciente, nourrie par les leçons amères du passé et les aspirations d’une génération connectée, lucide, et déterminée à briser le cycle.

À toi qui tiens ce texte, ce livre blanc, - citoyen désenchanté, militant découragé, diplomate désireux de comprendre -, je te dis ceci : Ceci n’est pas un livre sur la Mauritanie, mais sur la condition humaine aux prises avec le pouvoir. C’est l’histoire d’un peuple qui, malgré les trahisons répétées, refuse d’abdiquer son droit à rêver.

C’est une plongée au cœur des leurres et des lueurs de la Mauritanie politique, à travers un dialogue, miroir aux alouettes, qui est la preuve manifeste et intangible des dégâts qu’il cause au devenir et au développement du pays. Et qui est, au-delà de ces aspects critiques, une offense à la conscience de tout un peuple.

Que ces pages soient à la fois un miroir, un maillet pour briser les illusions, et une boussole pour ceux qui osent imaginer l’impensable : un dialogue qui libère au lieu d’asservir.

La justice n’est pas un cadeau des puissants, disait si justement Me Fatimata M’Baye, mais une conquête des peuples.  (Me Fatimata M’Baye, Avocate mauritanienne des droits humains. Discours à Genève, 2019)


Lien de téléchargement libre du livre :


https://drive.google.com/file/d/1Tbzt_IaeqAxKwx10FhiNPVuEnSfbGRft/view?usp=sharing



Pr ELY Mustapha




 

dimanche 23 mars 2025

Too BAD or not too BAD : les chances de Ould Tah. Par ELY Mustapha

La candidature de Sidi Ould Tah à la présidence de la Banque Africaine de Développement (BAD) suscite à la fois espoir et scepticisme dans le paysage politique africain. Ancien ministre mauritanien et actuel président de la Banque Arabe pour le Développement Économique en Afrique (BADEA), Ould Tah présente un profil d'expert reconnu, mais sa route vers la présidence est semée d'embûches géopolitiques complexes.

Le candidat mauritanien peut se targuer d'un parcours remarquable. Son mandat à la tête de la BADEA a été marqué par un triplement du capital de l'institution et l'obtention d'une notation AAA, démontrant ses compétences en matière de gestion financière. Sa maîtrise de l'arabe, du français et de l'anglais lui confère un avantage certain dans la communication avec divers acteurs du continent et au-delà. Cependant, ces atouts techniques semblent peser moins lourd face aux considérations géopolitiques qui dominent souvent ce type d'élection.

La position géographique ambiguë de la Mauritanie, à cheval entre l'Afrique du Nord et l'Afrique de l'Ouest, place Ould Tah dans une situation délicate. Cette ambiguïté territoriale complique sa capacité à mobiliser un bloc régional homogène, contrairement à ses concurrents qui bénéficient d'un soutien plus clairement défini de leurs régions respectives.


À ce jour, Ould Tah a obtenu le soutien officiel de trois pays africains : la Côte d'Ivoire, le Congo-Brazzaville et la Tunisie. Le ralliement de la Côte d'Ivoire, sous l'influence du président Alassane Ouattara, constitue un atout majeur, offrant une légitimité au sein de l'espace francophone ouest-africain. Le soutien du Congo-Brazzaville lui permet de pénétrer la sphère d'influence de la CEMAC, tandis que l'appui de la Tunisie lui ouvre des perspectives en Afrique du Nord. Néanmoins, cette coalition reste limitée face aux blocs régionaux plus solides soutenant d'autres candidats.

La campagne de Ould Tah bénéficie d'une mobilisation sans précédent de l'appareil d'État mauritanien, avec la mise en place de comités stratégiques et opérationnels. Le ministre Sid'Ahmed Ould Bouh a mené une intense campagne diplomatique, multipliant les déplacements et les rencontres de haut niveau. Cependant, ces efforts se heurtent à la concurrence d'autres candidats bénéficiant de soutiens régionaux plus larges et à l'absence d'un projet fédérateur comparable à celui qui avait porté Akinwumi Adesina à la présidence en 2015.

Malgré 18 déplacements du ministre Sid’Ahmed Ould Bouh en 4 mois (dont des rencontres avec Kaïs Saïed en Tunisie et Giorgia Meloni en Italie), la campagne bute sur trois écueils :
D’abord, l’effet de saturation : cinq candidats se disputent les voix, dont Chad le Mahamat (Tchad) et Abbas Mahamat Tolli (Togo), fractionnant l’électorat. Ensuite, la concurrence des « poids lourds » : Maimbo, vice-président de la Banque mondiale, bénéficie d’un réseau international solide, tandis qu’Amadou Hott capitalise sur son expérience interne à la BAD. Et , enfin, comme mentionné l’absence de vague régionale : contrairement à Adesina en 2015, Ould Tah ne porte pas de projet fédérateur comme « Nourrir l’Afrique », se contentant d’un programme technique axé sur les infrastructures.


Un défi majeur pour Ould Tah réside dans la nécessité de convaincre les actionnaires non africains de la BAD, qui détiennent 40% des droits de vote. Son expérience à la BADEA, marquée par des prêts à des pays en tension avec l'Occident, pourrait susciter des inquiétudes chez certains créanciers occidentaux. La capacité de Ould Tah à se positionner comme un médiateur entre les intérêts occidentaux et arabes pourrait jouer un rôle crucial dans l'obtention de ces soutiens essentiels. Les États-Unis (6,5 % des voix), le Japon (5,4 %) et l’Allemagne (4,1 %) n’ont pas encore clarifié leur position.

Pour transformer ses chances en victoire, la Mauritanie devra élargir sa base de soutiens, en convainquant au moins cinq autres États africains et en séduisant un actionnaire non africain majeur d'ici mai 2025.
La bataille finale ne se jouera pas tant sur le nombre de soutiens que sur leur capacité à créer un effet d'entraînement dans les régions non alignées. L'issue de cette élection pourrait redéfinir les équilibres géopolitiques au sein de la BAD, entre la recherche d'une méritocratie technique et les réalités de la politique régionale africaine.

Le cas de figure idéal où Ould Tah ira à la victoire se serait un report des voix de la CEDEAO après l’élimination d’Amadou Hott au premier tour. Le ralliement in extremis de la SADC, séduite par son expertise financière et enfin un soutien actif de l’Algérie et un revirement du Maroc à son profit, pays dont le dévolu se serait porté sur le candidat du Sénégal.  Algérie et Maroc, deux pays rivaux mais influents en Afrique du Nord.

Ce scénario nécessiterait cependant une division parfaite des autres blocs, peu probable compte tenu de leur cohésion affichée.
Les chances de Sidi Ould Tah, reflètent donc les contradictions d’une Afrique tiraillée entre méritocratie technique et realpolitik régionale.

La réussite de ould Tah, que tout compatriote devrait lui souhaiter marquerait une réussite des États qui cherchant à contrebalancer l’hégémonie anglophone (Nigeria, Afrique du Sud).
 L’élection est déjà révélatrice des nouvelles fractures continentales – entre Afrique « utile » et périphéries, entre légitimité technique et équilibres géopolitiques
.Reste à savoir si la BAD, au crépuscule de l’ère Adesina, choisira la continuité ou la rupture.



Tah, too BAD or not too BAD  ?  …That is the question.


Pr ELY Mustapha


jeudi 20 mars 2025

Le jour où Ibn Khaldun vînt en Mauritanie : « Va mon fils … » Par Pr ELY Mustapha

Sous un soleil de plomb qui fait danser les mirages sur l'asphalte craquelé, une charrette brinquebalante s'arrête à la lisière d'un bidonville de Nouakchott. Son propriétaire, un livreur d'eau à la peau tannée et aux yeux fatigués, s'affaisse sur son siège de fortune. Les bidons vides cliquettent doucement, comme pour rappeler l'aridité omniprésente.

Assis à ses côtés, comme surgi d'un mirage dans la chaleur accablante, se tient un homme à la barbe grisonnante et au regard pénétrant. Il s'agit ni plus ni moins que du grand Ibn Khaldun, historien et père de la sociologie, miraculeusement transporté à travers les siècles pour offrir sa sagesse à ce simple citoyen mauritanien.
Intrigué et assoiffé de connaissances autant que d'eau, le livreur saisit cette occasion unique. Il engage alors avec le savant un dialogue dense et percutant sur les maux qui affligent son pays. Ibn Khaldun, fidèle à son esprit critique et à sa vaste expérience des sociétés humaines, va analyser sans concession la situation de sous-développement de la Mauritanie actuelle, puisant dans son savoir millénaire pour éclairer les défis du présent.
Ce qui suit est la transcription de cet échange extraordinaire, où l'humour côtoie la sagesse, et où les leçons du passé résonnent étrangement avec les enjeux d'aujourd'hui

Citoyen : Ô grand sage de l’Histoire, je viens à vous le cœur lourd… Comment expliquer que la Mauritanie, terre de nos ancêtres, reste engluée dans la pauvreté malgré ses richesses ? Nos dirigeants invoquent la fatalité, mais…

Ibn Khaldun (l’interrompant d’un rire tonitruant) : La fatalité ? Par les plumes de ma Muqaddimah ! Lorsque les Banu Marin prirent Fès en 1248, ils blâmaient déjà les étoiles… avant de découvrir que leur trésorier dilapidait l’or dans les bains publics ! (baisse la voix, malicieux) Le vrai destin, jeune homme, c’est celui qu’on écrit par la qualité de ses institutions.

Citoyen : Mais nos chefs tribaux disent que notre force vient de la pureté de nos lignées…

Ibn Khaldun (tapant sur un parchemin imaginaire) : "La 'asabiya ne naît pas du sang, mais du projet commun !" (Muqaddimah, Livre III). Regarde les Hilaliens : ils conquirent l’Ifriqiya en un siècle, puis s’entretuèrent pour des querelles de chameaux… tout en laissant leurs citadelles pourrir. (soupir théâtral) Votre noblesse tribale ressemble à un puits sans eau - belle apparence, mais aucune utilité pratique.

Citoyen : Pourtant, nos imams enseignent que la pauvreté est une bénédiction divine…

Ibn Khaldun (levant un doigt accusateur) : Mal interprétation ! "La charité ne construit pas de routes, ne creuse pas de canaux" (Muqaddimah, Livre V). Au temps des Almohades, chaque mosquée avait son école coranique ET son atelier d’ingénieurs hydrauliques. Aujourd'hui, vous avez transformé la résignation en vertu… comme ces dromadaires qui refusent d’avancer sous prétexte que le sable est trop chaud !

Citoyen : Et nos gouvernants qui promettent le développement…

Ibn Khaldun (éclatant de rire) : Ah ! Les promesses des puissants… (sort une figue de sa manche) Vois-tu ce fruit ? Le sultan mérinide Abu Inan Faris en offrait des cageots pour qu’on oublie qu’il vidait les caisses de l’État. (mord dans la figue) Le goût sucré ne dure qu’un instant, l’amertume de la dette, des siècles…

Citoyen : Que faire alors, ô vizir des savoirs ?

Ibn Khaldun (posant une main sur son épaule) : Rappelle-toi la leçon des Zirides : "Quand le fisc prélève plus que le cinquième des récoltes, les paysans fuient et les terres se meurent" (Muqaddimah, Livre II). Organisez des guildes d’artisans comme à Tlemcen, des coopératives de pêcheurs comme à Béjaïa… (cligne de l’œil) Et méfie-toi des "conseillers étrangers" - les Fatimides en employaient 300, résultat : Le Caire est devenu un nid de compteurs de pièces !

Citoyen : Mais l’espoir est-il permis ?

Ibn Khaldun (sortant une carte ancienne) : Regarde Kairouan en 850 : marécages transformés en grenier à blé. Comment ? Par la "science pratique des canaux et la justice fiscale" (Muqaddimah, Livre IV). Votre désert pourrait fleurir… à condition de bannir deux fléaux : la paresse intellectuelle qui se cache derrière la religion, et la cupidité qui se pare des oripeaux du tribalisme !

Citoyen (souriant enfin) : Vous parlez comme si vous aviez voyagé dans notre temps…

Ibn Khaldun (faussement indigné) : Moi ? Je ne suis qu’un vieux chroniqueur ! (baisse soudain la voix) Mais entre nous… (tapote sa tempe) J’ai écrit toute l’Histoire humaine en observant simplement comment un groupe de nomades devient sultan… puis comment ses petits-fils dilapident tout en achetant des perruches savantes. La roue tourne, jeune ami… à vous de la faire tourner vers le haut !

Citoyen : Vos paroles sont comme une oasis dans le désert de notre ignorance, ô Ibn Khaldun ! Mais comment convaincre nos dirigeants, si attachés à leurs privilèges ?

Ibn Khaldun (prenant un air conspirateur) : Ah, les privilèges ! Laisse-moi te conter l'histoire du calife abbasside Al-Muqtadir. Il avait tant de concubines qu'il fallut construire un palais juste pour leurs chaussures ! (mime un équilibriste) Résultat ? Le trésor vidé, l'armée impayée, et les Bouyides qui s'emparèrent de Bagdad comme on cueille une datte trop mûre !

Citoyen : Mais nos chefs disent que leur pouvoir vient d'Allah...

Ibn Khaldun (levant les yeux au ciel) : Et les termites prétendent que leurs tunnels sont l'œuvre des djinns ! Écoute bien : "Le pouvoir ne vient pas du ciel, mais de la capacité à organiser les hommes pour un but commun" (Muqaddimah, Livre III). Regarde les Almoravides : de simples maîtres coraniques devenus bâtisseurs d'empire... en comprenant que la vraie force est dans l'union des hommes de valeur, pas dans les généalogies fantasmées !

Citoyen : Pourtant, nos élites semblent si instruites...

Ibn Khaldun (riant à gorge déployée) : Instruites ? Comme ces perroquets de la cour hafside qui récitaient des poèmes sans comprendre un mot ? (prend un air docte) "La vraie science n'est pas d'accumuler des connaissances, mais de les mettre en pratique pour le bien commun" (Muqaddimah, Livre VI). J'ai connu des bergers analphabètes qui géraient mieux leurs troupeaux que certains vizirs leurs provinces !

Citoyen : Que faire alors pour sortir de cette impasse ?

Ibn Khaldun (se lève, théâtral) : Ce qu'ont fait les bâtisseurs de Fès : transformer chaque goutte d'eau en or vert ! (mime un jardinier) Ils ont créé des jardins suspendus, des moulins hydrauliques, des tanneries... (s'arrête, malicieux) Et sais-tu leur secret ? Ils ont compris que la vraie richesse n'est pas dans les coffres, mais dans les mains et les cerveaux du peuple !

Citoyen : Mais comment changer les mentalités ?

Ibn Khaldun : Ah, voilà la question d'un futur sage ! (sort un petit miroir de sa poche) Regarde-toi : tu es le changement ! (range le miroir) Les Almohades ont transformé le Maghreb en commençant par les écoles. Chaque mosquée devint un centre de savoir pratique. (ton conspirateur) Et ils ont fait quelque chose de révolutionnaire : ils ont enseigné aux filles !

Citoyen (choqué) : Aux filles ?!

Ibn Khaldun (amusé) : Eh oui ! "Une société qui n'éduque que la moitié de ses membres est comme un oiseau qui ne vole que d'une aile" (Muqaddimah, Livre V). Résultat ? En une génération, leurs cités brillaient plus que Cordoue !

Citoyen : Vos paroles sont comme une lumière dans les ténèbres, ô Ibn Khaldun !

Ibn Khaldun (s'inclinant légèrement) : Ne me flatte pas, jeune homme. Je ne suis qu'un vieux scribe qui a trop vu le cycle des empires... (soudain sérieux) Mais rappelle-toi ceci : "Le vrai pouvoir n'est pas de dominer les autres, mais de les élever" (Muqaddimah, Livre I). C'est ainsi que les petites tribus berbères sont devenues les maîtres de l'Andalousie... avant de tomber dans le piège de l'arrogance et du luxe.

Citoyen : Comment éviter ce piège alors ?

Ibn Khaldun (souriant malicieusement) : En se rappelant que même le plus grand des sultans finit par avoir besoin d'un bon plombier ! La vraie grandeur d'une nation est dans l'équilibre entre tous ses membres, pas dans l'éclat trompeur de ses palais.

Citoyen : Mais alors, ô sage Ibn Khaldun, comment expliquer que certains se croient supérieurs à cause de leur peau plus claire ou de leur langue arabe plus pure ?

Ibn Khaldun (secouant la tête avec un sourire triste) : Ah, mon ami ! Cette illusion est aussi vieille que les pyramides et aussi fragile que les châteaux de sable de vos enfants. Laisse-moi te conter l'histoire du calife Al-Ma'mun...

Citoyen (intrigué) : Qui était-ce ?

Ibn Khaldun : Un grand calife abbasside, fils de Haroun al-Rachid. Il fit venir à sa cour des savants de toutes origines : grecs, persans, indiens, africains... (fait un geste englobant) Sais-tu ce qu'il disait ? "La sagesse est le bien perdu du croyant. Qu'il la prenne là où il la trouve."

Citoyen : Mais nos chefs disent que la pureté de la race...

Ibn Khaldun (l'interrompant d'un éclat de rire) : La pureté ? Par tous les saints  ! J'ai vu des Berbères plus éloquents que des Quraychites, et des Noirs d'Afrique plus savants que des Persans ! (prend un air docte) Écoute bien : "La valeur d'un homme ne réside ni dans sa couleur, ni dans sa langue, mais dans la noblesse de son âme et l'utilité de ses actes pour sa communauté." (Muqaddimah, Livre IV)

Citoyen: Pourtant, on nous dit que certaines tribus sont supérieures...

Ibn Khaldun (mimant un jongleur) : Et les hyènes se croient reines du désert ! Regarde l'histoire : les empires les plus puissants ont toujours été ceux qui ont su unir les talents de tous. Les Omeyyades de Cordoue mélangeaient Arabes, Berbères et Ibères. Résultat ? L'Andalousie est devenue un phare de civilisation !

Citoyen : Mais comment faire comprendre cela à nos dirigeants ?

Ibn Khaldun (posant une main sur l'épaule du livreur d'eau) : Par l'exemple, mon ami. Quand tu livres ton eau, la donnes-tu différemment selon la couleur de la main qui la reçoit ?

Citoyen (surpris) : Bien sûr que non !

Ibn Khaldun : Voilà ! Tu es plus sage que bien des rois. Car vois-tu, "Une nation est comme un corps. Si une partie souffre, c'est tout l'organisme qui s'affaiblit." (Muqaddimah, Livre III)

Citoyen : Alors, l'égalité et le respect mutuel sont la clé ?

Ibn Khaldun (hochant vigoureusement la tête) : Exactement ! Regarde les abeilles : elles ne rejettent pas une ouvrière parce que ses rayures sont différentes. Non, elles travaillent toutes ensemble pour la prospérité de la ruche. (prend un air malicieux) Et crois-moi, le miel de la fraternité est bien plus doux que le fiel de la division !

Citoyen : Ô sage Ibn Khaldun, j'ai remarqué que nos dirigeants sont toujours entourés de gens qui les flattent et semblent profiter de leur position. Est-ce un mal nouveau ?

Ibn Khaldun (riant à gorge déployée) : Nouveau ? Par tous les saints ! Les courtisans sont aussi vieux que le pouvoir lui-même ! Laisse-moi te conter l'histoire du calife Al-Mutawakkil..
.
Citoyen (intrigué) : Que lui est-il arrivé ?

Ibn Khaldun : Ce pauvre homme était si entouré de flatteurs qu'il finit par croire qu'il pouvait marcher sur l'eau ! (mime quelqu'un qui se noie) Résultat ? Il se noya dans sa propre fontaine pendant que ses courtisans applaudissaient sa "performance aquatique" !

Citoyen (riant malgré lui) : C'est absurde !

Ibn Khaldun : Pas plus que vos ministres qui s'extasient devant chaque décision de leur chef, même quand il décide de peindre le désert en vert ! (prend un air docte) Comme je l'ai écrit dans ma Muqaddimah : "Les flatteurs sont comme des parasites qui se nourrissent de la sève du pouvoir jusqu'à ce que l'arbre de l'État se dessèche."

Citoyen : Mais comment un dirigeant peut-il s'en protéger ?

Ibn Khaldun (mimant un roi sur son trône) : En gardant les pieds sur terre et les oreilles ouvertes ! Le calife Omar ibn al-Khattab se déguisait en homme du peuple pour entendre la vérité. (baisse la voix) Et crois-moi, ce qu'il entendait n'était pas toujours agréable, mais c'était utile !

Citoyen : Nos chefs devraient faire de même alors ?

Ibn Khaldun (avec un clin d'œil) : S'ils le faisaient, ils découvriraient peut-être que leur "popularité" fond plus vite qu'un sorbet au soleil de Nouakchott ! (redevient sérieux) Écoute bien : "Un dirigeant entouré uniquement de 'oui' finira par gouverner un pays de 'non'."

Citoyen : Que voulez-vous dire ?

Ibn Khaldun : Quand le peuple n'est plus entendu, il finit par crier ! Regarde l'histoire des Abbassides : à force d'écouter leurs courtisans plutôt que leurs sujets, ils ont perdu leur empire morceau par morceau.

Citoyen : Alors, que faut-il faire ?

Ibn Khaldun (posant sa main sur l'épaule du livreur) : Cultiver la vérité, mon ami. Comme tu cultives l'eau dans ce désert. "Un conseil honnête est amer au goût, mais il guérit les maux de l'État." (Muqaddimah, Livre III) Encourage ceux qui osent dire la vérité, même quand elle déplaît.

Citoyen (hochant la tête) : Vos paroles sont sages, mais dangereuses...

Ibn Khaldun (avec un sourire malicieux) : La vérité est toujours un peu dangereuse, mon ami. Mais moins que le mensonge à long terme ! (prend un air conspirateur) Et rappelle-toi : même le plus puissant des sultans ne peut empêcher le vent du désert de lui mettre du sable dans les yeux. La nature a sa façon de rappeler l'humilité à tous !

Citoyen (riant) : Vous avez raison, ô Ibn Khaldun ! Vos paroles sont comme une oasis de sagesse dans le désert de notre ignorance !

Ibn Khaldun : Et ta soif de connaissance est comme une pluie bienfaisante sur les terres arides de l'esprit. Va maintenant, et rappelle-toi : un bon dirigeant est celui qui écoute plus qu'il ne parle, qui sert plus qu'il ne se sert !

Citoyen (souriant largement) : Vos paroles sont comme de l'eau fraîche pour mon esprit assoiffé, ô Ibn Khaldun !

Ibn Khaldun : Et ton désir d'apprendre est comme une oasis dans le désert de l'ignorance, mon ami. Rappelle-toi toujours : "La véritable noblesse n'est pas dans le nom que l'on porte, mais dans les actions que l'on accomplit."

Citoyen : Ô sage Ibn Khaldun, j'ai une question qui me tourmente. Que pensez-vous de nos dirigeants qui s'entourent de religieux pour asseoir leur pouvoir, alors que ces mêmes religieux s'enrichissent sur le dos des pauvres ?

Ibn Khaldun (soupirant profondément) : Ah, mon ami ! Ce mal est aussi vieux que la première pierre des pyramides ! Laisse-moi te conter l'histoire du sultan mamelouk Barquq...

Citoyen (curieux) : Que lui est-il arrivé ?

Ibn Khaldun : Ce rusé compère s'était entouré d'oulémas qui justifiaient chacune de ses décisions par un hadith sorti de leur turban ! (mime quelqu'un qui sort un lapin d'un chapeau) Un jour, il décida d'augmenter les impôts sur le pain. Devine ce que firent ses "savants" ?

Citoyen : Ils s'y sont opposés ?

Ibn Khaldun (éclatant de rire) : Si seulement ! Non, ils ont déclaré que payer plus pour le pain était une forme de djihad ! (prend un air grave) Comme je l'ai écrit dans ma Muqaddimah : "Quand la religion devient un outil du pouvoir, elle cesse d'être un guide pour les âmes et devient une chaîne pour les esprits."

Citoyen : Mais n'est-ce pas un blasphème d'utiliser ainsi la religion ?

Ibn Khaldun : Mon cher ami, le vrai blasphème est de faire souffrir les pauvres au nom de Dieu ! (pointe du doigt) Regarde les vrais savants de l'Islam : l'imam Abu Hanifa refusait les cadeaux des califes, Al-Ghazali a abandonné sa chaire pour vivre parmi les démunis...

Citoyen : Alors, que doivent faire les vrais croyants face à cela ?

Ibn Khaldun (prenant un air de conspirateur) : Se rappeler que la vraie piété ne se mesure pas à la longueur de la barbe, mais à la profondeur de la compassion ! (cite) "Le meilleur des hommes est celui qui est le plus utile aux autres" - voilà un hadith que ces "savants" semblent avoir oublié !

Citoyen : Mais comment distinguer les vrais des faux religieux ?

Ibn Khaldun : Observe leurs actes, pas leurs paroles ! Un vrai homme de Dieu vit simplement et partage ce qu'il a. (mime quelqu'un qui compte de l'argent) Si tu vois un "saint homme" avec plus de dirhams que de versets dans sa tête, méfie-toi !

Citoyen
(riant malgré lui) : Vos paroles sont dures, mais justes !

Ibn Khaldun : La vérité est comme l'eau de ton tonneau, mon ami : pure et essentielle, mais parfois difficile à avaler pour ceux qui se sont habitués au vin sucré du mensonge. (prend un air sage) Rappelle-toi : "La vraie richesse d'un savant est dans ce qu'il donne, pas dans ce qu'il garde pour lui."

Citoyen : Que faire alors pour changer les choses ?

Ibn Khaldun (posant sa main sur l'épaule du livreur) : Éduque-toi, mon brave ! La connaissance est l'arme la plus puissante contre la manipulation. (clin d'œil) Et n'oublie pas : même le plus grand des imams a besoin d'un bon livreur d'eau pour faire ses ablutions !

Citoyen (souriant largement) : Vos paroles sont comme une lumière dans l'obscurité, ô Ibn Khaldun !

Ibn Khaldun : Et ta soif de justice est comme une prière silencieuse qui monte vers le ciel. Va maintenant, et rappelle-toi : la vraie religion élève l'homme, elle ne l'écrase pas. Qu'Allah guide tes pas et éclaire ton cœur !
Maintenant, va ! Va mon fils !  Et fais de ta Mauritanie un jardin où toutes les fleurs, quelle que soit leur couleur, pourront s'épanouir ensemble !


Le soleil commençait, déjà,  à disparaître derrière les dunes de Nouakchott, Ibn Khaldun se leva de la charrette, époussetant sa djellaba. Le livreur d'eau, les yeux brillants de sagesse nouvellement acquise, observa le grand savant s'éloigner.
"Attends !" s'écria-t-il soudain. "Comment puis-je être sûr que tu n'es pas un djinn ou un mirage du désert ?"
Ibn Khaldun se retourna, un sourire malicieux aux lèvres. "Mon ami," dit-il, "si j'étais un djinn, j'aurais rempli tes tonneaux d'or plutôt que de paroles. Et si j'étais un mirage..." Il fit un clin d'œil espiègle. "Eh bien, tu serais en train de boire de l'eau imaginaire !"

Sur ces mots, le sage disparut dans un tourbillon de sable, laissant derrière lui un charretier perplexe mais enrichi, tenant dans ses mains non pas de l'or, mais quelque chose de bien plus précieux : des idées pour transformer sa Mauritanie bien-aimée.

Le livreur d'eau, riant de bon cœur, reprit les rênes de sa charrette. "Par Allah," murmura-t-il, "je crois que je viens de vivre la livraison la plus extraordinaire de ma vie !"

Et tandis qu'il repartait vers les rues animées de Nouakchott, il se promit de partager cette eau de sagesse avec tous ceux qu'il croiserait sur son chemin, comme une oasis mobile dans le désert de l'ignorance.

Pr ELY Mustapha


mardi 18 mars 2025

Budget 2025 : Erreurs et incohérences. De la qualité du contrôle au contrôle de qualité. Par Pr ELY Mustapha


« La qualité, c'est faire ce qu'il faut quand personne ne regarde »
(Quality means doing it right when no one is looking)
 (Henri Ford)




 

Fin 2007, j’assistais, au nom d’une organisation internationale, la commission des finances publiques du Sénat mauritanien pour l’audition des ministres à l’occasion des discussions parlementaires aux fins de vote du budget 2008 et j’avais noté des erreurs dans les calculs des masses financières, notamment relatives à l’équilibre budgétaire entre les charges et les dépenses.
Le Président du Sénat feu M’barré assisté du Président de la Commission, Soumaré, avaient posé la question au Ministre des finances de l‘époque assisté de son directeur général de budget.  Le Ministre après avoir conféré avec son directeur général, répondit : « …mais les chiffres sont corrects dans la version arabe du document de projet de budget ». Ce qui, malgré la réponse erronée, était bien joué car … la commission n’avait qu’une version française. Il fallait donc passer aux questions suivantes…  et à l’audition des autres ministres.  

Il s’agissait moins d’une question de langue que de contrôle de qualité de la production de l’administration publique mauritanienne. Il reste vrai que ce contrôle-qualité est, encore aujourd’hui, le parent pauvre de toute la chaine de gestion humaine, financière et matérielle, d’une production, par essence, non marchande de l’administration publique mauritanienne et bien entendu celle des finances publiques n’y échappe pas ; ce livre blanc portant, aussi, sur tous les ministères et administrations clefs de l’Etat. 


L'opposition entre "la qualité du contrôle" et "le contrôle de qualité" dans le contexte du budget mauritanien met en lumière deux aspects fondamentaux de la gestion financière publique.


La qualité du contrôle fait, ici, référence à la capacité des institutions à exercer un contrôle efficace sur les processus financiers, en veillant à ce que les règles et procédures soient respectées. Cela inclut la vérification des calculs, l'exactitude des données et la conformité aux normes budgétaires. Dans le cas du budget mauritanien, cette qualité de contrôle est souvent compromise par des erreurs de calcul et des incohérences dans les documents budgétaires, ce qui peut miner la crédibilité des institutions financières.
Quant au contrôle de qualité, il se concentre sur la mise en place de mécanismes systématiques pour détecter et corriger les erreurs avant la publication des documents budgétaires. Cela implique une vérification rigoureuse des données, une formation adéquate du personnel et l'utilisation de logiciels spécialisés pour automatiser les calculs. Le contrôle de qualité est essentiel pour assurer la transparence, la fiabilité et la crédibilité du budget, éléments clés pour renforcer la confiance des citoyens et des investisseurs.
L'intérêt de cette opposition réside dans le fait qu'elle souligne la nécessité d'une approche proactive et rigoureuse dans la gestion budgétaire. En passant de la qualité du contrôle, qui peut être réactive et parfois insuffisante, au contrôle de qualité, qui est proactif et systématique, la Mauritanie peut améliorer significativement la gestion de ses finances publiques. Cela permettrait non seulement de réduire les erreurs et les incohérences, mais aussi de renforcer la transparence et la crédibilité du budget, éléments essentiels pour attirer les investissements et promouvoir le développement économique et social du pays.

Cet article est un court extrait de ce Livre blanc sur les finances publiques mauritaniennes mis à la disposition du public il y a quelques semaines déjà.
 Un livre dense (dont les liens de téléchargement libre figurent en fin de cet article)  qui vise à informer le public mais aussi à donner aux corps constitués (Gouvernement, Parlement, IGE et Cour des comptes) et à la société civile, mais aussi à toute personne préoccupée par la gestion des ressources publiques,  une analyse critique mais constructive qui permettrait de mieux suivre et contrôler les finances publiques de la nation comme cela se doit dans un pays en développement dont les précieuses ressources doivent aller à son peuple dans un Etat démocratique.
 Cet article tout comme le contenu entier du livre blanc, vise moins le sensationnel que d’interpeler qui de droit sur la gestion des finances publiques de notre pays, pour le meilleur de son devenir humain, économique et social.


 

La nomenclature budgétaire constitue le cadre de référence fondamental pour la classification et la présentation des informations financières de l'État mauritanien. Elle joue un rôle essentiel en permettant d'organiser de manière systématique et cohérente l'ensemble des dépenses et des recettes selon différents critères, ce qui facilite grandement l'analyse, le contrôle et le pilotage du budget public.


Le budget 2025 de la Mauritanie adopte une approche multidimensionnelle sophistiquée dans sa structure, combinant trois types de classifications complémentaires. La classification administrative, première dimension de cette structure, organise les crédits budgétaires en fonction des ministères et institutions qui en ont la responsabilité. Cette approche permet d'établir clairement les lignes de responsabilité dans la gestion des fonds publics et d'assurer un suivi précis de l'exécution budgétaire par chaque entité administrative.


La deuxième dimension, la classification économique, établit une distinction fondamentale entre les dépenses de fonctionnement et les dépenses d'investissement. Les dépenses de fonctionnement englobent les salaires, l'acquisition de biens et services, ainsi que les transferts courants, tandis que les dépenses d'investissement couvrent l'acquisition d'actifs, les travaux d'infrastructure et les transferts en capital. Cette distinction permet une analyse approfondie de la nature des dépenses et de leur impact sur l'économie nationale.


La classification fonctionnelle apporte une troisième dimension en regroupant les dépenses selon les grandes fonctions de l'État, telles que l'éducation, la santé, la défense et la sécurité. Cette approche sectorielle s'avère particulièrement précieuse pour évaluer les priorités gouvernementales et analyser la répartition des ressources entre les différents domaines d'intervention publique.


La conformité aux standards internationaux est un enjeu majeur pour renforcer la crédibilité et la comparabilité du budget mauritanien. Les normes COFOG (Classification des Fonctions des Administrations Publiques) et GFS (Government Finance Statistics) sont les références internationales en matière de classification budgétaire. Le budget 2025 de la Mauritanie s'efforce de se conformer à ces standards, mais des efforts supplémentaires sont nécessaires pour harmoniser pleinement les classifications et améliorer la qualité des données.



 Présentation des chiffres

1.1.1    Erreurs et Incohérences
L'analyse de la loi de finances pour 2025 révèle plusieurs types d'erreurs :
•    Erreurs de Report et d'Addition : Dans certains tableaux, les sous-totaux ne correspondent pas à la somme des éléments individuels. Par exemple, dans la section des "Dépenses par titre budgétaire", des erreurs d'additions sont présentes dans le calcul du « Total du titre » pour les ministères suivants : IGE - inspection générale d'état, Cour des comptes. En effet, pour le l'IGE, le total indiqué est de 81 635 992 alors que la somme des sous totaux est de 78 593 842 + 3 042 150= 81 635 992.

•    Erreurs de Calcul de Pourcentage : Des erreurs sont présentes dans le calcul des variations en pourcentage. En prenant comme exemple les articles 5 et 6 relatifs au récapitulatif des ressources et des charges. Dans l'Article 5 : récapitulatif des ressources, sur la ligne "Recettes non fiscales", la variation en valeur absolue est correcte (128 749 979 MRU), mais la variation en pourcentage est incorrecte, même si au final le chiffre donné est correct. Une autre erreur, dans l'Article 6 sur la ligne "Total des charges du Budget de l'Etat" : La variation en pourcentage est incorrecte. Le calcul correct est : (116 872 310 000 - 107 715 543 255) / 107 715 543 255 = 0,085008778, arrondie à 8,50%. (Arrondissable à 8.50%) Le chiffre donné est 7,83%.
En effet pour avoir une véritable appréciation de pourcentage calculé sur l’écart entre deux valeurs. Il convient d’abord de déterminer la différence absolue entre ces deux valeurs (Calcul de la différence absolue) et ensuite de déterminer le coefficient de proportionnalité.
Calcul de la différence absolue

La variation brute s'obtient par soustraction directe :
116 872 310 000 − 107 715 543 255 = 9 156 766 745 MRU

Ce résultat intermédiaire quantifie certes l'accroissement économique absolu, mais ne permet pas encore de juger de l'importance relative de cette progression par rapport à la situation initiale. D’où la détermination du coefficient de proportionnalité permettant d’obtenir une proportion directement interprétable.

     Détermination du coefficient de proportionnalité

La normalisation relative s'effectue par division de la différence absolue par la valeur de référence :
107 715 543 255 / 9 156 766 745 = 0,085008778

Ce ratio de 0,085 indique que la variation représente environ 8,5 centièmes de la valeur initiale, soit une proportion directement interprétable à l’échelle des deux valeurs, celle initiale et celle de référence.

•    Impact des écarts non justifiés sur la lecture du budget : Des écarts sont observés entre les chiffres présentés dans les tableaux récapitulatifs et les données détaillées. Par exemple, dans l'article 7 sur l'équilibre budgétaire, des écarts mineurs sont visibles sur presque toutes les lignes comme "Recettes de la pêche" : L'écart est de -6 108 059 MRU.
"Recettes minières" : L'écart est de -290 161 636 MRU.

En effet, un écart minimal par ligne génère des effets cumulatifs critiques :


Effet ciseau : 1% d'écart moyen sur 100 lignes budgétaires = 100% d'erreur potentielle sur une ligne.

Fausse symétrie comptable : les écarts négatifs (-6M MRU en pêche) pourraient masquer des surplus compensatoires non documentés

Risque de manipulation latente : Les écarts "mineurs" utilisés pour des réallocations opaques
Ces incohérences, bien qu'apparemment marginales, compromettent la triple fonction budgétaire notamment : un signal économique faussé pour les investisseurs miniers et halieutiques, un outil de pilotage défectueux pour le ministère des Finances et finalement un Instrument démocratique affaibli pour le Parlement et la société civile

Les écarts supérieurs à 0,5% du total sectoriel nécessitant une justification formelle, comme mentionné dans les pratiques internationales, trouvent un écho dans les mécanismes de gouvernance budgétaire préconisés par la Banque Mondiale pour les secteurs miniers.
Dans le cas du budget 2025, l'écart de -290 millions MRU sur les recettes minières représenterait 2,3% du total sectoriel (en supposant un budget minier autour de 12,6 milliards MRU), dépassant largement ce seuil.

1.1.2    Impact sur la Lecture et l'Interprétation du Budget

Ces erreurs et incohérences, bien que parfois d'un montant relativement faible, peuvent avoir des conséquences non négligeables :
-    Distorsion de la Réalité Financière : Les erreurs de pourcentage peuvent induire en erreur quant à l'ampleur réelle des variations de recettes et de dépenses. Une croissance des recettes peut apparaître plus forte qu'elle ne l'est, ou une réduction des dépenses minimisée. Les incohérences dans les totaux peuvent rendre difficile la compréhension précise de l'allocation des ressources entre les différents secteurs et programmes, affectant l'évaluation de l'efficacité des dépenses publiques.

-    Difficulté d'Analyse Comparative : Les erreurs de report peuvent compliquer la comparaison des chiffres du budget 2025 avec ceux des années précédentes, rendant plus difficile l'identification de tendances à long terme ou de changements significatifs dans la politique budgétaire.
-    Remise en Question de la Crédibilité du Budget : La présence d'erreurs, même mineures, peut nuire à la crédibilité du budget et susciter des doutes quant à la rigueur de la gestion financière de l'État. Cela peut impacter la confiance des citoyens, des investisseurs et des partenaires internationaux.
-    Difficulté de Prise de Décision Éclairée : Des erreurs et des incohérences peuvent rendre difficile pour les décideurs politiques et les citoyens de prendre des décisions éclairées concernant les politiques publiques et l'allocation des ressources.


1.1.3    Impact sur la ventilation et de la répartition des montants budgétaires
En effet, comme nous l'avons constaté, les erreurs identifiées dans le budget 2025 n'affectent pas directement les montants financiers globaux du budget (le total des recettes et le total des dépenses). Elles se situent plutôt au niveau de la ventilation et de la répartition de ces montants :

1.1.3.1    Écarts dans le détail des recettes et des dépenses
-    Article 7 : L'équilibre budgétaire présente des écarts dans des postes spécifiques. Toutefois, le total des recettes et le total des dépenses restent cohérents. Cela signifie que l'erreur se situe dans la façon dont les montants sont ventilés et non dans le total lui-même.

-    Ressources budgétaires détaillées : Des écarts sont observés dans le détail des différentes catégories de recettes fiscales et non fiscales. Cependant, le total des recettes fiscales et le total des recettes non fiscales (qui contribuent au total des recettes du budget) restent globalement corrects. Cela suggère que les erreurs se trouvent dans la façon dont les recettes sont classées et réparties, et non dans le montant global des recettes.

1.1.3.2    Erreurs d'addition dans les dépenses par titre budgétaire
Dans certains cas, la somme des dépenses par chapitre ne correspond pas au total du titre budgétaire (ministère, institution, etc.). Cela signifie que l'erreur affecte la répartition des ressources entre les différents chapitres au sein d'un même titre budgétaire, mais pas le montant total alloué à ce titre budgétaire.

1.1.3.3    Impact limité sur les grands agrégats
Les grands agrégats budgétaires (total des recettes, total des dépenses, déficit budgétaire) ne sont pas directement affectés par les erreurs identifiées. Cela signifie que la vision macroéconomique du budget reste globalement correcte. Cependant, la répartition des ressources entre les différents secteurs et programmes peut être faussée, ce qui peut affecter l'efficacité de l'allocation des ressources et la réalisation des objectifs de développement.

Les erreurs identifiées dans le budget 2025 de la Mauritanie affectent principalement la micro-gestion du budget (la façon dont les ressources sont réparties entre les différents postes de dépenses et catégories de recettes) plutôt que la macro-gestion (les grands équilibres budgétaires). Elles peuvent avoir des conséquences sur la transparence, la crédibilité et l'efficacité du budget, mais n'affectent pas directement les montants financiers globaux du budget.

1.1.4    Impact sur le contribuable
Même si les erreurs identifiées dans le budget 2025 de la Mauritanie n'affectent pas directement les montants globaux des recettes et des dépenses, il est crucial de souligner que les montants concernés restent importants pour le contribuable et peuvent avoir un impact significatif sur sa vie quotidienne. Voici comment :

1.1.4.1    Impact direct sur les impôts et taxes payés par le contribuable
-    Taxe Spéciale sur les Services Télécom (TSST) : Une erreur de -155 000 000 MRU sur cette taxe signifie que les recettes attendues de cette taxe sont surestimées. Si les recettes réelles sont inférieures aux prévisions, cela pourrait entraîner une pression accrue sur d'autres sources de revenus (comme l'impôt sur le revenu ou la TVA) pour compenser le manque à gagner, ce qui affecterait directement le pouvoir d'achat du contribuable.

-    Autres Recettes Fiscales : L'écart de -1 550 325 573 MRU dans cette catégorie, principalement dû à une erreur sur le poste "Pénalités", suggère une surestimation des revenus attendus des amendes et pénalités. Cela pourrait inciter le gouvernement à augmenter les taux de pénalités ou à renforcer leur application pour atteindre les objectifs de recettes, ce qui impacterait directement les contribuables en cas d'infraction.

-    Taxe sur les produits pétroliers et Contribution Climat : L'erreur positive de +1 918 940 535 MRU indique des revenus plus importants que prévu. Cependant, si cette taxe est déjà élevée, une augmentation de sa contribution pourrait impacter le prix des carburants et indirectement augmenter les coûts de transport et les prix des biens de consommation pour le contribuable.


1.1.4.2    Impact indirect sur les services publics et les infrastructures
-    Recettes de la pêche et Recettes minières : Les erreurs de -6 108 059 MRU et de -290 161 636 MRU respectivement dans ces secteurs signifient que les revenus attendus de ces ressources naturelles sont surestimés. Cela pourrait entraîner une réduction des fonds disponibles pour financer les services publics essentiels (santé, éducation, infrastructures) qui bénéficient directement aux citoyens.
-    Dépenses courantes, Salaires et traitements, Biens et services, Transferts courants : Ces erreurs peuvent mener à un manque de moyens pour les dépenses essentielles de l'Etat.

1.1.4.3    3. Impact sur la transparence et la confiance envers les institutions
Même si les montants financiers des erreurs sont relativement faibles par rapport au budget total, leur présence soulève des questions sur la rigueur de la gestion financière et de la préparation du budget. Cela peut éroder la confiance du contribuable envers les institutions et les inciter à être moins disposés à payer leurs impôts.
Il est essentiel de ne pas minimiser leur impact potentiel sur le contribuable. Les montants concernés, qu'il s'agisse des impôts et taxes qu'il paie directement ou des ressources qui financent les services publics dont il bénéficie, sont importants et méritent une attention particulière. Une plus grande rigueur dans la préparation du budget et une communication transparente sur les erreurs et leurs corrections sont essentielles pour maintenir la confiance des citoyens et garantir une gestion efficace des finances publiques.

 Recommandations pour améliorer la transparence et la fiabilité du budget


Pour remédier à ces problèmes et renforcer la crédibilité du processus budgétaire, il est essentiel de mettre en œuvre les mesures suivantes :
-    Contrôles de qualité rigoureux : Mettre en place des procédures de contrôle de qualité systématiques pour détecter et corriger les erreurs de calcul et de report. Cela inclut la vérification des chiffres par plusieurs personnes et l'utilisation de logiciels spécialisés pour automatiser les calculs.
-    Formation du Personnel : Assurer une formation adéquate du personnel impliqué dans la préparation du budget, en mettant l'accent sur les compétences en matière de calcul, de consolidation des données et d'analyse financière.
-    Transparence accrue : Améliorer la transparence du budget en fournissant des informations claires et détaillées sur les sources de données, les méthodes de calcul et les hypothèses utilisées. Rendre le budget accessible à tous les citoyens en utilisant un langage clair et en le diffusant largement.
-    Audit Externe : Soumettre le budget à un audit externe indépendant pour identifier les erreurs et les incohérences, et formuler des recommandations pour améliorer la qualité et la fiabilité des données budgétaires.
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Bien que le budget 2025 de la Mauritanie présente des objectifs louables, et que les erreurs et incohérences identifiées dans le budget 2025 ne remettent pas en cause les grands équilibres budgétaires, elles nécessitent une attention particulière. En mettant en œuvre les recommandations ci-dessus, la transparence, la fiabilité et la crédibilité du budget, pourraient être améliorées et conséquemment le renforcement de la confiance des citoyens et des partenaires internationaux dans la gestion des finances publiques.

 Erreurs d'orthographe et de transcription

La loi de finances 2025, en sa partie comptable – le Budget - présente plusieurs erreurs d'orthographe et de transcription qui soulèvent des questions sur la rigueur administrative, particulièrement préoccupantes pour un pays en développement :
1.1.5    Erreurs de terminologie institutionnelle

•    Ministère de la Défense et des Affaires des Retraits et Desenfants de Martyrs [Titre 10] :
o    "Retraits" au lieu de "Retraités" (absence d'accent grave)
o    "Desenfants" en un seul mot au lieu de "des enfants"
Ces erreurs altèrent la compréhension des missions de cette institution clé.
1.1.6    Incohérences numériques

•    Écriture des montants : "53,6 millions MRU" vs "116,87milliards MRU"
Absence d'espace après la virgule dans le second cas, contrairement aux normes internationales (ISO 80000-1).
1.1.7    Fautes de syntaxe dans les en-têtes

•    "DEPENSES PAR TITRE BUDGETAIRES………………………………………" :
Points de suspension excessifs et non standardisés dans la table des matières, signe d'un manque de contrôle qualité.

1.1.8    Terminologie économique erronée

•    "développement durble" au lieu de "développement durable" [Partie III],
Une faute qui discrédite le sérieux des engagements environnementaux.

1.1.9    Incohérences typographiques dans les codes

•    "Position 25.23.10.00.00" vs "Positions 25.23.21.00.00, 25.23.29.00.00,25.23.29.00.00" [Art. 3.2.1] :
Espace manquant après les virgules dans la liste des codes douaniers.

     Implications pour un pays en développement


Ces erreurs reflètent une faiblesse des systèmes de vérification administrative, problématique dans un contexte où :
•    La crédibilité des institutions publiques est cruciale pour attirer les investissements étrangers
•    La transparence budgétaire conditionne l'accès aux financements internationaux
•    Les pays corrigeant systématiquement ces erreurs gagnent efficacité administrative.

Recommandations :

1.    Créer un comité interministériel de relecture incluant des linguistes, des juristes et des économistes
2.    Adopter un logiciel de vérification orthographique adapté aux spécificités administratives arabophones et francophones
3.    Standardiser les modèles de documents budgétaires avec :
o    Une charte typographique obligatoire
o    Des grilles de contrôle qualité par niveau hiérarchique
4.    Former les rédacteurs aux normes REDD+ pour les documents liés au climat, financé par des partenaires comme le PNUD



En définitive nous pouvons dire que le budget 2025 de notre pays, présente des objectifs ambitieux et une structure multidimensionnelle sophistiquée, conforme aux standards internationaux. Toutefois, malgré ces efforts louables, des erreurs et incohérences significatives persistent dans la présentation détaillée des chiffres budgétaires. Ces erreurs, bien que n'affectant pas directement les grands équilibres macroéconomiques (total des recettes et dépenses), compromettent sérieusement la transparence, la crédibilité et l'efficacité du processus budgétaire.
 Elles perturbent la micro-gestion budgétaire en faussant la répartition précise des ressources entre secteurs et programmes, ce qui peut induire en erreur les décideurs politiques, les citoyens et les investisseurs.

Ces dysfonctionnements révèlent une faiblesse structurelle du contrôle qualité au sein de l'administration publique mauritanienne, affectant non seulement les calculs financiers mais aussi la rigueur terminologique et typographique. Cela nuit à la confiance des citoyens envers leurs institutions publiques et peut avoir un impact direct ou indirect sur leur quotidien (pression fiscale accrue, réduction potentielle des services publics essentiels).

Pour remédier durablement à ces lacunes, il est impératif d'instaurer un contrôle qualité rigoureux, d'assurer une formation adéquate du personnel administratif, d'améliorer la transparence budgétaire par une communication claire et accessible, ainsi que de soumettre systématiquement le budget à un audit externe indépendant. L'adoption de ces recommandations permettrait à la Mauritanie de renforcer sa crédibilité auprès des citoyens et partenaires internationaux, d'améliorer l'efficacité de sa gestion publique et d'assurer une meilleure allocation des ressources au bénéfice du développement humain, économique et social du pays.

L’industriel de génie et l’inventeur de la Ford T disait : « la qualité, c'est faire ce qu'il faut quand personne ne regarde. ».

Cette pensée, expliquerait-elle l’absence de qualité dans notre pays où… tout le monde se regarde ?

Ou au contraire devrait-elle la renforcer quand dans un pays tout le monde vous regarde et vous devenez ainsi, à moins de n’en avoir la qualité, comptable de vos actes.


Lien permanent de téléchargement libre du livre blanc :


https://drive.google.com/file/d/1VLE2WaLosjG7DcF1CqKgKcHrSMRJV35l/view?usp=sharing


Pr ELY Mustapha

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Poésie de la douleur.