lundi 9 février 2026

Derrière le "troisième mandat", le Dauphin. Pr ELY Mustapha

Le régime mauritanien déploie une stratégie de succession post-2029 profondément machiavélique, où des partisans lancent des menaces voilées d'un troisième mandat anticonstitutionnel dont le but inavoué est de  contraindre à terme, l'opposition à accepter un dauphin loyal, tout en rejetant formellement l'idée afin de masquer la manipulation. Cette tactique illustre la praxéologie politique de Machiavel, priorisant l'efficacité sur la morale pour la conservation du pouvoir. Le Dauphin sera alors accepté comme "un moindre mal".

Machiavel, dans Le Prince (1532), enseigne que le gouvernant  doit être "lion et renard" : force brute et ruse, car les hommes sont "ingrats, volubiles, simulés, craintifs de péril, avides de gain" (chap. XVII).

En Mauritanie, les "loups de la majorité" propagent des discours ambigus sur la "souveraineté populaire" via des figures comme cet 'ambassadeur, testant les limites constitutionnelles (art. 28 limitant à deux mandats) pour susciter la peur d'une révision forcée, tout en feignant le respect des normes. Cette feinte ("simulazioneé" dirait Machavel) permet de rejeter cyniquement le troisième mandat, transformant la menace en levier pour imposer un successeur contrôlé, écho à la "fortuna" maîtrisée par la "virtù" princière.

La tactique mauritanienne fragilise l'opposition par intimidation psychologique sans effusion visible. Gramsci étend cela en hégémonie culturelle : le régime hégémonise le discours successoral, banalisant le "dauphinat" comme alternative au chaos (anarchie cyclique des Discours sur Tite-Live). Arendt, critiquant le totalitarisme, verrait ici une "banalité du mal" institutionnalisée, où la manipulation remplace la violence ouverte pour perpétuer l'oligarchie militaro-tribalo-mercantile (voir mon article " Mécanique d’un pays pris en otage : la machine militaro-tribalo-commerçante mauritanienne " lien : https://haut-et-fort.blogspot.com/2019/10/mecanique-dun-pays-pris-en-otage-la.html )

La stratégie exploite la "nature humaine mauvaise" (Machiavel) : partisans menacent pour exploiter la versatilité populaire, proposant le dauphin comme "bien public" stable, évitant haine (ne pas ravir biens ou honneurs). Foucault analyserait cela comme biopouvoir : contrôle des corps politiques via discours ambigus, relayés par médias et réseaux, imposant une succession sans alternance réelle, similaire aux "successions fictives" africaines décrites par El Hadj Mbodj. L'échange (troisième mandat rejeté contre dauphin accepté) est un contrat princier : efficacité avant éthique, risquant toutefois l'instabilité si perçu comme tyrannie (cycle historique machiavélien).

Implications sur la gouvernance Sahel

Cette praxis mine la légitimité démocratique, ravivant instabilités sahéliennes (coups d'État mauritaniens passés), et appelle à des garde-fous pluraux inspirés de Polybe (anacyclosis mixte). Schmitt distinguerait "ami/ennemi" : opposition comme ennemi potentiel, justifiant la ruse. Pour une gouvernance résiliente, prioriser transparence et redevabilité, transcendant le machiavélisme vers un républicanisme inclusif.

Les auteurs modernes en sciences politiques africaines enrichissent l'analyse du machiavélisme mauritanien en contextualisant ses stratégies dans l'hyper-présidentialisme et les manipulations successorales post-coloniales

El Hadj Mbodj, dans sa thèse doctorale La Succession des Chefs d'État Africains (rééd. 2026), décortique les "mécanismes successoraux banalisés" où les régimes manipulent le droit pour imposer des dauphins, testant des révisions constitutionnelles sous couvert de souveraineté populaire - écho direct aux menaces de troisième mandat en Mauritanie.

Mamadou Fofana, dans Recettes politiques de Nicolas Machiavel (Université Félix Houphouët-Boigny (Cote d’Ivoire- 2025), applique les principes de la virtù et fortuna aux États africains modernes, soulignant comment les élites usent de corruption et d'intimidation pour fragiliser l'opposition, comme les "loups de la majorité" mauritanienne.

Antoine Tine propose une "lecture néo-machiavélienne" des élites politiques sénégalaises (1999, rééd. UQAM), extensible au Sahel : les princes africains simulent l'alternance tout en contrôlant la succession via hégémonie culturelle gramscienne revisitée, rejetant le troisième mandat pour forcer un dauphin loyal.

 Ouanhi Achille Gnanko (Nicolas Machiavel pour un patriotisme politique, 2024) et Pamphile Biyoghe (éthique politique machiavélienne, 2024) critiquent l'"hyper-présidentialisme" africain, où la violence symbolique (menaces voilées) perpétue le pouvoir sans coup d'État visible, comme en Mauritanie face aux rumeurs de 2026.

Le  cas mauritanien

Ainsi donc, le régime mauritanien illustre parfaitement le machiavélisme postcolonial théorisé par les auteurs modernes, qui privilégie la conservation du pouvoir au détriment de l'éthique normative.

El Hadj Mbodj l'a si bien décrit en ce processus d' une "succession banalisée", où les élites jettent des "filets" symboliques via des partisans - discours ambigus de l'ambassadeur Ould Babana sur la souveraineté populaire - pour créer une fausse alternative : accepter un dauphin loyal ou risquer un troisième mandat anticonstitutionnel (art. 28).

Cet échange cynique transforme la menace en levier hégémonique, minimisant l'alternance réelle au profit d'une continuité oligarchique militaro-tribale, écho aux "recettes machiavéliennes" de Fofana (2025) appliquées aux contextes africains contemporains.

Mamadou Fofana et Pamphile Biyoghe analysent cette stratégie comme une virtù postcoloniale : feindre le rejet du troisième mandat pour imposer un successeur préfabriqué, exploitant la fortuna des tensions sahéliennes (insécurité, coups d'État passés) afin de justifier la stabilité au prix de la démocratie. Antoine Tine étend cela à une hégémonie culturelle : les rumeurs amplifiées sur les réseaux sociaux hégémonisent le débat, rendant le dauphinat "inévitable" face à l'opposition fragmentée, comme lors des contestations de 2024. Mbodj insiste sur le risque cyclique : sans rupture, cette manipulation recycle les élites, perpétuant l'hyper-présidentialisme dénoncé par les AfricTivistes, qui est une organisation panafricaine qui promeut et défend les valeurs démocratiques, les droits humains et la bonne gouvernance à travers la Civic tech (le numérique)

Ces théoriciens convergent vers une modération républicaine inspirée de Polybe (anacyclosis), relayée par Fofana : renforcer la séparation des pouvoirs via des garde-fous constitutionnels indépendants (Cour constitutionnelle renforcée, Parlement plurinational) pour contrer l'instabilité sahélienne. Gnanko préconise un "patriotisme politique" machiavélien réhabilité : transparence successorale multipartite, audits citoyens des déclarations partisanes, et coalitions d'opposition pour désamorcer les menaces symboliques. Sans ces réformes, avertit Biyoghe, le régime risque une implosion gramscienne, où l'hégémonie fissurée cède à la violence ouverte.

La Mauritanie peut donc à travers ses forces vives, contrer le machiavélisme successoral du régime par des réformes institutionnelles et sociétales inspirées des théoriciens modernes, favorisant une alternance démocratique authentique post-2029. Ces recommandations, ancrées dans une gouvernance républicaine modérée, visent à neutraliser les manipulations tout en stabilisant le Sahel.

Renforcer la limitation des mandats via un amendement supervisé par une commission mixte (opposition, société civile, experts OUA), interdisant explicitement les "ballons d'essai" partisans et imposant des délais stricts pour toute révision (inspiré Mbodj). Créer un "Conseil de la Succession" indépendant, chargé d'auditer les candidatures et discours pré-électoraux, pour prévenir les dauphins imposés, comme préconisé par Fofana dans sa relecture polybienne de la virtù républicaine.

Réformer la Cour constitutionnelle en élargissant ses membres à des juges nommés par l'opposition et la société civile (quota 40%), assurant l'impartialité face aux pressions (Tine sur hégémonie élitaire). Activer le Parlement comme contre-pouvoir via des commissions d'enquête obligatoires sur les rumeurs de troisième mandat, avec pouvoirs de saisine citoyenne, pour déconstruire les "filets" symboliques des partisans.

Former des coalitions civiques (ONG anti-corruption, syndicats, médias indépendants) pour monitorer les discours partisans via plateformes numériques transparentes, écho à Gnanko's "patriotisme politique" citoyen. Solliciter l'Union Africaine et l'ONU pour des observateurs pré-successoraux, imposant sanctions ciblées contre les manipulations constitutionnelles, stabilisant ainsi le Sahel contre les risques d'instabilité (Biyoghe).

Ces solutions, si implémentées, transforment la ruse machiavélienne, comme mentionné, en une redevabilité républicaine, évitant les cycles autoritaires que vit la Mauritanie depuis 45 ans et qui confisquent et sa démocratie et son développement.

Pr ELY Mustapha

samedi 7 février 2026

LIVRE BLANC : Optimiser la rente nationale pour juguler la pression fiscale en Mauritanie. Pr ELY Mustapha


"Le temps est venu de passer d'une économie de rente passive à une économie de souveraineté fiscale.
"

 

La Loi de Finances 2026 révèle un paradoxe structurel majeur : malgré un sous-sol et des côtes d'une richesse exceptionnelle, le budget de l'État mauritanien repose à plus de 66 % sur les recettes fiscales domestiques (85,14 Mds MRU). En revanche, les secteurs de la rente (mines et pêche) ne contribuent directement qu'à hauteur de 12,1 % aux ressources de l'État.

Pour financer un budget d'investissement et de fonctionnement en hausse (132,18 Mds MRU), l'administration est contrainte d'augmenter la pression fiscale sur les ménages et les PME, notamment via :

  • La création d'une taxe sur les transactions électroniques (0,1 %).
  • L'alourdissement des droits d'accises sur les hydrocarbures.
  • Une fiscalité saisonnière protectrice mais inflationniste sur les produits agricoles (39,23 %).

Les Risques : Une trajectoire critique

Ce livre blanc identifie trois risques majeurs liés à cette pression fiscale croissante sur l'économie réelle :

  • Asphyxie du secteur privé : Le cumul des taxes digitales et de l'Impôt Minimum Forfaitaire (IMF) décourage l'investissement et freine l'inclusion financière.
  • Évasion vers l'informel : Une fiscalité perçue comme inéquitable pousse les opérateurs économiques à quitter le circuit formel, réduisant à terme l'assiette fiscale.
  • Piège de la dette : Avec des intérêts de la dette publique en hausse de 27,58 %, l'effort fiscal des citoyens sert de plus en plus à rémunérer les créanciers plutôt qu'à financer les services publics de base.

La Vision : Faire de la rente un bouclier fiscal

La thèse centrale que je propose  réside en ce  qu'une optimisation de la captation de la rente naturelle permettrait d'alléger mécaniquement la pression sur les citoyens tout en garantissant la souveraineté budgétaire. L'objectif est de porter la contribution directe des mines, du gaz et de la pêche à 25 % du budget d'ici cinq ans.

Piliers Stratégiques et Solutions Concrètes

Ce livre blanc préconise trois axes d'intervention immédiate :

  • Réforme de la fiscalité extractive : Introduction de clauses de "Super-profits" (Windfall Tax) indexées sur les cours mondiaux du fer et de l'or, et renforcement du contrôle des prix de transfert pour éviter l'érosion de la base imposable par les multinationales.
  • Impulsion industrielle  : Passer d'une économie de licences de pêche à une économie de transformation. Obliger la transformation locale d'une partie des captures et imposer des quotas de sous-traitance nationale dans les projets gaziers pour élargir l'assiette fiscale via les entreprises locales.
  • Souveraineté par l'Audit : Investir dans la certification indépendante des coûts de production pétroliers et miniers (Cost Oil/Mine) et financer la recherche géologique nationale pour mieux valoriser les futures licences.

Maîtriser la pression fiscale en Mauritanie n'est pas une question de réduction des dépenses, mais de rééquilibrage des sources de revenus. En captant plus efficacement la valeur de ses ressources naturelles, l'État peut transformer la rente en un levier de soulagement pour le secteur privé et de prospérité pour les ménages, garantissant ainsi un contrat social plus juste et durable.

 

Ce livre blanc est téléchargeable sur ce lien : 

https://drive.google.com/file/d/1pzW0-LRoM-8W6dF-lZvO4ZOeUZLtwI8X/view?usp=sharing

 

Pr ELY Mustapha



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Poésie de la douleur.