Poésie de la douleur, poésie de circonstance.

mardi 19 août 2008

Analyse psychique d’un général (deux fois) putschiste, chef d’Etat.


Alter.... ego

Tout ce qui façonne l’homme, sa force, sa dignité et sa gloire se retrouve dans la dialectique d’un « ego » (la représentation et la conscience que l'on a de soi-même) et d’un « alter ego » (Personne à qui l'on donne toute sa confiance).

Les comportements de chaque individu sont à l’image de ce qu’il veut être et de ce que les autres veulent qu’il soit. Lorsque ces personnes emportent toute la confiance alors l’ego tend vers l’alter ego. Lorsque cette confiance brusquement se rompt, alors l’ego se détache de son alter ego. La crise nait alors de cette rupture. Chez certains elle et passive (repliement sur soi) chez d’autres , elle est réactive (actes violents, physiques ou verbaux).

Depuis les dernières élections de 2007, qui ont conduit à l’élection d’un président de la République, toute la dynamique qui a secoué l’espace politique mauritanien s’explique par la dialectique entre l’ego d’un général et son alter ego, ce président, qu’il a soutenu et auquel il a fait confiance. Et dans cette relation, l’alter ego n’avait pas le choix des armes.


I- Le général bafoué : L’éviction de l’alter ego.

Lorsqu’un militaire fait deux coups d’Etat successifs et qu’il monte en grade , l’on ne peut que se réduire à l’évidence : les coups d’Etat sont devenus pour lui un acte normal. Une forme de bonne gouvernance. Mieux, encore un acte hautement gratifiant.
Devenu général après le premier coup d’Etat, il devint chef d’Etat après le second. Il a pris le pli d’un acte qu’il ne juge même pas répréhensible, car le coup d’Etat est devenu dans la pratique politique mauritanienne, un usage au sens où l’entendraient les juristes: une pratique répétée qui entraine la conviction de son caractère obligatoire.

En effet on décompte plus d’une dizaine de coups d’Etat depuis 1978, et tous ceux qui les ont commis sont devenus des chefs d’Etat, des présidents de la République ou au moins député à l’Assemblée nationale. Le seul putschiste qui, avec ses compagnons, fut fusillé, est le colonel Kader, il eût moins de chance que les autres ou plutôt il vînt au mauvais moment, car d’autres ayant raté leurs coups sont aujourd’hui des élus du peuple.

Le général Ould Abdel Aziz, agit donc bien dans la droite ligne de ceux qui l’ont précédé et qui ont fait des coups d’Etat , les voies normales d’accès au pouvoir. Cette légalité dans laquelle il fut pris après l’élection du Président de la République en 2007, se devait de pérpétuer son influence et non pas la contrarier. Il avait psychologiquement besoin de continuer à perpétuer une mainmise de l’armée dans le politique qui ne doit pas s’interrompre.
-
Les espaces de liberté que le président renversé avait pris sonnaient pour lui comme le glas de sa secondarité. Secondarité qu’il ne pouvait pas admettre de celui qu’il a aidé à accéder au pouvoir et qui lui devait tout. Le personnage, le président, son « alter ego » qui devait refléter en tout et pour tout son propre vouloir, lui échappait. Alors le général bafoué, trahi dans ses espoirs de continuer à asseoir son influence à travers le vieil homme décida alors de le déstabiliser. Le « coup d’Etat » armé fut l’ultime recours après que le « coup d’Etat » légal ait échoué.
-
En effet, le coup d’Etat légal fut celui qui allait à travers, tous les mécanismes partisans (fronde parlementaire) et les menaces institutionnelles ( enquêtes sur la fondation, haute cour de justice pour le président ) déstabiliser le président. Mais les efforts s’épuisèrent sans succès. Et ce qui fut certainement le drame psychologique du général, c’est que face à tous ces mécanismes, le Président de la République restait imperturbable. Le Président clamant que la fondation est « sans reproche », les frondeurs c’est des « trouble-fêtes ».
-
Et cause donc perdue car le président n’allait pas dissoudre l’Assemblée nationale qui permettrait de renvoyer devant le peuple une majorité qui lui était favorable et recevoir en retour une autre majorité qui le renierait vue son impopularité que les militaires ne manqueraient pas d’amplifier en cas d’élections, le Président n’allait pas accepter non plus une enquête sur la Fondation et il n y aura donc aucun scandale qui l’éclabousserait, le Président confortait son premier ministre qui battait le ralliement de la majorité qui le soutenait…
-
Le général voyant le « coup d’Etat » légal piétiner, aurait pu patienter encore et d’avoir le Président par l’usure, les députés et les sénateurs de la fronde venaient , en effet, de déterrer l’argument de la Haute Cour de justice pour « juger » le Président. Mais peu habitué à l’argumentaire et bien porté sur une force à la quelle il s’est habitué, le général trouva alors dans le dernier décret du Président de la République, l’occasion inespérée de le renverser. En bon militaire et se considérant toujours l’égal du Président, il considéra que le décret le limogeant était une violence à son égard à laquelle il ne devait répondre que par la violence. Le naturel revenant comme on le sait au galop.

Psychologiquement, le Général est bien en conformité avec sa conscience. Il ne fait que perpétuer une pratique normale dans la passation des pouvoirs en Mauritanie: les coups d’Etat. Il ne fait, en bon militaire, que rendre coup pour coup ce que le Président lui a fait. En somme, il se devait de gagner au duel. Un duel commencé en Avril 2007.

Fort intéressante expérience de politique mauritanienne qui démontre comment se résout la dialectique de la force (militaire) et celle de la Démocratie (civile), lorsque la force qui a établi la démocratie se fait prendre au piège de la légalité.

II- Le général acclamé : le retour de l’ego

Il est fortement probable que le général ayant eu raison de son « alter ego », avait dans les premiers jours de son geste, l’intention de céder le pouvoir , de s’en éloigner ou tout au moins de revenir à une neutralité militaire. Hélas! C’était sans compter sur le pouvoir maléfique du microcosme politique courtisan mauritanien et sur l’hystérie populaire qui réduit souvent les dirigeants de bonne volonté en dieux de l’Olympe.

La caractéristique de la sphère politique mauritanienne est d’être absolument dénaturée par deux phénomènes qui ont un impact éminemment important sur le détenteur du pouvoir .
-
D’abord les cercles courtisans et laudateurs qui très vite réalisent une approche "déïficatrice" et sacralisante du détenteur du pouvoir et lui font croire de façon sournoise mais habile qu’il est le « nombril du monde ». Ces cercles qui ont acquis leurs lettres de « noblesse » sous les régimes précédents, ont développé leurs armes et les ont fourbies pour tirer le meilleur parti de celui qui prendrait légalement ou de force le pouvoir. De ce point de vue , ils ne font pas de distinction, ce qui compte pour eux ce n’est ni les intérêts de la nation ni ceux de l’Etat, c’est de se servir du pouvoir au mieux de leurs intérêts.
-
Ces cercles comprennent tous les éventails possibles : les intellectuels qui défendent , tout au long des colonnes de journaux ou d’ondes radio et télé, l’indéfendable et qui pertinemment, savent que leur mauvaise foi, à défaut de les tuer pourrait servir leur désir d’ascension auprès de celui qui les écoute; les chefs de tribus qui habitués au négoce de leur soutien au plus fort, à l’encontre des intérêts de leurs membres, se joignent aux laudateurs ; les groupuscules économiques en difficulté qui veulent profiter de la situation pour améliorer leur situation en attirant les faveurs ; les groupuscules sociaux, déçus ou rabroués durant l’ancien régime qui voudraient leur part du pouvoir etc.

En définitive, toute une mécanique laudatrice et courtisane qui rapidement prend d’assaut le pouvoir et qui finit par acquérir son oreille à son chant mielleux et trompeur. Le général doit certainement être en train d’entendre les fameux « Eddarjeu liman ? » et autres « monsieur le Président si vous ne vous présentez pas aux élections on vous attaquera devant la Cour internationale de justice pour non assistance à peuple en danger… » Etc. etc.

Une formidable machine de dénaturation de l’ego du détenteur du pouvoir, lui renvoyant une image qui très vite lui fait croire que la terre ne tournerait pas sans lui. N’a-t-on pas écrit que « les hommes politiques mesurent leur pouvoir au nombre des faveurs qu'on vient leur demander. »? (Maurice Druon, le pouvoir)

L’élément déterminant sur la psychologie du nouveau détenteur du pouvoir reste sans aucun doute l’acclamation populaire. En Mauritanie, comme pour tous les coups d’Etat , l’acclamation populaire du nouveau venu est une tradition. Un peuple qui applaudit à tout vent, pourvu que celui qui arrive lui promette de changer sa misérable situation.

Mais les effets d’une telle acclamation populaire sont dévastateurs sur l’ego de celui que l’on applaudit. Il finit par croire que c’est lui que le peuple soutien, alors que le peuple ne soutien qu’un espoir indépendamment du personnage. Si celui qui reçoit de telles acclamations sait que le peuple est descendu dans la rue pour soutenir tous les putschistes depuis 1978, il sortirait très vite de son leurre.

Il n’est pas erroné de dire qu’entre le moment ou il a fait son coup d’Etat et celui où ils est allé recevoir les acclamations de la foule, une translation psychologique c’est probablement réalisée chez le général Ould Abdel Aziz. Son « ego » lui dicterait alors qu’il a et qu’il est le pouvoir. « Le peuple est avec lui, il a besoin de lui » . Pourquoi ne resterait-il pas plus longtemps, sinon faire que le pouvoir, directement ou indirectement, ne lui échappe pas? Renvoyer les elèctions aux calendes grecques et perdurer davantage...
Le retour d’un ego amplifié par le pouvoir.

Ainsi, l’alter ego en berne et l’ego au vent, le général deux fois putschiste est pris entre sa conscience de militaire venu rétablir une situation qu’il a jugée déviationniste et un piège qui est en train de se refermer sur lui : la mauvaise conscience des autres.

Et il n’est nul besoin de dire que c’est moins la conscience de ce militaire qui entrainera le pays dans l'impasse que la mauvaise conscience de ceux qui le soutiennent.
-
Un général sans alter ego, face à son ego.... désarmé.

Pr ELY Mustapha

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Hier au stade olymique c'est certainement l'alter ego du général qui était devant nous.
L'ego du général était au basep.

filsdubled

Anonyme a dit…

Bien dit.

Anonyme a dit…

C'est enrichissant Prof et merci. Du moment que le Conseil de Securite a condamne le coup, le General Aziz gagnerait beaucoup a lire votre note sur le conseil de securite et le parallele entre Haiti et la RIM. Aziz doit remettre les pendules a l'heure (liberer Sidioca et le remettre sur son trone) et commencer des maintenant a negocier avec un pays pour son exil. On continuera cahin-caha avec Sidioca jusqu'en 2012 avec la possibilites pour les elus faches d'utiliser cette periode pour faire certains audits qui n'epargneront pas la fondation KB, bien entendu.

C'est la seule voie pour degouter les militaires du pouvoir pour ne plus tenter l'aventure. L'Union Africaine(UA) et le Conseil de Securite (CS) ne lacheront pas. D' autant plus que Mbeki et Yard'Ua insistent sur le retour a la legalite.

Vous avez note la declaration embarrassante du PM "qui compte sur ses freres arabes" pour sortir la junte de cette situation.ll ne faut pas compter la dessus avec les rivalites Maroc-Algerie et Algerie-Libye.Ni sur la Tunisie. Faire tomber un gouvernement par un coup d'etat is bad business ces temps-ci.

Anonyme a dit…

Je suis heureux de lire depuis le début tout ce que vous écrivez sur ce coup d'etat.Aussi,je trouve que vous maîtrisez parfaitement le sujet.Enfin,je souscris entièrement à votre analyse et cleà me permet d'esperer encore pour ce pays qui nous est si cher.

Anonyme a dit…

Très bien, cher prof! Il y a lieu de préciser que tous les laudateurs, "souteneurs" et applaudisseurs de tous genres réexamineront leurs ferveurs une fois que le gouvernement sera formé et les postes juteux, mais très limités, pourvus.
Après quoi tous les candidats au partage du maigre gateau qui n'auront pas leur portions se retourneront contre le général et sa junte et feront pleuvoir à volonté leurs critiques ascerbes pour fustiger "le mouvement rectificatif du 06 août".
Et à partir de là, les pressions et privations internationales aidant, le jeu sera ouvert aux futurs candidats, cette fois-ci, à un nouveau coup d'état "rectificatif" pour rétablir le premier président démocratiquement élu et illégalement renversé pour avoir promulgué, conformément à ses prérogatives constitutionnelles, un décrêt destituant les généraux qui utiliser mille et une entraves pour empêcher le chef de l'état déchu de réaliser le programme pour lequel il a été élu.
Et là les potentiels auteurs du coup d'état ne manquent pas: les colonels plus anciens que les généraux frustrés par la promotion de ces derniers, les jeunes officiers utilisés comme de simples exécutants mais ayant le commandement direct sur les hommes qui détiennent les armes, donc la clé du pouvoir.

Anonyme a dit…

"Dis moi qui tu fréquentes et je te dirais qui tu es".
Je ne connais pas le Général Mohamed Ould Abdel Aziz. Mais, essayez avec moi de le connaitre à travers le "personnel politique" suivant qui le soutient:
- Cheikhna Ould Nenni;
- Ely Ould Navêe (L'akbbar Tebgue vi dar)
- Abdallahi Ould Ahmed Damou
- Yeslem Ould Ebnou Abden
- Louleid Ould Weddad
- Mohamed El Moctar Ould Zamel
- Ex-Colonel El Arbi Ould Jeddeine
- Mohcen Ould El Hadj
- Imam Cheikh
- Ahmed Ould Hamza
- Baba Ould Ahmed Youra...
Si ces gens sont fréquentables, cela signifierait que Ould Abdel Aziz l'est. Sinon,...

Sellami a dit…

Merci Prof! Mais j'ai toujours l'impression en vous lisant que vous commencez lentement et que vous terminez vite! je reste sur ma faim avec votre argumentaire que je partage bien.
Pour les commentateurs: le terme "souteneurs" est un mot vulgaire, il n'est pas comme essencerie qui n'existait pas en français!

Anonyme a dit…

Good Morning Dear Pr.

Please, tell me what do you think about the following posting which I've published on Cridem Site on August, 11th:
11.08.08 14:31
Sidi, ses Généraux, « sa majorité» et Ahmed Daddah et ses alliés

Mon posting au Cridem date du 27 mai 2008, intitulé : « Sidi Ould Cheikh Abdallahi à sa majorité : je t’aime, moi non plus » laissait présager, malheureusement, la situation que nous vivons aujourd’hui.

Autrement exprimé, et comme disait l’autre, « j’assiste, vaincu, à la victoire de mes idées ».L’opinion la plus partagée en Mauritanie et qui fait l’unanimité est que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’a pas su gérer au mieux la victoire qui lui a permis d’accéder à la magistrature suprême.

C’est bien sûr l’avis de l’opposition. Mais c’est également celui de sa majorité, toutes tendances confondues : généraux, députés frondeurs mais aussi ses soutiens qui lui sont restés fidèles.



Sidi et ses Généraux

Au nom du principe bien établi selon lequel « nul ne peut se faire prévaloir de sa propre turpitude », Sidi ne pouvait pas, sans risque, utiliser politiquement les généraux pour accéder au pouvoir pour leur dire, une fois élu, que c’est dans les casernes qu’ils doivent se cantonner. Il devait donc avoir de la suite dans les idées et tenir le plus grand compte du rapport de forces qui existait et éviter, à tout prix, de vouloir gouverner sans ceux qui l’ont élus, civils ou militaires.

Sans cela ce qui vient de se passer devait inévitablement se produire.Et cela s’est produit.Sans vouloir revenir sur la longue liste des erreurs de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, nous pouvons les résumer en ceci : le Président n’a pas voulu associer la majorité qui l’a élu à la gestion des affaires publiques.

C’est ce qui explique les blocages, l’immobilisme et l’inefficacité de l’action gouvernementale. Il n’était un secret pour personne que les généraux, en réaction à la volonté de Sidi de les marginaliser, menaient au grand jour et encadraient le mouvement de fronde qui a conduit au bras de fer avec le président et abouti inexorablement au dénouement regrettable du 6 août.

Face à la crise qui perdurait et élargissait les rangs de la fronde, Sidi n’a trouvé de mieux que de jouer avec le temps et les voyages. Alors que la pratique veut que les chefs d’Etat en déplacement à l’extérieur écourtent leur mission et regagnent leur pays en cas de crise grave, le président Sidi naviguait à contre courant en se déplaçant à l’étranger, en compagnie de son omniprésente épouse, chaque fois que les problèmes atteignaient leur paroxysme.

Un homme politique avisé, et un président de la République est censé l’être, devait, en toute logique, procéder à une simple arithmétique pour savoir que la classe politique est essentiellement composée de ceux qui le soutiennent et ceux qui s’opposent à lui. Il peut, à ses risques et périls, changer d’alliance – ce qu’il a timidement, mais sans succès, essayé lors de la formation du premier gouvernement de Ould El Waghef -, mais c’était une utopie de sa part que de vouloir se mettre tout le monde sur le dos et s’obstiner à continuer à exercer tout bonnement le pouvoir.

En ne réservant comme lot de consolation à ses « alliés détracteurs » que de vagues déclarations selon lesquelles il avait confiance en ses généraux qui l’ont soutenu ou en affirmant que les députés frondeurs n’étaient pas en conflit avec lui, mais plutôt « en contradiction avec le gouvernement ». Autrement dit, il se voilait la face, étant entendu que ses affirmations ne trompaient personne. Ce faisant il se réfugiait naïvement derrière ses prérogatives constitutionnelles croyant qu’il était inamovible pour ce qui lui restait de son mandat.

En cela on est en droit d’affirmer que Sidi est le principal responsable de la léthargie qui a caractérisé l’action des gouvernements successifs qu’il a formés.Comme il est le principal responsable de ce qui lui est arrivé, de ce qui nous est arrivé le 6 août.En cela la majorité, y compris ses généraux avait toutes les raisons d’être mécontente, de reprocher à Sidi son ingratitude politique et la situation dans laquelle il a placé le pays en otage de sa politique catastrophique.

Mais une erreur n’en justifie pas une autre : le coup d’état n’est pas la réponse appropriée. C’est une réaction illégale et disproportionnée. Car le président, malgré ses erreurs multiples et impardonnables et son manque de lucidité politique, n’a fait, en décrétant le limogeage de ses généraux, que prendre une décision conforme à la constitution qui stipule qu’il « nomme aux hautes fonctions civiles et militaires ». L’expérience a montré que, même si légalement il pouvait prendre une telle décision, il ne pouvait la faire aboutir pour des raisons politiques et militaires évidentes. C’est pour cela son décret n’avait pas de chances de s’imposer.

Ahmed Ould Daddah & ses alliés.

En homme politique averti et normalement expérimenté, Ahmed Ould Daddah, malgré tout ce qu’il reproche à Sidi et que lui reproche avec lui toute l’opinion nationale, devait en bon opposant démocrate condamner sans ambages le coup d’état. Même si, par ailleurs, il en comprend les raisons. Au lieu de cela et en l’absence de toute logique, il prend acte – pour ne pas dire cautionne – du coup d’Etat, envoie ses militants soutenir les putschistes, croyant ainsi se positionner pour prendre la relève du président illégalement renversé.

Mais ce qu’il oublie et dont il ne tient pas compte sur un plan tactique, c’est que les tombeurs de Sidi n’ont pas fait leur coup pour offrir le pouvoir sur un plateau d’agent à Ahmed. Et que la seule possibilité pour lui consistait, s’il tient tant à accéder un jour au pouvoir, de s’accrocher à l’application de la légalité constitutionnelle. Ce qu’il a raté incontestablement.

C’est également le cas de Saleh Ould Hanenna et de Sarr qui, hésitants dans un premier temps, se sont ralliés à l’ancien leader de l’opposition, en co-signant avec lui un document – qui n’a pas plus de valeur que le malheureux décret présidentiel destituant les généraux – approuvant le coup de force et demandant au « Haut Conseil d’Etat » de fixer une échéance rapide pour l’organisation d’élections présidentielles « transparentes et honnêtes ». Or si on en croit la dépêche de l’Agence Associated Press de ce jour citée par le site « Taqadoumy », il apparaît, comme on pouvait s’y attendre, que les militaires n’avaient pas pris le pouvoir à Sidi pour le remettre à Ahmed.

La sortie de crise est-elle possible ?

Les opinions nationale et internationale, malgré le fait qu’elles ne fondaient pas beaucoup d’espoirs sur l’avènement de la démocratie « idéale » en Mauritanie, reprouvent néanmoins le coup d’Etat, même si elles le trouvent « justifié » et prévisible.Même si la réprobation nationale risque de s’essouffler et de diminuer avec le temps, les positions fermes des Etats-Unis, de la France, des Nations Unies et de l’ Union Africaine posent problème à la junte qui a pris le pouvoir.Car son règne ne pourra perdurer si elle est mise au ban de la Communauté internationale et cesse de recevoir les aides indispensables dont elle a cruellement besoin.

Si bien qu’au lieu de laisser pourrir la situation actuelle aux conséquences imprévisibles, je pense qu’il y a lieu de ne pas se voiler la face et d’affronter, avec détermination et sérieux les problèmes qui se posent au pays pour leur trouver une solution de compromis qui, à défaut d’arranger tous les protagonistes, consistera à respecter la légalité constitutionnelle tout en apportant des réponses positives aux soucis des détenteurs actuels du pouvoir.

Ma modeste contribution dans ce domaine se résume en ce qui suit.Mais tout d’abord je tiens à préciser qu’il n y a pas de fatalité à ne pas trouver un terrain d’entente qui sauverait la face aux uns et aux autres des protagonistes. Et que l’exemple de ce qui s’est passé au Kenya et ce qui est en train de se passer au Zimbabwe – ces deux pays où, contrairement au notre, Dieu merci, beaucoup de sang a coulé – montre que des ennemis qui s’entredéchiraient hier peuvent se réconcilier, s’entendre et cohabiter dans l’intérêt bien compris de leur pays.

J’ajoute à cela, à l’adresse de ceux qui pensent que d’un coup de baguette magique on peut instaurer une démocratie véritable, que nous ne sommes pas plus intelligents ni plus avancés que nos voisins sénégalais ou maliens qui se sont adonnés, bien avant nous, au jeu démocratique avec les résultats que nous connaissons. Je pense également qu’avec réalisme et compte tenu de notre situation, nous devons cesser de rêver de penser que nous sommes en situation de pouvoir être cités en exemple à l’Afrique, au Monde arabe et Tiers-monde en général.

Car, comme le dit bien l’adage de chez nous, « Rah’ima allahou man a’arafa qadrahou wa jalassa dounehou ». Le plan de sortie de crise que je préconise et à propos duquel j’invite tous les lecteurs du Cridem à réagir, s’articulerait autour des points suivants:

- Restauration du Président renversé avec des pouvoirs qui seraient, le cas échéant, modifiés et limités pour éviter les dérives ayant conduit à la situation actuelle.

- Formation d’un gouvernement d’union nationale où la majorité et l’opposition seraient représentées et qui serait capable de diriger convenablement le pays pour faire face aux défis qui nous assaillent.

- Procéder à l’annulation du décret destituant les généraux et donner des garanties à l’armée, s’il le faut constitutionnellement, pour lui permettre de jouer son rôle sans être inquiétée pour l’acte répréhensible de renversement du président constitutionnel auquel elle ses livrée.

- Favoriser un climat de pardon et de tolérance entre toutes les parties prenantes en ayant à l’esprit l’intérêt de la Nation. pas extrêmement profondes et que de ce fait nous pouvons arriver à un consensus national sans forcément faire intervenir des médiateurs étrangers. Mais si, malgré tout, il devait être fait recours à une médiation extérieure, les initiatives dans ce domaine ne manqueront pas au sein de nos frères arabe et africain.

Abdel Karim,

Chercheur
Paris - France

Enregistrer un commentaire

Qui êtes-vous ?