mercredi 2 septembre 2026

Mauritanie : Un budget de la Présidence intouchable et ne connaît jamais la rigueur, mais… Par Pr ELY Mustapha


Je m'attendais, en examinant le budget de la Présidence de la République, à découvrir que mon pays, parmi les plus pauvres du monde (non par sa nature, mais par sa gouvernance),  consacre trop d'argent à son sommet de l'État. C'est l'intuition la plus naturelle (déformation professionnelle de tant d’années d’audit)…est souvent la bonne, ailleurs. Ce n'est, cependant, pas ce que les chiffres m’ont montré ici.

J’ai examiné le budget 2026 de la Présidence de la République et du Secrétariat Général de la Présidence de la Mauritanie (Loi de Finances 2026, Loi de Finances Rectificative 2026, projet de loi portant règlement définitif du budget de 2023), croisé avec l’analyse  de trésorerie 2024-2026 déjà mené dans mon  article précédent (voir mon blog)  et avec des données publiques vérifiées sur le budget 2026 de la Présidence de la République du Sénégal (déclarations du ministère des Finances du Sénégal rapportées par la presse spécialisée), le produit intérieur brut et la population des deux pays, aux taux de change constatés le 18 août 2026.

Et pour sacrifier à mon rôle d'enseignant vulgarisateur de l'information financière pour le grand public, il me semble utile de préciser les repères théoriques et normatifs qui structurent mon analyse. J’invoque d'abord Paul Samuelson et sa théorie des préférences révélées (1938), que j'applique ici à la lecture des priorités budgétaires effectives d'un gouvernement, et cela, au-delà de son discours déclaré. La théorie de l'agence et de l'asymétrie d'information développée par Michael Jensen et William Meckling (1976), permet d’éclairer le décalage entre l'information détenue par l'administration et celle réellement transmise au Parlement au moment du vote budgétaire. Je recours aussi au modèle du Léviathan de Geoffrey Brennan et James Buchanan, exposé dans « The Power to Tax » (1980) et rattaché à la théorie du choix public, qui met en évidence la tendance de l'appareil d'État à protéger en priorité les moyens de son propre fonctionnement.

 Enfin, je m'appuie, comme je le fais souvent dans mes articles, sur les référentiels PEFA (Public Expenditure and Financial Accountability), qui offrent des critères reconnus pour évaluer l'exhaustivité et la lisibilité des documents budgétaires.

Entrons donc dans le vif du sujet : le budget combiné de la Présidence de la République et de son Secrétariat Général - deux « titres budgétaires » distincts dans la nomenclature de la loi de finances, c'est-à-dire deux blocs de crédits votés séparément mais qui, ensemble, financent l'ensemble de l'appareil présidentiel - s'élève, pour 2026, à 530 884 512 ouguiyas, environ 13,2 millions de dollars. Comparé au Sénégal, dont la présidence a défrayé la chronique cette année avec un budget affiché en hausse de 160 %, le chiffre mauritanien est, une fois l'exercice de comparaison mené avec la rigueur qu'il exige, deux à trois fois plus faible rapporté à la richesse nationale, au budget de l'État ou au nombre d'habitants. Ce n'est pas la conclusion que j'étais parti chercher. C'est celle que les chiffres imposent, et il faut la dire telle quelle avant d'aller plus loin - car ce qu'ils révèlent ensuite est, à sa manière, plus préoccupant qu'un simple excès de taille.

Ce que la comparaison avec le Sénégal ne prouve pas

Le budget 2026 de la Présidence sénégalaise affiche 204,5 milliards de FCFA, contre 78,6 milliards en 2025 - une hausse de 160 % qui a, à juste titre, suscité la controverse à Dakar. Mais le ministre des Finances sénégalais lui-même a expliqué cette hausse par un changement de périmètre budgétaire, c'est-à-dire par le rattachement administratif - le transfert, dans les comptes de la présidence, d'entités qui étaient auparavant budgétées ailleurs - de sept agences jusque-là autonomes : un fonds de garantie des investissements, une agence de délégation à l'entrepreneuriat rapide, une agence de gestion du patrimoine bâti de l'État, un fonds souverain d'investissements stratégiques, la commission électorale, le régulateur des télécommunications et l'agence spatiale sénégalaise. À périmètre inchangé - c'est-à-dire en ne comptant que ce qui, dans les deux budgets, correspond à la même réalité institutionnelle d'une année sur l'autre -, le même document chiffre le budget réel de la présidence sénégalaise à 64 milliards de FCFA, en recul de 18,6 % par rapport à 2025.

C'est cette base à périmètre constant, et elle seule, qui peut être comparée sérieusement au chiffre mauritanien, qui n'a connu aucun rattachement de ce type. Rapportée au produit intérieur brut de chaque pays - c'est-à-dire à la valeur totale de tout ce que chaque économie produit en une année, l'unité de mesure la plus courante pour juger si une dépense publique est proportionnée à la richesse nationale -, la présidence sénégalaise représente 0,28 % du PIB du Sénégal, contre 0,09 % pour son équivalent mauritanien : trois fois plus. Rapportée au budget total de l'État, elle pèse 0,86 % au Sénégal contre 0,40 % en Mauritanie : plus du double. Par habitant, 5,83 dollars au Sénégal contre 2,43 dollars en Mauritanie. Sur les trois mesures qui permettent une comparaison internationale rigoureuse, la présidence mauritanienne coûte proportionnellement moins cher que sa voisine sénégalaise. Une analyse honnête ne peut pas conclure l'inverse simplement parce que c'est la conclusion qu'on attendait.

La vraie anomalie : un budget qui ne connaît jamais la rigueur

Si la taille ne pose pas de problème à l'échelle internationale, le traitement budgétaire de cette dépense, en interne, pose une question bien réelle. La loi de finances rectificative - le texte qu'un Parlement vote en cours d'année pour ajuster les prévisions initiales à la réalité constatée, à la hausse ou à la baisse - a révisé, en juillet 2026, le budget total de l'État de 132,18 à 140,34 milliards d'ouguiya, une hausse de 6,17 %, portée notamment par des lignes qui bondissent de 70 % ou plus. Le budget de la Présidence, lui, n'a pas varié d'une seule ouguiya. Zéro pour cent d'écart, sur ses deux titres et sur chacun de leurs chapitres, quand des dizaines d'autres lignes du même document ont été révisées de plusieurs dizaines de points.

L'exécution réelle du dernier exercice clos et définitivement réglé, 2023, confirme la même logique. Le taux d'exécution budgétaire - c'est-à-dire la part des crédits votés qui a effectivement été dépensée et payée, un indicateur qui mesure la fiabilité concrète d'une prévision - s'est élevé à 97,2 % pour la Présidence, contre 91 % pour l'ensemble des dépenses de l'État la même année. Cette même année, comme je l’avais montré dans un article précédent, les dépenses regroupées sous l'appellation « Dépenses Prioritaires » ( qui financent notamment les programmes de développement rural et communal) ont été exécutées à 20,8 % de leur propre plan, un manque de 14,9 milliards d'ouguiya.

Il y a, en économie du choix public, un principe simple qui éclaire ce contraste : la théorie des préférences révélées, formulée à l'origine par l'économiste Paul Samuelson pour expliquer le comportement des consommateurs, mais devenue, en science politique et en finances publiques, un outil courant pour lire les priorités réelles d'un gouvernement.

 Elle part d'un constat de bon sens : ce qu'un acteur déclare vouloir, compte moins que ce qu'il choisit effectivement de préserver lorsqu'une contrainte l'oblige à arbitrer. Un discours budgétaire peut annoncer, comme celui de la Mauritanie l'a fait à plusieurs reprises dans les documents examinés par cette série, la priorité donnée au développement et aux secteurs sociaux. Mais lorsque les recettes rentrent moins vite que prévu, ce n'est pas le budget de la Présidence qui absorbe l'ajustement - c'est le développement. La préférence réellement révélée par l'exécution, semaine après semaine, année après année, ne coïncide pas avec la préférence déclarée dans le discours.

Ce que révèle une ligne de 52,8 millions qui change de nom

Le chapitre « Coordination des activités administratives de la Présidence » comporte une ligne de 52 800 000 ouguiyas, identique dans la loi de finances initiale et dans sa version rectifiée, classée sous l'intitulé « Autres dépenses » - sans aucune autre précision. Ce n'est qu'en consultant le règlement définitif du budget de 2023, le document qui, contrairement aux lois de finances, détaille l'exécution jusqu'au niveau le plus fin de la nomenclature budgétaire, que cette même ligne se révèle porter un nom propre : « Fonds Spéciaux ». 

Un parlementaire ou un citoyen qui ne disposerait, au moment du vote, que de la loi de finances - le seul document normalement public à ce stade - n'a aucun moyen de savoir que cette ligne recouvre des fonds spéciaux plutôt que des dépenses de fonctionnement ordinaires. Il lui faut attendre le règlement de l'exercice, publié plusieurs années plus tard, pour le découvrir - au moment précis où la décision est déjà prise, l'argent déjà dépensé, et le contrôle politique en amont devenu sans objet.

C'est exactement la situation que la théorie de l'agence, développée en économie par Michael Jensen et William Meckling à partir des années 1970, décrit sous le nom d'asymétrie d'information : une relation où un « mandant » ( le Parlement et, à travers lui, le citoyen, qui autorise une dépense)  dépend d'un « mandataire » ( l'Administration, qui exécute cette dépense )  pour obtenir une information que ce dernier détient mais ne transmet pas intégralement au moment où elle serait utile. 

La théorie ne prétend pas que le mandataire agit nécessairement de mauvaise foi; elle établit simplement que, dès lors que l'information circule à retardement, le contrôle démocratique de la dépense s'exerce sur un document déjà incomplet. Une ligne intitulée sobrement « Autres dépenses » au moment du vote, et « Fonds Spéciaux » trois ans plus tard, en est une illustration précise.

L'arithmétique qui refroidit les ardeurs...

Il serait tentant de conclure que réduire ou supprimer ce budget libérerait des ressources significatives pour le développement du pays. L'arithmétique, examinée avec la même rigueur que le reste de cet article, ne le permet pas. 

Le budget combiné de la Présidence (530,9 millions d'ouguiya) ne représente que 3,57 % du seul manque constaté en 2025 sur les Dépenses Prioritaires par rapport à leur propre plan de trésorerie, et 0,74 % de l'enveloppe totale que ce poste était censé recevoir. Supprimer intégralement la Présidence ne financerait donc qu'une fraction marginale du déficit de développement déjà documenté sur une seule année. 

Il faut aussi créditer un fait qui va, une fois de plus, à l'encontre de l'intuition de départ : le budget combiné de la Présidence a reculé de 5,2 % en valeur nominale entre 2023 et 2026, quand le budget total de l'État progressait, sur la même période, de plus de 35 %. Sa part dans le budget total est passée de 0,57 % à 0,40 %. Ce n'est pas un budget qui dérive vers toujours plus de moyens.

 

L'économie du choix public offre un dernier cadre de lecture utile ici : le modèle dit « du Léviathan », développé par les économistes Geoffrey Brennan et James Buchanan à la fin des années 1970, qui invite à ne pas présumer que l'appareil d'État se comporte comme un agent bienveillant maximisant le seul bien-être collectif, mais à examiner s'il ne tend pas, structurellement, à protéger en priorité les moyens de son propre fonctionnement et de son propre pouvoir - indépendamment de la taille absolue de ces moyens. Ce n'est ni une accusation, ni une conclusion que les chiffres examinés ici permettent d'établir avec certitude sur les intentions de qui que ce soit. C'est une grille de lecture, qui rend intelligible ce que les chiffres montrent sans détour : un budget modeste à l'échelle internationale, mais qui échappe systématiquement à l'exercice même qui frappe le reste des finances publiques mauritaniennes en période de tension, et dont une partie de la composition ne se révèle qu'après coup.

Le vrai constat n'est donc pas que la Mauritanie dépenserait trop pour sa Présidence,  la comparaison avec le Sénégal nous dit l'inverse, et il faut avoir l'honnêteté de le reconnaître, et cela malgré le climat de corruption et de gabegie qui caractérise la gestion des finances publiques.

 Le vrai constat, à mon humble avis de citoyen, est qu'un pays parmi les plus pauvres du monde, qui peine à financer un cinquième de ses propres priorités de développement documentées, maintient malgré tout un petit budget rendu totalement intouchable, quand tout le reste doit s'ajuster. 

Le corriger ne résoudra pas, à lui seul, la question du développement :  l'arithmétique de ce dossier l'interdit. Mais il révélerait, mieux qu'aucun discours, si l'État mauritanien est prêt à appliquer à lui-même la rigueur qu'il impose au reste de son budget.

Pr ELY Mustapha

dimanche 30 août 2026

Mauritanie : Appels au coup d’Etat. Réponse aux aventuriers du chaos . Pr ELY Mustapha

 

 La Mauritanie traverse une séquence historique décisive. Alors que le débat sur un troisième mandat présidentiel s'intensifie, des voix irresponsables s'élèvent pour préconiser un coup d'État comme « solution » à la mal-gouvernance, la corruption, le détournement des biens publics et le népotisme .

Cet appel est non seulement criminel sur le plan constitutionnel, mais il est structurellement suicidaire pour un pays qui paie encore, près d'un demi-siècle plus tard, le prix exorbitant du cycle militaire inauguré le 10 juillet 1978.

Depuis l'indépendance, la Mauritanie a connu cinq coups d'État réussis - 1978, 1980, 1984, 2005, 2008 - et de nombreuses tentatives avortées, chaque putsch promettant « redressement », « moralisation » et « retour aux civils » avant de confisquer la transition, d'installer ses réseaux et de piller les ressources .

 Le bilan est sans appel : les putschistes de 1978, 1980, 1984, 2005, 2008 étaient les mêmes officiers ou leurs héritiers directs, du colonel Ould Taya (21 ans de pouvoir) au général Ould Abdel Aziz (11 ans) en passant par le général Ghazouani, chef d'état-major d'Aziz et putschiste de 2008, au pouvoir depuis 2019 .

 Le rapport Bertelsmann Transformation Index (BTI) 2026 le dit crûment : la relative stabilité du pays repose sur la quasi-monopolisation du pouvoir politique par un étroit stratum de l'élite, militaro-affairiste d'origine, recyclée en hommes d'affaires, ministres, députés, directeurs de sociétés d'État .

 

Un coup d'État en 2026 ou 2027 serait mené par ces mêmes réseaux - officiers formés dans les mêmes écoles, liés par les mêmes clientèles, propriétaires des mêmes avoirs dissimulés. Il ne « nettoierait » rien ; il réinitialiserait le compteur de l'impunité. Le coût humain, économique et institutionnel serait prohibitif : suspension de la Constitution et retour à l'arbitraire, isolement diplomatique avec sanctions de l'UA, de l'UE et des USA et gel des appuis budgétaires (FMI, Banque mondiale), effondrement des investissements et fuite des capitaux, risque sécuritaire par fragmentation de l'armée et tentation jihadiste au Sahel, régression des droits avec retour de la torture, disparitions, esclavage par ascendance non sanctionné et criminalisation de l'opposition .

 L'argument « la corruption appelle un putsch » est un piège logique car la corruption systémique est produite et entretenue par les régimes militaires qui ont capturé l'État pour servir leurs réseaux .

 Les instruments de lutte existent déjà : Inspection générale d'État, Cour des comptes, Pôle judiciaire anticorruption, Autorité nationale de lutte contre la corruption créée par la loi 2025-023, mais leur inefficacité tient à l'absence d'indépendance réelle, au rattachement à la Présidence, à la nomination des dirigeants par l'exécutif, à l'absence de moyens d'investigation autonomes .

Un putsch ne changera pas cette architecture ; il la verrouillera.

La Constitution, révisée en 2020, est un bouclier : l'article 26 fixe le mandat à cinq ans, l'article 28 dispose que « le Président de la République est rééligible une seule fois », et l'article 99 (ex-100) établit une clause d'éternité qui soustrait indéfiniment les possibilités de révision constitutionnelle, ainsi aucune révision ne peut toucher la durée et la limitation du mandat.

Un troisième mandat pour Ghazouani (élu en 2019, réélu en 2024) nécessiterait une révision constitutionnelle impossible sans violer cette clause, ce qui constituerait un coup d'État constitutionnel . L'alternance de 2029 est donc constitutionnellement programmée : Ghazouani ne peut légalement se représenter. La bataille n'est pas « putsch pour empêcher un troisième mandat » mais « succession contrôlée par l'oligarchie militaire » contre« alternance démocratique par les urnes ».

Conquérir 2029 sans violence, c’est ce qu’il faut réaliser. Pour cela, il faut verrouiller l'alternance et empêcher à jamais le retour des militaires - qu'ils portent l'uniforme ou le costume civil - et cela doit reposer sur quatre piliers à mettre en œuvre dès aujourd'hui.

Quoi de plus noble et de plus gratifiant à terme que de répondre à la violence institutionnelle par le tranchant de la plume.

Mon ouvrage (édité en arabe et en français) « La Mauritanie face à elle-même : stratégie pour l’alternance est une réponse aux aventuriers du chaos ». Son complément « Carnet de combat civique » est un manuel d'action de l'activiste politique pour conquérir le pouvoir pacifiquement, par les institutions démocratiques». Il s’agit d’une opérationnalisation de terrain de la stratégie et ce carnet  est mis à la disposition de tous les activistes politiques en Mauritanie.

Mon livre détaille la stratégie en profondeur. Voici résumés les quatre piliers opérationnels pour la conquérir et la verrouiller dès 2029.

Premier pilier : Unifier l'opposition — Le « Pacte pour l'alternance »

Le Carnet de combat civique opérationnalise ce pilier par des fiches-action concrètes : modèle de Pacte (10 engagements), statuts du Comité de pilotage de l'alternance (CPA), protocole de primaires citoyennes (vote électronique et bureaux physiques), et projet de lois « verrous » (ANLC, magistrature, financement des partis). Chaque activiste dispose d'un kit de plaidoyer parlementaire (argumentaire, amendements types, coalition à nouer) et d'une grille de conditionnement du dialogue national : pas de participation sans adoption préalable des trois lois organiques. Le Carnet fournit aussi les modèles de pétition (100 000 signatures), de communiqué de presse unifié et de feuille de route de mobilisation (meetings régionaux, porte-à-porte, réseaux sociaux).

 

Deuxième pilier. Réformer le cadre électoral : la bataille parlementaire 2026-2028

Le Carnet détaille la stratégie de niche parlementaire : calendrier des questions orales, modèles de commissions d'enquête (art. 98 Constitution), motions de censure constructives, et alliances tactiques avec députés « modérés » de la majorité. Il inclut les projets de lois organiques CENI (président élu à 2/3 ou tirage au sort CSM, commissaires paritaires, mandat de 6 ans), loi électorale (liste nationale intégrale de 157 députés, seuil de 3%, parité zipper) et loi Cour électorale indépendante (9 juges, saisine en 48 h, jugement en 30 jours). Des fiches « observation électorale » forment les activistes à documenter les fraudes, rédiger des recours et mobiliser des observateurs internationaux (UA, CEDEAO, Francophonie, IDEA).

 

Troisième pilier. Désarmer l'oligarchie : les 18 mois de transition 2029-2031

Le Carnet consacre une section entière aux « lois de rupture » : projet de loi de désarmement patrimonial (audit Cour des comptes,  ANLC,  experts internationaux, modèle de grille d'audit, procédure de restitution), projet de réforme du statut des armées (mission défense exclusive, interdiction activités économiques, conseil supérieur majoritairement civil, chef d'état-major 4 ans révocable 2/3 Parlement), projet de loi CVJR (mandat 3 ans, pouvoirs citation/archives, protection témoins, compétence crimes sang/esclavage/corruption), et projet de révision constitutionnelle « Verrou démocratique » (référendum 2030, clause d'éternité élargie, président 1 mandat 6 ans, Cour constitutionnelle 9 ans, institutions « quatrième pouvoir » constitutionnalisées). Chaque projet est accompagné d'un argumentaire juridique, d'un calendrier de vote et d'une stratégie de communication pour emporter l'adhésion populaire.

 

Quatrième pilier.  Prévenir le putsch : surveillance, diplomatie, architecture « anti-putsch »

Le Carnet fournit le manuel du réseau « Sentinelles » : fiche de signalement des mouvements de troupes, nominations suspectes, marchés opaques, publication mensuelle « Baromètre militarisation ». Il inclut le modèle de pétition parlementaire (1/3 des députés saisissent la Cour suprême), la note verbale type UA/CEDEAO/ONU (sanctions automatiques), et les clauses « gouvernance démocratique » à insérer dans les contrats bilatéraux (gaz, mines, pêche, infrastructures). L'architecture post-2029 est détaillée : statut de la Garde républicaine (3 000 hommes, recrutement civil, serment à la Constitution), transfert de la Gendarmerie au Ministère de la Justice, programme de service national citoyen (12 mois mixte civil/militaire). Des scénarios de crise (tentative de putsch, répression post-électorale) sont simulés avec des réponses non-violentes (grève ciblée, sit-in, appel aux soldats, art. 35 de la Constitution).

 

Réponses aux objections et chronogramme :  Le Carnet comme boîte à outils

Le Carnet consacre un chapitre entier aux objections des réalistes du putsch, en traitant successivement la thèse des urnes pipées avec les données de 2019 et 2024 et la stratégie de CENI réformée couplée à une mobilisation dépassant 70%, puis l'hypothèse d'une armée tirant sur la rue avec la réponse non-violente fondée sur la grève ciblée et l'article 35 de la Constitution, ensuite l'argument selon lequel les militaires détiennent les armes, l'argent et les réseaux en montrant les divisions internes et l'effet dissuasif de la loi ANLC combinée à l'audit patrimonial et à la CVJR sur chaque officier, enfin la crainte d'une société divisée en rappelant que le pacte 2029 intègre les clivages ethniques, tribaux et de caste dans un projet républicain commun. Le chronogramme 2026-2030 y est décliné en jalons mensuels assortis d'indicateurs de succès chiffrés : 15 partis signataires minimum, 50 organisations de la société civile engagées, 100 000 signatures de pétition, 500 000 manifestants pacifiques, 500 000 voix aux primaires, 100 meetings régionaux, 50 observateurs internationaux accrédités, plus de 60% de participation au référendum et plus de 70% de votes favorables. Chaque activiste dispose en annexe d'un tableau de bord personnel lui permettant de suivre sa contribution individuelle au calendrier collectif et de mesurer en temps réel l'avancement de la campagne vers les échéances critiques.

 

La Mauritanie a payé 46 ans le prix du « raccourci militaire » : instabilité chronique, prédation des ressources, fracture sociale, exil des cerveaux, humiliation internationale. Chaque putsch a aggravé le mal qu'il prétendait soigner. Aujourd'hui, la Constitution offre un chemin : limitation de mandat (art. 28), clause d'éternité (art. 99), parlement, CENI, Cour des comptes, ANLC, société civile vibrante, jeunesse connectée (70% < 35 ans), diaspora compétente. Les instruments sont là. Il manque la volonté collective de les actionner en même temps. 

L'appel au putsch est une trahison de l'avenir.

 Il livre le pays aux mêmes prédateurs sous un nouvel uniforme. L'alternance 2029 se prépare maintenant, dans la clarté du droit, la rigueur de l'organisation, le courage de la non-violence. Aux démocrates mauritaniens : l'histoire ne pardonne pas l'hésitation. Elle récompense l'audace structurée.

 2029 se gagne aujourd'hui. Par la loi. Par le nombre. Par la vérité. Comme l'écrivait Moktar Ould Daddah, premier président civil renversé le 10 juillet 1978 : « La liberté n'est pas un don que l'on reçoit, c'est une conquête que l'on fait chaque jour. » Ne laissons pas sa chute avoir été vaine.

Pr ELY Mustapha

Ps : Des exemplaires (en arabe et en français) de mon livre et de son Carnet de combat civique sont mis gratuitement à la disposition de tous les activistes politiques en Mauritanie. 

jeudi 27 août 2026

Voilà pourquoi Kane Ousmane est structurellement incompétent. Par Pr ELY Mustapha


"L’audit  alibi, le judiciaire absent, le contribuable délesté"

 

Une nomination qui est un aveu d’impuissance

Quand le Premier ministre Mokhtar Ould Diay signe, le 21 août 2026, l’arrêté créant une « commission d’enquête indépendante » sur les incendies des postes SOMELEC de Dar Naïm et Toujounine, il ne résout pas un problème technique. Il officialise l’échec de l’État.

Trente jours. Prolongeables de quinze. Une brochette de hauts fonctionnaires - l’Inspecteur général d’État , un conseiller à la Présidence , le président de la CNCMP , le directeur de l’énergie de la SNIM  - placés sous l’autorité d’un ancien ministre, Ousmane Mamoudou Kane.

Et surtout : deux cabinets étrangers. Le suisse ECG (The Energy Consulting Group AG). L’allemand INTEC (GOPA-International Energy Consultants GmbH).

Coût total estimé de la prestation intellectuelle : 4,7 millions d’euros (environ 202 millions MRU).

Pour ce prix, la Mauritanie ne recevra pas un seul volt. Pas un transformateur. Pas un disjoncteur. Pas un mètre de câble. Pas une pompe à incendie.
Elle recevra un rapport.

 

L’incompétence n’est pas personnelle, elle est structurelle

En 2020 dans mon article intitulé "Le mécano et le polytechnicien : Kane Ousmane était « mécaniquement » incompétent". Je mentionnais déjà la perception qu'avait le pouvoir d'utiliser des compétences et de les dédaigner ensuite pourvu qu'ils accomplissent en son nom, des missions de réhabilitation de leur Mal gouvernance, celle en ce moment de Aziz. J'y écrivais : "

"Lorsqu’un mécanicien auto de tuc-tuc militaire qualifie un polytechnicien d’incompétent sur des dossiers financiers, quelles conclusions en tirer ? Où il s’agit d’une comédie de boulevard, ou d’une tragédie humaine. Quand un tel acte se joue au sommet de l’Etat, c’est une comédie tragique pour la crédibilité et la gestion de l’Etat. Il est probable que Aziz ayant confondu « mines » antipersonnel et Ecole des mines avait maintenu Kane Ousmane dans son giron. Mais Kane Ousmane, est probablement pour quelque chose dans ce qui lui est arrivé. Non pas qu’il soit incompétent ou malhonnête. L’homme ne figure pas dans ce profil loin de là. Mais simplement en acceptant de figurer si longtemps dans le giron et dans le gouvernement d’un président putschiste légalisé, il cautionnait la dérive du pouvoir et de son inconséquence. Il vient d’en tirer les leçons et c’est tant mieux. Mieux vaut tard que jamais." (voir l'article sur mon blog et sur ce lien : https://haratine.com/Site/?p=15691 )

Aujourd'hui, il se voit confier une commission d'enquête sur les incendies des centrales électriques, pour encore et toujours redorer une image gouvernementale ternie par l'incompétence et les scandales , qui de la Cour des comptes à l'IGE, n'en finissent plus…

Dire que Kane Ousmane est incompétent pour cette mission, ce n’est pas une attaque ad hominem.  C’est une constatation fonctionnelle.

Mais fallait-il lui confier toute une commission chèrement payée pour « faire la lumière » sur des incendies dont tout le monde connaît déjà les causes :

  • Vétusté des équipements (transformateurs 33/15 kV dépassés).
  • Surcharge chronique (démographie galopante, raccordements sauvages).
  • Absence totale de systèmes de détection et d’extinction automatiques d’incendie dans les postes.
  • Maintenance préventive inexistante ou fictive (marchés de gré à gré, réceptions complaisantes).
  • Gouvernance de la SOMELEC gangrenée par le népotisme, la corruption des marchés, l’impunité des directeurs techniques successifs.

Les ingénieurs de la SOMELEC le savent. Les experts de l’IGE le savent. La Cour des comptes le sait. Les bailleurs (BEI, BM, UE, AFD) le savent.

Kane Ousmane ne découvrira rien. Il ne peut rien découvrir que les services compétents n’aient déjà documenté. Son mandat : « établir les faits, analyser les causes, identifier les manquements, proposer des recommandations », est exactement celui d’un auditeur. Or, l’audit administratif n’a ni pouvoir de contrainte, ni prérogative d’instruction, ni autorité pour sanctionner.

Il produit du diagnostic. La situation exige de la thérapeutique pénale.

 

 Le précédent de 2020 : 1,15 milliard de dollars audités, zéro procès

On a déjà fait le coup. Juillet 2020. La Commission d’enquête parlementaire (CEP) sur la « décennie Aziz » ouvre ses portes. Périmètre : 96 marchés, 430 milliards d’anciennes ouguiyas ;  soit l’équivalent de 1,15 milliard de dollars US.

Trois cabinets internationaux sont retenus sur dix-sept candidats : Taylor Wessing (juridique, Paris), Matine Consulting (audit technique, Tunis), Gibraltar Advisory (infrastructures). Le coût global de cette artillerie juridique et technique ? Secret défense budgétaire: non publié.

Le rapport final, rendu dans la douleur, est accablant : détournements, surfacturations, marchés fictifs, complicités politiques documentées. Les suites judiciaires ? Zéro. Les dossiers transmis au parquet y ont pris la poussière. Les responsables identifiés n’ont jamais été inquiétés. Certains sont députés. D’autres ministres. D’autres conseillers du pouvoir actuel.

Août 2024-2025. L’Inspection Générale de l’État (IGE) publie son rapport annuel. 2,375 milliards MRU d’irrégularités financières constatées sur 35 missions. 1,21 milliard MRU transmis au parquet. 20 révocations, 11 avertissements côté administratif.

Côté pénal ? Le néant. Le parquet classe. L’exécutif ne bronche pas.

Août 2026. Incendies SOMELEC. Commission Kane. Cabinets ECG + INTEC. 4,7 millions d’euros. Le scénario est écrit d’avance, rodé à la perfection : un rapport technique pour masquer le vide, une conférence de presse pour faire l’événement, une transmission « au parquet » pour la forme, un classement pour la suite, l’oubli pour finalité. Pas une variable ne change. Pas un acteur ne sort du rôle. La tragédie, cette fois, ne se jouera même plus en coulisses - elle se consume en direct, sous les projecteurs, payée comptant par ceux qui subissent le noir.

La définition de la folie, c’est de refaire la même chose en espérant un résultat différent. La Mauritanie, elle, refait le coup en le payant plus cher à chaque fois.

 

L’arithmétique de l’indécence : voilà ce que 4,7 millions d’euros auraient pu servir pour le pays

Convertissons ce chiffre dans la seule monnaie qui vaille pour un pays qui s’éteint : le béton, le cuivre, le kilowattheure, la vie humaine .Et voyons s'il était investi, non pas dans une commission faire-valoir,  ce qu'il pourrait créer pour le pays

 Quatre millions sept cent mille euros - soit près de 202 millions d’ouguiyas - ce n’est pas une ligne budgétaire abstraite.

 C’est, au prix des marchés BEI, BAD, AFDB et SOMELEC 2024-2025, vingt-cinq à trente postes 33/15 kV entièrement équipés en détection linéaire, extinction automatique au gaz et confinement : exactement la protection qui manquait à Dar Naïm et Toujounine pour que l’étincelle ne devienne pas brasier!

 C’est trois à quatre transformateurs 25 MVA neufs avec leur appareillage, prêts à remplacer les machines agonisantes qui surchauffent sous la charge.

C’est vingt-deux kilomètres de ligne 225 kV double terne, soit le bouclage intégral de la ceinture haute tension de Nouakchott, cette artère qui aurait permis de délester les postes surchargés avant qu’ils ne prennent feu.

 C’est trois à six mégawatts de solaire hybride avec stockage, du type Gougu Zemal, de quoi alimenter en journée six à douze localités hors réseau tout en économisant des millions de litres de fuel.

 C’est vingt-trois à trente-et-un villages entièrement électrifiés : poste 33/0,4 kV, réseau bas tension, compteurs sortant 12 000 à 15 000 Mauritaniens de l’obscurité.

C’est 31 000 kits solaires individuels posés sur autant de toits, la lumière et la charge téléphone pour des foyers que le réseau national ignore.

C’est, enfin, dix ans de maintenance préventive rigoureuse sur dix postes critiques - thermographie, analyses d’huile, serrage, tests relais, formation des agents;  avec, en prime, un centre de formation SOMELEC équipé pour que la relève ne soit plus une variable d’ajustement.

Au total : 4,7 M€ représentent 0,17% du gap de financement du Pacte National de l’Énergie (2,8 milliards d’euros non financés sur 3,07 requis). Une goutte d’eau dans l’océan des besoins. Mais 4,7 M€, c’est 100% du prix de l’illusion.

100% du coût d’un rapport chèrement payé qui n'allumera pas une ampoule, ne pompera pas un litre d’eau, ne sauvera pas un vaccin dans un hôpital sans courant.

Chaque euro versé à ECG et INTEC est un euro soustrait à la prévention, à la réparation, à la production, à l’accès.

C’est l’arithmétique implacable d’un État qui préfère payer le diagnostic du médecin au chevet du mort plutôt que l’opération qui l’aurait sauvé.

 

Le business model de la commission : vous payez, ils facturent, personne ne paie… sa délinquance.

Décortiquons, pédagogiquement et à la manière d'une pièce de théâtre en huit actes,  la mécanique de ce modèle cynique des affaires, avant que le rideau ne tombe, encore une fois, sur cette comédie, à la Molière, d'une gouvernance d'un Etat malade, non imaginaire.

La mécanique de ce modèle cynique des affaires est industrielle, rodée, prévisible à l’euro près.

Acte I : la crise. Les postes brûlent, la capitale s’éteint, l’eau s’arrête, les hôpitaux plongent dans le noir.

Acte II : l’indignation. La presse gronde, les réseaux s’enflamment, les bailleurs s’inquiètent.

Acte III : la parade. Un décret du Premier ministre, trente jours, une « commission indépendante » de façade.

 Acte IV : la facture. On sort le carnet d’adresses. Appel d’offres restreint, procédure d’urgence, gré à gré déguisé. INTEC empoche 2 244 044,25 € HT pour le « suivi de la construction de deux postes » - avis d’attribution SOMELEC, août 2026. ECG, via le groupement ECG–Okan Partners–Trinity International AARPI présélectionné sur AMI, prépare une note estimée entre 1,5 et 2,5 millions d’euros (forfait + hommes/jours). Honoraires standards : 350 à 500 €/jour/homme, perdiems, billets business class, frais généraux 15–20%. Facturation en euros, paiement sur lignes « Assistance technique » ou « Études », soit dit, en passant, soigneusement hors contrôle parlementaire effectif.

Acte V : le livrable. Un rapport cartonné, bilingue, 150 à 300 pages. Un diagnostic technique que les ingénieurs de la SOMELEC connaissent par cœur. Des recommandations génériques - «renforcer la maintenance », « réviser le code des marchés », « former les cadres » - et un « plan d’action à cinq ans » non budgétisé, donc non contraignant.

Acte VI : la communication. Remise solennelle au Premier ministre, point de presse, communiqué de la présidence, transmission « au procureur » - pour la forme.

Acte VII : l’oubli organisé. Le parquet ouvre une « enquête préliminaire » qui durera vingt-quatre mois. Les témoins s’évanouissent, les preuves s’effacent, les disques durs sont formatés. Le dossier est classé « infraction insuffisamment caractérisée ».

 Acte VIII : le prochain cycle. Dans trois ans, un autre poste brûlera. Une autre commission naîtra. D’autres cabinets seront payés. D’autres millions partiront en honoraires.

C’est un modèle économique. Les cabinets - ECG, INTEC, Taylor Wessing, Matine, Gibraltar, et les suivants - ont trouvé la rente parfaite : un client État solvable, qui ne marchande pas les notes d’honoraires, et ne demande qu’une chose - des rapports qui ne mordent pas. En échange, ils livrent le label « expertise internationale », sésame indispensable pour débloquer les prochains décaissements BEI, Banque mondiale, UE, AFD. Le contribuable mauritanien finance sa propre anesthésie.

 

Ce qu’il fallait faire,  et (hélas !) qu’on ne fera pas.

La seule réponse proportionnée à la gravité des faits - mise en danger de la vie d’autrui, destruction de biens publics, détournement de fonds de maintenance, corruption passive et active - était judiciaire, pas administrative.

 Il fallait saisir le procureur de la République le soir même du premier incendie. Ouvrir une information judiciaire pour : destruction involontaire par négligence (art. 319 CP), mise en danger de la vie d’autrui (art. 320 CP), détournement de deniers publics (art. 93 loi anti-corruption), corruption passive/active, trafic d’influence (art. 94-96), faux et usage de faux en écriture publique (réceptions de travaux, PV de maintenance fantaisistes).

 Nommer un juge d’instruction indépendant, lui donner les moyens coercitifs de la loi : saisies (comptabilités, serveurs, téléphones), perquisitions (domiciles, bureaux SOMELEC, ministères), levée du secret bancaire (comptes des directeurs techniques, fournisseurs, bureaux de contrôle), gardes à vue (48h renouvelables), confrontations, mises en examen, mandats de dépôt.

Une équipe d’enquêteurs spécialisés du  type  du juge italien anti-mafia Giovanni Falcone  Section de recherche financière et non pas des auditeurs. Des policiers, des juges qui savent suivre l’argent, retourner un comptable, faire craquer un intermédiaire.

Et, immédiatement, des sanctions politiques : démission ou limogeage du ministre de l’Énergie, du DG SOMELEC, du directeur Maintenance, du directeur des Marchés. Pas dans six mois. Maintenant.

 

Mais rien de tout cela n’arrivera.
Parce que le système ne juge pas le système!


L’IGE transmettra au parquet, le parquet classera.
La Cour des comptes observera, l’exécutif ignorera.
Le Parlement enquêtera, les cabinets factureront en millions d'euros et les rapports dormiront.


Et la commission Kane Ousmane, avec ses 4,7 M€ de cabinets, aura participé officiellement à mettre la vérité en sourdine noyée dans le business model de la commission (ce cynique plan d'affaires ravageur des commissions de cabinets internationaux pour édulcorer la mal gestion de nos gouvernants)

 

Je vous donne le verdict par avance, chers lecteurs, chers citoyens appauvris…

Le rapport Kane–ECG–INTEC sera rendu fin septembre 2026.
Il sera technique, épais, bilingue, « crédible ».
Il pointera des « dysfonctionnements », recommandera un « plan d’action », proposera un « renforcement des capacités ».
Il sera traduit pour les bailleurs. Servira de faire-valoir pour le prochain décaissement BEI/BM.
Puis il rejoindra les oubliettes : à côté du rapport CEP 2020 (coût des cabinets non publié), des rapports IGE 2024-2025 (budget institutionnel), des rapports de la Cour des comptes (budget institutionnel).

Et dans trois ans, rappelez-vous de cet article, un autre poste brûlera.


Une autre commission naîtra.
D’autres cabinets seront payés.
D’autres millions d’euros partiront en honoraires.
Le réseau, lui, ne coûtera plus rien - il aura fini de brûler.

 

L’incompétence structurelle de Kane est la nôtre

Kane Ousmane n’est pas incompétent parce qu’il ne sait pas lire un schéma unifilaire. Il l’est parce qu’il accepte de présider une mascarade.


Parce qu’il légitime, par sa signature, le décaissement de 4,7 M d'euros qui auraient dû acheter des disjoncteurs, des extincteurs, du câble, de la formation, de la justice.


Parce qu’il sait ( il a été ministre, il connaît la machine ) que son rapport ne changera rien.
Qu’il sert de caution morale à une opération de blanchiment budgétaire.

L’incompétence, ici, c’est de prendre un scalpel d’audit pour opérer une tumeur qui exige la hache du procureur.


Et de le faire en sachant que le patient mourra sur la table pendant qu’on facture l’anesthésie à 4,7 millions d’euros.

 

4,7 millions d’euros.  202 millions MRU.  30 jours.  2 cabinets.  1 ex-ministre.  0 volt.  0 poursuite.  0 poste sauvé.

Ce sera le bilan…d'une gabegie que l'on aura honorée par un décaissement de 4,7 M d'euros.

 

Dans un milieu où l'entropie naturelle tend vers la prédation des ressources publiques. Envoyer un auditeur , même intègre et compétent , dans un environnement où le silence est complice et l'impunité institutionnalisée, c'est demander à un thermomètre de soigner la fièvre.

Ousmane Mamoudou Kane remettra son rapport fin septembre. Il sera « transmis à la justice ». Le parquet ouvrira une « enquête préliminaire » qui durera deux ans. Les coupables, s'il y en a, auront le temps de blanchir, de fuir, de se faire élire député (immunité). Les cabinets ECG et INTEC seront payés. La SOMELEC commandera de nouveaux transformateurs - sur appel d'offres, cette fois, avec 15% de commission. Et dans trois ans, un autre poste brûlera.

Pr ELY Mustapha




mardi 25 août 2026

Chronique d'une négligence administrative qui a coûté la lumière à Nouakchott. Pr ELY Mustapha

 Il y a des mots qui, dans une administration, ne devraient jamais rester sept mois sans suite. « Infructueux » en est un.

Ce n'est pas un terme anodin de jargon d'appel d'offres: c'est un aveu, daté, signé, publié ; soit l'aveu qu'un besoin de sécurité identifié comme urgent n'a trouvé personne pour le combler, et que celui qui l'a constaté a choisi, ou a été contraint, de ne pas s'en émouvoir davantage.

Fin 2025, la Commission des Marchés d'Investissement (CMI) du Groupe Somelec, présidée par Khroumbaly Lehbib, lançait la Demande de Cotation à Compétition Ouverte n° 25/CAE/2025 pour l'acquisition de disjoncteurs de marque Efacec destinés aux cellules du poste Est de Nouakchott, 33 kV ( date limite de dépôt des offres : le 12 janvier 2026). Ce marché a été déclaré infructueux, comme l'atteste l'avis publié sous la référence DAO N° 01/CAE/2026 sur le site officiel de la Somelec.

"La Commission de Passation des Marchés d’Achat et Exploitation du Groupe - SOMELEC, dans sa séance du 22/01/2026 PV N° 04/CAE/2026 a déclaré infructueux la DCCO N° : 41/CAE/2025 relative à l’acquisition de disjoncteurs Efacec pour les cellules du poste Est 33kV.  "

Le 21 août 2026, ce même poste Est brûlait!  Sept mois plus tard, presque jour pour jour, cette même Commission des Marchés d'Investissement, cette fois sous la présidence par intérim d'Ahmed Ramdane Sylla, Directeur Général Adjoint de la Société Mère, en sa qualité de vice-président,  ouvrait, le 20 août 2026, soit la veille de l'incendie, les offres du DAO N° 08/CMI/2026 relatif à la réhabilitation du réseau 33 kV et au renforcement du système d'évacuation 15 kV des postes sources. Entre les deux dates, les deux références, les deux présidences de séance: sept mois de silence administratif.

Mon article n'est pas consacré à la question de savoir si ce silence a causé l'incendie car nous l'avons déjà posée ailleurs, et elle reste ouverte. Je le consacre davantage à une question plus dérangeante encore :

Comment un pays peut-il laisser un mot comme « infructueux » s'installer pendant sept mois sur un dossier de sécurité vitale, sous la responsabilité d'une commission identifiée et nommée, sans que personne, à aucun étage de la hiérarchie, ne s'en trouve dérangé au point d'agir ?

Ce que « infructueux » aurait dû déclencher…. et n'a pas déclenché, hélas !

Un marché déclaré infructueux n'est pas, en soi, scandaleux : la loi le prévoit, et une commission qui rejette des offres non conformes ou hors budget fait, sur le papier, son travail.

Ce qui est scandaleux, c'est ce qui doit suivre et qui, manifestement, n'a pas suivi. La quasi-totalité des régimes de marchés publics prévoient, pour ce cas précis, une voie accélérée : la procédure négociée ou l'entente directe, réservée justement aux situations où l'urgence ou la rareté des fournisseurs qualifiés rendrait absurde de relancer un appel d'offres classique avec ses délais de publication, ses délais de dépôt, ses délais d'analyse.

Un poste de transformation qui alimente plusieurs quartiers d'une capitale et dont les disjoncteurs de sécurité manquent d'attributaire est, par définition, une urgence. Rien, dans ce que nous savons du dossier, n'indique qu'une telle procédure d'urgence ait été activée. Rien n'indique non plus le contraire et c'est précisément le problème : le silence est total.

 Ni relance publique, ni entente directe documentée, ni communiqué d'alerte, ni saisine visible de la tutelle ministérielle. Un besoin de sécurité critique s'est simplement... dissous dans le calendrier administratif ordinaire, au même rythme qu'un renouvellement de mobilier de bureau. Hélas !

Trois explications possibles  et aucune qui n'accable

Je voudrai être rigoureux plutôt que simplement indigné. Et ce que j'ai distingué c'est que, à mon avis, trois explications ( non exclusives) peuvent rendre compte de ce silence, et il serait malhonnête de n'en retenir qu'une par commodité rhétorique.

La première est technique et presque excusable : Efacec, le fabricant visé par l'appel d'offres, est un équipementier électrique de niche. Un marché portant sur du matériel aussi spécialisé attire mécaniquement peu de candidats, et il ne suffit qu'aucun d'entre eux ne réponde aux exigences techniques ou budgétaires pour que l'appel d'offres échoue sans qu'aucune malversation n'entre en jeu. Mais si c'est bien cela qui s'est produit, la question devient alors : pourquoi une entreprise publique responsable d'infrastructures critiques n'a-t-elle pas anticipé ce risque de fournisseur unique en maintenant un stock de sécurité ou un contrat-cadre pluriannuel, plutôt que de se retrouver à découvert au pire moment ? Le moindre apprenti en gestion de projet en environnement d'incertitude le fera.

La deuxième est budgétaire, et nous savons qu'elle n'est pas hypothétique : la Somelec traverse une restructuration en groupe dont l'achèvement a déjà été reporté d'un an, dans un contexte documenté de contraintes financières. Un marché resté sans budget disponible pour être relancé dans l'urgence n'est pas un mystère dans une entreprise publique exsangue ; et  c'est, hélas, une routine . Mais alors il faut le dire tout net : si l'État mauritanien a laissé sa société d'électricité nationale dans un tel dénuement financier qu'elle ne pouvait plus sécuriser à temps l'équipement de protection de ses propres postes sources, ce n'est plus une défaillance de la Somelec qu'il faut interroger, c'est un choix d'arbitrage budgétaire pris bien plus haut, au niveau où l'on décide chaque année ce qui mérite d'être financé et ce qui peut attendre.

La troisième explication est bien plus administrative et sociologique, et c'est sans doute la plus banale de toutes, ce qui ne la rend pas moins condamnable : un risque connu, documenté, mais non catastrophique dans l'immédiat, s'use avec le temps dans l'attention d'une organisation. Chaque semaine qui passe sans incident rend le dossier un peu moins urgent dans l'ordre du jour d'une commission qui doit, par ailleurs, traiter des dizaines d'autres marchés. C'est ainsi que des risques parfaitement identifiés finissent par devenir des lignes oubliées dans un tableau de suivi ;  non par malveillance, mais parce qu'aucun mécanisme n'existe pour empêcher qu'un dossier de sécurité critique se banalise au même rythme qu'un dossier de fournitures de bureau.

Ces trois explications ont un point commun accablant : aucune d'entre elles n'exigeait un incendie pour être corrigée!

 Un audit de routine, une alerte de la direction technique, un contrôle de l'ARMP, une question parlementaire et  n'importe lequel de ces mécanismes, s'il avait fonctionné, aurait suffi à transformer sept mois de silence en quelques semaines de correction. Aucun n'a fonctionné. C'est cela, la vraie défaillance : non pas qu'un marché ait échoué une fois, ce qui arrive à toute administration, mais qu'aucun garde-fou n'ait rattrapé cet échec avant que le feu ne s'en charge à sa place.

Le prix de sept mois de silence.

Ce silence a un prix, et il ne s'est pas payé dans les bureaux climatisés de la Commission des Marchés, mais dans les foyers de Ksar, de Sebkha, de Dar Naïm et d'Arafat. Trois jours de coupures en pleine canicule d'août. Des hôpitaux basculés sur groupes électrogènes de secours. Des commerces qui ont vu fondre leurs stocks. Et, humiliation suprême pour un pays qui exporte du fer, de l'or et bientôt du gaz, un convoi de secours venu du Sénégal, escorté par la gendarmerie, pour livrer à Nouakchott le générateur que sept mois d'inaction administrative avaient rendu nécessaire. Ce générateur sénégalais est, très exactement, le prix comptant de l'infructuosité mauritanienne soit la facture que personne n'a voulu payer à temps, présentée finalement à toute une capitale, avec intérêts.

Ce que ce silence devrait coûter, maintenant

Il ne suffit pas de déplorer. Un dossier resté infructueux pendant sept mois sur un équipement de sécurité vitale devrait, dans n'importe quelle administration digne de ce nom, déclencher trois choses qui, à ma connaissance, ne se sont pas encore produites en Mauritanie :

-          la publication du motif exact de l'infructuosité, plutôt que le silence actuel ;

-          l'identification de la personne ou de l'instance qui avait la responsabilité de relancer ce marché en urgence, et l'explication de ce qui l'en a empêchée;

-          et la mise en place, pour l'avenir, d'un mécanisme automatique d'alerte lorsqu'un marché touchant à la sécurité des infrastructures critiques reste sans attributaire au-delà d'un délai raisonnable en un seul mois, pas sept.

 Tant que ces trois réponses resteront absentes, le mot « infructueux » continuera de dormir dans les tiroirs de la Somelec, en attendant, quelque part, le prochain poste qui n'aura pas eu la chance d'attirer l'attention avant de brûler.

Il est vrai cependant que la SOMELEC est soumise à une gouvernance publique qui, elle aussi, a besoin de… disjoncteur dans un pays en perpétuel court-circuit. Et qui risque de disjoncter.

Pr ELY Mustapha

Références : DCCO N° 25/CAE/2025 (acquisition de disjoncteurs Efacec, poste Est 33 kV, Commission des Marchés d'Investissement du Groupe Somelec, présidence Khroumbaly Lehbib) ; avis d'infructuosité publié sous DAO N° 01/CAE/2026 ; DAO N° 08/CMI/2026 (réhabilitation réseau 33 kV et renforcement du système d'évacuation 15 kV, ouverture des offres le 20 août 2026, présidence de séance Ahmed Ramdane Sylla, vice-président de la CMI).

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Poésie de la douleur.