lundi 28 septembre 2026

Le jour où Keynes (re) vint en Mauritanie. Pr ELY Mustapha


Keynes vint deux fois en Mauritanie, une première fois  en 2007 (voir l’article sur mon blog : https://haut-et-fort.blogspot.com/2007/08/le-jour-ou-keynes-vint-en-mauritanie_20.html ) et aujourd’hui en 2026, je publie, ici, les deux entretiens à quasiment 20 ans d’intervalle.

 

Lorsqu’en lundi 20 août 2007, John Maynard Keynes débarqua en Mauritanie, la première impression qu'il eut, et qu'il consigna dans ses mémoires, fut la richesse du pays en ressources naturelles… et la pauvreté des gens en ressources élémentaires. De l'eau, de l'électricité, de quoi manger : voilà ce qui manquait à un peuple assis sur le fer, l'or, le poisson et bientôt le gaz. Ce paradoxe devint pour lui un élément fondamental de réflexion, et il passa de longs mois sous une khaïma, en méditation, pour le théoriser.

Il s'appliqua notamment à comprendre le rôle que les pouvoirs publics avaient joué dans cette misère. Lui, le fervent défenseur de l'interventionnisme économique de l'État, voyait sa philosophie de l'État bienfaiteur contredite par un État qui intervient partout et ne guérit rien.

Avant de lui donner la parole, deux notions, pour que le lecteur non-initié ne se perd pas en route.

La relance budgétaire est la politique par laquelle l'État augmente ses dépenses (investissements, commandes publiques, transferts aux ménages) ou réduit les impôts, quitte à accepter un déficit, pour soutenir une demande trop faible et remettre l'économie en mouvement. C'est l'idée qui a rendu Keynes célèbre : quand les ménages et les entreprises n'achètent plus, l'État doit acheter à leur place.

Le multiplicateur keynésien est le mécanisme par lequel une dépense publique initiale produit un surcroît de revenu national plus grand qu'elle-même. L'État paie un entrepreneur ; l'entrepreneur paie ses ouvriers ; les ouvriers dépensent une partie de leur salaire chez le boutiquier ; le boutiquier dépense à son tour une partie de ce qu'il a gagné ; et ainsi de suite. Chaque ouguiya dépensée par l'État fait plusieurs tours dans l'économie avant de s'épuiser. Plus la part de chaque revenu nouveau qui est dépensée dans le pays est grande, plus le multiplicateur est fort.

Retenez bien ces deux mots en italique : dans le pays. Toute l'histoire qui suit tient en eux.

Premier entretien de 2007: l'homme enturbanné de la kebba

La première fois, c'était au temps où l'on promettait que le grand projet d'Aftout Essahli allait abreuver Nouakchott. Je l'ai rencontré par hasard, enturbanné, debout à la lisière d'une kebba, en profonde méditation devant un groupe de jeunes gens désœuvrés à l'ombre d'une baraque branlante.

Q. : Monsieur Keynes ? John Maynard Keynes, je suppose ?

Keynes : Lui-même, Sir…

Q. : Quel spectacle, n'est-ce pas ?

Keynes : Oui. Cela me rappelle les jeunes de Liverpool…

Q. : Ce n'est pas le plein emploi…

Keynes : Tout à fait. Nous ne sommes pas dans une situation de chômage incompressible, ou de courte durée. Ici, tout le monde chôme. Curieux, n'est-ce pas ?

Q. : Et pourtant, Monsieur Keynes, l'État mauritanien est plus qu'interventionniste. Cela aurait dû vous faire plaisir.

Keynes : C'est justement ce qui me fait réfléchir… Je dois revoir mon multiplicateur !

Q. : Vous pensez qu'il n'est pas applicable aux réalités économiques mauritaniennes ?

Keynes : Vous savez, depuis le temps que l'État investit et que la pauvreté reste criante, cela mérite une révision de mon modèle.

Q. : Qu'est-ce à dire ? Sommes-nous les laissés-pour-compte du « cercle vertueux de la croissance économique » ?

Keynes : Je suis certain qu'il y a quelque chose de particulier à votre économie. Voyons voir. En principe, l'activité économique repose sur le niveau de la demande effective, c'est-à-dire la demande que les agents économiques anticipent pour demain et sur laquelle ils règlent leur production d'aujourd'hui…

Q. : La demande effective est faible, et l'anticipation de cette demande par les agents économiques est quasi nulle… Il faut donc relancer la demande ?

Keynes : Effectivement. Car en relançant la demande, les entreprises accroîtront leur offre, aussitôt absorbée par cette demande. Cela générera une distribution de revenus par la relance de l'emploi, donc un accroissement des investissements des entreprises, donc une distribution de richesses, une formation brute de capital fixe, d'où la croissance économique.

Q. : Cela doit être, en principe, le processus de croissance attendu de toute économie. Mais alors, qu'est-ce qui se passe en Mauritanie ? Il y a des consommateurs, il y a une demande, il y a des entreprises et il y a l'État. Pourquoi cela ne marche-t-il pas ?

Keynes : Je crois que chez vous la demande est faible, et que l'offre l'est aussi.

Q. : Et votre multiplicateur, alors ?

Keynes : Effectivement, si la demande n'est pas forte, l'État peut relancer l'économie par la dépense publique…

Q. : Depuis qu'il existe, l'État mauritanien ne fait que dépenser… Est-ce à dire que les tenants de l'école classique, qui jugent inefficaces les politiques de relance budgétaire, ont quelque part raison ?

Keynes : Non ! Bien sûr que non ! Le problème est ailleurs. Lorsque j'ai préconisé l'interventionnisme public et le déficit budgétaire comme moyens de relancer l'économie, j'avais pensé ces solutions dans le contexte d'une économie occidentale, où l'investissement public était repris dans le circuit économique et social de la Nation.

Q. : C'est intéressant. Cela veut dire ?

Keynes : Pour être simple, voilà comment fonctionne mon multiplicateur. Lorsque l'État fait une relance budgétaire, donc lorsqu'il investit, les revenus augmentent, donc la consommation augmente. Les entreprises, pour faire face à cette consommation, augmentent leur production d'un niveau équivalent à la part du revenu consacrée à la consommation. D'où une hausse de l'emploi et une distribution de nouveaux revenus, entraînant une nouvelle vague de consommation. D'un autre côté, la part du revenu non consommée, à savoir l'épargne, augmente elle aussi, dégageant d'importants capitaux qui permettent l'investissement. Après une certaine période, l'économie s'autofinance par l'épargne réalisée grâce à l'accroissement du revenu des agents économiques.

Q. : Donc, si je comprends bien, au bout d'un certain cycle (disons cinq ans, par exemple), la relance budgétaire devient neutre tout en ayant permis, sur la période, la croissance économique.

Keynes : Il faut préciser, et c'est important, que cela ne se réalise que dans une économie dynamique, qui a des caractéristiques qui me semblent absentes de la vôtre. Mon multiplicateur a été élaboré pour une économie qui avait ses propres moyens de production. Ces moyens de production étaient mis en œuvre par des capitaux nationaux et généraient une valeur ajoutée répartie sur cette économie, valeur ajoutée dont bénéficiaient ses agents économiques en revenus supplémentaires et en épargne. Ce n'est pas le cas en Mauritanie. Je crois qu'il y a dans mon multiplicateur, quand on l'applique à votre pays, un effet que j'appellerai de « déperdition ».

Q. : De déperdition ?

Keynes : Oui. Imaginez un seau percé que l'on voudrait remplir. Chaque ouguiya que l'État verse dans l'économie devrait passer de main en main, d'un salaire à une boutique, d'une boutique à un atelier. Mais chez vous, à chaque passage, le seau fuit par deux trous. Le premier trou, ce sont les importations : l'ouguiya dépensée sert à acheter un produit fabriqué ailleurs, et c'est l'économie d'un autre pays qu'elle fait tourner. Le second trou, ce sont les détournements : l'ouguiya ne va même pas jusqu'au marché, elle s'arrête dans une poche, et de là, bien souvent, elle repart à l'étranger sous forme de villa ou de compte bancaire.

Q. : Pouvez-vous chiffrer cela pour un « nul » ?

Keynes : Prenons un exemple simple, purement illustratif. Dans une économie qui produit ce qu'elle consomme, si chacun dépense 80 ouguiyas sur chaque 100 ouguiyas de revenu nouveau et en épargne 20, le multiplicateur vaut 1 ÷ 0,2 = 5. Cent ouguiyas de dépense publique finissent par créer 500 ouguiyas de revenu national. Maintenant, supposez que sur ces 100 ouguiyas, 20 soient épargnées, 50 partent en achats de produits importés et 10 s'évaporent dans les détournements. Il ne reste que 20 ouguiyas qui font vraiment un nouveau tour dans le pays. Le multiplicateur tombe à 1 ÷ (0,2 + 0,5 + 0,1) = 1 ÷ 0,8 = 1,25. Les mêmes 100 ouguiyas de dépense publique ne créent plus que 125 ouguiyas de revenu national, au lieu de 500. Voilà la déperdition.

Q. : C'est probablement notre politique monétaire qui ne s'articule pas efficacement avec notre politique budgétaire…

Keynes : Il est important, en effet, que la politique monétaire soit combinée avec la politique budgétaire de déficit des dépenses publiques…

Q. : Quelle analyse en faites-vous ?

Keynes : Je crois que, pour la Mauritanie, tout tourne autour de la production nationale. Or celle-ci, en termes de valeur ajoutée, est quasi inexistante. Toute détermination de l'accroissement de la masse monétaire passe nécessairement par une prise en compte de l'élasticité de cette production nationale, c'est-à-dire de sa capacité à produire davantage quand on lui demande davantage. Ainsi, toute volonté d'accroître le pouvoir d'achat est forcément limitée par la faiblesse de l'appareil de production national. Augmenter les salaires équivaudrait à accroître l'inflation, puisque la monnaie supplémentaire ne trouve pas en face d'elle une offre marchande nationale correspondante. L'État se trouve alors sous contrainte extérieure : il doit importer, et s'endetter à l'extérieur, pour faire face à une demande que la production nationale ne peut satisfaire. Les conséquences en sont évidentes pour la politique monétaire, qui se trouve biaisée et dénaturée par des facteurs exogènes.

Q. : Cela signifie donc que l'on ne peut parler de politique monétaire que si l'État développe une politique industrielle et commerciale…

Keynes : On ne peut relancer l'investissement si l'État achète tout à l'étranger, y compris ses machines. Or c'est par l'investissement, y compris par le déficit budgétaire, que l'on génère la croissance, fondement du plein emploi et de l'accroissement des recettes publiques qui, cycliquement, rétabliront les équilibres budgétaires.

Q. : Cela signifie-t-il qu'en Mauritanie nous ne sommes maîtres ni de notre politique budgétaire, ni, encore moins, de la politique monétaire qui doit l'accompagner ?

Keynes : Je crois que cela est principalement dû à la nature même de l'économie et des finances publiques de votre pays. L'absence d'un tissu industriel productif et la faiblesse du pouvoir d'achat font que le déficit budgétaire ne peut pas être un moyen de relance de l'économie.

Q. : Cela est-il définitif ?

Keynes : Ce qui handicape fondamentalement, à mon avis, la croissance économique du pays et empêche les politiques de l'État (budgétaire et monétaire notamment) de jouer leur rôle, c'est que le budget est confisqué par les engagements financiers de l'État à long terme…

Q. : Et à long terme, nous sommes tous morts !

Keynes : Non, pas de précipitation. Cela, je l'ai dit dans un autre contexte… Ce qu'il faut dire, c'est que les pouvoirs publics mauritaniens ont adopté une stratégie de développement qui hypothèque durablement toute amélioration de la situation économique et sociale du pays. L'enlisement de l'État dans des projets de grande envergure, financés à coups d'endettement international, interdit toute appréciation de l'efficacité des politiques budgétaires adoptées. L'État mauritanien n'est maître ni de la quasi-totalité de ses ressources, qui proviennent de l'emprunt international, ni de ses investissements, monopolisés par des projets d'envergure. Cela se répercute nécessairement sur le développement social et économique du pays. Aucune orientation ferme vers une politique industrielle qui doterait le pays de ses outils de production, aucune stratégie d'infrastructures de base immédiates qui permettrait aux populations d'améliorer leur niveau de vie et leur environnement économique, n'est conduite dans la durée. Si les populations mauritaniennes souffrent du manque de tout, de l'eau à l'électricité en passant par les produits alimentaires, et si le niveau de vie s'est considérablement dégradé sous l'effet de la flambée des prix, du chômage et de la crise des ménages, c'est que l'État mauritanien investit ailleurs, dans des projets dont la rentabilité ne se concevra que dans plusieurs années… Et d'ici là…

Q. : Nous serons tous morts !

Keynes : Pas encore. Mais je crois que l'investissement dans des projets prioritaires, à court et moyen terme, aurait mieux aidé à aller vers le développement. Ainsi, le grand projet d'Aftout Essahli apportera probablement de l'eau jusqu'à Nouakchott, mais il n'améliorera nullement une situation industrielle et infrastructurelle qui se sera, d'ici là, fortement dégradée.

Q. : Est-ce à dire que l'État aurait dû investir dans les ressources humaines (formation, éducation, savoir-faire), dans l'amélioration du niveau de vie des populations (hôpitaux, infrastructures urbaines), dans la création d'institutions de développement (instituts de recherche, laboratoires), dans la maîtrise des technologies, dans le développement d'un tissu industriel et commercial compétitif, et dans le renforcement et l'assainissement des systèmes financiers et bancaires, supports de l'économie, avant d'entamer de tels projets d'envergure, qui monopolisent ses ressources et laissent les populations démunies et le pays sans ressources ni infrastructures ?

Keynes : D'autant plus qu'il faut savoir que ces grands projets, jusqu'à leur réalisation, réduiront à néant toute velléité de l'État d'adopter une politique budgétaire visant à relancer l'investissement et la croissance. En effet, outre qu'ils accaparent ses ressources, le financement de ces projets, qui provient de l'emprunt étranger, servira à payer des compagnies étrangères, maîtres d'œuvre des projets, qui fourniront les biens (machines, outils) et les services (ingénieurs, techniciens), et tout cela depuis l'étranger ! Cela signifie que l'État ne réalisera pas, grâce à ces investissements, une distribution de revenus à l'échelle nationale, la main-d'œuvre qualifiée étant étrangère, ni ne participera au financement d'une industrie nationale qui fournirait les machines et les outils. Donc pas d'accroissement de revenus, pas de création de valeur ajoutée par des entreprises nationales, inexistantes. L'économie de votre pays ne bénéficiera pas de l'investissement réalisé par l'État. Je l'ai dit : une politique budgétaire ne se conçoit que par une capacité de maîtrise des flux financiers budgétaires et une politique monétaire appuyée sur une politique industrielle. Il ne sert à rien de relancer l'investissement si l'on acquiert ses machines à l'étranger, et de surcroît si on les acquiert par un endettement qui n'est pas contrebalancé par une politique de croissance permettant son remboursement.

Q. : Vous me semblez très pessimiste, Monsieur Keynes…

Keynes : Et vous, ne l'êtes-vous pas ?

Q. : Je crois que je vais me tourner vers les monétaristes… Ils sont moins keynésiens.

Keynes me regarda d'un œil réprobateur, remit son turban qui pendait à son cou, prit un air de philosophe qui siérait bien à Hayek, et dit :

Keynes : Keynésien ou pas, je crois que ce qui vous manque en Mauritanie, ce n'est pas la théorisation de ce qui arrive à votre économie. C'est l'intégrité des hommes qui la dirigent.

Q. : L'intégrité ? m'écriai-je. Oui, je le crois aussi. Mais n'aurions-nous pas dû commencer par là, Monsieur Keynes ?

Il eut un hochement de tête et s'en alla. Et pendant que sa silhouette enturbannée disparaissait derrière les quelques baraques de cette banlieue nauséabonde, je me disais que si John Maynard Keynes avait posé le pied ici, c'est que nous en valions bien la peine. Allez savoir pourquoi.

Entre deux visites : de l'intégrité et de l'économie

J'ai longtemps cru que cette dernière phrase de Keynes était une boutade. Elle est en réalité la conclusion la plus technique de tout l'entretien.

Relisons le calcul du seau percé. Le premier trou, celui des importations, est une affaire de structure : on ne bâtit pas une industrie en un budget. Mais le second trou, celui des détournements, est une affaire d'hommes. Un pays qui importe plus de 70 % de ses besoins alimentaires et dont plus de 99 % des exportations de biens proviennent des industries extractives a déjà un multiplicateur fragile. S'il y ajoute une administration où chaque marché public laisse une commission en chemin, il n'a plus de multiplicateur du tout : il a un diviseur.

C'est pourquoi l'intégrité n'est pas un supplément d'âme que l'on ajouterait à l'économie une fois les équations résolues. Elle est une variable de l'équation. Tant qu'elle vaut zéro, toutes les relances budgétaires du monde se perdent dans le sable, et Keynes a raison de dire que la théorie ne manque pas : ce sont les théoriciens qui manquent de gardiens honnêtes.

Second entretien : Keynes revient, en 2026

Je ne pensais pas le revoir. Et pourtant, un soir de 2026, par une chaleur à fendre les pierres, je le retrouvai au même endroit. La baraque branlante avait été remplacée par une autre, tout aussi branlante. Les jeunes gens désœuvrés étaient d'autres jeunes gens, tout aussi désœuvrés. Keynes, lui, n'avait pas changé : même turban, même regard, un épais dossier sous le bras.

Q. : Monsieur Keynes ! Vous revenez ?

Keynes : On m'a dit que votre pays avait enfin suivi mes conseils. On m'a parlé d'un plan de relance. En bon keynésien, je suis venu voir le multiplicateur à l'œuvre.

Q. : Ah, le plan de relance… C'était en 2020, au sortir de la pandémie. Un « programme prioritaire élargi » de 24,2 milliards de nouvelles ouguiyas, soit plus de 240 milliards d'anciennes, étalé sur trente mois, de 2020 à 2022. On l'a présenté comme représentant 8,5 % du PIB. Objectif affiché : 52 000 emplois.

Keynes, les yeux brillants : 8,5 % du PIB ! Voilà une relance digne de ce nom. Avec un multiplicateur même modeste, cela aurait dû transformer le pays. Qu'a-t-on construit ?

Q. : Le projet le plus visible, ce sont des échangeurs routiers à Nouakchott. Une dizaine.

Keynes : Des échangeurs… Et les voitures qui passent dessus ?

Q. : Pour une bonne part, des épaves que personne n'a retirées de la circulation. On a construit les rampes avant d'assainir le parc automobile et de contrôler les permis.

Keynes, soupirant : Toujours le « matériel » avant le « logiciel ». Et les 52 000 emplois ?

Q. : Neuf mois après l'annonce, on n'en voyait pas les résultats. Aujourd'hui, le chômage atteint 13,12 % à la fin de 2025, contre 12,29 % un an plus tôt. Chez les jeunes, 22,17 %. Chez les femmes, 21,29 %. Et à peine 42 % des personnes en âge de travailler participent au marché du travail.

Keynes : Donc le chômage a augmenté après la relance. Et la pauvreté ?

Q. : La pauvreté monétaire est passée de 31,8 % de la population en 2019 à 34,3 % en 2023. Elle a augmenté précisément pendant les années de la relance.

Keynes, ouvrant son dossier : Voilà qui confirme ma déperdition, et même au-delà. Mais je voudrais comprendre une chose. Qui devait exécuter ce plan ?

Q. : L'administration, bien sûr.

Keynes : Et que vaut-elle, votre administration ?

Q. : On a pu calculer, à l'époque, que l'administration contribuait pour moins de 7 % au PIB tout en absorbant plus de 54 % des dépenses budgétaires. En 2020, son budget de fonctionnement, hors service de la dette, représentait 33,11 milliards d'ouguiyas sur 60,99 milliards de dépenses : 33,11 ÷ 60,99 = 54,3 %.

Keynes : Autrement dit, vous avez confié une relance à une machine qui consomme plus de la moitié du carburant pour produire moins d'un quatorzième de la route. Le montant d'un investissement importe moins que ceux qui le mettent en œuvre. C'est une loi que j'aurais dû écrire en tête de ma Théorie générale.

a) Le budget qu'on vote et celui qu'on exécute

Keynes : Laissons la relance de 2020. Parlez-moi de l'ordinaire. L'État vote chaque année un budget ; l'exécute-t-il ?

Q. : C'est tout le problème. Prenez l'année 2025. À la fin du mois d'août, le secteur de l'énergie n'avait exécuté que 33,91 % de ses crédits, sur 6,92 milliards d'ouguiyas votés pour le ministère. L'hydraulique et l'assainissement, 45,61 %, sur 4,82 milliards. Pendant ce temps, la ligne des « dépenses communes » était exécutée à 90,67 %. L'Assemblée nationale à 75,32 %. La Haute Cour de justice à près de 82 %.

Keynes, relisant : Attendez. Votre peuple manque d'eau et d'électricité ; ce sont les deux dépenses qui ont le plus fort effet d'entraînement sur l'économie, car un atelier sans courant ne produit rien et un ménage sans eau ne fait rien d'autre que chercher de l'eau. Et ce sont précisément celles-là que vous n'exécutez qu'au tiers ou à moins de la moitié, tandis que les dépenses de fonctionnement les plus discrétionnaires sont exécutées à plus de 90 % ?

Q. : C'est exactement cela.

Keynes : Ce n'est pas une politique budgétaire, c'est une politique budgétaire à l'envers. Une relance consiste à dépenser là où chaque ouguiya en fait naître d'autres. Vous faites le contraire : vous dépensez là où chaque ouguiya s'arrête, et vous épargnez là où elle aurait circulé. Les pénuries dont vous souffrez ne viennent pas d'un manque de ressources : elles viennent de crédits votés et non consommés.

Q. : Et l'été 2026 nous en a donné une illustration cruelle : deux postes de transformation de Nouakchott ont brûlé, et six communes de la capitale ont été plongées dans le noir pendant plusieurs jours de canicule.

Keynes : Je n'ai pas besoin qu'on m'explique le reste.

b) Quand l'argent manque : qui paie ?

Keynes : Et quand les recettes rentrent mal ? Car j'imagine qu'elles rentrent mal.

Q. : En 2025, le Trésor attendait 110,1 milliards d'ouguiyas de recettes. Il en a encaissé 91,9. Il manquait 18,2 milliards, soit 16,5 % de ce qu'il avait prévu.

Keynes : Un keynésien vous dirait : dans ce cas, on maintient la dépense productive et l'on accepte un déficit temporaire. Qu'avez-vous fait ?

Q. : Les dépenses dites prioritaires (le développement rural, les communes, les comptes des collectivités) ont été amputées de 20,8 %, soit 14,9 milliards d'ouguiyas. À elles seules, elles ont absorbé plus des trois quarts du manque. Dans le même temps, le service de la dette a été payé 21,7 % au-dessus de ce qui était prévu, et l'on a émis 77,3 milliards de bons du Trésor au lieu des 54,2 prévus : 42,6 % de plus.

Keynes, posant son dossier : Laissez-moi reformuler, pour être sûr d'avoir compris. Face au manque, vous avez coupé ce qui nourrit les campagnes et les communes, c'est-à-dire la dépense qui a le multiplicateur le plus élevé, parce qu'elle est dépensée sur place, en mil, en maçons, en puits. Et vous avez surpayé les créanciers, c'est-à-dire la dépense qui a le multiplicateur le plus faible, puisqu'elle quitte le circuit ou dort dans les bilans bancaires. Puis vous avez emprunté davantage à court terme pour rembourser ce qui arrivait à échéance.

Q. : C'est cela.

Keynes : C'est l'austérité pour les pauvres et la générosité pour les prêteurs. Je n'ai jamais rien écrit de tel. Même mes adversaires n'ont jamais rien écrit de tel.

c) Le gaz, enfin

Keynes : On m'a pourtant dit que vous aviez désormais du gaz. Avec le gaz, vous devriez pouvoir financer une vraie relance sans emprunter.

Q. : Le premier gaz naturel liquéfié du champ Grand Tortue Ahmeyim, que nous partageons avec le Sénégal, est sorti au début de 2025. La capacité est de 2,7 millions de tonnes par an. En 2025, 1,38 million de tonnes ont été exportées, soit à peine plus de la moitié de la capacité. Les exportations mauritaniennes de gaz ont été évaluées à environ 237 millions de dollars.

Keynes : 237 millions de dollars… Et combien de ces millions sont-ils entrés dans le budget ?

Q. : C'est une excellente question, que nos propres documents budgétaires ne tranchent pas : le même document de programmation budgétaire donne, pour les recettes gazières de 2025, tantôt 7,4 milliards d'ouguiyas, tantôt 1,73 milliard. Quatre fois plus dans le résumé que dans le détail.

Keynes : Un pays qui ne sait pas combien son gaz lui rapporte ne peut pas faire de politique budgétaire avec son gaz. Et le gaz lui-même : est-il transformé chez vous ? Crée-t-il des emplois chez vous ? Achète-t-il chez vous ses tuyaux, ses ingénieurs, ses navires ?

Q. : Pour l'essentiel, non.

Keynes : Alors c'est l'Aftout Essahli en plus grand. L'investissement est venu de l'étranger, les machines de l'étranger, les techniciens de l'étranger, et le produit repart à l'étranger. Le multiplicateur d'un gisement offshore, pour l'économie qui l'entoure, est à peu près celui d'un navire qui passe au large.

d) Le fonds qui prête aux riches

Keynes : Et ce que vous touchez, qu'en faites-vous ? Vous l'épargnez, j'espère, pour les générations futures ?

Q. : Il existe un Fonds national des revenus des hydrocarbures, alimenté depuis 2006. Il contient 214,5 millions de dollars. Il est officiellement « domicilié » à la Banque de France.

Keynes : Voilà une maison respectable.

Q. : Sauf que l'argent n'y est pas. En 2025, le fonds a perçu 14,7 millions de dollars d'intérêts. La Banque de France en a versé 1,7 %. Une banque koweïtienne en a versé 62,3 %. L'argent est placé en dépôts à terme, rémunérés entre 3,9 % et 4,9 %.

Keynes : Et pendant ce temps, à quel prix l'État mauritanien emprunte-t-il ?

Q. : La Banque centrale a fixé son taux directeur à 6 % en 2025, puis l'a relevé d'un demi-point en mai 2026. Et c'est sur ce marché intérieur, où l'argent coûte au moins cela, que le Trésor a émis 42,6 % de bons de plus que prévu.

Keynes éclata d'un rire qui fit fuir les chèvres.

Keynes : C'est magnifique. Vous prêtez à 3,9 % aux banques du Golfe et vous empruntez chez vous à plus de 6 %. Vous êtes le seul pays au monde qui finance les riches pour s'endetter auprès des siens. Et ces intérêts, que représentent-ils ?

Q. : Environ 584 millions d'ouguiyas. Rapportés aux 15 milliards retirés au développement rural et aux collectivités en 2025, cela fait 3,9 %. Et le fonds tout entier, 214,5 millions de dollars, ne couvre même pas les deux tiers d'une seule année de ces coupes.

Keynes : Donc votre épargne de vingt ans ne pèse pas une année de vos renoncements. Ce n'est pas un fonds pour les générations futures, c'est une tirelire qui rapporte moins que ce que coûte l'emprunt qu'elle aurait permis d'éviter.

e) Le budget confisqué, près de vingt ans après

Keynes : La dernière fois, je vous avais dit que votre budget était confisqué par les engagements de long terme. Où en est-on ?

Q. : Le service de la dette absorbe plus de 25 % des recettes budgétaires, davantage que la santé et l'éducation réunies. En 2026, les intérêts de la dette atteignent 5,08 milliards d'ouguiyas, en hausse de 27,6 % en un an. La loi de finances initiale de 2026 annonce un investissement en hausse de 15,9 %.

Keynes : Un investissement en hausse, voilà une bonne nouvelle sur le papier. Mais vous m'avez montré que le papier ne s'exécute pas. En 2025, on a voté pour l'énergie et exécuté pour les dépenses communes ; on a promis au développement rural et payé aux créanciers. Qu'est-ce qui me garantit que 2026 sera différente ?

Q. : Rien.

Keynes : Alors ma réponse de la première fois tient toujours. Je vous ai parlé d'un multiplicateur à déperdition. En 2026, j'ajoute un chapitre à ma théorie : le multiplicateur inversé. C'est celui d'un État qui, en période de difficulté, coupe la dépense qui multiplie et protège celle qui divise. Chez vous, la relance budgétaire n'a pas échoué parce que ma théorie est fausse. Elle a échoué parce qu'on ne l'a jamais appliquée : on a dépensé, ce qui n'est pas la même chose.

Q. : Que faudrait-il faire, alors ?

Keynes : Ce que je vous disais déjà, et que vous n'avez pas fait. Exécuter d'abord les crédits de l'eau, de l'électricité, des écoles, des centres de santé et des campagnes, parce que ce sont eux qui font tourner votre économie à l'intérieur de vos frontières. Acheter chez vous tout ce qui peut l'être. Exiger que le gaz, le fer, l'or et le poisson laissent de la valeur ajoutée sur votre sol et non seulement des redevances dans vos caisses. Placer l'épargne du fonds des hydrocarbures de manière à ce qu'elle rapporte au moins ce que coûte votre propre dette, ou l'utiliser pour éviter cette dette. Publier ce que l'on dépense, là où on le dépense. Et punir ceux qui percent le seau.

Q. : C'est-à-dire, encore et toujours…

Keynes : L'intégrité des hommes. Je vous l'avais dit. Vous m'aviez répondu qu'il aurait fallu commencer par là. Près de vingt ans ont passé, et vous n'avez toujours pas commencé.

Il referma son dossier, rajusta son turban et s'éloigna vers les baraques. Cette fois, il ne se retourna pas. Je crus l'entendre murmurer qu'à long terme nous serions tous morts, mais qu'ici, on ne se donnait même pas la peine d'attendre le long terme.

Et je restai là, devant les jeunes gens désœuvrés, à me demander combien de fois encore il faudrait que Keynes vienne en Mauritanie pour que nous comprenions enfin ce qu'il était venu nous dire.

Pr ELY Mustapha

 

samedi 26 septembre 2026

Voilà pourquoi il ne faut pas augmenter le salayre des enseignants. Par Pr ELY Mustapha


 La faute dans ce titre est volontaire (non, le prof n’a pas fumé la moquette ; pas encore).  Le « i grec » est ici une affaire d’État. Il témoigne des bienfaits d’une politique éducative conduite avec la retenue nécessaire : tant qu’il reste des fautes, il reste de l’espoir pour ceux que la lecture dérange.

Prenez « salayre ». Un enseignant correctement payé, ayant bien dormi, avec les yeux en face des trous de ses lunettes non cabossées, n’étant pas essoufflé par une course poursuite avec le boutiquier du coin réclamant ses arriérés préhistoriques, avec des sandales en mousse de Pékin qui sont le seul bien qu’il arrive à garder puisqu’elles flottent lors des inondations,  corrigerait aussitôt : « salaire ». La chose paraît innocente. Mais après avoir corrigé un mot, l’élève voudra peut-être en connaître le sens. Et c’est là que les ennuis commencent. Il découvrira qu’un salaire est une somme due en échange d’un travail, et non une récompense facultative accordée, entre deux cérémonies, à quelqu’un qu’on vient d’appeler «pilier de la nation ».

Le « i grec » constitue donc une affaire d’État. Enseignez à un élève à le repérer dans salayre, et il repérera bientôt d’autres choses qui n’ont rien à faire là : une exception glissée dans un texte, une promesse ajoutée à un discours, une responsabilité discrètement déplacée vers un bureau voisin. Il découvrira aussi ce qui devrait s’y trouver et manque à l’appel. C’est le propre de la lecture : elle rend visibles les absences.

Voilà pourquoi il ne faut surtout pas augmenter le salayre des enseignants. Un professeur qui a les moyens d’enseigner pourrait dire à sa classe : « Regardez bien ce y. » Les élèves regarderaient. Puis ils prendraient la fâcheuse habitude de regarder le reste.

Et pour la paix de ceux qui préfèrent gouverner les yeux fermés, ce serait vraiment trop.

L’enfant poursuivra sa lecture. Sur une affiche, il verra : « L’éducation est notre priorité. » Émerveillé, il cherchera ce que signifie priorité. Son dictionnaire ne dira malheureusement pas : « Secteur auquel on rend hommage avant de passer aux affaires sérieuses. » Nous risquons de perdre à jamais le droit de prononcer cette phrase sans qu’un élève demande : « Alors pourquoi mes enseignants réclament-ils leurs indemnités ? »

Plus tard, ce même élève tombera sur un communiqué annonçant qu’un accord a été « conclu ». Il commettra l’imprudence d’en déduire qu’il doit être appliqué. Il faudra lui expliquer, avec toute la patience nécessaire, qu’en langue administrative, « conclu » signifie parfois « prêt à entamer une longue et brillante carrière d’attente ».

Le cas le plus grave concerne le citoyen capable de lire deux textes à la fois. Il place la promesse à gauche, les résultats à droite, puis compare. Aucune circulaire n’a jamais trouvé de remède fiable à cette méthode. On peut toujours lui répondre que « des efforts importants ont été consentis », mais il risque de demander lesquels. On peut lui dire que « le dossier suit son cours », mais il voudra connaître son itinéraire. On peut même annoncer une « accélération de la cadence » ; le voilà qui sort un calendrier. C’est déloyal.

La lecture présente un autre défaut : elle donne accès aux petits caractères. Ceux qui vivent paisiblement dans les grands discours savent qu’il ne faut jamais encourager cette habitude. Dans les grands caractères, tout est clair : engagement, progrès, réforme. Dans les petits, on trouve parfois les conditions, les délais, les exceptions et le nom du bureau compétent. L’élève bien instruit ne se contente pas d’applaudir la première ligne ; il descend jusqu’à la dernière. Il pourrait même conserver une copie. À partir de là, la mémoire institutionnelle n’a plus le monopole de l’oubli.

Et que dire de celui qui apprend à écrire ? Lire permet de constater qu’une demande n’a pas reçu de réponse. Écrire permet d’en envoyer une deuxième, avec la date de la première. Au troisième courrier, il joindra les pièces. Au quatrième, il citera le texte applicable. Ce n’est plus un administré : c’est une menace classée par ordre chronologique.

Voilà pourquoi l’erreur « salayre » doit être protégée comme un patrimoine national. Elle maintient une distance salutaire entre les mots et leur sens, entre les promesses et leur exécution, entre le citoyen et le document qu’on aurait préféré qu’il ne lise pas.

N’augmentons donc surtout pas le salaire des enseignants. Ils pourraient apprendre à toute une génération qu’une faute se corrige. D’abord sur le papier. Ensuite, qui sait, ailleurs.

Le 24 septembre 2026, des centaines d’enseignants mauritaniens se sont rassemblés devant le ministère de l’Éducation nationale. Ils ont bravé la pluie et les routes inondées pour réclamer une hausse des salaires, le paiement d’indemnités et, pour certains, d’arriérés. Leur Coordination syndicale unifiée rassemble trois syndicats. Voilà une mobilisation inquiétante : si ces enseignants sont capables de traverser une rue sous l’eau, imaginez ce qu’ils feraient avec un salaire décent et une classe équipée.

Il est donc urgent de défendre l’intérêt supérieur de l’immobilisme. Voici pourquoi il ne faut, sous aucun prétexte, les augmenter.

Ils auraient le temps d’enseigner

Le premier risque est d’une simplicité effrayante. Un enseignant moins préoccupé par ses fins de mois pourrait consacrer davantage de temps à préparer ses cours, à suivre les élèves qui décrochent, à lire et à corriger sérieusement les devoirs.

On voit tout de suite le problème : un devoir corrigé peut devenir un raisonnement corrigé. L’élève qui apprend à repérer une erreur dans une soustraction pourrait, plus tard, en repérer une dans un budget. Celui qui apprend la différence entre un fait et une opinion pourrait l’appliquer à un discours officiel. Quant à celui qui maîtrise la compréhension de texte, il risque de lire jusqu’au bout une décision administrative. C’est aller chercher les ennuis.

Ils enseigneraient la différence entre « décidé » et « fait »

Un représentant syndical, évoque des « décisions qui restent en attente ». Après plusieurs réunions de conciliation, les enseignants dénoncent la lenteur de mise en œuvre d’accords déjà conclus. Ils demandent aussi la revalorisation des indemnités et une clarification des règles de représentativité syndicale.

Soyons justes envers l’administration : attendre est un travail. Une décision doit être annoncée, saluée, transmise, examinée, réexaminée, puis confiée à quelqu’un qui promet d’en suivre l’évolution. L’appliquer immédiatement priverait beaucoup de monde de l’occasion de dire : « Le dossier suit son cours. »

Or un enseignant convenablement payé pourrait expliquer à ses élèves qu’une décision n’est pas une décoration murale. Imaginez ces élèves, devenus adultes, demandant pourquoi un accord signé n’a pas été exécuté. Toute une tradition de réponses évasives serait menacée.

Ils formeraient des citoyens particulièrement agaçants

Un élève instruit ne devient pas nécessairement opposant. C’est beaucoup plus grave : il peut devenir exigeant.

Il pourrait demander à quoi sert une dépense publique, comment on mesure un résultat, pourquoi tel service ne fonctionne pas et à qui incombe de le réparer. Il pourrait même poser ces questions calmement, chiffres et documents en main. Face à cela, la formule « vous n’avez pas compris » perd une bonne partie de sa puissance.

La léthargie morale et l’engourdissement intellectuel offrent, au contraire, un confort appréciable. Un citoyen trop fatigué pour vérifier laisse passer une contradiction. Un citoyen qui ne connaît pas ses droits prend parfois une faveur pour une justice. Et dans cette douce bouillabaisse, la médiocrité administrative peut flotter à la surface en se faisant passer pour de la compétence.

Ils compromettraient la paix du régime

Un dirigeant syndicaliste dit entendre régulièrement des annonces d’amélioration sans en voir les effets sur la vie des enseignants. Voilà pourtant le secret d’une communication durable : promettre assez pour maintenir l’espoir, agir assez lentement pour pouvoir renouveler la promesse.

Si les enseignants étaient mieux traités, certains pourraient transmettre aux générations suivantes une idée subversive : l’autorité publique doit rendre compte de ses actes. Pas être insultée, pas être renversée à chaque mauvaise note ; simplement rendre compte. Il est difficile d’imaginer menace plus polie, et donc plus embarrassante, pour la paix d’un régime fondée sur l’absence de questions.

Prenons un exemple. Une ancienne élève devenue fonctionnaire reçoit un dossier marqué « urgent » depuis huit mois. Au lieu de l’ajouter à la pile des urgences historiques, elle demande pourquoi il n’a pas été traité. Son supérieur invoque les « procédures ». Elle demande lesquelles. À ce stade, la civilisation administrative que nous connaissons pourrait ne pas s’en remettre.

La solution : des hommages, surtout pas des virements

Il faut donc continuer à déclarer les enseignants « piliers de la nation ». Le pilier est un symbole commode : on le remercie pour sa solidité sans se demander ce qui le soutient.

Aux demandes de salaire, répondons par une cérémonie. Aux indemnités impayées, par un communiqué. Aux arriérés, par une commission de suivi des arriérés. Quant au local syndical également réclamé, on pourrait leur attribuer une pièce imaginaire : elle sera disponible immédiatement, ne coûtera rien et correspondra parfaitement au mobilier des promesses

Bien entendu, tout ceci est une satire. Augmenter les salaires ne suffira pas, à lui seul, à transformer l’école mauritanienne. Mais demander aux enseignants de former des esprits libres tout en les laissant lutter pour leurs conditions de vie, c’est vouloir récolter du savoir après avoir économisé sur ceux qui le sèment.

Alors oui, n’augmentons surtout pas le « salayre » des enseignants. Ils pourraient commencer par corriger ce mot. Puis apprendre à leurs élèves à corriger le reste. Or l’Etat mauritanien c’est surtout ce qui en …reste.


Pr ELY Mustapha


mercredi 23 septembre 2026

BCM : Une banque Centrale, quatre cabinets…et la facture que personne ne voit encore. Pr ELY Mustapha


La BCM veut refonder le système bancaire mauritanien : nouveau code financier, résolution des banques en difficulté, marché des créances douteuses, modernisation numérique et possible monnaie digitale. Le programme paraît nécessaire. Mais combien coûte-t-il réellement, qui le paie et quels résultats les citoyens peuvent-ils attendre ?

Pour une lecture aisée par un large public et par pédagogie  (déformation professionnelle oblige), j’apporte chaque fois l’explication requise des notions abordées.

La Banque Centrale de Mauritanie veut changer de dimension.

Dans sa lettre d’information publiée en août 2026, la BCM annonce une vaste transformation du secteur financier. Quatre cabinets internationaux sont mobilisés : Lazard pour la consolidation du secteur bancaire, A&O Shearman pour le nouveau code monétaire et financier, Hughes Hubbard & Reed pour le cadre de résolution bancaire, et Clifford Chance pour le marché secondaire des créances en souffrance.

À cela s’ajoutent un nouveau système informatique central, l’adoption des normes IFRS, la refonte de centaines de procédures, une plateforme de gouvernance des données, des travaux sur une monnaie numérique de banque centrale et un programme consacré aux fintechs.

Le chantier est immense. Il peut renforcer la stabilité du pays. Mais une question simple reste sans réponse : combien tout cela coûte-t-il ?

Avant tout, de quoi parle-t-on ?

 

Pour comprendre ce programme, il faut distinguer trois notions.

Une banque centrale n’est pas une banque commerciale. Elle ne reçoit pas principalement les dépôts des ménages et ne distribue pas les crédits ordinaires aux entreprises. Elle émet la monnaie nationale, conduit la politique monétaire, supervise les banques, veille à la stabilité financière et organise ou surveille les systèmes de paiement.

La stabilité financière désigne la capacité du système bancaire et financier à continuer de fonctionner - même en période de crise - sans provoquer une paralysie des paiements, une fuite massive des dépôts ou une intervention budgétaire excessive de l’État.

Enfin, une réforme bancaire ne concerne pas seulement les banquiers. Elle touche les déposants, les emprunteurs, les entreprises, les commerçants et, indirectement, les contribuables.

Des réformes qui répondent à de vrais problèmes

Il serait injuste de présenter ces projets comme un luxe administratif ou une simple opération de communication. Le système bancaire mauritanien fait face à des difficultés réelles.

Les données disponibles montrent un niveau élevé de créances en souffrance, également appelées créances douteuses ou prêts non performants. Il s’agit de crédits dont le remboursement est en retard, incertain ou compromis. Lorsqu’une banque prête de l’argent, elle s’attend à récupérer le capital et les intérêts. Si l’emprunteur ne rembourse plus, le crédit devient une créance en souffrance.

Les travaux du FMI situent ces créances à un niveau supérieur à 15 % des encours bancaires. Autrement dit, sur 100 unités de crédit accordées, plus de 15 seraient exposées à un problème de remboursement. Ce ratio ne signifie pas nécessairement que toute cette somme est définitivement perdue, mais il révèle une fragilité importante.

Quand les créances douteuses s’accumulent, les banques deviennent plus prudentes. Elles prêtent moins, demandent davantage de garanties et écartent souvent les petites entreprises. Le crédit devient plus cher et l’investissement ralentit.

Le FMI a également recommandé de renforcer les fonds propres des banques. Les fonds propres correspondent, en termes simples, à la partie des ressources appartenant durablement à la banque et servant de coussin en cas de pertes. Plus une banque dispose de fonds propres solides, plus elle peut absorber des pertes sans mettre en danger les dépôts de ses clients.

Le triplement du capital minimum à partir de 2027 vise donc à rendre les banques plus résistantes. Mais cette mesure peut aussi avoir un coût : certaines petites banques devront trouver de nouveaux investisseurs, fusionner ou réduire leurs activités.

 

Qu’est-ce que la consolidation bancaire ?

La consolidation bancaire consiste à renforcer et parfois à regrouper des établissements bancaires. Elle peut prendre la forme d’une fusion, d’une acquisition, d’une recapitalisation ou d’une réorganisation.

L’objectif est généralement de disposer de banques mieux capitalisées, mieux gouvernées et capables de financer l’économie. Une banque très petite ou très fragile peut avoir du mal à investir dans la technologie, à recruter des spécialistes ou à gérer les risques.

Mais la consolidation n’est pas automatiquement positive. Si trop de banques fusionnent, le marché peut devenir excessivement concentré. Une banque dominante pourrait alors imposer des conditions moins favorables aux clients. Le système pourrait également créer des établissements « trop grands pour faire faillite », c’est-à-dire si importants que l’État serait presque obligé de les sauver en cas de crise.

La question n’est donc pas seulement : « Faut-il moins de banques ? » Elle est aussi : « Comment avoir des banques solides sans supprimer la concurrence et l’accès au crédit ? »

Quatre cabinets : spécialisation ou dispersion ?

Le choix de quatre cabinets distincts peut se comprendre.

Lazard est spécialisé dans la finance d’entreprise, les restructurations et les opérations de consolidation. A&O Shearman dispose d’une expertise internationale en droit bancaire et financier. Hughes Hubbard & Reed peut apporter une compétence spécifique en matière de résolution et de restructuration. Clifford Chance intervient sur les marchés financiers, les créances et les opérations complexes.

Cette division du travail permet de faire appel à des compétences spécialisées. Elle peut aussi éviter de confier l’ensemble de la réforme à un seul prestataire.

Mais elle comporte un risque : celui de la fragmentation. Le nouveau code monétaire doit être compatible avec le cadre de résolution. Le marché secondaire des créances douteuses doit être cohérent avec les règles de faillite, les tribunaux commerciaux et le droit des garanties. La consolidation bancaire doit tenir compte des mécanismes de résolution.

Si chaque cabinet produit un excellent rapport dans son domaine, mais que les textes se contredisent, la réforme échouera malgré la qualité des consultants.

La BCM doit donc assurer une coordination forte. Elle doit également associer des juristes, des économistes et des informaticiens mauritaniens à chaque étape.

Qu’est-ce qu’un cadre de résolution bancaire ?

La résolution bancaire est la procédure organisée permettant de traiter une banque en difficulté grave sans attendre une faillite désordonnée.

Elle ne signifie pas nécessairement fermer la banque. Plusieurs solutions sont possibles :

-          vendre une partie saine de ses activités à une autre banque ;

-          créer une banque-relais temporaire ;

-          transférer les dépôts protégés vers un établissement solide ;

-          faire supporter une partie des pertes aux actionnaires et créanciers, plutôt qu’au contribuable ;

-          liquider méthodiquement les activités impossibles à sauver.

L’objectif est double : protéger les fonctions essentielles - notamment les dépôts et les paiements - et limiter le recours à l’argent public.

Un cadre de résolution ne suffit toutefois pas à lui seul. Il faut aussi une autorité clairement compétente, des plans de redressement, des données fiables, des tests de résistance et un mécanisme de financement.

Le test de résistance est une simulation qui mesure la capacité d’une banque à supporter un choc : forte baisse des prix des actifs, défaillance d’un grand emprunteur, crise de liquidité ou dépréciation monétaire.

Le marché secondaire des créances douteuses

Le marché secondaire des créances est un mécanisme permettant aux banques de vendre leurs créances en souffrance à des investisseurs spécialisés ou à une structure de gestion d’actifs.

La banque qui vend une créance douteuse reçoit immédiatement une somme, même inférieure à la valeur initiale du prêt. Elle nettoie ainsi son bilan et peut éventuellement recommencer à prêter.

L’acheteur, lui, prend le risque de récupérer la dette auprès de l’emprunteur ou de réaliser les garanties. Il achète donc un actif risqué à prix réduit dans l’espoir d’en tirer un rendement.

Ce marché peut être utile, mais il exige plusieurs conditions :

-          un registre fiable des garanties ;

-          des tribunaux commerciaux efficaces ;

-          des procédures d’exécution rapides ;

-          une valorisation réaliste des biens ;

-          des règles fiscales claires ;

-          une protection des données ;

-          une surveillance des investisseurs.

Sans ces conditions, le marché risque de devenir une simple vente à bas prix des pertes bancaires. Les petits débiteurs pourraient être traités comme de simples dossiers à recouvrer, sans solution de restructuration.

La facture reste dans l’ombre

Le point le plus problématique est l’absence de chiffres.

Les montants des contrats conclus avec les quatre cabinets ne sont pas publiés dans l’article ni dans les sources accessibles. On ignore les honoraires, les frais de déplacement, les éventuels sous-traitants, les primes liées aux résultats et les coûts des avenants.

On ignore également si les missions sont financées par le budget propre de la BCM, par l’État, par un don ou par un fonds extérieur lié au FMI ou à la Banque mondiale.

Il serait imprudent d’inventer une facture. Mais des scénarios permettent de mesurer l’ordre de grandeur possible. Pour quatre missions internationales de conseil juridique et financier, les honoraires pourraient se situer entre quelques millions et une quinzaine de millions de dollars selon l’ampleur des travaux. Cette estimation n’est pas un montant réel : elle montre seulement pourquoi la publication des contrats est indispensable.

La facture la plus importante ne sera peut-être pas celle des consultants. Elle pourrait venir après.

Un nouveau système bancaire informatique entraîne des coûts de licences, d’intégration, de migration des données, de formation, de maintenance et de cybersécurité.

Le coût total de possession d’un système informatique comprend non seulement son achat, mais aussi son intégration, les licences, la formation, les mises à jour, la sécurité, la maintenance et son remplacement futur. Un système apparemment peu coûteux au départ peut devenir très cher sur dix ans.

Un cadre de résolution bancaire suppose un fonds de résolution et un système de garantie des dépôts. Une consolidation bancaire peut nécessiter des recapitalisations. Une monnaie numérique de banque centrale peut exiger une infrastructure coûteuse et durable.

Le véritable coût d’une réforme ne se limite donc jamais au chèque versé au cabinet de conseil.

Pour un pays en développement, chaque dollar compte

À l’échelle d’un pays dont les recettes budgétaires dépassent 100 milliards de MRU, des honoraires de conseil même élevés peuvent sembler supportables. Mais cette comparaison ne suffit pas.

La question est celle du coût d’opportunité. Il s’agit de ce à quoi l’on renonce lorsqu’on consacre une ressource à un projet plutôt qu’à un autre.

Le même argent pourrait servir à renforcer la supervision bancaire locale, recruter des spécialistes mauritaniens, moderniser les tribunaux commerciaux, améliorer les registres de garanties, protéger les déposants ou développer les paiements numériques.

Le choix n’est donc pas simplement entre « réforme » et « absence de réforme ». Il est aussi entre différentes manières de réformer.

La BCM peut acheter une expertise internationale ponctuelle. Mais elle doit éviter d’acheter une dépendance permanente.

Les acquis internes sont réels

L’analyse doit rester équilibrée. La BCM ne part pas de zéro.

Elle affirme avoir adopté les normes IFRS à partir de 2023, avec trois exercices certifiés sans réserve. Les IFRS sont des normes comptables internationales destinées à rendre les états financiers plus comparables et plus transparents.

Une certification sans réserve signifie que l’auditeur estime que les comptes présentent correctement la situation financière, selon le référentiel applicable, sans réserve majeure. Cette certification concerne les comptes de la BCM ; elle ne signifie pas automatiquement que toutes les banques commerciales appliquent parfaitement les IFRS ni que tout le système financier est sans risque.

La banque centrale indique aussi avoir mis en production les premiers modules de son nouveau Core Banking System en octobre 2024. Il s’agit d’un système informatique central qui regroupe les opérations comptables, les paiements, les réserves et certaines fonctions administratives.

Plus de 270 processus auraient été documentés, avec la mobilisation de plus de 90 collaborateurs et l’organisation de plus de 100 ateliers.

Un processus est une suite organisée d’activités destinées à atteindre un résultat : effectuer un paiement, enregistrer une opération, contrôler une réserve ou produire un rapport. Documenter un processus permet de préciser qui fait quoi, dans quel délai et avec quels contrôles.

La plateforme de gouvernance des données regrouperait plus de 78 millions d’enregistrements et près de 49 500 comptes rattachés aux référentiels. La BCM annonce un taux de fiabilisation de 99,8 %.

Ce dernier chiffre mérite toutefois une explication précise. S’agit-il de données dédoublonnées ? De champs complétés ? De comptes correctement rattachés ? De données contrôlées par échantillon ? Un taux de traitement automatisé de 99,8 % ne signifie pas nécessairement que 99,8 % des données sont exactes.

La gouvernance des données désigne l’ensemble des règles qui déterminent la manière dont les données sont collectées, vérifiées, protégées, corrigées, partagées et conservées. La BCM doit publier la méthode de calcul du taux annoncé et les résultats de l’audit indépendant.

Une monnaie numérique, mais pour quel besoin ?

La BCM teste également une monnaie numérique de banque centrale, souvent appelée CBDC. Il s’agit d’une forme numérique de la monnaie émise directement par la banque centrale, différente d’un simple compte bancaire ou d’un portefeuille électronique privé.

Une monnaie numérique pourrait améliorer l’inclusion financière, faciliter certains paiements publics, réduire les coûts de transaction et renforcer la résilience du système de paiement. Mais elle comporte aussi des risques : cyberattaques, atteinte à la vie privée, fracture numérique, faible adoption et déplacement des dépôts des banques commerciales vers la banque centrale.

La désintermédiation bancaire désigne précisément le risque que les ménages et les entreprises retirent leurs dépôts des banques commerciales pour les placer directement sous forme numérique auprès de la banque centrale. En période de crise, ce phénomène pourrait accélérer une fuite des dépôts.

La question est donc simple : la Mauritanie a-t-elle besoin d’une monnaie numérique de banque centrale, ou doit-elle d’abord améliorer l’interopérabilité des portefeuilles existants et les paiements instantanés ?

La certification du switch national de paiement GIMTEL au registre mondial de Visa en 2025 montre que des progrès importants sont déjà possibles sans lancer immédiatement une infrastructure monétaire entièrement nouvelle.

Avant tout déploiement national, la BCM devrait publier une comparaison claire entre les différentes options, leurs coûts et leurs bénéfices.

Les fintechs : innovation ou risque de surendettement ?

Le terme Fintech désigne l’utilisation de technologies numériques pour fournir des services financiers. Le crédit digital, le paiement fractionné et le financement participatif peuvent faciliter l’accès au financement.

Le paiement fractionné, parfois appelé BNPL - « buy now, pay later », acheter maintenant et payer plus tard - permet au client de régler un achat en plusieurs échéances. Il peut être utile, mais il comporte un risque de surendettement lorsque plusieurs achats sont contractés simultanément.

Le financement participatif permet à des particuliers ou à des investisseurs de financer collectivement un projet ou une entreprise, généralement par une plateforme numérique.

Ces innovations nécessitent des règles de protection : information sur le coût réel, plafonds, contrôle de l’endettement, protection des données, prévention de la fraude et mécanismes de réclamation.

La modernisation ne doit donc pas transformer chaque citoyen en emprunteur permanent sans protection suffisante.

Le citoyen doit voir les résultats

Pour le grand public, une réforme bancaire ne se mesure ni au nombre de cabinets mobilisés ni au nombre de pages produites.

Elle se mesure à des résultats concrets :

-          les dépôts sont-ils mieux protégés ?

-          Les banques prêtent-elles davantage aux PME ?

-          Le coût du crédit diminue-t-il ?

-          Les paiements deviennent-ils plus rapides et moins chers ?

-          Les faillites bancaires sont-elles traitées plus rapidement ?

-          Les créances douteuses diminuent-elles ?

-          Les services financiers deviennent-ils accessibles aux populations éloignées des grandes villes ?

Ces indicateurs devraient être publiés chaque année.

La BCM indique par ailleurs que 12 des 16 recommandations formulées dans le cadre de l’évaluation des dispositifs de sauvegarde du FMI ont été entièrement mises en œuvre.

Les dispositifs de sauvegarde sont des contrôles destinés à protéger les ressources, les réserves, les comptes et la gouvernance d’une banque centrale. Ils concernent notamment l’audit, le contrôle interne, la qualité des informations financières et la gestion des risques.

La mise en œuvre de 12 recommandations constitue un progrès important. Mais les quatre recommandations restantes doivent être rendues publiques, avec leur statut exact et la justification de leur classement comme « non prioritaires ».

Une réforme nécessaire, mais une transparence obligatoire

Le programme de la BCM est stratégiquement justifié. La Mauritanie a besoin d’un secteur bancaire plus solide, d’un droit financier modernisé, d’un dispositif de résolution crédible et d’un traitement efficace des créances en souffrance.

Mais une réforme nécessaire n’est pas dispensée de transparence.

La BCM devrait publier :

-          les contrats des quatre cabinets ;

-          les montants et devises des honoraires ;

-          les sources de financement ;

-          les termes de référence ;

-          les livrables ;

-          les rapports finaux ;

-          les coûts de maintenance des systèmes ;

-          les mécanismes de transfert de compétences ;

-          les indicateurs de résultats.

Le transfert de compétences signifie que l’expertise achetée à l’extérieur doit laisser des capacités durables au sein de la BCM : agents formés, documents réutilisables, outils maîtrisés et capacité à poursuivre le travail sans assistance permanente.

La banque centrale demande aux établissements qu’elle supervise de présenter des comptes fiables et transparents. Elle doit appliquer à ses propres projets la même exigence de responsabilité.

La Mauritanie a besoin de réformes bancaires. Elle a aussi besoin de savoir combien elles coûtent, qui les réalise et ce qu’elles rapportent.

Soutenir la réforme ne signifie pas signer un chèque en blanc.

Pr ELY Mustapha

Nombre total de pages vues

Nombre de visiteurs

Poésie de la douleur.