mercredi 19 janvier 2011

Les ingrédients d’une révolte vue de l’intérieur

 

Tunisie_liberté_pour blog

Quelles leçons pour la Mauritanie?

Dévaluation, frustration et asservissement.

Un jeune diplômé mené par la débrouillardise sur les étals des marchés colportés . Molesté, privé de son étal, il s’est immolé, enflammant la rue tunisienne. Bouazizi, étal ardent pour un dictateur qui détale. 

Le printemps tunisien, la révolte de Jasmin, le 14 Janvier…. une révolution a bien eu lieu. Sous la cendre couvait la braise. Connu comme un peuple calme et peu enclin à la violence, le peuple tunisien s’est bien révolté et a poussé ses dirigeants millésimés à aller sévir ailleurs.

Les médias prirent alors le relais pour appeler à l’exportation de l’exemple tunisien vers d’autres pays à régime dictatorial et notamment les pays arabes.  Quelles sont alors  les ingrédients de cette révolution vue dans une perspective particulière, celle de  l’intérieur du pays(I).  Quelles sont ensuite, après qu’elle ait fait tâche d’huile dans la sous région, les  leçons pour la Mauritanie (II)?

I- La révolution tunisienne vue de l’intérieur : le jour où le Jasmin fleurit en hiver. 

Le jasmin déploie ses fleurs parfumées  au  printemps finissant et embaume les belles nuits de Tunisie durant les chaudes nuits d’été. Et pourtant le jasmin a fleurit, un certain hiver, le temps d’une révolution. La “révolte du Jasmin” , tout comme le Jasmin a pris racine dans son terroir. Les ingrédients de la révolte tunisienne ne s’expliquent que par ce qui est advenu à son terroir: la société tunisienne.

i) La situation en Tunisie avant le 14 Janvier 2011

La situation avant cette date a bien été  étalée par l’ensemble des médias du monde. Un dictateur, une famille régnante corrompue, un régime policier, une confiscation des libertés. Image “classique” fort connue de la Tunisie. Une image que les courants d’opposition tunisiens notamment à l’étranger et plusieurs organisations des droits de l’homme véhiculaient depuis bien des années.  C’est cette image qui aujourd’hui dans les médias et autres supports d’information de par le monde est utilisée pour expliquer “la révolution de Jasmin”. Mais c’est en vérité une image imparfaite de ce qui a réellement conduit au “printemps tunisien”.

En effet, les racines de cette révolte sont à rechercher dans plusieurs facteurs qu’il serait erroné de réduire exclusivement au politique ou à une justification économique. Les raisons sont bien plus profondes que cela et prennent leur source dans des considérations sociales que seule une analyse interne  peut éclairer.

D’abord sur le plan économique, justifier la situation économique comme racine de la révolte serait un véritable paradoxe si l’on considère les performances économiques de la Tunisie durant ces dernières décennies.  Le rapport mondial 2010-2011 du Forum économique mondial  sur la compétitivité globale a classé l'économie tunisienne, en terme de compétitivité globale  au 32ème rang au niveau mondial sur un total de 139 pays (rapport téléchargeable ici) :

“La Tunisie conserve la tête au sein de l'Afrique du Nord, remontant huit places pour occuper à la 32e place (sur 139 pays ). Le pays est efficace. Les institutions gouvernementales restent sa principale force, avec un haut niveau de sécurité (14eme) et un système d’enseignement qui assure une bonne qualité de l'éducation (22ème) et cela malgré que les taux de scolarisation dans les institutions d’enseignement secondaire et universitaire soient assez faibles;  respectivement (53e et 69e place dans le CGI).

Dans le même temps, la Tunisie bénéficie d’un marché intérieur de biens et services relativement efficace. En dépit de la crise, le pays a amélioré sa stabilité macroéconomique depuis la dernière évaluation. L'inflation a été abaissée et le taux d'épargne a augmenté tandis que le déficit budgétaire est resté stable à environ 3 pour cent. Et, bien que la dette publique a augmenté, elle reste gérable. Ce résultat est louable à la lumière de la récente détérioration globale de la stabilité macroéconomique au cours de la récession.” (Rapport mondial 2010-2011 du Forum économique mondial  sur la compétitivité globale, Genève. Suisse. 2010).

Comment alors expliquer une telle révolte dans un pays stable économiquement géré par des  technocrates compétents et qui a défié par sa stabilité économique la crise financière mondiale récente qui a terrassé jusque les grands pays industrialisés (y compris le USA) ?

La réponse est donc à rechercher ailleurs. On ne peut donc pas la retrouver à travers des “image-clichés” fussent-elles économiques  ou politiques d’un pays mais dans ce qu’est devenu un pan entier de la vision de développement d’un pays. Une vision qui a accusé un “déviationnisme” qui commençait déjà à poindre dès les années quatre-vingt.

Ce déviationnisme s’est illustré  par la promotion d’une société de consommation à outrance. Et cela à travers  un système bancaire qui a conduit à l’endettement des ménages (1),  la baisse de  niveau dans l’enseignement universitaire  conduisant à une  chute du niveau de formation des jeunes diplômés (2) se déversant sur un marché du travail exigeant et soumis à un monopole de familles et de lobbies  (3) .

La combinaison de ces facteurs latents a été la véritable poudrière à laquelle les facteurs politiques cités plus haut ont mis le feu.

1) Surendettement des ménages:  surconsommation et  lobbying commercial

Economiquement tout a commencé au début des années quatre-vingt lorsque le système bancaire a développé, sous l’impulsion des pouvoirs publics imbus d’une libéralisation galopante du système bancaire et financier,  une politique de crédits tout azimut. Les ménages se sont précipités sur une floraison de formules de crédit que les banques mettaient à leur disposition à des conditions onéreuses rapportées à leurs capacités de remboursement.  Un fourre-tout dit “crédits à la consommation”,  principaux et   complémentaire ( qui s’étalaient sur des dizaines d’années ) , allant des crédits logement, aux crédits études en passant par le crédit voiture et les incomptables “crédits pour convenance personnelle” qui tenaient souvent aux entrées et autres “recommandations” personnelles.

L’endettement des ménages allait s’accroitre davantage avec l’arrivée sur le marché tunisien de quatre sources de consommation: l’informatique,l’ internet, les télécoms et les grandes surfaces.

Déjà surendettés par des années de crédits logement  qui n’arrivaient pas à couvrir leur investissement immobilier du fait du boum des matériaux de construction dans les années 2000, les tunisiens se sont endettés davantage auprès du système bancaire à coup de rallonges et autres crédits complémentaires dont le principal et les intérêts sont prélevés sur les salaires. Tous les agents du secteur public, l’Etat étant le premier employeur en Tunisie se sont endettés souvent au trois-quarts de leur salaire malgré la législation limitant le prélèvement bancaire sur les salaires au titre du remboursement des crédits.

A cet endettement du fait d’un crédit logement sur le long terme, les tunisiens se sont vus pris au piège de la “voiture pour tous” . Prôné par le politique comme devant donner aux agents économiques les moyens de leurs déplacement, ce concept de “la voiture pour tous” recouvrait en fait une véritable alliance entre les lobbies des concessionnaires automobiles en Tunisie et les banques tunisiennes. Celles-ci octroyaient les crédits voitures aux ménages qui commandaient obligatoirement la voiture chez le concessionnaire et c’est la banque qui versait à ce dernier son prix  en “hypothéquant” le salaire du ménage. L’acquéreur ne pouvait discuter ni le prix de la voiture ni  moins encore négocier sur les intérêts et autres commissions diverses que la banque va mensuellement prélever sur son salaire, obligatoirement domicilié chez elle.

Mais le calvaire des  ménages ne s’arrêtait pas là. En effet les voitures livrées par les concessionnaires étaient de fabrication et de  qualité très reprochables.  Comme le soulignent les tunisiens eux-même les voitures livrées étaient  de “troisième choix”;  de mauvaise qualité aussi bien dans leur mécanique que dans leur structure et finition. D’où un investissement supplémentaires en pièces de rechange, moteurs et autres accessoires dès les premier mois de mise en circulation du véhicule. Les voitures  livrées par les concessionnaires bien que de marque européennes étaient fabriquées dans certains pays (Espagne, ex-pays de l’Est) et spécialement destinées à la consommation des pays africains et autres nations où le consommateur n’avait ni les moyens institutionnels  ni les politiques de se défendre  contre les lobbies nationaux (notamment les concessionnaires automobiles) et leurs fournisseurs occidentaux. Ainsi en Tunisie la défense du consommateur , bien que supposée avoir une Organisation, n’a jamais brillé en ce domaine.

Pris dans la tourmente d’un véhicule acheté au prix fort (malgré la politique d’allègement des “4” chevaux pour les classes moyenne, vite détournée pour profiter aux ménages à revenu élevé) sur emprunt bancaire, usé dès les premiers mois d’utilisation et soumis à un déboursement permanent en pièces de rechanges qui sont elles aussi le monopoles de véritables sociétés de lobbies de pièces de rechanges et autres accessoires automobiles, le tunisien moyen y laissait tous ses revenus.

Durant les années 2000 , arriva la “vague” de l’informatisation et là encore les dépenses des ménages accusèrent un coup important à travers les “prêts” bancaires pour l’achat d’ordinateur et autres consommables informatiques qui à travers des circuits commerciaux monopolisés submergèrent le marché. Le fameux prêt bancaire pour l’ordinateur à “1000” dinars fut encore alourdit par l’introduction d’internet où les abonnements pour des débits souvent ridicules (64Kb) étaient vendus très chers par un ou deux fournisseurs qui détenaient le marché et dictaient leur loi.

Puis vînt ce qui allait mettre véritablement à genoux les ménages: les frais de télécommunications. En effet, l’introduction du téléphone mobile a eu un tel “boum” en Tunisie que chacun s’endettait pour acquérir son mobile (prêt personnel, prêt bancaire), à titre d’exemple le modèle Nokia en 2005 (dit du ”3310”), aujourd’hui considéré comme une antiquité a été vendu, avec abonnement par le premier opérateur mobile à 770 Dinars (soit  l’équivalent de 600 Dollars US) en passant par un prêt bancaire!

Mais l’endettement allait devenir exponentiel avec l’accroissement vertigineux du “parc des portables”en Tunisie. Enfant,  adolescent, adulte,  chacun se pavanait avec un portable sinon deux ou trois préludant des portables à “double puce” qui allaient encore couter cher à tant de bourses.

Mais l’outil en lui-même ne présageait que de la partie apparente de l’iceberg. Ce fut alors le “prépayé” ou les ménages laissèrent une bonne part de leur revenu.  Le “portable” était devenu tellement indispensable qu’il représentait une charge financière  plus importante que ce que le ménage consacrait à d’autres postes de dépense (santé, culture, loisirs etc.). Le poids de la charge due aux télécommunications s’accroissant chaque jour, le ménage s’appauvrissait.

Le coup de grâce vint en fin ,avec l’installation en Tunisie des super grandes surfaces. Les hypermarchés (Carrefour, Champion, Géant…)

Longtemps confinés à l’approvisionnement auprès du boutiquier du coin et des petites surfaces, les tunisiens se sont tout-à-coup rués vers les hypermarchés qui firent tout-à-coup leur apparition. D’aucuns se rappellent de la gigantesque ruée populaire vers l’hypermarché “Le carrefour”, le premier jour d’ouverture qui présageait du comportement boulimique du consommateur.

En effet, passant d’un circuit d’alimentation et d’approvisionnement à la mesure de ces moyens en prix et en qualité proposé par le boutiquier du coin et la petite surface, le consommateur tunisien s’est trouvé dans une course effrénée vers la consommation. Une consommation fortement encouragée par les pouvoirs publics (à travers les prêts bancaires, les découverts bancaires consentis aux ménages), par les moyens de communication et de publicité et par les grandes surfaces qui ventaient et proposaient  mille et une formules de crédit à la consommation. Un tel déploiement d’énergie à travers la promotion de la vente à tempérament, qui avait certes pris son essor au début des années 80 notamment pour l’ameublement des foyers, avait atteint des summums ces cinq dernières du fait que les “propriétaires “ des hypermarchés n’étaient autres que les membres de la famille régnante. Et tout un système de pompage des ressources des ménages a été mis en place. Et ceci  aboutit à un surendettement des ménages. Un surendettement qui allait être l’un des ingrédients majeurs préparant au malaise social à la base de la révolte tunisienne.

Les ménages aux  trois-quarts de leurs revenus  confisqués par les banques ou par les vendeurs à tempérament étaient entrés dans une situation de crise latente . Et cela d’autant plus qu’aucune politique de l’Etat tunisien n’est venue trouver solution à ce surendettement  des ménages à l’instar de ce qui s’est passé en France (ex. La loi Neiertz de 1989 , puis loi Borloo,  en 2003 et récemment la loi n° 2010-737 du 1er juillet 2010 portant réforme du crédit à la consommation)

D’un autre côté, les sociétés de leasing filiales des banques avaient surendetté les entreprises, particulièrement celles des nouveaux et jeunes promoteurs qui ont financé leur activités et leurs équipements sur le leasing. D’où la précarité de leur situation économique. Le système public des marchés et des commandes ayant été verrouillé au profit d’une “poignée d’individus” et de sociétés gravitant dans le giron du pouvoir, les nouveaux promoteurs avaient du mal à acquérir une part de marché.

Face à un régime autoritaire ayant de forts intérêts dans les banques, dans les hypermarchés et autres circuits de production et de distribution, le tunisien endetté se soumettait à tous les dictats bancaires et commerciaux. Et cela conduisait à une situation silencieuse mais explosive. L’impact sur la vie du ménage allait gravement s’en ressentir.

Tout en subissant   les contrecoups de la cherté de la vie, le  ménage tunisien vivait sa “crise” interne. Cette crise se traduisait par un “renoncement” à une vie d’épanouissement pour un course effrénée pour une autosuffisance matérielle sous hypothèque . Ainsi tout était soumis à l’incertain. Le ménage par manque de moyens sacrifiait sur  tout et principalement sur ce qui lui permettait de “souffler”. Les dépenses culturelles et les dépenses de loisir ne faisaient plus partie de son budget.  Ce renoncement se faisait au détriment de son propre équilibre interne et externe. A l’interne, la surchauffe dans la relation familiale se doublait, à l’externe,  de l’incertitude quant à l’avenir. La croissance continue des litiges devant les tribunaux  en était l’expression la plus immédiate.

2)  Une jeunesse révoltée:  dévaluation, chômage et coercition .

Les ménages manquant de moyens, ne pouvaient pas le plus souvent assurer des études longues pour leurs enfants qui eux-mêmes sentaient l’inutilité de la chose face au chômage grandissant.

Le premier qui eût à souffrir de cette situation économique des ménages et des entreprises fut  donc la jeunesse. Pourtant, l’Etat a continué la scolarisation gratuite dans tous les secteurs publics d’enseignement du primaire au supérieur. Il avait développé un système de  “microcrédits” au profit des jeunes promoteurs à travers une banque de solidarité et  encouragé les pôles technologiques.

Toutefois, l’effort consenti par l’Etat, s’est trouvé absorbé par la situation très particulière dans laquelle se trouvait  la jeunesse.  Ni la gratuité de l’enseignement, ni le micro-financement, ni le développement de pôles technologiques ne pouvaient compenser l’absence d’une vision d’avenir pour la jeunesse qui manquait cruellement à l’Etat et qui explique le chômage actuel des jeunes qui fut l’étincelle de ce qui arriva , ce fameux 14 Janvier.

Outre les facteurs précédents , le chômage des jeunes est dû à plusieurs éléments qui ont été latents mais qui sont déterminants.

Dévaluation des diplômes

Le premier de ces éléments est la baisse de niveau de la formation au supérieur. Ainsi l’université a déversé sur le marché du travail  de jeunes “diplômés” dont la formation laissait à désirer. Les entreprises recrutant déjà au compte-goutte, recherchant des compétences et des qualifications solides  ne leurs ouvraient pas leurs portes et pour cause.

Cette “dévaluation” de la formation qui a commencé à la fin des années quatre-vingt-dix est due à deux facteurs. le premier est institutionnel et le second est “ministériel“.

Institutionnellement et face à la croissance rapide du nombre d’étudiants, l’Etat s’est lancé dans une politique de création de facultés, d’écoles supérieures et d’instituts tout azimut sans tenir compte ni de la qualité ni de l’avenir des futurs diplômés. Le système déversait sur le marché des milliers de diplômés toutes disciplines confondues entrainant ainsi une “dévaluation” des diplômes auprès des recruteurs qui s’évertuaient à poser des conditions d’embauche exigeant les diplômes les plus élevés pour des postes qui ne le nécessitaient pas.

Au niveau des institutions elle-mêmes,  le corps enseignant, ne suivant pas l’afflux d’étudiants, fut débordé et la qualité de l’enseignement s’en trouva fortement touchée à tous les cycles universitaires.  Les troisièmes cycles étaient devenus de véritables usines à gaz, et les enseignants ne savaient plus où donner de la tête pour encadrer les milliers de travaux de recherche. D’où des mémoires et des thèses qui sont faits à la va-vite et qui ressemblaient à des collationnements de “copier-coller” de pages web qu’à des travaux scientifiques. Beaucoup d’enseignants démotivés ont baissé les bras et ne font plus qu’entériner la situation.

Taux de réussite de 99 % !

“Ministériellement”,  le pouvoir politique a laissé “pourrir”  cette situation à travers les récents ministres de l’enseignement supérieur qui ont instrumentalisé l’enseignement supérieur dans une vision carriériste et de leur maintien à leur poste. La politique éducative de l’Etat était devenue un moyen de perpétuation de certains ministres au détriment de l’intérêt de la Nation.

Ainsi, l’un de ces ministres qui s’était illustré dans l’écriture de plusieurs  livres vantant les qualités tout azimut du président déchu, s’était évertué, durant sa période de présence à la tête du ministère de l’enseignement supérieur,  à faire croire à l’ex- président, Ben ALI , que le taux de réussite dans l’enseignement supérieur avoisinait les 99% !

Et ce ministre faisant tout pour prouver à travers ce pourcentage les “performances” de son département n’hésitait pas à influencer les recteurs et les directeurs des institutions d’enseignement pour “repêcher” le maximum d’étudiants par les jurys d’examens. Cela se traduisait aussi par un “laxisme” voulu à l’égard de l’octroi des notes par les enseignants qui subissaient l’influence de directeurs d’institutions nommés par ce ministre à cette fin. En effet, la nomination des directeurs des institutions et des doyens obéissait à ce critère d’allégeance à la politique des 99%  de réussite.

L’enseignement  supérieur pâtissait déjà de la baisse de niveau dans le secondaire où l’excès de zèle d’enseignants soumis à la politique de leur département accordaient au bac des notes historiques tels les fameux 20/20 accordés en philosophie dont la presse “officielle” a fait fièrement échos.

Il en résultait alors une situation catastrophique pour la qualité de l’enseignement et la valeur des diplômes. Des promotions entières,  diplômées de cette façon furent déversées sur le marché de travail, avec une formation bien en-deçà des attentes. Le corps enseignant lui-même eût à en pâtir puisque ces diplômés” revenaient dans l’enseignement supérieur en tant qu’enseignants et perpétuaient une médiocrité “académique”et notoirement décriée.  Les jurys de concours des différents grades de l’enseignement supérieur étaient eux-même sujets à cette politique de l’influence, de la complaisance et de la médiocrité. A telle enseigne d’ailleurs que beaucoup de candidats à ces concours (d’assistanat, de maitrise d’assistanat et de maitrise de conférence) ne pouvaient plus se présenter à ces concours du fait de leur personnalisation et de leur manque d’indépendance.

Ainsi depuis plus d’une dizaine d’années environ, l’enseignement supérieur, notamment, a subi les méfaits de cette “politique” qui n’est pas pour rien dans le chômage des diplômés et leur incapacités à trouver du travail auprès d’entreprises sélectives et tournées vers la concurrence.  L’Etat a curieusement compris cela, et a essayé à travers certaines administration notamment la formation professionnelle et l’emploi de palier ce chômage en lançant les fameuses formations “2121” qui consistaient à vouloir donner aux diplômés au chômage une “formation supplémentaire” qui leur permettrait de trouver du travail. Outre qu’elle a handicapé un grand nombre de ces diplômés et a rajouté à leur dénuement matériel, cette politique a abouti à des résultats très en-deçà des attentes . En effet, ces formations qui duraient quelques semaines   ne faisaient qu’ajouter une couche supplémentaire et ne résolvaient pas le problème du chômage. Elles dévoyaient même les diplômés puisque le bénéficiaire se voyait formé dans des domaines qui ne lui apportaient rien dans l’immédiat et qui sont parfois aux antipodes de sa formation de base. Ainsi des licenciés en sciences naturelles sont formés aux technologies de l’information et de la communication ou à la gestion etc. Et cela ne faisait que “stagner” les contingents des chômeurs dans le couloir du chômage et dans lequel de nouveaux  diplômés de plus en plus nombreux s’engouffraient.

Le chômage des diplômés n’est donc pas  simplement une affaire d’absorption par le marché du travail, ni à une absence de microcrédits,  mais une affaire de qualification et de formation scientifique que  l’institution d’enseignement a failli à délivrer durant ces dernières années du fait de la “politique” carriériste menée par les ministres qui se sont succédés ces dernières années à la tête du département de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

Les pouvoirs publics développant une politique de l’ emploi classique tout orientée vers la stimulation de l’entreprise  afin qu’elle embauche (allègement fiscaux pour les entreprises, primes pour l’emploi, contrats CDI etc.) que par la valeur scientifique des formations et de la qualification des diplômés ne  sont pas rendus compte du “fossé” qui s’est creusé entre les exigences de l’emploi et les compétences requises.

La situation fut alors que des ménages entiers  se sont trouvés surendettés avec la charge matérielle et financière d’une jeunesse  scolarisée qui, à la fin de son cursus devaient leur apporter un soutien économique, hélas!  hypothéqué par le chômage.

Cette situation se ressentant déjà pour les ménages “travailleurs” des grandes villes du nord ( ayant des revenus certes hypothéqués mais  stables, un emploi rémunéré et faisant partie de la classe moyenne ) allait miner  les villes et les villages du reste du pays où des familles entières vivant avec des ressources limitées comptent beaucoup sur le soutien de leurs enfants à travers leur scolarisation. Et ces derniers devenus diplômés se trouvaient pris entre la misère de leurs familles et l’inexistence d’un emploi leur permettant de subvenir à leurs besoins. Mais ce  qui aggravait encore la situation c’était encore l’absence d’une perspective d’avenir pour la jeunesse qui non seulement ne voyait pas les choses s’améliorer mais était spectatrice d’un pillage en règle des ressources du pays, par une famille dirigeante qui s’aidait de la coercition policière pour neutraliser toute réaction à son forfait.

On comprend donc que si la révolte a pris naissance dans une ville de l’intérieur du pays ce ne fait pas le fait d’un hasard, c’est à l’intérieur du pays que le système  a fait le plus de dégâts.

 3) Monopole et siphonage: Economie de l’asservissement

Lorsque l’on examine les flux financiers bancaires consacrés à la consommation des ménages l’on remarque que ces flux ont eu deux caractéristiques. Ils ont davantage concerné les villes du nord mais plus grave, ils ont privé le reste du pays des moyens de financement.

Les banques avaient parasité le circuit salarial public. En effet, quasiment tous les fonctionnaires de l’Etat, quels que soient leur grade et leur fonction,  avaient contractés des prêts auprès du système bancaire. Le salaire des agents publics de l’Etat étant stable et à échéance fixe  était une véritable “mine d’or” pour les banques qui s’y rémunéraient à coups d’intérêts et de commissions appauvrissant progressivement les endettés.

En effet, le crédit voiture était un handicap, car la voiture (de “troisième choix”, voir plus haut) allait dès les premiers mois accaparer des dépenses supplémentaires et se dévaluant avec le temps, elle hypothéquait en même temps que la banque les revenus de l’emprunteur.

Le crédit immobilier n’était pas moins un handicap puisque les emprunteurs recevant les prêts pour la construction se sont enlisés dans la construction d’habitats parfois surdimensionnés par rapport à leur besoin de logement sinon pris dans la tourmente de l’évolution exponentielle des matériaux de construction et de la main d’œuvre. C’est alors le cycle vicieux des  requêtes pour “crédits  complémentaires” et la valse des “saisies immobilières” engagées par les banques pour leur remboursement et les litiges qui n’en finissaient pas.  

Quant au crédit études, la déception due au chômage des jeunes  ajoutait au malaise des ménages qui se sont endettés pour un avenir incertain. Cette situation est d’avantage aggravée dans les zones défavorisées et rurales où les familles attendaient beaucoup de la solarisation de leurs enfants en tant que soutien économique.

La frustration

Le système bancaire a beaucoup contribué à “l’asservissement” du Tunisien. Et la politique des crédits aux ménages qui a pris son essor dans les années quatre-vingt a contribué à mettre le “tunisien” dans les chaines de la consommation et du bien hypothéqué.

Le pouvoir politique promouvant le recours au crédit et en encourageant le système bancaire a probablement eut (tout au début) une volonté “d’équipement et de logement” des ménages mais cela a conduit de façon très cynique à l’asservissement du ménage et à son maintien dans les chaines d’une dépendance qui allait dicter jusque le comportement du tunisien par la contrainte et la crainte. Une attitude machiavélique des pouvoirs publics qui ne disait pas son nom mais qui explique pourquoi le tunisien face à toute l’injustice qu’il a subi est resté “muet”.

Voici comment.

Le tunisien moyen, des grandes villes  ( archétype de la société tunisienne active) occupait principalement les postes et les emplois publics et privés dans l’administration publique et les entreprises . Il  constituait donc la “cheville ouvrière” d’une classe moyenne qui allait être mise dans les chaines de l’endettement. Ainsi le chef de famille comptait chaque mois le nombre de traites (ou chèque de garantie) à payer sur ses emprunts que devait faire valoir sa banque sur son salaire. Et il sait que la législation tunisienne protège de façon extrêmement rigoureuse les intérêts de la banque. Ainsi le non paiement des traites conduisait tout simplement à la confiscation du bien acquis (voiture, maison, équipements) et à sa vente aux enchères. Et les banques faisaient travailler à fond leurs huissiers notaires. Les mises en demeure, les préavis de non paiement étaient tous aux frais de l’emprunteur. Et tout un réseau d’huissier était accrédité auprès de banques pour ce faire. Mais aux traites à payer s’ajoutait la pratique fort répandue du “chèque de garantie” que la loi pourtant interdisait mais que toutes les entreprises de vente à crédit non seulement acceptaient mais exigeaient de l’emprunteur. Ceci fit que l’émetteur de chèques de garantie, était totalement à la merci du prêteur. Etant un moyen de paiement à vue, le chèque sans provision est sévèrement réprimé par la législation tunisienne qui lui consacre d’ailleurs tout un pan des ses dispositions pénales.

C’est ainsi que surendetté, avec à  chaque fin de mois une épée de Damoclès au-dessus  de sa tête, le tunisien était tout accaparé à faire que ses traites et chèques soient payés. Sinon c’est la confiscation assurée par la banque de tout ce qu’il a acquis à tempérament. Sa maison, sa voiture et ses équipements. Et cette situation traumatisante fit que le tunisien tenant coute-que-coute à son salaire se soumettait à toutes les contraintes de son service pour ne pas perdre son emploi ou les avantages qui y sont liés. Certains se faisant tout petits, d’autres se faisant oublier et la majorité face à cette dépendance gardait le silence. Muette pour ne pas perdre son salaire. Mais s’agissait-il simplement du salaire? Il s’agissait de la vie du ménage.

En effet, les tribunaux regorgent d’affaires de familles éclatées du fait de la “faillite” du chef de famille mais aussi de la confiscation des biens acquis à tempérament. Les banques vendaient aux enchères les habitats difficilement construits par des familles ou acquis à grands sacrifices sur leur revenu. Tant la justice que la force publique contribuaient à cet état de fait. L’exécution des jugements notamment en référé sur la confiscation des biens étaient la règle .Les banques avaient les moyens de mettre en œuvre  la coercition.  Le Tunisien craignait alors l’exploit d’huissier-notaire qui signifiait pour lui non seulement une confiscation de biens mais souvent l’éclatement de son ménage.

Alors il subissait toutes brimades. A chaque niveau d’emploi , chacun subissait. L’agent face au chef de service, ce dernier face au Directeur. Le Directeur face au directeur général et ainsi de suite. Chacun  s’agrippant à son emploi, sachant pertinemment que le perdre était synonyme de descente aux enfers.

Aussi l’employé frustré acceptait tous les dépassements et se taisait résigné. Son horizon de revanche sera le jour où il pourra payer toutes les crédits qu’il a contractés et jouira paisiblement du bien acquis. Hélas, la cherté de la vie, l’augmentation perpétuelle des charges familiales, les coupes en règles effectuées par les emprunteurs sur les revenus des ménages absorbaient le maigre espoir de s’en sortir. 

Le peuple économiquement asservit l’était aussi politiquement. Et cela ajoutait encore à la frustration.

La mise sous séquestre de la volonté 

Le régime  avait développé un “maillage” politique extraordinairement subtile de la société tunisienne. A travers un parti unique il se ramifiait jusqu’au moindre bourg. Ces “cellules” avaient pris en otage le moindre voisinage.  Les “coordonnateurs” et autres “militants” étaient présents à tous les niveaux de l’Etat. Du comité d’entreprise au directoire en passant par l’administration centrale, régionale et locale, tout et tous devaient “s’affilier” au parti et intégrer ces cellules.

Nul ne pouvait prétendre à un poste de cadre ou de direction s’il ne possédait pas sa carte d’adhérent au parti. Il devait l’acquérir bon gré ou mal gré sinon pas de voie de salut. S’assimiler politiquement ou s’exiler.

Le parti unique en maillant la société tunisienne a utilisé les moyens financiers de l’Etat pour “ferrer” les classes sociales à revenu faible. Les cellules de coordination du parti mettait des familles entières dans une dépendance à l’égard des moyens matériels et financiers épisodiques qu’elles dispensaient aux chefs de famille (livres scolaires, fournitures…) et réclamaient en contre partie leur adhésion sinon leur silence.

La formule de la révolte

La révolte tunisienne est donc issue des éléments suivants:

Une “dynamite” sociale à la mèche de laquelle des catalyseurs ont mis le feu et dont la flamme a été entretenue par  des médias internationaux jusqu’à l’explosion et une institution qui a joué le pompier: l’armée. Ce fut donc une situation latente et explosive, des catalyseurs, des raviveurs de tension et un stabilisateur.

a) Une situation  potentiellement explosive

- Un dictateur notoire

- Un parti unique oppressif

- Une opposition traquée

- une presse nationale aliénée et muselée

- Une désinformation officielle instituée

- Un appareil sécuritaire étouffant

- un régime politique monopolisé à vie

- une classe courtisane notoire dans le giron du pouvoir pillant l’économie

- des classes sociales surendettées (par le système bancaire et la surconsommation)

- une économie siphonnée par des multinationales (télécom et internet, les hypermarchés)

- une jeunesse au chômage  (diplôme dévalué et sans perspective d’emploi)

b) Les catalyseurs de l’explosion:

- Les chocs violents (immolation et meurtres)

- Internet (Facebook)

c) Les raviveurs de tension:

- El jazeera

- la presse occidentale

d) le stabilisateur

- une armée républicaine

 ii) la situation en Tunisie après le 14 Janvier 2011 : du Jasmin toujours.

Les mouvements de révolte se sont tassés, et la Tunisie reprend le chemin de la tranquillité. Et pourtant la période post-révolutionnaire est aussi riche d’enseignements pour comprendre la révolution que durant la révolution elle-même.

En effet, c’est aujourd’hui que le Tunisien (toutes catégories confondues) est en train d’exprimer haut et fort, ses attentes et ses revendications. Et c’est là où nous comprenons vraiment ce que la société tunisienne attendait du régime déchu et ce qu’il n’a pu lui fournir causant ainsi sa déchéance.

Si l’on devait indiquer quelles sont les revendications actuelles de tout un chacun en Tunisie et ses requêtes du gouvernement de transition actuel , elle se retrouveraient dans les préoccupations suivantes:

- La liberté d’expression

- la démocratie

- la dignité

- le travail

- le respect

- le libre-arbitre.

II) Quelles leçons pour la Mauritanie?

“Dévaluation, frustration et asservissement”. On pourrait reprendre les mêmes termes ,qui ont conduit à la révolution en Tunisie, pour la Mauritanie.  Avec quelques caractéristiques supplémentaires.

a) Une situation  potentiellement explosive

  • Un dictateur notoire:  Ould AbdelAziz est il comparable à Ben Ali? Certes non, ni pour la période qu’il a passée à la tête de l’Etat, ni pour la fortune accumulée par lui ou sa famille. Mais un Dictateur ce n’est pas seulement une multitude de mandat et des comptes en Suisse, c’est avant tout une façon de diriger et de se comporter face aux institutions. Ould Abdel Aziz, est bien un putschiste son mandat présidentiel il le doit d’abord à la violation flagrante du droit et des lois de la République. Il a été élu certes, mais aujourd’hui les droits de l’homme ne sont pas respectées en Mauritanie. Les personne sont jetées en prison pour leurs opinions politiques d’autres croupissent en prison sans jugement. Ould AbdelAziz gère l’Etat de façon totalement personnifiée. Il fait et défait à sa guise l’administration et distribue ses faveurs à son cercle d’influence. Le pays s’enfonce dans une misère noire et d’autres classes de son giron s’enrichissent. Exactement comme cela commença avec  Ben ALI. Et se termina avec lui.
  • Un parti unique oppressif : Même si le parti unique n’existe pas officiellement en Mauritanie. Il existe de fait: un ramassis d’individus qui ont traversé tous les régimes et qui se reconstituent chaque fois qu’un autre individu prend le pouvoir pour se constituer en “parti de la majorité”.  Celui qui arrive au pouvoir trouve souvent devant lui “son” parti majoritaire. La Mauritanie est le seul pays au monde ou le dirigeant arrive au pouvoir et se voit affecté un parti qui se crée de toute pièce à la suite de son arrivée. Alors que  dans les autres pays c’est le parti le vecteur et le support du candidat pour arriver au pouvoir. En Mauritanie c’est tout le contraire. Le “parti” nait, se constitue, s’affecte un épithète de “majoritaire”, courtise le dirigeant et se fait “une légitimité” forcée. Cette situation d’acclimatation de la médiocrité partisane mauritanienne dans le giron du plus fort s’explique par le fait que ce dernier arrive au pouvoir par la force (coup d’Etat ou coup des urnes), précédent ainsi “son” parti  à la tête de l’Etat. Parti qu’il ne connait pas, dont il n’a jamais entendu parler et qui tout-à-coup devient le sien au moment où il pose son séant sur le fauteuil présidentiel. 

Ce parti du séant, postérieur à la prise du pouvoir, majoritaire par appellation et aussi éphémère que son maitre de céans  constitue cependant un parti unique de fait ne tenant qu’au séant de son maitre.

N’étant pas un parti politique  mais une collection d’individus mus par de bas intérêts économiques financiers ou de clans  il fera tout pour perpétuer le dictat de celui qu’il est supposé soutenir en contrepartie d’une stratégie  de légitimation tout azimut.

Ce parti du séant , est aussi dangereux que  le parti unique classique. Si ce dernier est institutionnellement  fort et affirme sa force et détient une légitimité de part une action partisane de fait ou historique et ne fait pas de compromis avec les autres partis de l’opposition. Le parti du séant n’a aucune légitimité ni de fait ni historique et il est tout orienté vers la destruction des autres partis politiques à travers leur “débauche” en les intégrant dans sa “majorité”, en détournant leurs sympathisants et en utilisant les moyens de l’Etat pour arriver à ses fins.

Toujours est-il que la scène politique et sociale sent lourdement cette oppression du parti de séant. Et elle sait cependant que son existence ne tient qu’au maitre du…séant. Et donc il disparaitra de lui-même lorsque le maitre de céans sera forcé de lever son séant  du siège usurpé.

Une opposition traquée: Si en Tunisie, l’opposition existe mais a été fortement affaiblie, traquée  et exilée durant ces dernière années par le régime à parti unique, en Mauritanie l’opposition a été fortement affaiblie, troquée et écartelée …par ses propres dirigeants. De coup d’Etat en coup d’Etat , les partis de l’opposition mauritanienne ont montré à travers leurs dirigeants leur faiblesse, leur opportunisme et leur manque de cohésion.

Mais faut-il compter sur l’opposition pour faire la révolution?  Heureusement pour la Mauritanie que non!  La révolution tunisienne qui a bouté dehors la pire des dictature appuyée sur un parti unique tentaculaire et un système sécuritaire des plus féroces a été faite par la rue.

L’opposition elle, n’est apparue que bien plus tard, recueillant ici et là les fruits de la révolte. Aussi en Mauritanie, il ne fait pas compter sur l’opposition pour faire la Révolution. Il n y a pas d’opposition; il y a des “dirigeants” d’une opposition qui broient du noir en rêvant de “gouvernement d’union nationale”.

Le véritable mouvement de révolte viendra des jeunes chômeurs, des populations déshéritées et des mouvements de luttes pour une cause ne faisant pas doute (lutte contre l’esclavage, contre le tribalisme, la corruption, le népotisme, la ségrégation…); il ne viendra  pas de partis d’opposition flous embourbés dans la survie et la compromission.  L’exemple de la Tunisie est bien là pour le prouver.

Il est aussi fort certain que la révolte en Mauritanie aura un particularité que n’auraient pas eu celles des pays arabes. Cette particularité est qu’elle peut être déclenchée par des violences dans les pays frontaliers tel que le Sénégal qui est sur une poudrière. En Mauritanie, la révolte couve à l’intérieur et s’embrasera à travers les frontières.

Une presse nationale aliénée et muselée: En Mauritanie, existe-t-il une presse pout qu’elle soit muselée? Oui. Mais elle n’est pas muselée, elle est ignorée. Ignorée par le pouvoir qui la regarde comme un ramassis de journalistes, des  girouettes pour certains, des peshmergas pour la plupart. En tout cas ceux qui se démènent n’ont pas les moyens de leur Presse et l’Etat a pris, depuis longtemps,  le parti soit de les acheter soit de les ignorer  en leur appliquant  le principe du mépris :“Cause toujours” .

Certes, une certaine presse électronique, par son audience internationale, inquiète le régime mais elle reste à se professionnaliser et à s’organiser. Elle pourra jouer un rôle crucial si la tension montait et que le monde se tourne vers elle, à l’image du web tunisien pendant la période de la révolte.

Une désinformation officielle instituée : Le régime tunisien avait érigé la désinformation en “savoir faire”. A travers l’Agence Tunisienne de la Communication extérieure (ATCE), il avait mis en coupe réglée toute forme d’information entrante ou sortante de Tunisie. L’ATCE réalisait, à travers ses agences à l’extérieur, ses conseillers dans les ambassades, une désinformation qui induisait le reste du monde sur la nature et les actes du régime. Elle s’interposait et s’imposait comme source principale et officielle pour le reste du monde.

En Mauritanie, la désinformation n’a pas son agence (l’AMI étant une boite sans stratégie et sans compétences) mais ses agents. Les officiels mauritaniens sont eux-mêmes les vecteurs de la désinformation.  Alors que l’ATCE fonctionnait par action l’appareil mauritanien fonctionnait par omission.

Le premier support de la désinformation du régime mauritanien est une pléiade de fonctionnaires affectés au ministère des affaires étrangères, dans les ambassades et les consulats qui développent , par leur inaction, une telle force d’inertie et de blocage de l’information que le résultat, assimilable à la situation tunisienne, est le même : induire le reste du monde en erreur sur la réalité de ce qui se passe sous leur régime.

Mais heureusement et contrairement à l’ATCE, qui avait d’énormes moyens pour museler et même acheter une certaine presse étrangère, l’appareil “désinformatif” mauritanien ne pèse  pas lourd face aux médias internationaux qui éclairent sur la situation au pays. C’est donc un appareil faible qui éclatera  aux premiers contrecoups d’une révolte.

Un appareil sécuritaire étouffant  : Le régime Mauritanien a toujours utilisé la force publique pour assujettir le citoyen et ses représentants. La police mauritanienne, sa sureté et ses renseignements est tout orientée vers la frustration du citoyen, comme cela fut le cas en Tunisie. Mais ce qui est davantage plus grave , c’est qu’avec la menace Aqmi, la politique antiterroriste peu réfléchie du régime a encore exacerbé sa déviance sécuritaire  étouffant le citoyen  et le  frustrant.L’appareil sécuritaire s’est durcit, et le citoyen prend chaque jour sur lui. Or le régime se durcissant n’aménage aucune voie pour les libertés. Et cela est fatal à terme.

Un régime politique monopolisé à vie: En Mauritanie , le régime de Ould AbdelAziz est bien un “régime à vie”. N’est-ce pas le général qui a fait un coup d’Etat pour lui, qui a imposé un président qu’il a destitué et qui s’est fait élire. Pour Ould AbdelAziz, “l’Etat c’est lui”. Un général des lumières. Tout comme Ben ALI, il a fait un coup d’Etat de palais, et comme Ben ALI, il s’est fait élire.  l’Etat lui appartient. Il est le Président de céans. Et ce sont tous les deux des généraux.Des généraux qui ont renversé des particuliers. La constitution quant à elle, sera révisée au moment opportun, quand la nécessité de se faire réélire, sans droit, se fera sentir (Ben Ali est passé par là) . Voir à ce propos sur le psychique du général ould Abdel Aziz , en perpétuel état de siège, notre article : “Icare en état de Siège” (sur ce blog).

Une classe courtisane notoire dans le giron du pouvoir pillant l’économie:  Il ne fait pas de doute que le général président a autour de lui une “cour” qui pille la nation. Des commerçants forts connus monopolisant le système économique et des alliés profitant des avantages qu’il leur accorde.

Des classes sociales surendettées (par le système bancaire et la surconsommation): Le même schéma d’endettement que la Tunisie pourrait être retenu à la différence près que l’endettement de la classe mauritanienne est un endettement improductif (réduit à la consommation courante) et se fait sur de maigres revenus rendant encore plus criante la pauvreté. Alors que le Tunisien s’est surendetté mais en construisant sa maison (principale ou secondaire)  en scolarisant ses enfants, en acquérant des moyens de locomotion accroissant sa mobilité dans la population active, le Mauritanien s’est davantage appauvri  et est l’otage de ses créanciers (du banquier au boutiquier du coin). A cela s’ajoute l’escroquerie des banques non contrôlées (manipulant les intérêts et les commissions) travaillant par complaisance, et leur connivence avec des promoteurs immobiliers acquis à leurs intérêts.

D’autre part, inconséquent et  non prévoyant, le Mauritanien ne développant pas l’épargne est soumis de façon quotidienne aux contrecoups  du besoin. Le ménage mauritanien est, plus que tout autre dans la sous-région, exposé aux pires lendemains. Ce lendemain incertain s’ouvre sur une poudrière.

Voir sur le danger de l’endettement du ménage mauritanien mon article: “l’équation qui empoisonne l’économie mauritanienne: R = C + E” (sur ce blog). La situation a encore empiré aujourd’hui.

Une économie siphonnée par des multinationales (télécom et internet, les hypermarchés): Sur ce  point le constat ne fait pas de doute et l’on a pu il il y a quelques temps déjà consacrer un article à ce danger de la paupérisation de la population mauritanienne  par la succion du revenu national que réalisent les multinationales des télécoms et de l’internet. Voir l’article “ le Grand siphonage de la Mauritanie” (sur ce blog). Quant aux méfaits des supermarchés il apparaissent chaque jour à travers une poignée de commerçants regroupés en famille notoirement connues et qui monopolisent tout le commerce. Ce sont de véritables aspirateurs de maigres revenus de ménages et ce sont eux qui hantant les couloirs du pouvoir s’octroient le marchés publics et les biens publics (la récente mise en coupe réglée des terrains des blocs rouges en est un témoignage vivant).

Une jeunesse au chômage  (diplôme dévalué et sans perspective d’emploi): Le taux de chômage en Mauritanie est l’un des plus élevés au Maghreb. Les  diplômés et les étudiants grèvent systématiquement dans les institutions prouvant qu’une crise est inévitable. Quand aux perspectives d’avenir pour la jeunesse, elles sont inexistantes. L’Etat n’a ni stratégie d’emploi à court terme, ni même un plan de développement économique et social lui permettant de gérer la situation avec des moyens adéquatement affectés à l’emploi. Le régime mauritanien en tout navigue à vue et va certainement faire face à une immense vague de contestation d’une jeunesse sans moyen et sans avenir.

b) Les catalyseurs de l’explosion:

Les chocs violents (immolation et meurtres): La Mauritanie comme la Tunisie a vécu l’immolation de personnes voulant montrer, à travers leur sacrifice, leur désarroi face à des régimes sourds à leurs revendications. Et l’on sait ce qu’il en advint pour le premier pays et il ne fait pas de doute qu’en Mauritanie le fait court encore dans les esprits échauffés et dans la mémoire du peuple. 

Internet (Facebook): La communauté mauritanienne est massivement présente sur internet et Facebook fait son quotidien. Elle est capable d’en faire usage comme moyen d’information de masse en temps de crise.

c) Les raviveurs de tension:

El Jazeera : Contrairement à l’Egypte et ses puissants moyens de télécommunication, la Mauritanie en cas d’échauffement ne pourra ni brouiller ni bloquer cette chaine. Elle subira donc les incursions et les alertes qui informent,  motivent et enflamment   les populations soulevées.

La presse occidentale: Tout comme ce qui arriva pour la Tunisie et l’Egypte, les médias occidentaux vont submerger les ondes de leur dadas favoris, les droits humains et tutti quanti. Ils vont ameuter les gouvernements du monde entier et l’opinion internationale sur les exactions, les violences et les atteintes aux libertés…

d) Le stabilisateur.

La Tunisie a eu cette chance extrêmement importante d’avoir vu l’armée se ranger aux côtés du peuple. Le Général chef d’Etat Major de l’armée a refusé d’obtempérer aux ordres du dictateur Ben ALI  de tirer sur les manifestants. L’armée a aussi par sa présence neutralisé toute velléité des forces de sécurité (pourtant bien plus nombreuses en hommes et en armes et bien plus équipées) de s’en prendre au peuple.

Qu’en sera-t-il en Mauritanie, si une révolution se déclenchait?   Quelle sera la position de l’Armée? Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, l’armée ne sera certainement pas aux ordres de Ould Abdel Aziz. Le BASEP probablement commettra, comme a  commis la garde présidentielle de Ben ALI, des incursions et des violences sur la foule mais très vite la pression populaire nationale et internationale  le dénoncera et le dissuadera. Mais ce ne sera pas suffisant, l’armée mauritanienne interviendra surement pour protéger le peuple, car l’armée mauritanienne ce n’est pas ould Abdel Aziz. La preuve la plus éclatante de cela et qui s’applique avec encore plus d’évidence pour Ould Abdelaziz, est la désolidarisation de l’armée Egyptienne du Président Moubarak. Et si l’on sait que Moubarak est un  “héros” de cette armée et qu’i y avait acquis une respectabilité militaire notoirement reconnue ont comprend alors que l’armée mauritanienne se désolidarisera très vite de Ould Abdelaziz, qui loin d’être un héros ayant acquis ses galons sur les champs de bataille, est général par ancienneté et par reconnaissance de celui qui l’avait précédé au fauteuil présidentiel.

A tout cela s’ajoute une armée qui a un état d’esprit qui  peut très vite aller en faveur du changement. Nous avions longuement développé cet aspect dans l’article suivant: “le petit guide non illustré pour comprendre les militaires mauritaniens” (sur ce blog)

En conclusion.

Les ingrédients de la révolution tunisienne se retrouvent dans tous les pays arabes. Parfois  même avec plus d’acuité.

En Mauritanie, les situations de chômage de toutes les catégories sociales et particulièrement la jeunesse, de paupérisation des populations, de corruption , de pillage des biens publics, de népotisme au sommet de l’Etat, d’exclusion, de tribalisme. de ségrégation et d’exclusion, sont évidentes.

Que reste-t-il donc des ingrédients d’une  révolution ? Rien.

Et l’une des plus belles leçons de la révolution tunisienne, et à sa suite la révolution égyptienne, c’est que la communauté internationale n’existe pas.Ou plutôt disons-le: elle est avec le plus fort sur le terrain. 

C’est autant dire que lorsque le peuple se prononce, ses dirigeants n’ont plus d’amis et ceux parmi les pays occidentaux  qui les soutenaient deviennent très vite  leurs pires ennemis . Ben ALI et Moubarak en sont les témoins exilés. Leurs “indéfectibles amis”, la France et  les Etats unis ne les contrediront pas.

Enfin, la Révolution mauritanienne aura un avantage certain sur les autres. Elle  comblera une injustice dans  l’histoire de l’humanité: l’histoire des pharaons s’écrira aussi pour les mécaniciens.

Pr ELY Mustapha

lundi 4 octobre 2010

La “jurisprudence” Ould Dadde :

 

Vadémécum à l’usage de la diaspora

ou

comment ne pas se brûler les ailes au contact du pouvoir

 

Je ne connais Mohamed Lemine ould Dadde ni d’Eve, ni D’Adam. Jusqu’au coup d’Etat d’Août 2008, j’ignorais jusque son existence et certainement lui, la mienne. C’est autant dire que je ne connais de lui que ce que les medias ont bien pu rapporter suite à sa nomination au Commissariat aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux relations avec la Société Civile ou à la suite de sa mise en inculpation après une enquête de l’Inspection générale d’Etat.

Nous ne poserons donc pas les questions politico-juridico-sociales sur lesquelles se chamaillent les acteurs de la place mauritanienne ; à savoir s’il est personnellement, ou solidairement, responsable des infractions commises à l’égard des deniers publics ou s’il n’est qu’un « bouc émissaire » dans une gestion d’un service public à la tête duquel il a été nommé.

Qu’importe. Pourvu simplement que justice lui soit rendue.

Mais le fait est là. Mohamed Lemine Ould Dadde est en prison. Quelles leçons en tirer ? Et plus précisément quelles leçons en tirer pour la Diaspora mauritanienne à l’étranger ? Notamment celle qui pense retourner au pays et sans doute occuper de hautes responsabilités ?

En effet, malgré notre méconnaissance de Ould Dadde, une chose est certaine, il a fait longtemps partie d’une diaspora et non pas des moindres. Une diaspora militante et engagée. Une organisation expatriée dans laquelle il a occupé des responsabilités clef, jusqu’au jour où il décida de la quitter pour occuper le poste de Commissaire à la Sécurité alimentaire.

Ce qui arrive actuellement au personnage, malgré son amertume, est cependant riche d’enseignements pour toute la Diaspora mauritanienne. Aussi au vu de ce qui arrive et tenant compte du cheminement pris par les évènements, nous nous devons de faire les constats suivants. En somme, un petit vadémécum à l’usage de la diaspora mauritanienne.

I- Ne jamais soutenir un coup d’Etat : La violence n’engendre que la violence

Ceux qui font des coups d’Etat, le savent. Ils ne sont adeptes que de la force. Même si le bastion qu’ils ont pris légalise leur situation à la tête de l’Etat qu’ils ont violenté, ils restent toujours des putschistes et leurs comportements ne changent pas. Chasser le naturel, il revient au galop.

Dans cette perspective, l’intellectuel, ou celui qui se définit comme tel, ne peut en aucune façon entériner l’assujettissement des nations par la force. Il n’y a point de place pour l’intellect là où se développe la pensée unique. Et lorsque l’intellectuel, par une volte-face que seule sa conscience (que nous ne jugeons pas) lui dicte, il rejoint le camp de la violence institutionnelle, alors il se brûle les ailes. Car à chaque envol son élan se brise. Et sa chute est assurée.

Car qu’est-ce qui justifie la présence d’une pensée libre, ou se voulant comme telle, dans un environnement autoritaire ? Qu’y cherche-t-elle ?

On ne doit soutenir que ce qui est soutenable. L’édifice des coups d’Etat, même légalisés, est en perpétuel effondrement. Et ne se préoccupant que de sa propre survie, sacrifiera autant qu’il le pourra ceux qui, en pensant le rejoindre par « conviction », ne sont en fait que des candidats à l’éviction.

Une éviction qui sera d’autant plus brutale que le régime voulant toujours prouver quelque chose (lutte contre la corruption, contre la pauvreté etc.) fera qu’elle soit la plus douloureuse. Le régime en tire ainsi, au détriment du « sacrifié », quelques jetons de satisfecit auprès d’une masse populaire incrédule pour entretenir sa survie.

Ceux qui arrivent par des coups d’Etat, étaient déjà, au commencement de leurs actes contre l’Etat, prêts à sacrifier des vies humaines pour se saisir du pouvoir. Ils continueront à avoir cette mentalité bien après qu’ils aient pris le pouvoir et qu’ils s’y soient légalisés. Ils utiliseront la même politique. Ils ne lâcheront pas ce qu’ils ont saisi par la force et surtout quand ils savent que le paysage humain mauritanien regorge d’individus malléables et corvéables à merci. Prêts à saisir la moindre opportunité pour « une fiche budgétaire ». A fortiori devenir « haut commis de l’Etat. »

Ould Dadde, était-il de par son cursus personnel intégrable dans ce « paysage humain » ?

Il semblerait qu’il n’était ni en Mauritanie, ni dans les rouages du pouvoir. Il faisait partie d’une diaspora mauritanienne en France qui, a priori, n’avait pas d’accointances avec les putschistes. Une diaspora qui regroupe une importante élite mauritanienne, dont certains membres et groupes avaient rationnellement réagi aux différents coups d’Etat en Mauritanie, soit dans une neutralité soit dans une dénonciation manifeste. Mais le ralliement public et l’engagement personnel notoire aux faiseurs de coups d’Etat, sont exceptionnels de la part d’un militant engagé, à travers son organisation, dans le dialogue, la non violence et les droits de l’homme.

Qu’advient-il d’un intellectuel qui renonce à son organisation militante pour rejoindre un régime putschiste ? Ce qui advient aujourd’hui est une réponse à cela.

Car ce que cet intellectuel ne sait pas c’est qu’il a mis les pieds dans un environnement qui ne peut en aucun cas être le sien. Dans lequel il ne sera jamais vu comme il aimerait qu’on le voit, mais sera l’instrument d’un régime qu’il n’a participé ni à établir, ni à orienter, ni même influencé par ses propres principes, ses idées ou sa façon de concevoir le monde. Et cela aucun intellectuel, que dis-je, aucune personne éprise de droit et de liberté ne devrait l’accepter. C’est en effet enfermer son esprit et sa raison dans la cage du pouvoir en contrepartie d’une visibilité publique qui n’est en fait que l’antichambre d’une pénombre de cachot. C’est en soi un sacrifice dont on aurait pu se passer.

Et l’intellectuel passant dans cette antichambre se rendant compte du tort qu’on lui a fait et de celui qu’il a fait à sa conscience, il se met à s’en vouloir et grever de famine pour qu’on lui rende justice. Mais comme le disait, autrefois, Anatole France : « On croit mourir pour la patrie; on meurt pour des industriels »…En Mauritanie, aujourd’hui, un intellectuel ne doit pas mourir pour des putschistes.

II- Des hautes responsabilités et de leurs conditions

Depuis plus d’une trentaine d’années les sphères politique, économique, administrative et sociale mauritaniennes se sont gangrenées. Elles ont donné naissance à un foisonnement d’individus sans scrupules occupant toutes ces sphères et qui en ont fait leur terrain privilégié où ils exercent, en toute impunité, leurs actes de détournements de malversation et d’accaparation générale des biens publics.

C’est un réseau d’individus qui opère à tous les échelons de l’Etat aussi bien dans la gestion des ressources publiques que dans les rapports de ces gestionnaires avec les lobbies commerçants et banquiers en Mauritanie.

Ils ont développé, les techniques de corruptions passive et active, de fraude, de détournement, de malversation, de concussion, de trafic d’influence à tous les échelons de l’Etat. Ils savent utiliser les circuits politiques, administratifs, économiques, financiers et comptables pour arriver à leurs fins. Circuits qu’ils ont monté, soudoyé ou acquis par les moyens dont ils disposent et qui leurs servent de relais à tous les niveaux pour détourner, falsifier, transférer, dissimuler et se couvrir.

C’est dans cette « soupe » là que Ould Dadde est tombé. Et pas n’importe où. Dans un département par où transitent des moyens financiers et matériels importants et qui, bien avant lui, était la boite à Pandore où gesticulaient des commerçants véreux, des banquiers sans scrupules et une multitude de « fournisseurs », de « transitaires », de « bénéficiaires », « d’intermédiaires », qui formaient la chaine jusqu’au supposé destinataire, mais qui n’était que  le justificatif officiel de la « machine à détournement»: le pauvre.

Etre nommé à un tel emploi, comme d’ailleurs tous les emplois faisant intervenir des ressources publiques en Mauritanie, demande plusieurs conditions à mettre rapidement en place.

1) Faire une cartographie (« mapping ») rapide de l’institution à diriger

D’abord « ne pas être tombé de la dernière pluie », et surtout ne pas être fraichement débarqué dans le poste. Les milieux affairistes mauritaniens se saisissent très vite du « novice » et le mettent dans des « conditions idéales » pour s’en servir afin d’atteindre leur but. L’embobinement est une spécialité mauritanienne.

Dès sa prise de fonction, le titulaire n’y verra que du feu. La dissimulation des faits, des documents et du background de chaque collaborateur sera de rigueur. Tout sera fait pour faire paraître au novice qu’il est « tombé dans le meilleur des mondes possibles ». Qu’il sera l’Alpha et l’Omega de tout et que ses collaborateurs sont fidèles à l’infini. L’image qui lui sera renvoyée, d’un soutien généralisé à sa personne et à sa mission, sera telle qu’il se glissera dans une confiance proche de l’endormissement. Il signera sans prêter attention, il accordera la confiance sans se poser des questions, il acceptera ce qui lui est proposé par ses collaborateurs, il n’ira jamais vérifier ce qui se fait dans l’étage en dessous de lui, il évitera de poser des questions gênantes pour ne pas irriter un tel (ami d’un tel, frère d’un tel, cousin d’un tel, comptable de son service). Bref, il aura été mis au formol d’une mafia à visage humain.

Aussi avant d’accepter toute fonction, son titulaire doit bien connaître l’organisation ou le service qui lui est confié, son historique, les ressources humaines, l’environnement public et privé , les réseaux internes de gestion et leur interaction avec l’extérieur (« fournisseurs », commerçants, banques, personnes physiques et personnes morales, personnes publiques et privées). En somme, faire une cartographie de l’institution à diriger pour une « visibilité » optimale de son environnement interne et externe.

Dans cette démarche de cartographie, utiliser toute l’instrumentation formelle et informelle que la culture mauritanienne a mis à disposition. En effet, l’approche classique et rationnelle du renseignement à propos de X ou de Y ne ressort nullement de sa fiche officielle ou administrative de service, mais de l’information croisée et vérifiée obtenue dans le milieu sociopolitique.

En Mauritanie tout se colporte et tout se sait.

Pour mieux comprendre la dynamique interne d’un tel milieu et s’y préparer en conséquence lire ici  :

- le manuel à l’usage de ceux qui veulent s’enrichir en toute impunité

- Le monde qui pille les ressources publiques

2) Mettre rapidement en place un tableau de bord de gestion économique et financière

Les financiers vous diront que c’est une erreur, pouvant être fatale, lorsqu’on prend en charge une organisation publique ou privée sans connaitre à l’instant « T » (c’est-à-dire le moment où on prend ses fonctions) ses engagements économiques et financiers (internes et externes).

Un aperçu est généralement obtenu par le nouveau titulaire du poste lors de la passation de service, mais ce n’est parfois que la « vision » de son prédécesseur de sa propre gestion. On comprend donc la part de subjectivité de telles informations.

En Mauritanie, outre que la passation de service est une formalité qui est vide de contenu, surtout quand il s’agit de postes politiques, elle peut cependant être lourde de conséquence.

Aussi, le nommé à ce poste se doit d’affuter lui-même ses propres moyens de vérification de l’état physique (inventaire matériel et immatériel, état des stocks, effectifs du personnel permanent contractuel, en cessation d’activité, en disponibilité et en congé) et financier des lieux (snapshot du budget de l’entité, état préliminaire des engagements et des charges et autres encours financiers, fonds de roulement à la date d’entrée en fonction et un état des pièces et valeurs en caisse).

Un tableau de bord, avec indicateurs des ressources et des charges sur la période budgétaire et comptabilité matière et financière à l’appui présentant les différents postes en mouvement (débit et crédit) pour ledit établissement.

A titre d’exemple lire ici ce que nous avions écrit à propos de la comptabilité des postes diplomatiques et consulaires

Ce  tableau de bord établi, charger une personne de confiance (de préférence, personne morale indépendante et n’appartenant pas à l’établissement) de l’alimenter en permanence par les informations fournies par les services de gestion économique, financière et comptable de l’entité gérée et de dégager les « alertes » nécessaires à la prise de décision.

Toutefois, en Mauritanie et pour les raisons citées plus haut (falsification, connivence etc.) : le principe de rigueur doit toujours être : Vérification sur pièce (budgétaire, financière et comptable) sur place (remise de la chose achetée ou acquise) et sur la réalité de l’opération (nature en qualité et en quantité de la chose achetée ou acquise).

Pour cela le tableau de bord doit indiquer les flux physiques et financiers entrants, les flux physiques et financiers sortants sur la période de gestion considérée en s’appuyant sur le triangle : Inventaire-comptabilité-banque. (Etat des stock-reprise comptable-Etat des finances).

Pour bien utiliser ces instruments, le responsable de l’entité se doit de se familiariser avec les techniques de gestion financières et comptables, publiques et privées. Cela demande un savoir qui peut être acquis au préalable sinon avec l’expérience de gestion. Mais dans tous les cas, savoir lire des états financiers et comptables, les recouper avec des mouvements bancaires, budgétaires et de trésorerie, lire un bilan de fin d’exercice et tirer des conclusions d’un simple bordereau mensuel de comptabilité sont des fondements préalables à la direction d’une entité publique ou privée.

Dans tous les cas essayer de s’adjoindre des compétences du secteur privé (bureau d’experts) ou public (experts reconnus) pour mieux surveiller la gestion de l’entité dirigée.

III- Naviguer entre deux eaux : gérer les impondérables

Comme cela a été dit : « si le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument » et il est davantage plus corrompant lorsque celui qui l’acquiert n’a ni les moyens ni l’expérience, ni le savoir du microcosme politique dominant. Il est à ce moment là pris dans la tourmente du pouvoir.

En Mauritanie, une constante n’échappe à personne : la nomination aux postes publics, notamment les « hauts commis de l’Etat », est dictée d’abord et davantage par « une reconnaissance » du pouvoir en place (pour un soutien quelconque à un moment donné de son avènement), elle est, ensuite, matérialisée par la volonté du nommant d’instrumentaliser le nommé.

Aucun ministre ne pourra  certifier qu’il a été nommé pour ses compétences, mais d’abord parce que le pouvoir l’a agrée pour une raison ou pour une autre. Et cette raison est toujours l’adhésion directe ou indirecte au pouvoir en place.

C’est la raison pour laquelle, tout nommé sait qu’il “doit quelque chose” au pouvoir politique et il ne lui échappe pas que cette nomination n’est autre qu’un lien de servitude, non pas à la nation (comme cela est dans les démocraties) mais à celui qui l’a nommé.

Cette allégeance directe à un personnage, souvent titulaire d’un pouvoir qu’il a acquis par la force et qu’il distribue au gré de ses ouailles consentantes et souvent applaudissantes, entraine deux effets contradictoires que le titulaire du poste se doit de gérer sur le « fil du rasoir » :

- Etant nommé par le « chef » lui-même, il ne peut rien refuser au chef et à ses émissaires non plus.

- Etant nommé pour gérer une institution, il se doit de la diriger suivant les règles de bonne gestion et en dehors de toute ingérence.

Le « nommé » est donc dans un état de servitude avec la responsabilité d’un libre-arbitre.

Comment dans ces conditions peut-il allier ce « statut » politiquement servile dû à la nature du régime et cette responsabilité civile, commerciale et pénale du gestionnaire des biens publics ?

C’est là en effet, tout le hic. Ould Dadde n’a certainement pas échappé à ce dilemme. C’est la façon avec laquelle il l’a géré qui a certainement eu les conséquences que l’on sait.

Face à cette situation les « nommés » aux postes de responsabilité adoptent différentes attitudes dont chacune a ses conséquences. Les voici :

- Ceux qui se « refugient » dans leur statut politique, s’occupant tout au long de leur présence dans le poste, de leur environnement politique et laissent la gestion aux cadres de l’entité. L’entité n’est qu’un tremplin, un moyen de leur ambition politique. Ceux-là ont deux types de destinées. La première, s’ils ont un poids politique très important finissent par « grimper » ailleurs, laissant l’entité dans le désastre, mais couverts, impunis, ils continuent leur carrière autrement. La seconde, s’ils n’ont pas de poids politique que relatif (ou conjoncturel), ils sont très vite rattrapés par leur « mauvaise gestion » et finissent en prison pour servir d’exemple de la politique que l’Etat s’est définie (exemple lutte contre la corruption). Mohamed Lemine Ould Dadde fait probablement partie de la seconde catégorie.

- Ceux qui se mettent carrément à piller l’institution (ou le projet ) qui leur est confié en utilisant tout l’environnement malsain et le réseau mafieux en place. Ceux-là ont deux types de destinées. La première : ils ne sont pas inquiétés. Ils font partie du système et couverts par leur réseau et ils monnayent toute volonté influente de les punir (magistrats, fisc, contrôleurs, inspecteurs etc.). La seconde destinée : Ils sont l’objet d’un excès de zèle du pouvoir (toujours au nom de la justification de sa politique) et sont traduits en justice. Souvent, il faut le dire, leur parcours « carcéral » ne dépasse pas la détention préventive et se retrouvent très vite en liberté car tout se monnaye. Et ils ont les moyens de leur liberté.

On voit donc que le dilemme n’est pas en lui-même une gageure et que ceux qui s’y prennent sont forcément sous les feux du pouvoir.

Comment alors Med Lemine ould Dadde s’est retrouvé dans cette situation ?

Certains disent qu’il ne prêtait pas beaucoup attention à la gestion du commissariat et qu’il la laissait à l’interne. Aussi la « mafia » en aurait profité pour se “sucrer” sur les engagements économiques et financiers de l’entité. D’où les détournements, malversations et autres fraudes signalés à propos de l’affaire.

D’autres disent que s’il y a de cela, il reste que ould Dadde aurait, aussi, remis périodiquement d’importantes sommes d’argent à une personne sénatrice proche de ould Abdelaziz et qui les aurait requise au nom de ce dernier.

Mais dans l’une ou l’autre de ces situations  (ou les deux à la fois), Ould Dadde est bien tombé dans les travers du système.

Ce qui prouve bien que la gestion des entités publiques ne peut se faire que par des personnes averties du milieu sociopolitique et économique mauritanien, capables de mettre en œuvre les moyens techniques et humains pour se prémunir contre la gestion frauduleuse interne.

En somme, naviguer entre deux eaux dominées par deux courants contraires. Le courant montant des impératifs de la gestion saine de l’entité dirigée et le courant descendant du trafic d’influence que le pouvoir-nommant ne manquera pas d’exercer.

En conclusion:

Ce petit vadémécum n’a pas pour ambition de se servir de l’exemple d’un personnage pour le dénoncer mais tout au contraire de s’en servir pour que d’autres « ould Dadde » ne tombent pas dans le piège du pouvoir. On sait qu’il y’en a potentiellement beaucoup qui comme Ould Dadde aimeraient bien rentrer au pays, exercer une fonction , participer à son développement.

Certains, comme Ould Dadde, pourraient le faire au détriment de beaucoup de paramètres que nous n’avons pas à juger mais d’ores et déjà ce qui advint au personnage n’aura pas servi à rien. Mais à nous éclairer sur l’antinomie entre le libre intellect et la brûlante flamme du pouvoir.

Il ne fait pas de doute, que justice sera un jour  faite pour Mohamed Lemine Ould Dadde et qu’il pourra un jour libre, nous dire ce qui s’est passé dans les arcanes du commissariat, celui qu’il a dirigé et celui où il a, malgré lui, séjourné.

Et si face à cette volonté continuelle du pouvoir d’utiliser les intellectuels pour ses ambitions, Ould Dadde en sort indemne, la jurisprudence qui vaudra (pour nous autres de la diaspora) ne sera pas celle de la justice mauritanienne,  mais celle des leçons à tirer de l’aventure d’un membre de la diaspora dans les cimes du pouvoir. Dont acte.

Pr ELY Mustapha

* Dénomination actuelle lire: Commissariat aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux relations avec la Société Civile.

lundi 20 septembre 2010

Terrorisme en Mauritanie

 

Eléments pour Combattre la « guérilla »

Lire et relire tout ce qui s’écrit sur le terrorisme dans la bande du sahel, ne mène à rien sinon de remplir la besace des experts tout azimuth qui ont fait du terrorisme une denrée qu’ils malaxent et distillent au gré des circonstances.

En fait, le terrorisme au sahel n’est pas une affaire de quelques barbus qui se promènent dans le désert. C’est un instrument d’influence que des pays de la sous-région emploient à des fins qui varient selon leurs intérêts personnels.

Il ne faut pas craindre de le dire, l’AQMI c’est des terroristes manipulés par des Etats. Certains veulent déstabiliser ou maintenir dans la dépendance de leurs moyens (financiers et militaires) des pays du sahel, d’autres veulent garder une neutralité positive à l’égard des terroristes pour éviter la confrontation avec les tribus que AQMI a infiltré (Touaregs notamment). L’Algérie, la Lybie, la France, les Etats unis, le Mali, le Niger jouent tous une carte avec Al Qaida. Certains de ces pays (USA, France) y voit des intérêts géostratégiques, d’autres des terrains d’influence (l’Algérie et la lybie), enfin ceux qui se « protègent » par la neutralité, le silence ou la complicité qui ne dit pas son nom (Mali, Niger).

Et la Mauritanie dans tout ça ?

a Mauritanie vient d’envoyer ses soldats mourir aux confins du Mali. Seuls sans préparation, sans appui logistique sans appui de l’armée malienne, ni algérienne sur la base d’un renseignement que des véhicules d’AQMI se dirigeraient vers la frontière. Les dégâts sont sérieux et les soldats mauritaniens s’en sont retournés sans trompette ni gloire. Ce n’est point que AQMI n’ait pas subi des dégâts ou que certains de ses membres n’aient pas été tués au combat, mais rapportée à la stratégie sécuritaire que devait adopter la Mauritanie, une telle campagne contre AQMI au Mali est lourde de conséquences.

L’Algérie elle-même qui dispose de la première armée de la sous région, en nombre d’hommes, d’équipements ( terrestre et aérien) et de puissance de feu, n’est pas allée pourchasser les terroristes sur le territoire malien. Outre, sa stratégie évoquée plus haut, elle sait que la voie la plus adaptée est la protection de ses frontières maritimes, aériennes et terrestres et de… maintenir le statu quo.

La dernière preuve en est , qu’avant la fin même des combats engagés par l’armée mauritanienne au Mali, l’Algérie déclarait que l’armée mauritanienne avait subi « de lourdes pertes ». Et le Mali de son côté gardait un silence de mort.

C’est autant dire que dans cette affaire d’AQMI au sahel, et autant que le prouvent les évènements et l’historique des interventions, aucun pays de la sous-région n’est “innocent”.

Aussi la meilleure stratégie pour la Mauritanie est de développer d’abord sa propre stratégie de lutte contre AQMI , quitte à l’articuler avec celle des autres. Mais qu’elle se définisse d’abord une stratégie tenant compte de ses intérêts,  de ses propres réalités de terrain dans le pays (situation sociale, politique et économique ) et de ses frontières.

En effet, si l’on considère le niveau actuel de la progression d’AQMI en Mauritanie on peut dire que globalement il est encore à un premier niveau militaire. Il ne s’agit pas encore d’un terrorisme urbain ou rural. Ce second niveau n’est pas atteint mais il pourrait l’être si la stratégie militaire de lutte contre Aqmi actuellement adoptée se continue. Il est donc urgent que la stratégie militaire aux frontières soit revue (I) et qu’un plan d’actions préventif soit mis en place pour contrer le terrorisme intra-frontières (II)

I- La Mauritanie se doit de revoir sa stratégie de lutte militaire contre AQMI aux frontières (I)

La Mauritanie, en envoyant les éléments d’une armée régulière contre une  « guérilla », s’est largement trompée sur les moyens et sur les effets attendus. On ne combat pas une « guérilla », en envoyant des soldats repus à la gamelle des casernes et attachés aux plis de leur uniforme. On combat la guérilla avec l’esprit, la détermination, les moyens de renseignement et la mobilité.

En effet, pour bien comprendre les voies et moyens de combattre AQMI c’est d’abord bien l’identifier en tant qu’ennemi. Non pas en tant que nombre, ni localisation (laissons cela aux satellites) mais en tant que force à travers ses caractéristiques pour, justement, les prendre à contre-pied.

Ainsi AQMI :

1. Agit par combats d'unités mobiles et flexibles

2. Pratique une guerre de harcèlement et d'embuscades,

3. S’appuie sur un soutien local

4. Collecte de l’information par des moyens locaux

5. S’approvisionne auprès de sources locales

6. Recrute localement et fait des alliances (d’intérêt et de sang) avec les locaux.

7. Combat sans ligne de front

D’autre part et c’est crucial, AQMI contrairement à la guérilla classique, utilise les moyens terroristes pour arriver à ses fins.

Aussi, on ne peut combattre AQMI que si l’on utilise une contre-stratégie à celle qu’elle a développée. Il faut agir sur les plans militaires et de renseignement :

1. Mettre à contribution des unités mobiles bien entrainées aux combats dans le désert

2. Recruter des experts locaux fiables connaissant bien le terrain en soutien aux unités

3. Former les unités aux techniques du harcèlement et les moyens sécurisés d’y répondre

4. Développer la surveillance frontalière et limiter l’engagement des unités en profondeur dans les territoires. Limiter les conditions de poursuite cause d’embuscades.

5. Développer des moyens de renseignements locaux dans les zones frontalières (permettant de déterminer dans ces zones les lieux d’approvisionnement et de recrutement d’AQMI, et d’anticiper ses actes)

II- Un plan d’action interne pour contrer les actions d’AQMI

Ce qu’il convient de comprendre avant tout, c’est qu’AQMI, ne mène pas une guérilla étrangère pour occuper par des troupes étrangères un territoire, c’est un combat politique qu’elle mène en utilisant les natifs du pays comme chair à canon. Son but n’est pas de continuer éternellement un harcèlement aux frontières ni des embuscades mais de prendre à terme le pouvoir dans les pays qu’elle vise. Elle n’hésitera donc pas à frapper à l’intérieur du pays et non plus par des prises d’otages mais par une véritable stratégie de la terreur, comme cela s’est vu en Algérie et ailleurs.

Les stratèges d’AQMI travaillent aussi sur les esprits. Ceux qui se sont fait exploser en son nom sont l’exemple même de l’endoctrinement et du « travail » psychologique dont AQMI est capable. Et cela s’exporte parmi les populations. AQMI, utilise le mental humain dans sa dimension la plus cruelle pour atteindre ses objectifs d’accaparation du pouvoir.

Jusque-là, il faut le dire, AQMI joue le jeu d’une guérilla classique, s’en prenant aux étrangers et à l’appareil militaire d’Etat.

Avec la dernière bataille livrée par l’armée mauritanienne au Mali, AQMI a compris qu’elle doit désormais utiliser des moyens pour affaiblir ce pouvoir en place qui lui envoie son armée jusque dans son fief. Elle ira donc dans le fief de son ennemi.

C’est la raison pour laquelle l’attaque précitée de l’armée mauritanienne contre AQMI au Mali est éminemment contre-productive. Les « stratèges » d’AQMI savent très bien que pour réduire à néant les efforts de l’armée aux frontières, il suffit de frapper à l’intérieur. Choquer l’esprit des populations, semer la peur , disloquer la confiance au régime, mettre à genou l’économie et l’investissement feront très vite descendre dans les rues, les pauvres, le mal lotis, les désespérés du régime en somme tous ceux qui constituent les recrues potentielles D’AQMI.

Comment alors faire pour que cela n’arrive pas ?

Outre l’attitude militaire à adopter, mentionnée plus haut, le pouvoir politique se doit d’accompagner sa lutte militaire par une lutte socio-politique et économique dont les éléments sont les suivants :

- Adopter une stratégie de discrédit contre AQMI, en y associant les personnes les plus influentes des classes politique, sociale et religieuse,

- S’atteler de façon effective à améliorer les conditions de vie locale (à l’intérieur du pays et aux frontières). Recenser les familles déshéritées, les jeunes sans emplois, les chômeurs et offrir le soutien et l’emploi.

- Engager rapidement une politique économique et sociale pour la jeunesse pour l’associer au développement économique et social du pays. Notamment généraliser les microcrédits à des taux préférentiels en mettant à contribution les banques, financer les d’entreprises jeunes en engageant des capitaux risques publics et privés, dynamiser les jeunes chambres économiques et les chambres de commerce et d’industrie.

- Lancer une politique de l’emploi des qualifications mauritaniennes, en accordant des incitations et autres avantages aux entreprises créatrices d’emploi.

- Générer une politique de communication et d’information vers les populations « sensibles » à la propagande d’ AQMI, à laquelle associer les dignitaires du pays.

Il ne s’agit là certes que de quelques éléments permettant de rendre moins arable pour AQMI, le terroir social mauritanien.

En effet combattre la misère (le chômage et la pauvreté de tous et de chacun) qui plonge dans le désespoir incitant à s’accrocher à la première théorie nihiliste venue, constitue le premier devoir contre AQMI.

Les opérations militaires ne sont qu’un aspect d’une violence légitime contre une violence aveugle qui s’est manifestée aux frontières. Mais une autre violence sournoise, qui servira AQMI, est celle que fait l’Etat à ses populations en les laissant dans la misère.

Pr ELY Mustapha

vendredi 17 septembre 2010

Mon Deuil de Alioune Ould Tomy

 

Mon ami, mon frère!

Dieu sait que je n’aurai jamais aimé de ma vie écrire ce billet; ni même de penser que l’évènement qui en est l’objet puisse jamais arriver. Dans sa terrible dimension, le fait est  douloureux, pénible, insupportable et désespérément triste à vider l’esprit de toute résignation et le corps de toute mortification.

Il y a à peine quelques jours je le taquinais au téléphone et, comme à son habitude, il protestait de sa voix qui m’est si familière depuis plus de 45 ans entrecoupée d’un léger bégaiement que, déjà, à l’école primaire je lui connaissais.

Je suis en deuil et pour longtemps de mon frère et de mon ami d’enfance, de mon ami de toujours. Alioune Ould Tomy.

“Tom” et moi nous gambadions depuis notre tendre jeunesse dans les rues de Nouakchott et nous partagions les mêmes espoirs et les mêmes rêves. Nous étions inséparables, tout comme le furent nos deux familles arrivées ensemble en 1959 à Nouakchott. Son père Ahmed était aussi le mien et dans la petite maisonnée de la famille de Tomy nous faisions les quatre cents coups entre le primaire, le collège et le lycée. C’était chez moi, c’était chez Tom.

Tom disparu, il y a sans aucun doute un pan de moi-même qui s’est effondré. Comment retrouverai-je les traces de mon enfance, celles de celui qui m’accompagna toute ma vie durant ?  Alioune ould Tomy occupait une place que nul ne peut combler et en disparaissant il emporte avec lui une part de moi-même.

Je me rappelle encore, qu’en découvrant qu’il était le personnage clef de mon dernier roman  (“Oualata: le secret d’une Mauritanie heureuse”) il s’en était profondément ému. Aurai-je su que c’était  le dernier hommage que j’allais lui rendre?

Mais ma Mauritanie, à moi,  ne sera plus heureuse sans Alioune.

Avec lui finis les souvenirs d’une enfance heureuse que l’on évoquait ensemble, finies les belles histoires de notre adolescence entre les dunes de Nouakchott, finies les virées d’antan dans les quartiers aux heures tardives qu’il savait raconter avec un humour à nul autre pareil.

Avec Tom est parti, l’homme intègre et sans reproche qu’il était devenu, vivant à la sueur de son front et élevant ses enfants à la manière des anges. Ahmed et Mimi auxquels je pense le cœur serré.

Avec Tom est parti le petit élève de CP1 que j’ai connu, timide, joufflu et sympathique qui se roulait avec moi dans le sable  de la Cour de l’école du marché.

Avec Tom est parti mon inséparable ami de collège qui partageait souvent avec moi sa piaule en me récitant entre deux verres de thé les vers appris le matin même. Est parti mon ami de lycée qui éblouissait par sa maitrise des langues et son inénarrable sensibilité littéraire.

Je me rappelle que déjà au collège, il avait composé un poème. Je le garde encore en mémoire:

“Je te vois à chaque vers d’une strophe

A chaque page que je décèle

Tu es  l’unique étoffe

D’une toile universelle”

Je ne sus jamais quel fut son destinataire. Je ne lui ai jamais posé la question. J’avais l’intention de la lui poser. J’ai toujours l’intention. Et je sais que l’on se retrouvera. C’est ma seule consolation dans ce deuil. Alioune, mon ami, mon frère.

 

ELY Mustapha

lundi 9 août 2010

Spartacus à Carthage

 

imagesCA30LEQ5 ça IRA plus , si ça va mieux

 

J’ai rencontré Biram Ould Dah Ould Abeid  (BDA) durant son passage à Tunis. Curieusement l’homme n’est pas au rendez-vous de l’image que les medias mauritaniens donnent de lui. Il n’est ni vindicatif, ni agressif ni porté sur la polémique. Très posé, j’ai pu m’entretenir avec lui à bâtons rompus sur toute la thématique qui traverse son discours et ses prises de position qui ont fait les points d’orgue de la sphère médiatique et les bémols de la critique politique .

Voici ce que nous avons retenu de son attitude et  de ses positions ( I ) et les idées partagées avec lui  ( II )

 

I- Un homme de conviction : ça IRA, si ça va pas.

BDA, est profondément attaché à son pays et aux hautes valeurs que  prône la société mauritanienne. Seulement  BDA, n’est pas un conformiste, il préfère mettre les pieds dans le plat politique et renverser la gamelle de ceux qui en voudraient les miettes.

En cela son discours, ne plait pas. Il s’attaque à des “impondérables” et surtout à des “tabous” que certains ont érigés en juteux placements pour leur “carrière” religieusement politique ou politiquement religieuse. Au choix du moment et du revers de la veste.

Nul doute que BDA dérange. Pour preuve ces “têtes à majorité” qui s’attaquent à son discours comme si, en le faisant, elles prouvaient qu’elle valent mieux que celui qu’elles dépècent.

En vérité, l’entretien avec BDA a permis de comprendre la dérive dans laquelle se placent les médias et les détracteurs politiques. Il y a en effet, une réelle confusion entre l’homme, ce qu’il est ou ce qu’il fut et les idées qu’il véhicule. L’amalgame est facile et ceux qui le critiquent sont davantage portés sur sa personne que sur les fondements de ce qu’il prône.

Ces idées les voici:

- l’esclavage existe en Mauritanie, il doit être éradiqué

- l’éradication de l’esclavage est contrée par une mentalité ancrée dans des préceptes  auto-entretenus par une minorité religieuse;

- L’Etat est handicapé par un chapelet d’oulémas qui lui enlèvent toute volonté de combattre, dans une vision objective basée sur le droit positif, notamment les ordonnances en vigueur, le phénomène esclavagiste;

- Le citoyen mauritanien est pris au piège d’uen société mauritanienne qui n’arrive pas à se libérer du carcan politico-militaro-religieux  qui l’assujettit à sa volonté et empêche son libre arbitre dans un Etat moderne et laïc.

- Le pouvoir politique manipule et “achète” des franges de la société et notamment une part de l’intelligentsia mauritanienne (y compris des haratines) pour assujettir les contestataires de la communauté harratine et en fait ses suppôts pour faire échouer sa cause;

- La guerre contre le terrorisme est une manipulation du pouvoir (en connivence avec une puissance étrangère)  pour “accaparer” l’opinion nationale et brandir des arguments “sécuritaires” pour noyer toutes les causes légitimes, notamment la cause harratine,  et les multiples revendications du peuple et de ses représentants.

- La communauté harratine est la plus démunie et la moins instruite. Une politique entretenue par le pouvoir en place pour continuer à l’assujettir.

Pour développer ses idées , BDA utilise un argumentaire appuyé sur une approche méthodologique spécifique (voir l’article “Spartacus au pays de l’opium”) et n’hésite pas à s’inscrire en faux par rapport au milieu politqiue ambiant. Seulement si l’on a bien compris BDA et les idées qui sous-tendent son élan, il n’en demeure pas moins que par certains aspects il y a des élèments essentiels à prendre en considération qui détermineront l’avenir de son mouvement.

II- Un mouvement en deux temps: ça ira, si ça va mieux.

Lors de notre entretien, j’ai pu partager avec BDA, mon opinion sur son  mouvement. Cette opinion tient dans les quelques appréciations suivantes. 

Le “hic” du mouvement, c’est son enfermement de fait sur une frange de la population: les harratines. Bien qu’il soit certain que des membres d’autres communautés l’aient rejoint, il n’en demeure pas moins que ce flux reste peu significatif pour mettre ce mouvement dans une orbite nationale lui permettant de défendre une cause à forte assise  politique.

la stratégie du mouvement se devraient de prendre en considération les deux éléments suivants:

- drainer les membres des autres communautés nationales (Maures “blancs”, négromauritaniens) pour accroitre l’assise populaire du mouvement.

- Elargir le programme politique à des objectifs nationaux de développement ( Genre, Education, Economie, social etc.) transcendant et se juxtaposant à la cause défendue.

A travers cette approche, le mouvement revisera les modalités de son action et inscrira sa cause dans une approche intégrative d’opinions nationales, proches ou sympathisantes, qui y trouveront matière à adhésion.

Les bénéfices de cette stratégie sont multiples.

D’abord à travers un programme politique étoffé, le mouvement pourra prétendre à plus de dynamique institutionnelle et à plus d’émancipation par rapport à son statut actuel de mouvement fermé sur une cause (escalavagisme) qui le place sous le régime d’une ONG à envergure limitée.

Ce mouvement restant encore tributaire des conditions de sa naissance est encore lié à son environnement partisan (El Horr, APP, SOS Esclaves, etc…) et il ne pourra s’en détacher que s’il développe une stratégie d’autonomie institutionnelle (Statutaire et politique), s’il élargit sa base à des communautés autres que harratines qui adhèrent  à sa cause et justifient donc son universalité en Mauritanie.

Cette stratégie permettra alors de contrer  les critiques portées actuellement au mouvement. Notamment son caractère sectaire, son isolement par rapport au reste des communautés et son discours “secessionniste” et non partagé.

Enfin, dans cette optique, les idées que développe BDA, ne seront pas celles d’un homme pris singulièrement comme tel (un harratine “revanchard”), ni celle d’une communauté à velleïté spécifique (les harratines) mais de tout un mouvement à différentes composantes, développant un programme national (dans lequel s’inscrit la lutte anti-esclavagiste) et qui draine des militants de tous bords.

Il est vrai que, face à la structure sociale et politique en Mauritanie, il est vain de vouloir se battre et gagner à l’échelle nationale en étant le porte-étendard d’une communauté spécifique, sans rencontrer les infranchissables barrières des autres communautés qui, elles, n’échappent pas à des convictions tout aussi fortes que celles que véhiculent leurs “mentors” ou que leur impose, par l’autorité et les moyens,  le pouvoir en place.

Certes, un mouvement basé sur une idée force (abolition de l’esclavage), développant une communication aggressive à propos de cette problématique à haute teneur humanitaire (l’esclavage) s’attirera la sympathie et sans doute le soutien (moral ou financier)  d’une communauté internationale, mais il ne sera entendu que comme une ONG et n’aura jamais l’envergure qu’il doit avoir et qu’il recherche: devenir un mouvement politique visant à bâtir, une société meilleure par une participation effective et  programmée à l’exercice du pouvoir.

Pr ELY Mustapha

lundi 28 juin 2010

Adieu Grand Frère N’Gaïdé

 

J’ai appris avec consternation le décès de Hamidou N’gaïdé, et c’est avec une infinie tristesse que je republie ici un article que j’ai écrit à propos de cet homme il y a quatre ans.

Et je le réitère encore ici avec la ferme conviction qu’avec la disparition de cet homme, il ya quelque part une Mauritanie qui s’éteint. Celle de la simplicité, de la générosité et de la tolérance envers tous ses enfants. Ina lillahi wa ina illeyhi raji’oun.

Il était une fois… la Mauritanie autrement : 

le salon de N'Gaïdé

Beaucoup d’étudiants et de familles qui sont passés en Tunisie connaissent bien ce diplomate mauritanien qui dans les années quatre-vingt avait grand ouvert les portes de sa maison à tous les mauritaniens.


Voyageurs de passage, étudiants en rupture de bourse, expulsés de pays voisins, sans papiers… tout le monde se retrouvait chez N’Gaïdé et jamais il ne se plaignait. Il recevait tout le monde et personne ne déclinait son identité pour bénéficier du toit de N’Gaïdé. Il avait besoin d’un toit, d’un gîte ou d’un couvert, N’Gaïdé le lui offrait. C’est autant dire que le salon de N’Gaïdé était le lieu de rencontre de tous les mauritaniens, sans distinction d’ethnie, de langue, de couleur ou de provenance.


Dans ce salon, les femmes maures, toucouleurs, soninké, oulofs et de bien d’autres ethnies s’occupaient des bébés des unes et des autres, cuisinaient ensemble, partageaient les mêmes lieux avec un sens infini de l’amitié et de l’entraide…. Les enfants eux-mêmes s’attachaient souvent à des femmes qui n’étaient pas leurs propres mères et quand le temps arrivait de se quitter, on assistait à d’émouvants adieux. Jamais on n’a pu voir une telle osmose de gens de différentes ethnies, de différents langages que dans le salon de N’Gaïdé.


Et ces enfants qui dans le salon de N’Gaïdé se sont assoupis dans les bras de quelque étranger de passage , ces enfants toucouleurs qui ont vécu et joué avec des enfants maures dans le salon de N’Gaïdé sous le regards de leurs pères à l’heure d’un thé partagé et ces femmes qui nourrissaient des bébés d’autres femmes en leur absence et qui ne savaient même pas comment leur dire « mange » dans leur langue, sont des images d’une grande sagesse …Et quelles images sont-elles là,  sinon ce que devrait être la Mauritanie.


Le salon de N’gaïdé, n’est pas une allégorie, il a eu l’immense avantage d’exister pour tous ceux qui l’on visité durant ces années-là . Il leur en est resté une inestimable expérience ; celle d’avoir vécu la Mauritanie autrement.


Nous voulons un Etat à l’image du salon de N’Gaïdé. Un Etat où tous nos enfants se sentent enfants de Mauritanie, sans distinction, de couleur de race ou d’ethnies. Nous voulons que l’Etat soit un toit pour nos enfants de demain tel que le fut dans la tolérance et le partage le salon de N’Gaïdé.


Le salon de N’Gaîdé où souvent a éclaté la bonne humeur en langues et dialectes multiples a certes donné à tous ceux qui y sont entré la chaleur d’un foyer loin du pays mais plus important que cela encore, il est certain que ceux , tous ceux, qui y ont trouvé cette osmose se sont certainement retournés en le quittant . Ont-ils compris que ce qui nous sépare est bien moins important que ce qui nous unit ?


A la vieille de cette démocratie naissante, faisons que pour nos enfants, demain l’Etat mauritanien ressemble au salon de N’gaïdé.


Pr ELY Mustapha

Cet article a été publié la première fois sur Cridem le 13 Mars 2007.

samedi 12 juin 2010

Bertrand Fessard de Foucault- Diplomate

Contre vans et marais

Lire les écrits de Bertrand Fessard de Foucault, ceux d’hier et d’aujourd’hui, c’est se rendre compte de l’importance que revêt cet analyste et commentateur de la vie politique en Mauritanie. Une source de réflexions qui nous renvoie une image irremplaçable de cette Mauritanie que le personnage a su saisir depuis les premiers balbutiements  de sa politique volontariste, aux heures de l’indépendance, à ce qu’elle est devenue aujourd’hui un gargouillement insipide de politiques agglutinés au giron du pouvoir.

Lire Bertrand Fessard de Foucault dans ses pages sur ce qu’était la Mauritanie, témoin vivant de l’épopée “contre vents et marées”, observateur averti des années kaki et de leur chape de plomb, c’est comprendre que ce diplomate a apporté dans ses écrits bien plus de choses à méditer pour les générations actuelles et futures qu’aucune école mauritanienne n’a su apprendre à ses  enfants.

Mais Bertrand Fessard de Foucault, est malheureusement en train de sombrer dans le piège que le microcosme mauritanien lui a tendu. Un microcosme appuyé sur un système militaro-courtisan entièrement dévoué à la désinformation, aux coups bas et à la sournoiserie instituée en politique d’Etat.

Bertrand Fessard de Foucault, en est aujourd’hui à dénoncer le piratage de son adresse mail, son faux-vrai courrier d’excuses au régime azizien publié par cridem… Bref, il utilise sa plume pour dénoncer  ce qui ne devrait pas être, mais qui, dans l’insipide politique mauritanienne, est la pratique de tous les jours.

Ce diplomate, n’a-t-il pas compris que depuis une trentaine d’années, la politique mauritanienne, répond à un seul principe: “Où tu es avec nous ou tu es contre nous”? Principe qui aurait pu acquérir une certaine noblesse (du temps révolu des mousquetaires), si dans le microcosme (“micromiasme”, devrions-nous dire)  politique on avait au moins du respect pour son adversaire politique.

Bertrand Fessard de Foucault, n’ayant jamais, dans ses écrits tels que nous les connaissons sur la Mauritanie, développé une inimitié pour personne, on comprend donc la virulence injustifié du système politique en place. Système n’épargnant que ceux qui tout en se spécialisant dans les courbettes, s’aplatissent en toute circonstance.

C’est autant dire que Bertrand fessard de Foucault est face à des vans entiers d’équidés politiques dressés à ne jamais ruer dans les brancards de leur cocher politique. Des bêtes… de “sommes” (sonnantes et trébuchantes), pour noyer dans les marais de leurs maîtres les moindres soupçons de vérité sur les relents de leur politique.

Contre vans et marais, Bertrand Fessard de foucault devra se battre s’il veut qu’un quelconque de ses écrits passe la barrière des marécages et des chevaux de Troie. Aujourd’hui plus qu’hier, la vérité n’est pas de mise; car ceux-là même sur laquelle elle porte, sont des usurpateurs d’un Etat, d’un régime.

Que Bertrand Fessard de Foucault ait exposé  les tenants et les aboutissants des tractations tout azimut  d’un régime mauritanien pour obtenir un financement international auquel ses pratiques politiques ne lui donnent pas droit;  qu’il ait contribué à mieux éclairer l’opinion nationale et internationale sur ce qui est, cela aurait dû lui attirer plus d’égards.

Mais en Mauritanie, l’analyse politique indépendante est une insulte. Nos dirigeants, cochers de leurs équidés, abhorrent ne pas être caressés dans le sens du poil. Après tout, c’est eux qui font et défont l’Etat, c’est eux qui s’identifient à leurs fonctions acquises par la voie des armes et légalisées par la voie des mauvaises âmes.

L’Etat mauritanien, est aujourd’hui est plongé dans un “micromiasme” politique.

Un marécage où s’affronte une opposition qui a vendu, depuis l’accord de Dakar, son âme au Diable et une “majorité” compromissoire qui applaudit, à se rompre les omoplates, un président putschiste-légalisé qui depuis son putsch a mis les pieds dans le plat face à un peuple traumatisé (lire ici)

En effet, celui qui est à la tête de l’Etat mauritanien est un individu qui fut, du temps du président soufi-sidi (lire ici), tourmenté par son “alter ego” (lire ici) et continue aujourd’hui à prendre des vessies pour des lanternes (lire ici)

Quant à l’opposition, son leader fut souvent le valet des putschistes successifs et jusque-là, il n’a jamais formulé un quelconque “mea culpa” (lire ici), on pourrait même dire qu’au lendemain du putsch de 2005, il a fait rater à la Mauritanie une occasion historique unique de chasser les militaires  du pouvoir (lire ici). Mais il s’est fourvoyé en compromissions et en égoïsme politique (lire ici) dont il a payé le prix tout en sacrifiant son pays sur l’autel des putschistes (lire ici)

Quant au reste du micromiasme politique mauritanien, il vaut ce qu’il vaut. Une opposition du ventre et une “majorité” de l’opportunisme.

Bertrand Fessard de Foucault, s’est inscrit, par ses analyses, dans cet espace.

Mais un tel espace politique mérite-t-il vraiment qu’on s’abaisse, “contre vents et marées”, à l’analyser? Ou que l’on daigne le critiquer même positivement?

La réponse, malgré tout, est oui, car on sait, depuis Camus  “ qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser”.

Camus l’a compris après qu’une certaine peste soit passée… Et en Mauritanie, les rats courent toujours….impunément.

Pr ELY Mustapha

mardi 11 mai 2010

Seigneurs de la guerre et destinée d’un peuple

 

warning

Face à tant de tensions, qui risquent d’enflammer notre pays, je vous livre ici deux articles:

Le premier est un essai d’explication de ce qui arrive au peuple mauritanien:

Sur le  Divan: Analyse psychique d’un peuple qui se démène

Le second fut un amer constat qui devint aujourd’hui une douloureuse réalité :

Une société mauritanienne traumatisée : Les seigneurs de la guerre.

Pr ELY Mustapha

Nombre total de pages vues

Nombre de visiteurs

Poésie de la douleur.