mercredi 14 octobre 2026

La Banque mondiale ment-elle à la Mauritanie ? Croissance… et sous-développement. Pr ELY Mustapha

 La Banque mondiale annonce 4,6% de croissance en 2026, alors que les prix flambent, que la pauvreté progresse et que la richesse extractive crée peu d’emplois. Un chiffre présenté, médiatiquement et au-delà,  comme la preuve d’une prospérité nationale mais qui raconte une histoire profondément incomplète.

Une croissance de 4,6% en Mauritanie en 2026. À première vue, la nouvelle semble excellente : l’économie avance, le gaz commence à rapporter, l’or soutient les exportations et le pays produira davantage qu’en 2025.

Pourtant, dans les marchés, les boutiques et les foyers, une autre réalité domine : l’alimentation, l’énergie et le transport coûtent plus cher ; les revenus ne suivent pas toujours ; l’emploi manque ; la pauvreté devrait augmenter. Le Fonds monétaire international prévoit d’ailleurs une croissance plus faible, de 4,4%, accompagnée d’une inflation annuelle moyenne de 8%.


Dès lors, une question s’impose : la Banque mondiale ment-elle à la Mauritanie ?

La réponse exige de distinguer trois choses : le mensonge, l’erreur et la présentation trompeuse.

Mentir, c’est affirmer volontairement ce que l’on sait faux. Rien ne permet d’établir que la Banque mondiale aurait inventé consciemment le taux de 4,6%. Ce taux résulte d’un modèle économique, de données disponibles et d’hypothèses sur le gaz, l’or, l’agriculture, les services et l’environnement international.

Mais un chiffre peut être techniquement défendable et politiquement trompeur lorsqu’il est isolé de tout ce qui en limite la signification. La Banque mondiale ne ment peut-être pas sur le PIB ; elle induit en erreur si les 4,6% sont présentés comme 4,6% de prospérité pour les Mauritaniens.

Première preuve : une prévision n’est pas un résultat

Les 4,6% ne sont pas une richesse déjà créée ni un résultat définitif. Il s’agit d’une prévision pour l’ensemble de l’année 2026.

Une prévision économique ressemble à une prévision météorologique : elle repose sur les informations connues au moment du calcul et sur plusieurs hypothèses. Si la production de gaz est inférieure aux attentes, si le prix de l’or baisse, si les importations augmentent ou si un conflit international renchérit l’énergie, le résultat final change.

La preuve de cette incertitude se trouve dans les chiffres des institutions elles-mêmes. La Banque mondiale annonce 4,6%, tandis que le FMI prévoit 4,4%. Cet écart ne démontre pas une manipulation ; il montre qu’aucune institution ne connaît encore exactement le taux annuel définitif.

Les estimations ont d’ailleurs déjà été révisées. Dans son scénario antérieur d’avril 2026, la Banque mondiale retenait 4,4% de croissance et 4,8% d’inflation. Quelques mois plus tard, elle a relevé la croissance à 4,6%, mais surtout l’inflation à 7,6%.

La première conclusion est donc claire : annoncer 4,6% comme une certitude constitue un abus de langage. Il faudrait parler d’un scénario central, préciser ses hypothèses et publier une marge d’incertitude.

Deuxième preuve : le PIB n’est pas le revenu des familles

Le taux de 4,6% concerne le PIB réel, ou produit intérieur brut corrigé de l’évolution générale des prix. Le PIB additionne la valeur de ce qui est produit sur le territoire : gaz, minerais, poisson, agriculture, bâtiments, transports, commerce, administration et services.

Le terme « réel » prête à confusion. Il ne signifie pas que la croissance est « réellement ressentie » par la population. Il signifie seulement que les économistes ont corrigé la production de l’effet des prix afin de mesurer son évolution en volume.

Ainsi, une cargaison supplémentaire de gaz augmente le PIB. Mais elle n’augmente pas automatiquement le salaire de l’enseignant, le revenu de l’éleveur ou les ventes du petit commerçant.

Imaginons un village dans lequel une société étrangère exploite une mine très rentable. La production du village bondit. Pourtant, si la mine emploie peu d’habitants, importe son matériel et transfère une part de ses bénéfices à l’étranger, la majorité de la population peut ne constater aucune amélioration.

Ce n’est pas une hypothèse abstraite. Le rapport de la Banque mondiale sur la croissance et l’emploi estime que les industries extractives ne représentent qu’environ 1,2% des emplois, malgré leur poids considérable dans l’économie.

Le PIB répond donc à la question : « Combien le territoire a-t-il produit ? » Il ne répond pas à la question : « Combien les ménages mauritaniens ont-ils reçu ? »

Confondre croissance du PIB, croissance du revenu national et amélioration du niveau de vie constitue le premier grand trompe-l’œil.

Troisième preuve : 4,6% devient 2,1% par habitant

Pour évaluer ce que la croissance représente à l’échelle de la population, il faut considérer le PIB réel par habitant. Cet indicateur divise la production nationale par le nombre d’habitants.

Or la Banque mondiale ne prévoit que 2,1% de croissance par habitant, moins de la moitié du chiffre affiché pour l’ensemble de l’économie.

La différence vient principalement de la croissance démographique. Lorsque le gâteau économique augmente, mais que le nombre de personnes appelées à le partager augmente également, la part moyenne progresse beaucoup moins vite.

Même ce taux de 2,1% reste une moyenne. Il ne dit rien de la manière dont les gains sont répartis. Si une petite minorité reçoit la majorité du revenu supplémentaire, la moyenne augmente sans que la plupart des citoyens ne voient leur situation changer.

Prenons dix personnes. Neuf ne gagnent rien de plus, tandis que la dixième reçoit un million d’ouguiyas supplémentaires. Le revenu moyen augmente fortement, mais neuf personnes sur dix n’ont bénéficié d’aucun progrès.

La deuxième conclusion s’impose : les 4,6% grossissent la perception de l’amélioration économique en ignorant à la fois l’augmentation de la population et les inégalités de répartition.

Quatrième preuve : le moteur n’est pas l’économie quotidienne

Derrière le taux global se cache une croissance extrêmement déséquilibrée.

Pour 2026, la Banque mondiale prévoit une progression de 13,7% de l’industrie, soutenue par les activités extractives. L’agriculture ne progresserait que de 2,4% et les services de seulement 0,7%.

Ce contraste est essentiel. La croissance ne vient pas principalement d’une forte expansion de l’agriculture, des petites entreprises, du commerce ou des services qui font vivre une grande partie de la population. Elle provient surtout d’activités minières et gazières très productives, mais peu intensives en main-d’œuvre.

Une activité est dite intensive en capital lorsqu’elle utilise beaucoup de machines, d’équipements et d’investissements pour relativement peu de travailleurs. Le gaz et les mines peuvent ainsi créer une valeur immense sans fournir assez d’emplois à une population jeune.

Au premier trimestre 2026, la croissance sur un an aurait atteint 9%, mais le gaz aurait représenté à lui seul environ 3,1 points de cette hausse. Hors activités gazières, le rythme aurait été proche de 6%.

Cette donnée trimestrielle ne permet pas de calculer le résultat annuel. Elle montre cependant à quel point la nouvelle production gazière peut faire varier le PIB sans transformer immédiatement l’ensemble de l’économie.

La troisième conclusion est donc la suivante : les 4,6% décrivent davantage un rebond extractif qu’un essor généralisé de l’économie mauritanienne.

Cinquième preuve : les prix "mangent" les revenus

Le FMI prévoit une inflation annuelle moyenne de 8% en 2026 ; la Banque mondiale retient 7,6%.

L’inflation est l’augmentation générale du niveau des prix. Si un panier de produits coûte 1 000 ouguiyas et que les prix augmentent de 8%, il coûte ensuite en moyenne 1 080 ouguiyas. Lorsque le revenu du ménage augmente moins vite, son pouvoir d’achat diminue : il peut acheter moins avec son argent.

Il serait incorrect de soustraire mécaniquement 8% d’inflation des 4,6% de croissance. Le PIB réel est déjà corrigé des variations de prix au moyen d’un indice adapté à la production nationale. Mais l’indice des prix à la consommation mesure autre chose : le coût du panier acheté par les ménages.

Ces deux réalités peuvent donc coexister. Le volume de gaz exporté augmente et fait progresser le PIB réel ; dans le même temps, la nourriture, le carburant et le transport deviennent plus chers et réduisent le niveau de vie.

En juin 2026, la hausse des prix sur douze mois avait atteint environ 9,2%. La Banque centrale a ensuite relevé son taux directeur en juillet afin de combattre les pressions inflationnistes.

Notons pour le lecteur que le taux directeur est le prix de référence de l’argent fixé par la banque centrale. Sa hausse peut ralentir l’inflation, mais elle tend aussi à rendre le crédit plus cher pour les entreprises et les ménages.

La quatrième conclusion est implacable : une croissance de 4,6% ne protège pas les citoyens lorsque les prix des biens essentiels augmentent beaucoup plus vite que leurs revenus.

Sixième preuve : la pauvreté augmente

Si les 4,6% représentaient une prospérité largement partagée, la pauvreté devrait normalement reculer. Or la Banque mondiale prévoit le contraire.

Au seuil de 4,20 dollars par jour (la Banque mondiale considérant comme pauvre toute personne dont le revenu ou la consommation quotidienne est inférieur à l’équivalent du pouvoir d’achat de 4,20 dollars de 2021 , et non nécessairement à 4,20 dollars convertis au taux de change courant  seuil correspondant aux pays à revenu intermédiaire inférieur), le taux de pauvreté passerait de 23,6% en 2025 à 24,1% en 2026. Cela représenterait environ 60 000 personnes supplémentaires vivant sous ce seuil.

Le seuil de pauvreté est donc une limite statistique servant à estimer le nombre de personnes dont les ressources sont insuffisantes pour satisfaire correctement leurs besoins essentiels. Il ne décrit pas toutes les formes de privation, mais son évolution révèle si la croissance bénéficie aux catégories modestes.

Cette hausse s’explique notamment par la faible croissance agricole et par le renchérissement de l’alimentation, de l’énergie et des transports

Une économie peut donc afficher davantage de richesse et compter simultanément davantage de pauvres. Il n’y a pas de contradiction comptable : le supplément de richesse peut être concentré dans quelques activités, quelques entreprises ou quelques groupes sociaux.

Voilà la preuve sociale la plus forte : si le PIB augmente tandis que la pauvreté progresse, le taux de croissance ne peut pas être présenté comme un certificat de réussite nationale.

Septième preuve : tout le gaz ne revient pas à la Mauritanie

Le projet Grand Tortue Ahmeyim, ou GTA, est partagé avec le Sénégal. Sa première cargaison de gaz naturel liquéfié a été chargée en avril 2025. L’unité flottante possède une capacité nominale de 2,7 millions de tonnes par an pour l’ensemble du projet commun.

Le gaz naturel liquéfié, ou GNL, est un gaz refroidi jusqu’à l’état liquide pour pouvoir être transporté par navire.

Il serait trompeur de présenter toute la capacité de GTA comme une production ou une recette appartenant exclusivement à la Mauritanie. Il faut distinguer la part du Sénégal, les droits des sociétés partenaires, les coûts d’investissement et d’exploitation, les remboursements, la fiscalité et les revenus effectivement encaissés par le Trésor mauritanien.

Il faut aussi distinguer le PIB du revenu national. Une partie de la valeur produite en Mauritanie peut revenir à des investisseurs étrangers sous la forme de dividendes, d’intérêts ou d’autres revenus. Le FMI a notamment relevé que l’augmentation des recettes d’exportation pouvait s’accompagner de sorties de revenus lorsque des entreprises étrangères rapatrient leurs bénéfices.

Le rapatriement des bénéfices signifie que les profits gagnés localement sont transférés vers le pays ou les comptes des propriétaires étrangers. Ces profits ont contribué au PIB mauritanien, mais ils ne restent pas nécessairement dans le circuit économique national.

La cinquième conclusion en découle : le gaz peut gonfler le PIB sans accroître dans les mêmes proportions l’argent disponible pour financer le développement mauritanien.

Huitième preuve : la richesse est ponctionnée

Même lorsque des recettes entrent dans les caisses publiques, encore faut-il qu’elles servent effectivement la collectivité.

La ponction des ressources publiques désigne tous les mécanismes par lesquels une richesse appartenant à l’État est indûment soustraite, gaspillée ou transférée au bénéfice d’intérêts particuliers : marché surfacturé, paiement d’une prestation fictive, exonération fiscale injustifiée, attribution privilégiée d’un terrain ou d’une licence, conflit d’intérêts ou utilisation détournée d’un fonds public.

Le diagnostic de gouvernance publié par le FMI en 2023 qualifie la corruption de problème sérieux pour la Mauritanie et identifie des vulnérabilités dans la mobilisation des recettes, les marchés publics, la gestion des ressources naturelles, le contrôle des actifs de l’État et la transparence budgétaire.

Le même diagnostic rapporte que 89% des contrats d’infrastructure examinés dans des rapports antérieurs avaient été attribués directement, souvent selon des procédures opaques.

L’attribution directe n’est pas automatiquement un détournement. Elle peut être légalement prévue dans certaines circonstances. Mais lorsqu’elle devient la règle plutôt que l’exception, elle limite la concurrence, rend les prix moins vérifiables et augmente le risque de favoritisme et de surfacturation.

La Banque mondiale souligne également les effets des conflits d’intérêts et des liens entre certains groupes d’affaires puissants et des responsables politiques sur l’accès aux marchés publics et le contrôle de monopoles. Elle estime que la gouvernance du fonds chargé des revenus des hydrocarbures doit être renforcée.

Les rapports institutionnels permettent d’affirmer l’existence de vulnérabilités systémiques : opacité, contrôles insuffisants, conflits d’intérêts et risques de captation de la rente publique.

La captation de la rente se produit lorsqu’un groupe utilise son influence économique ou politique pour s’approprier une part excessive de la richesse issue des ressources naturelles sans créer une valeur équivalente pour la collectivité.

La sixième conclusion est donc institutionnelle : une croissance fondée sur les ressources naturelles peut être élevée sur le papier et faible pour la population si la rente est mal négociée, mal contrôlée, gaspillée ou captée.

Neuvième preuve : des capitaux fuient

La croissance peut aussi être vidée d’une partie de son contenu par la fuite des capitaux, l’évasion fiscale et les flux financiers illicites.

La fuite des capitaux désigne le transfert d’argent et d’actifs vers l’étranger. Tous ces transferts ne sont pas illégaux. Ils deviennent préoccupants lorsqu’ils servent à dissimuler des produits de la corruption, à échapper à l’impôt ou à soustraire des ressources qui auraient dû rester dans l’économie nationale.

L’évasion fiscale consiste à réduire l’impôt grâce à des montages ou à l’exploitation de failles juridiques. La fraude fiscale, elle, implique une violation de la loi : dissimulation de revenus, fausse déclaration ou facturation fictive.

Dans les industries extractives, l’argent peut notamment sortir par des prix artificiels entre sociétés appartenant à un même groupe, des coûts exagérés, des prêts intragroupes excessifs ou des exportations sous-évaluées (Sur cette mécanique, son ampleur et ses conséquences sur la Mauritanie, voir mon livre « Flux financiers illicites et évasion de capitaux en Mauritanie », éd. Juristic, 2026) .

La falsification des factures commerciales consiste, par exemple, à déclarer une cargaison à un prix inférieur à sa valeur réelle, puis à conserver la différence sur un compte étranger. Les études consacrées aux flux financiers illicites en Afrique identifient cette pratique comme un canal important de sortie des capitaux et d’érosion des recettes fiscales.

La validation de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives a accordé à la Mauritanie un score « modéré » en 2024. Elle a reconnu les progrès accomplis, mais demandé davantage de transparence sur les bénéficiaires réels des entreprises extractives et sur les effets de la participation de l’État au projet GTA.

Les bénéficiaires effectifs sont les personnes qui possèdent ou contrôlent réellement une société, même lorsque celle-ci est enregistrée au nom d’intermédiaires. Leur identification permet de détecter les conflits d’intérêts et d’empêcher qu’une personne politiquement exposée profite secrètement d’un marché ou d’une licence.

Il n’existe pas, dans les sources examinées, d’estimation récente suffisamment robuste permettant d’affirmer combien la Mauritanie aurait exactement perdu en 2026 à cause de la fuite des capitaux ou de l’évasion fiscale. Inventer un montant affaiblirait la démonstration.

Mais l’absence de chiffre précis n’efface pas le risque. Chaque ouguiya soustraite au fisc ou transférée illégalement à l’étranger est une ouguiya qui ne finance ni l’école, ni la santé, ni l’eau, ni l’emploi.

Dixième preuve : la Banque mondiale se contredit elle-même

L’élément le plus révélateur est que la Banque mondiale fournit elle-même les arguments qui relativisent son taux de 4,6%.

Elle annonce simultanément une croissance par habitant limitée à 2,1%, une industrie à 13,7%, des services presque stagnants à 0,7%, une inflation de 7,6% et une pauvreté en hausse.

Dans son rapport sur la croissance et l’emploi, elle reconnaît que le modèle extractif a peu créé d’emplois et que ses bénéfices n’ont pas suffisamment atteint la majorité de la population. Elle préconise de transformer les rentes minières et gazières en investissements dans le capital humain, les infrastructures et les secteurs non extractifs.

En juin 2025, elle recommandait déjà d’investir les recettes minières dans l’agriculture, les services et le numérique, tout en améliorant le ciblage et le montant des aides sociales.

La Banque mondiale ne cache donc pas totalement les faiblesses du modèle. Mais sa communication publique place souvent le taux de croissance au premier plan, tandis que les données les plus importantes pour la population apparaissent au second plan : pauvreté, emploi, pouvoir d’achat, répartition, sorties de revenus et gouvernance.

Ce choix de communication produit un effet politique. Le chiffre flatteur devient un slogan ; les réserves techniques deviennent des notes de bas de page.

Le verdict :  La Banque mondiale ment-elle à la Mauritanie ?

Au sens strict, l’accusation de mensonge n’est pas démontrée. Rien ne prouve que l’institution sache que les 4,6% sont faux et les publie délibérément. Il s’agit d’une prévision plausible mais incertaine, construite à partir d’hypothèses qui pourront être confirmées ou démenties.

Au sens économique et social, cependant, le chiffre devient trompeur dès qu’il est présenté comme la preuve que les Mauritaniens s’enrichissent.

La démonstration repose sur dix constats :

1. Les 4,6% sont une prévision, non un résultat définitif.

2. Le FMI ne prévoit que 4,4%, ce qui confirme l’incertitude.

3. Le PIB réel ne mesure ni le revenu des ménages ni leur pouvoir d’achat.

4. La croissance par habitant n’est que de 2,1%.

5. L’essentiel de l’accélération vient de l’extractif, qui emploie peu.

6. Les services ne progresseraient que de 0,7%.

7. L’inflation serait proche de 8%.

8. La pauvreté augmenterait malgré la croissance.

9. Une partie des revenus peut quitter le pays ou être captée avant de profiter à la population.


La Banque mondiale reconnaît elle-même que le modèle extractif ne produit pas assez d’emplois ni de développement inclusif.

Le problème n’est donc pas principalement l’arithmétique des 4,6%. Le problème est le récit construit autour de ce chiffre.

Dire « le PIB réel pourrait augmenter de 4,6%, principalement grâce au gaz et à l’or » est une information économique.

Dire ou laisser entendre « la Mauritanie prospère de 4,6% » est une déformation.

Voici les comptes à exiger:

Pour juger la croissance réelle de la Mauritanie, le citoyen doit pouvoir connaître autre chose que le taux du PIB :

• le revenu réel médian des ménages ;

• les salaires corrigés de l’inflation ;

• le nombre d’emplois durables effectivement créés ;

• la croissance de l’agriculture, de la pêche, des services et des entreprises locales ;

• les recettes gazières et minières encaissées projet par projet ;

• les coûts, exonérations fiscales et bénéfices transférés à l’étranger ;

• les contrats extractifs et l’identité des bénéficiaires effectifs ;

• les marchés publics attribués sans concurrence ;

• les rapports de la Cour des comptes et les suites administratives ou judiciaires ;

• l’utilisation de chaque ouguiya issue du gaz, de l’or et du fer.


La vraie chaîne de contrôle est simple : combien la Mauritanie produit-elle ? Combien vend-elle ? Combien lui revient-il ? Combien entre au Trésor ? Combien est dépensé utilement ? Combien disparaît dans les privilèges, la mauvaise gestion, la corruption, l’évasion fiscale ou la fuite des capitaux ?

Tant que ces réponses ne seront pas publiques, vérifiables et accessibles, les citoyens auront raison de se méfier des grands taux annoncés.

La Banque mondiale ne ment peut-être pas sur la croissance comptable. Mais une croissance qui augmente la production sans réduire la pauvreté, qui gonfle grâce au gaz sans créer assez d’emplois, et dont les revenus peuvent être captés ou transférés hors du pays n’est pas encore le développement.

Le gaz peut faire croître le PIB. Seules la transparence, la justice fiscale, la lutte contre la corruption, la diversification et la redistribution peuvent faire croître la Mauritanie. Pas une « croissance »…du sous-développement…

Pas une « croissance »…du sous-développement…Pas une croissance annoncée, qui, malgré la bonne foi restant à prouver des institutions de Bretton Woods, ne fait que conforter nos gouvernements dans leur gestion catastrophique des ressources nationales. Les confortant dans une légitimité qui, curieusement, montre comment l’économie, incomprise par les masses populaires, peut servir les régimes. Et justifier les prêts faramineux que ces institutions financières internationales leur consentent au mépris des générations futures… héritières appauvries par la turpitude des gouvernants.

Et si la Banque mondiale se devait d’annoncer une croissance économique d’un pays quelconque, elle devrait la mettre en facteur d’une variable déterminante qu’elle a elle-même inventée et promue : « la bonne gouvernance » . Mais il est à craindre qu’appliquée à notre pays, elle soit tout aussi absorbante de toute croissance qu’un zéro dans une multiplication.

Pr ELY Mustapha

mardi 13 octobre 2026

Opération « Cerveau Propre » au ministère des Affaires islamiques. Pr ELY Mustapha

 Nouakchott, bloc opératoire n° 7 de la République ,  première consultation ministérielle d'un gouvernement qui a décidément confondu l'organigramme avec une radiographie.

C'est officiel : la Mauritanie vient d'inventer la première politique publique de neurochirurgie appliquée à la théologie. En nommant le Dr Sidi El Hadj Ould Dah, éminent spécialiste de la boîte crânienne, à la tête du ministère des Affaires islamiques, l'État lance un message limpide : il est temps d'ouvrir quelques crânes.

Le patient : nos têtes brûlées

Car reconnaissons-le, il y a urgence. Depuis des années, certains cerveaux islamistes chauffent dangereusement. Les symptômes sont connus : fièvre des takfirs, tremblements compulsifs du doigt accusateur, perte totale de l'humour (stade terminal), et une étrange rigidité du cortex au moindre signe de nuance. Aucun comprimé d'ijtihad n'y a fait quoi que ce soit. Devant l'échec de la pharmacopée politique classique, on a donc décidé de passer au bistouri.

Imaginez la première réunion de cabinet : le ministre entre en salle, chaussé d'un frontal lumineux, stéthoscope autour du cou, et déclare solennellement : « Allons-y. Premier patient : celui-là, à l'extrême droite de la salle, qui devient rouge vif dès qu'on prononce le mot "modération". Iode, pince de Kocher, et dose massive de Tolérance 50 cl en intraveineuse. »

Le protocole opératoire

Le programme ministériel, paraît-il déjà rédigé sur des ordonnances, prévoit un plan d'intervention en quatre temps :

·         Diagnostic. Scanner général de la pensée fanatique nationale. À l'écran, des images troublantes : des neurones cloîtrés depuis vingt ans dans la même fatwa, des synapses qui refusent toute connexion avec l'autre rive du débat, et un lobe frontal atrophié parti en vacances au tout début du cours d'éducation civique.

·         Anesthésie. Une fois le patient plongé dans un profond sommeil médiatique (il suffit de couper le haut-parleur du micro), on procède au point de suture.

·      Ablation. Extraction délicate de l'organe le plus encombrant : l'ego théologique, cette masse enflammée qui convainc son porteur qu'il est l'unique gardien planétaire du Vrai, du Bien et de l'orthographe coranique.

·         Rééducation. Séances quotidiennes de lecture tolérante, exercices de cohabitation avec des opinions différentes, et marche à l'étrier jusqu'à ce que le patient puisse entendre le mot « pluralisme » sans appeler à l'apocalypse.

Bien sûr, l'opération n'est pas sans risque. Le bulletin post-opératoire prévient : certains patients risquent la rechute  spectaculaire connue en milieu hospitalier sous le nom professionnel de « syndrome du retour sur les réseaux sociaux ».

Le vrai sujet du dossier médical

Toute l'ironie du dossier tient à un renversement pervers : ce ne sont pas les fanatiques religieux que le pays devrait avant tout confier au neurochirurgien, mais bien la machine des nominations elle-même, qui semble souffrir d'une grave lésion du lobe décisionnel. Comment diagnostique-t-on, dans le cerveau institutionnel, cette étrange activité qui consiste à placer un homme là où ses compétences ne branchent sur aucune terminaison nerveuse du secteur ? C'est le gouvernement qui a besoin d’une IRM.

Car en vérité, le Dr Ould Dah n'est pas le malade de l’histoire ; c’est un spécialiste reconnu, et tout le pays respecte le scalpel de cellar qui sauve des vies au CHN, entre deux convocations du protocole. Le patient dont le pronostic inquiète, c'est la conception même de l'État comme théâtre d'essai clinique, où l'on transplante les ministres sans vérifier la compatibilité de groupe, au gré de la chimère de la polyvalence universelle.

On voit d'ailleurs poindre le prochain protocole : un cardiologue aux Finances pour défibriller l'inflation, un ORL à la Communication pour soigner les oreilles bouchées de l'administration, et, pourquoi pas, un anesthésiste à la Justice, puisque de toute manière il y a longtemps que les dossiers dorment.

Prescription finale

Ainsi, si le nommé doit opérer un changement dans le cerveau de nos fanatisés outragés, laissons-lui au moins le bénéfice de l'anesthésie générale : à la manière dont le pays va, nulle autre chirurgie ne pourrait corriger de si profondes convulsions. Mais que l'on se méfie : quand le bloc opératoire servira à faire taire au lieu de soigner, le citoyen cessera d'être patient pour devenir  définition médicale d'emploi  un cobaye.

La convalescence commencera le jour où, dans ce pays, on choisira les ministres comme on choisit un chirurgien : pour leurs mains, leurs années d'expérience, et le dossier qu'ils ont déjà signé. En attendant, gardez le malade sous perfusion institutionnelle… et le micro du sermon sous surveillance électrique.

Pr ELY Mustapha

dimanche 11 octobre 2026

Sidi Salem Ould Abed est-il coupable? Une confrontation rigoureuse de sa déclaration avec le rapport de la CIEIS. Par Pr ELY Mustapha

Si dans les méandres d’un certain droit, « le silence vaut acceptation », cet adage ne vaudra pas pour celui qui a pris le parti de se défendre. C’est en cela que cet article est écrit.


Parmi tous ceux qui ont été indexés par la CIEIS, Sidi Salem Ould Abed, est le seul qui, jusque-là, s’est défendu. Et c’est donc en toute impartialité, ne connaissant la personne ni d’Ève ni d’Adam, qu’en observateur de la gouvernance publique et de la situation d’un homme public pris dans les filets de la chose publique, je me prête à l’analyse de son auto-défense, soit la confrontation rigoureuse de sa déclaration avec le rapport de la CIEIS (la Commission indépendante d’enquête sur les incendies des postes de transformation de la SOMELEC) .

Je l’avais fait, ici-même,  pour bien d’autres personnes publiques, prises dans les nasses de rapports d’organes de contrôle et d’investigation publics,  parce que si le Léviathan, cet État-monstre,  mange souvent ses enfants, leur seule protection est le glaive du droit,  non pas celui émoussé d’une justice d’alcôves,  mais celui d’un droit publiquement énoncé,   haut et fort.



Entre les constats sévères de la Commission indépendante d’enquête sur les incendies de la SOMELEC et la défense documentée de son ancien directeur général, Sidi Salem Ould Abed, une question qui me semble très importante, domine : où s’arrête la responsabilité de gestion et où commence, juridiquement, la culpabilité ?

Cet article (avec la pédagogie de l’enseignant), confronte méthodiquement, pour le grand public, les cinq griefs retenus par la CIEIS aux réponses de l’intéressé, afin de distinguer les défaillances de gouvernance susceptibles de lui être imputées des accusations pénales qui, à ce stade, ne sont pas établies.

 

Au terme de la confrontation que j’ai pu effectuer, sur tous les points , entre la déclaration de l’ancien directeur général de la SOMELEC et le rapport de la Commission indépendante d’enquête, la réponse est nuancée mais ferme :

Sidi Salem Ould Abed ne peut pas être déclaré pénalement coupable sur la base des seuls éléments actuellement disponibles. En revanche, il demeure partiellement responsable sur le plan fonctionnel et managérial, pour des manquements de gouvernance et de contrôle qui lui sont imputables en tant que directeur général et président de la CMI, sans que sa responsabilité pénale individuelle soit établie.

Ma démarche méthodologique d’analyse

Toute détermination de culpabilité exige de séparer trois questions souvent confondues dans le débat public : la responsabilité fonctionnelle (faute de gestion ou de supervision liée à l’exercice d’une fonction de direction), la responsabilité civile (obligation de réparer financièrement un dommage causé par une faute) et la responsabilité pénale (responsabilité d’une personne ayant commis une infraction prévue par la loi, dont tous les éléments doivent être prouvés). La CIEIS ( la Commission indépendante d’enquête sur les incendies des postes de transformation de la SOMELEC ),  elle-même, a posé ce cadre en précisant que ses constats sont établis « sans préjuger de la qualification judiciaire définitive relevant des autorités compétentes » et que « les manquements établis doivent être distingués de leur éventuelle contribution aux incendies, laquelle doit être démontrée séparément ».

Et j’ajouterai encore ici et plus explicitement que cette analyse respecte la présomption d’innocence. Aucune des personnes citées par la CIEIS n’a été condamnée à ce jour ; et si des qualifications pénales éventuelles, pouvaient être invoquées, elles relèvent exclusivement des autorités judiciaires compétentes.

La méthode que j’ai retenue ici est celle de la confrontation contradictoire. Et pour une lecture plus fluide et mieux comprise par le grand public, chaque reproche formulé par la CIEIS est confronté à la réponse de M. Ould Abed, puis apprécié au regard de trois critères : la cohérence interne de la déclaration, sa compatibilité avec les faits établis par le rapport, et la suffisance probatoire (le niveau de preuve nécessaire pour justifier légalement une sanction) pour fonder une sanction. Le Code pénal mauritanien consacre le principe de légalité des délits et des peines, qui interdit de retenir une culpabilité pénale sans texte et sans preuve des éléments constitutifs (les faits matériels, l’intention ou la faute éventuellement requise, et les autres conditions prévues par la loi) d’une infraction. D’autre part , chaque fois que nécessaire (comme le montrent les définitions entre parenthèses) , les notions sont définies pour les non-initiés.

 

La confrontation des cinq reproches

Reproche 1 : Absence d’études techniques préalables (APS/APD)

Ce que dit la CIEIS: le projet des trois nouvelles liaisons a été lancé sans études techniques préalables APS (avant-projet sommaire : étude initiale présentant les grandes options techniques, la faisabilité générale et une première estimation du coût) et APD (avant-projet détaillé : étude approfondie précisant la solution retenue, les plans, quantités, caractéristiques, coûts et exigences techniques), manquement imputé à l’ancien DG pour la période d’août 2024 à juin 2025.

Ce que répond M. Ould Abed : il affirme que le plan d’urgence de 100 jours a été élaboré par le ministère de l’Énergie avant sa nomination du 14 août 2024, que les études APS/APD (avant-projet sommaire et avant-projet détaillé) ne sont pas « légalement obligatoires » mais des référentiels méthodologiques (documents ou méthodes professionnels servant de cadre pour préparer et sécuriser un projet), et que le DAO (dossier d’appel d’offres : document qui fixe les règles de consultation, les exigences techniques, les conditions de participation et les critères de sélection des entreprises) de 199 pages a été émis le 11 octobre 2024, soit moins de deux mois après sa prise de fonction. Il soutient que la SOMELEC n’était qu’un « maître d’ouvrage délégué de fait, mais pas de droit » (c’est-à-dire l’entité chargée concrètement de conduire ou suivre un projet pour le compte d’une autre, sans que l’étendue exacte de cette délégation soit, selon lui, pleinement établie juridiquement).

Appréciation : cette défense est partiellement recevable mais insuffisante pour exonérer. L’APS, ou avant-projet sommaire (étude initiale qui définit les grandes options techniques, le coût approximatif et la faisabilité générale d’un ouvrage), est une étude initiale qui définit les grandes options techniques, le coût approximatif et la faisabilité générale d’un ouvrage. L’APD, ou avant-projet détaillé (étude qui précise la solution retenue par des plans, caractéristiques, quantités, coûts et exigences techniques), approfondit ensuite la solution retenue : caractéristiques précises, plans, quantités, coûts et exigences techniques permettant notamment de préparer un marché public. Ces études ne sont pas de simples formalités : elles réduisent les risques de mauvaise conception, de surcoût et de non-conformité (écart entre ce qui est livré ou réalisé et ce qui était exigé par les normes, les études ou le contrat).

Il est exact que le rapport reconnaît une convention de maîtrise d’ouvrage déléguée (contrat par lequel le maître d’ouvrage confie à une autre entité une partie des tâches de préparation, de suivi ou de réalisation d’un projet) entre le MEP (ministère de l’Énergie et du Pétrole) et la SOMELEC, ce qui corrobore partiellement sa thèse d’un projet initié au niveau ministériel. La maîtrise d’ouvrage désigne l’entité qui décide de réaliser l’ouvrage, en définit les besoins, finance ou supervise le projet ; la maîtrise d’ouvrage déléguée consiste à confier, par convention, une partie de ces tâches à une autre entité. Ici, le MEP (ministère de l’Énergie et du Pétrole) est l’administration chargée du secteur de l’énergie, tandis que la SOMELEC intervient comme maître d’ouvrage délégué et exploitant du réseau (l’entité responsable de l’exploitation quotidienne, de la maintenance et de la continuité du service électrique).

Toutefois, l’argument selon lequel les APS/APD ne seraient pas « légalement obligatoires » est techniquement fragile : même si aucun texte ne les rend expressément obligatoires, leur absence dans un projet d’infrastructure stratégique de cette envergure constitue un manquement aux standards professionnels du secteur (règles de bonne pratique technique et de prudence habituellement attendues des professionnels), que la CIEIS qualifie de dysfonctionnement (c’est-à-dire plus concrètement, une défaillance dans l’organisation, la procédure, le contrôle ou le fonctionnement normal d’un service).

Surtout, le fait que le DAO ait été émis deux mois après sa nomination ne l’exonère pas : le DAO, ou dossier d’appel d’offres, par sa nature de document qui définit l’objet du marché, les exigences techniques, les conditions de candidature, les règles d’évaluation et les obligations du futur titulaire, est, par excellence, le document qui fixe les règles de la consultation, les exigences techniques et les critères de sélection des entreprises. En tant que DG et président de la CMI (Commission des marchés compétente au sein de l’autorité contractante, chargée d’examiner les évaluations des offres et les propositions d’attribution), il avait la responsabilité de vérifier la solidité du dossier avant de le faire instruire. La CMI (Commission des marchés) est la commission compétente en matière de marchés publics au sein de l’autorité contractante (organisme public ou entreprise publique qui lance et attribue le marché) ; elle examine notamment les évaluations et les propositions d’attribution (proposition de retenir une entreprise comme titulaire du marché).

 

Donc :  responsabilité fonctionnelle partielle confirmée, culpabilité pénale non établie.

 

Reproche 2 : Dispositif de contrôle insuffisant avant mobilisation de l’ingénieur-conseil

 

 Ce que dit la CIEIS : dispositif de contrôle insuffisant avant la mobilisation de l’ingénieur-conseil.

Ce que répond M. Ould Abed : il invoque une lettre adressée très tôt au ministre pour demander le recrutement d’un ingénieur de contrôle et de suivi, recruté « plusieurs mois plus tard » en raison de difficultés de financement.

Appréciation : cette défense est la plus solide de sa déclaration. L’ingénieur-conseil est un prestataire spécialisé chargé, selon les termes de son marché, de contrôler les études et les travaux, d’examiner les documents techniques, de signaler les non-conformités et de vérifier les conditions de mise en service. Sa mobilisation désigne son entrée effective en fonction sur le projet.

Si la lettre est authentique et datée comme il l’affirme, elle démontre une démarche proactive de sa part pour combler une lacune structurelle, ce qui atténue sensiblement sa responsabilité personnelle. La CIEIS ne semble pas avoir pris en compte cet élément dans son appréciation, ce qui constitue un point de déséquilibre dans son rapport.

Donc : responsabilité fortement atténuée sur ce point, défense crédible.

 

Reproche 3 : Décisions d’attribution injustifiées

Ce que dit la CIEIS : décisions d’attribution injustifiées, dans un contexte où la sous-commission d’analyse a proposé l’attribution à CTM, soumissionnaire non qualifié, et où la CMI a approuvé ce rapport malgré cette non-qualification.

Ce que répond M. Ould Abed : il détaille toute la chronologie de la procédure ( DAO du 11 octobre 2024, ouverture des offres le 6 décembre, approbation CMI le 7 janvier 2025, attribution définitive le 27 janvier) ,et affirme que tous les procès-verbaux sont disponibles et publiés. Il soutient que le rapport n’a fait «aucune observation sur la procédure de passation scrupuleusement conforme au code ».

Appréciation : c’est ici que la confrontation est la plus tendue. La procédure de passation est l’ensemble des étapes par lesquelles une entité publique choisit un prestataire : préparation du dossier, publication ou consultation, dépôt et ouverture des offres, évaluation, décision d’attribution et signature du marché. Un procès-verbal est un document officiel qui consigne les décisions, débats et résultats d’une réunion ou d’une procédure.

La CIEIS ne conteste pas la régularité formelle de la procédure ( c’est-à-dire le respect apparent des étapes, délais et documents requis),  elle relève un problème de fond : l’attribution à un soumissionnaire non qualifié. Un soumissionnaire est une entreprise qui dépose une offre pour obtenir un marché ; sa qualification dépend de critères définis dans le DAO, tels que l’expérience, les références techniques, les capacités financières, les équipements et les ressources humaines.

La réponse de M. Ould Abed est habile mais élusive sur le fond : il démontre que les étapes formelles ont été respectées, mais ne répond pas directement à la question de savoir pourquoi un soumissionnaire non qualifié a été retenu. En tant que président de la CMI, il porte une responsabilité qui est cependant collégiale,  dans cette décision, même si le rapport n’établit pas qu’il ait personnellement favorisé CTM ou agi avec intention frauduleuse. Une responsabilité collégiale signifie que la décision a été prise par un organe composé de plusieurs membres ; elle n’exclut pas l’examen du rôle propre de chacun, notamment du président.

 

Donc : responsabilité collégiale avérée, culpabilité pénale individuelle non établie. Chaque bon juriste sait que la régularité formelle ne couvre pas un vice de fond.

 

Reproche 4 : Non-objection au changement de fabricant sans conditions suffisantes

 

Ce que dit la CIEIS : non-objection au changement de fabricant sans conditions suffisantes pour garantir la conformité du câble proposé, en violation des obligations contractuelles.

Ce que répond M. Ould Abed : il invoque sa lettre n° 001347 du 14 avril 2025 adressée à CTM Bat, dans laquelle il aurait posé des conditions claires au changement, et affirme qu’à la date de son départ le 24 juin 2025, la CMI n’avait « ni reçu de réponses aux conditions inscrites ni donné son approbation » pour ce changement.

Appréciation : c’est le point le plus important de la confrontation, et la défense de M. Ould Abed y est substantiellement forte. La non-objection signifie qu’une autorité ne s’oppose pas à une modification sollicitée, généralement sous réserve du respect de conditions techniques, administratives ou financières. Elle ne doit pas être confondue avec une approbation définitive lorsque la procédure impose encore une décision ultérieure ou la production de justificatifs.

Si la lettre 001347 pose effectivement des conditions explicites ( essais de type, caractéristiques du câble, équivalence ) et si aucune approbation CMI n’a été donnée avant son départ, alors le reproche de « non-objection » formulé par la CIEIS est partiellement inexact dans sa formulation : il y a bien eu objection conditionnelle, pas une approbation tacite. Le lecteur doit savoir que « les essais de type » sont des essais complets, généralement réalisés sur un modèle représentatif de câble ou d’accessoire, destinés à vérifier qu’il satisfait aux normes techniques prévues. Ils se distinguent des essais de routine, effectués de manière répétée sur les produits fabriqués. Savoir aussi « l’équivalence « signifie que le matériel de remplacement doit présenter des caractéristiques techniques, de sécurité, de qualité et de performance au moins comparables à celles du matériel prévu au marché.

La CIEIS elle-même reconnaît ailleurs que le changement n’a de valeur juridique qu’après un avenant autorisé par la CMI , ce que M. Ould Abed souligne à juste titre. Un avenant est, notons-le, un acte écrit qui modifie un contrat public en cours d’exécution ; il peut notamment porter sur les spécifications techniques, les délais, les prix ou les quantités, dans les limites du droit applicable.

Toutefois, la nuance subsiste : poser des conditions ne suffit pas si celles-ci n’ont pas été suivies d’effet et si le changement s’est opéré malgré tout sans blocage formel de sa part.

 

Donc : La défense largement recevable, responsabilité fortement atténuée, mais non totalement exonérée - la question de savoir si ses conditions ont été suffisamment contraignantes reste ouverte.

 

Reproche 5 : Autorisation d’une mission d’essais en usine avant les essais de type

 

Ce que dit la CIEIS : autorisation d’une mission pour des essais en usine avant que la condition des essais de type ne soit remplie.

Ce que répond M. Ould Abed : il affirme que les missions sont affectées au directeur général adjoint, qu’il serait « saugrenu » d’effectuer une mission sans objectifs clairs, et reproche à la CIEIS de ne pas avoir cité les membres de la mission, leurs objectifs, la date ni le lieu.

Appréciation : cette défense est faible et évasive. Une mission d’essais en usine consiste à envoyer des représentants du maître d’ouvrage, de l’exploitant ou de l’ingénieur-conseil chez le fabricant pour assister à des tests et contrôler la conformité des équipements avant livraison. Elle peut être utile, mais, évidemment (comme le comprendrait le commun des mortels) , ne remplace pas nécessairement les essais de type exigés préalablement par le contrat.

Le fait que la mission ait été confiée au DG adjoint ne l’exonère pas : en tant que DG, il reste responsable de la supervision générale et de la cohérence des décisions prises en son nom. Surtout, son argument selon lequel la CIEIS n’aurait pas cité les membres de la mission est une critique de forme qui ne répond pas au fond : la question est de savoir si une mission d’essais en usine a été autorisée avant que le préalable des essais de type ne soit satisfait, ce que le rapport affirme sans être contredit sur ce point précis.

 

Donc :  responsabilité fonctionnelle maintenue, défense insuffisante.

 

Mon appréciation globale de la crédibilité de la déclaration d'Ould Abed

 

La déclaration de M. Ould Abed se distingue par sa précision documentaire ( dates, numéros de lettres, chronologie complète)  et par l’absence de dénégation globale : il reconnaît implicitement une part de responsabilité (« sans vouloir me dérober de toute responsabilité dûment établie ») tout en contestant la formulation et la portée des reproches.

Cette posture est celle d’un dirigeant qui se défend sans se victimiser, ce qui renforce sa crédibilité générale.

Toutefois, à mes yeux, deux faiblesses subsistent : d’une part, il ne répond jamais directement à la question de savoir pourquoi un soumissionnaire non qualifié a été retenu sous sa présidence de CMI ; d’autre part, il ne produit pas (notamment dans la déclaration elle-même),  la preuve que ses conditions posées dans la lettre 001347 aient été suffisamment contraignantes pour bloquer effectivement le changement de câble.

 

Qualification juridique : coupable de quoi, exactement ?

 

Responsabilité pénale : non établie

 

Sur la base des seuls éléments disponibles (rapport CIEIS et déclaration), je pourrai dire qu’aucune infraction pénale n’est établie contre Sidi Salem Ould Abed.

Le rapport ne relève ni de corruption, ni de détournement, ni de faux personnel, ni de complicité avérée. Actes que je définie pour le lecteur : la corruption désigne, de manière générale, le fait de solliciter, accepter ou offrir un avantage indu pour obtenir un acte ou une décision ; le détournement renvoie à l’appropriation ou à l’usage irrégulier de fonds ou biens confiés en raison d’une fonction ; le faux suppose l’altération frauduleuse de la vérité dans un écrit ou un document ; la complicité implique une participation consciente à l’infraction commise par autrui.

La CIEIS elle-même précise que le mécanisme initial des incendies n’a pas été déterminé avec certitude et qu’aucune action volontaire n’est établie. Or tout juriste sait que le lien causal direct est la relation démontrée entre un comportement précis et le dommage : il faut établir que l’acte ou l’omission reproché a causé ou contribué de manière juridiquement pertinente au sinistre. D’autre part, le principe de légalité et la présomption d’innocence interdisent de conclure à une culpabilité pénale sans preuve des éléments constitutifs d’une infraction précise. La présomption d’innocence signifie qu’une personne doit être considérée comme non coupable tant qu’une juridiction compétente ne l’a pas définitivement condamnée.

 

Responsabilité disciplinaire : partielle et nuancée

Une responsabilité disciplinaire peut être envisagée pour les manquements de gouvernance ( absence d’APS/APD, contrôle insuffisant, attribution contestée),  mais elle doit être proportionnée et atténuée par les éléments de défense crédibles : lettre au ministre, conditions posées à CTM, absence d’approbation du CMI avant son départ. La responsabilité disciplinaire e définit, comme le non-respect des obligations professionnelles ou statutaires d’un agent ou dirigeant ; elle est distincte d’une condamnation pénale.

Une sanction disciplinaire lourde - révocation, mise à la retraite d’office (si le défendeur était en fonction) - ne serait pas justifiée en l’état ; une mesure de rappel à l’ordre, de blâme ou d’avertissement serait plus proportionnée. La révocation est la cessation définitive et forcée des fonctions à titre de sanction ; la mise à la retraite d’office est le départ imposé de l’agent avant qu’il ne choisisse lui-même de cesser ses fonctions ; le blâme et l’avertissement sont des sanctions moins graves, consistant en une réprobation formelle de la conduite professionnelle.

Responsabilité civile : improbable en l’état

 

Une action civile personnelle contre M. Ould Abed exigerait la preuve d’un dol ou d’une faute lourde personnelle ayant causé directement le dommage. Le dol désigne une conduite intentionnelle ou une tromperie consciente ; la faute lourde est un manquement d’une exceptionnelle gravité, révélant une négligence grave ou un mépris manifeste des obligations essentielles. Le rapport n’établit ni l’un ni l’autre de manière suffisante.

La responsabilité civile de la SOMELEC en tant qu’entité ( faute de service, c’est-à-dire dysfonctionnement imputable à l’organisation ou au fonctionnement du service plutôt qu’à la seule personne d’un agent )  est plus plausible que celle de l’ancien DG personnellement.

 

Ma Conclusion

 Sidi Salem Ould Abed n’est pas coupable au sens pénal du terme, sur la base des éléments actuellement disponibles.

 Le rapport de la CIEIS établit des manquements de gouvernance et de supervision qui lui sont imputables en tant que dirigeant, mais ne démontre ni intention frauduleuse, ni enrichissement personnel, ni lien causal direct entre ses actes et les incendies.

Sa déclaration, précise et documentée, réussit à démonter partiellement deux des cinq reproches ( le contrôle insuffisant et le changement de fabricant) tout en restant vulnérable sur deux autres : l’attribution au soumissionnaire non qualifié et la mission d’essais en usine.

En revanche, il lui reste une responsabilité fonctionnelle de dirigeant, ayant présidé une CMI qui a approuvé l’attribution à un soumissionnaire non qualifié, et sa défense sur ce point est plus formelle que substantielle.

En définitive, la vérité probable se situe dans un entre-deux : un dirigeant qui a hérité d’un projet mal conçu, qui a tenté de le sécuriser par des conditions contractuelles, mais qui n’a pas suffisamment bloqué les dérives - attribution contestée, essais prématurés - avant son départ.

La seule voie pour trancher définitivement est la procédure contradictoire et production et authentification des lettres invoquées - 001347 notamment,  audition des membres de la mission d’essais en usine, examen des procès-verbaux de la CMI, et expertise indépendante sur la question décisive, pour   savoir si les conditions posées par M. Ould Abed étaient suffisantes pour prévenir le changement de câble.

La procédure contradictoire garantira que chaque personne concernée peut connaître les griefs, accéder aux éléments utiles, répondre aux accusations et présenter sa défense. L’authentification consistera à vérifier l’origine, l’intégrité et la date d’effet d’un document. Enfin, l’expertise indépendante sera une analyse menée par un spécialiste qui ne doit avoir aucun intérêt dans le différend.

Tant que cette vérification n’est pas faite, toute affirmation de culpabilité serait prématurée et juridiquement infondée.

Pr ELY Mustapha

 

vendredi 9 octobre 2026

Démission de Ould Ndjay : après les fusibles électriques, le fusible politique . Pr ELY Mustapha

À Nouakchott, les fusibles électriques n’ont pas joué leur rôle. Les protections n’ont pas interrompu le circuit, les interrupteurs n’ont pas arrêté l’emballement : le feu a pris dans les installations de la SOMELEC, plongeant des quartiers dans le noir.

En politique, en revanche, un fusible vient de sauter. Au lendemain de la publication du rapport sur les incendies, le Premier ministre El Moctar Ould Ndjay a présenté la démission de son gouvernement. Le courant n’a pas été coupé à temps dans les centrales; au sommet, on a coupé le circuit politique.

Quand les protections ne fonctionnent pas

Un fusible électrique est conçu pour céder lorsqu’un courant excessif menace l’installation. Il interrompt le circuit afin d’éviter que la surcharge ne provoque des dégâts plus graves. Encore faut-il que le fusible existe, qu’il soit correctement calibré et que les dispositifs de protection aient été convenablement installés et entretenus.

Dans les postes électriques de Nouakchott, les protections n’auraient pas empêché les incendies des 21 et 22 août. Le rapport d’enquête, selon les informations rendues publiques, pointe une succession de défaillances : insuffisances dans les équipements de protection, supervision technique contestée, problèmes liés aux travaux et à la mise en service, et carences dans la gestion de l’urgence. Il évoque une chaîne de responsabilités impliquant plusieurs acteurs, notamment SOMELEC, le ministère de l’Énergie et des entreprises intervenues dans le projet. Ces constats doivent encore être distingués de toute conclusion judiciaire sur la culpabilité d’une personne ou d’une entreprise.

Le résultat, lui, est tangible : le feu a pris, le réseau a été gravement perturbé et des habitants ont subi plusieurs jours de coupures. Quand les dispositifs censés arrêter la surcharge ne fonctionnent pas, ce sont les usagers qui paient la panne.

Cette fois, c’est le fusible politique qui saute

En politique, le mécanisme est différent, mais la logique de protection se ressemble. Lorsqu’une crise menace de devenir une crise de confiance, le pouvoir peut écarter une figure de premier plan pour absorber le choc et empêcher la contestation de gagner tout le système.

La démission d’Ould Ndjay, annoncée au lendemain de la publication du rapport, peut ainsi être lue comme le geste d’un fusible politique. Elle donne un visage à la sanction et répond à la pression publique. Mais elle ne démontre pas, à elle seule, que les causes de la crise seront traitées.

C’est là le paradoxe : dans les centrales, les fusibles n’ont pas sauté et le feu a pris; dans le gouvernement, le fusible a sauté pour tenter d’éviter l’incendie populaire.

Il ne s’agit pas d’affirmer sans preuve que cette démission a été organisée pour protéger des intérêts précis. Il s’agit de poser la question que la séquence impose : le départ du Premier ministre va-t-il ouvrir une enquête complète sur la chaîne des défaillances, ou servira-t-il à contenir la crise au niveau politique le plus visible?

Protéger le régime ou réparer le circuit?

Un fusible électrique qui saute peut protéger une installation. Un fusible politique qui saute peut, lui aussi, protéger le régime : il absorbe la colère, détourne l’attention et donne l’impression que le pouvoir a sanctionné la défaillance. Mais si l’on remplace seulement la pièce qui a sauté sans réparer le circuit, le risque demeure.

La démission collective du gouvernement ne répond pas encore aux questions essentielles : les marchés seront-ils examinés? Les paiements concernés seront-ils réévalués? Les défaillances techniques seront-elles corrigées? Les responsabilités administratives seront-elles établies? Les recommandations de la commission donneront-elles lieu à des procédures effectives?

Si les réponses se limitent à un changement de gouvernement, le fusible politique aura rempli sa fonction : préserver le système en sacrifiant un de ses composants, sans toucher aux mécanismes qui ont permis la panne.

Ghazouani au tableau de commande

Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani ne peut pas être réduit à un spectateur de cette crise. La Constitution lui confère une position centrale dans l’exécutif : il préside le Conseil des ministres, nomme le Premier ministre et met fin à ses fonctions. Cela ne prouve pas qu’il ait personnellement ordonné ou couvert les décisions techniques ou contractuelles en cause. Mais cela signifie que la suite donnée au rapport relève désormais aussi de sa responsabilité politique.

Le choix est devant lui : faire de la démission le premier acte d’une reddition de comptes réelle, ou laisser s’installer l’idée que le Premier ministre a été sacrifié pour protéger le sommet du pouvoir.

La différence se mesurera aux actes : enquête indépendante, procédures régulières, décisions motivées, examen transparent des contrats et des paiements, audit de SOMELEC et mesures concrètes pour sécuriser le réseau. Le prochain gouvernement ne sera pas jugé seulement sur les noms qui le composeront, mais sur sa capacité à réparer le circuit.

L’incendie qui couve

Les coupures de courant ne sont pas un simple incident technique. Elles affectent les ménages, les commerces et les services essentiels, dans un contexte de difficultés économiques. La Banque mondiale anticipe une pauvreté à 24,1% en 2026 et signale des pressions inflationnistes, notamment sur les produits alimentaires, le carburant et le transport.

Quand les services publics défaillent, que les responsabilités paraissent diluées et que la vie quotidienne se durcit, la colère peut monter. C’est cet incendie-là que le fusible politique cherche peut-être à prévenir : non pas les flammes dans une centrale, mais la rupture de confiance entre la population et le pouvoir.

La Mauritanie attend donc davantage qu’un changement de gouvernement. Elle attend que les protections fonctionnent - dans les centrales comme dans les institutions. Car remplacer le fusible politique sans réparer les circuits électriques, administratifs et politiques, c’est seulement gagner du temps avant la prochaine surcharge. 


Deux incendies, des coupures de courant de trois à cinq jours et un chantier public aujourd’hui au cœur de graves défaillances : le rapport de la commission d’enquête chiffre les conséquences immédiates à plus de 363,9 millions de MRU, hors pertes économiques estimées à 0,07% du PIB trimestriel. Il met en cause plusieurs acteurs.

Surcharge… délestage, pénombre et tutti quanti… jusqu'à ce qu'un autre fusible politique, à la suite de son homologue électrique… saute.  Ou vice-versa. Puis Commission d'enquête au prix fort, rapport en or... délestage, pénombre et tutti quanti. . 

Les cercles vicieux n'ont, hélas,  pas de fusible.

 Pr ELY Mustapha

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Poésie de la douleur.