mercredi 7 avril 2010

Au pays des mille et une nuisances



La Cour des contes



L’ordonnance n° 2007- 006 portant modification de la Loi n° 93.19 du 26 janvier 1993 relative à la Cour des Comptes dispose, dans son article 48, que : « La Cour des comptes remet annuellement au Président de la République un rapport général, dans lequel elle expose ses observations et dégage les enseignements qui peuvent être tirés. »

Toutefois, d’un coup d’Etat à l’autre, la Cour des comptes ne sait plus à qui le remettre; aussi elle procède, elle aussi, par à-coups. Son rapport général pour l’année 2006 vient d’être publié...en 2010.

Ce rapport de la Cour des comptes mauritanienne, comme celui qui la précédé, devrait commencer par « il était une fois… ». Et ajouter en guise de préliminaire : « Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

Ainsi le lecteur serait honnêtement averti et apprécier l’exercice à sa juste valeur. Comme un bon film intitulé « la gestion publique au pays des mille et un nuisibles ». Avec en intro, la fameuse mise en garde de Disiz la Peste : « Toute ressemblance avec des personnes qui se sentiraient visées ne serait que pur hasard. » (Album « Poisson rouge)

Mais à quoi sert vraiment le rapport de la Cour des comptes ? Ce rapport devant faire le compte rendu du contrôle juridictionnel de la Cour des comptes sur les fautes de gestion des ordonnateurs publics et les comptes de gestion des comptables publics (I), présenter la déclaration générale de conformité (II), n’a été en fait qu’un exercice sans grand intérêt avec des observations de « déjà vu » dans le rapport précédent(III), posant la question: ce rapport est-il vraiment utile et la Cour des comptes, elle-même, ne coûte-t-elle pas trop cher au contribuable mauritanien. Et cela pour un résultat peu probant sinon dépourvu d’intérêt tant pour le citoyen que pour les pouvoirs publics ou pour un quelconque contrôle politique, législatif ou juridictionnel sur les justiciables de cette cour (IV).

I- Le jugement des ordonnateurs et comptes des comptables : le déni de justice

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Sur ce plan, la Cour des comptes est dans une situation de carence telle qu’elle l’entraine dans le déni de justice. Son activité juridictionnelle, qui doit être le "fer de lance" de sa mission de « contrôle a posteriori » des finances publiques, est tout simplement inexistante.

La raison en est simple. Aucun comptable primaire ou secondaire ne lui fait parvenir ses comptes (ni ses bordereaux mensuels, ni son compte de gestion annuel).

Son seul vis-à-vis est le Trésorier général, comptable principal . Et même sur sa comptabilité la Cour des Comptes est inefficace car le compte de gestion du Trésorier général, n’est point accompagné des pièces comptables et justificatives prévues par l’arrêté du Ministre des finances n°1195 du 9 Octobre 2002. De même qu’il ne retrace pas les opérations sur ressources de financement extérieur. Soit un document partiel inadapté au contrôle de la régularité des dépenses publiques.

Cette situation d’impossibilité d’un vrai contrôle permettant de sanctionner, a conduit la Cour des comptes à avouer son incapacité à effectuer son contrôle juridictionnel sur ce « seul comptable principal de l’Etat » puisque : « L’application de la réglementation aurait dû conduire à l’établissement de débet d’un montant faramineux (quelques milliards d’ouguiyas) à la charge de l’unique comptable principal de l’Etat. »

Et le juge des comptes s’interdisant ainsi de condamner ce comptable est passible du « déni de justice » qui est l’attitude par laquelle le juge refuse de juger une affaire, alors qu'il est habilité à le faire.

Attitude que la Cour des comptes confirme par elle-même en justifiant cet acte grave de déni de justice par l’impossibilité de recouvrer les fonds publics : « Il est évident, écrit-elle dans son rapport, que le recouvrement de telles sommes serait impossible ce qui ôterait tout intérêt à l’exercice du contrôle juridictionnel. » !

Depuis quand un juge est-il habilité à préjuger de l’exécution de son jugement pour justifier le refus de le prononcer ? Depuis quand rendre la justice est soumis à l’opportunité de juger ?

Si le Trésorier général devait être déclaré en débet sur la base de son compte de gestion et sur les pièces justificatives l’accompagnant, la Cour des comptes se doit de le condamner. Toute attitude contraire est un déni de justice, passible de sanctions, du fait même du statut du juge et de la mission dévolue à la Cour des comptes : « d'engager la responsabilité des personnes en cause , d'obtenir réparation » ( Article 4 de la loi 93-19 di 26 janvier 1993 du portant relative à la Cour des comptes).

Relativement aux ordonnateurs publics, la situation est encore plus inefficace car la Cour, elle-même, déclare son impuissance à réaliser son contrôle en tant qu’institution « ad hoc » de discipline financière et budgétaire du fait , entre autres difficultés, de « labsence de saisine de la Cour par les autorités auxquelles la loi a conféré ce pouvoir »

En d’autres termes ni le Premier Ministre, ni le ministre des finances, ni aucun ministre n’a jamais saisi, à travers le Commissaire de gouvernement, la Cour des comptes pour faire sanctionner les fonctionnaires et agents relevant de leur autorité.

Or si l’on sait d’après la loi, que sont passibles de sanctions pour faute de gestion : les fonctionnaires et agents de l'état ou de tout autre organisme public ; les représentants, administrateurs et agents de tout organisme soumis au contrôle de la cour, ou toute personne exerçant de fait leur fonction, on comprend l’ampleur de la couverture de la gabegie par les chefs de département eux-mêmes.

Aussi « La Cour des comptes n’a pu, depuis sa création, exercer cette activité.. »

II- La déclaration générale de conformité : une conformité non conforme.

La Cour des comptes, au lieu de déclarer tout simplement qu’elle ne peut procéder à une déclaration de conformité, s’ingénue quand même à le faire ! Tout en déclarant que cette déclaration de conformité est relative à l’examen de « conformité » de deux documents essentiels : le compte général de l’administration des finances, d’une part, qui doit être tenu par l’administration des finances en l’occurrence le ministre des finances , et le compte du Trésorier général de Mauritanie, d’autre part.

Or, elle déclare texto : « Ces deux documents sont tenus par une seule et même personne » ! En l’occurrence « le Trésorier Général ; ceci en sa double qualité de directeur général du Trésor et de la comptabilité publique » !

Et la Cour de continuer : « Il est évident que lesdits documents ainsi établis sont nécessairement conformes, voire identiques car ils constituent en fait un même document.».

Face à cette situation, la Cour des Comptes considère que l’exercice auquel, elle doit procéder pour le rapprochement de tels documents « , s’il n’est pas vain , comporte au moins une portée ou un intérêt limité(e) »

Or nous l’affirmons à la Cour des comptes , son exercice n’est ni vain, ni à portée (ou intérêt) limité, il est inutile et ne se devait même pas d’être fait !

Lorsqu’une déclaration de conformité se devant nécessairement être issue de deux documents séparés, contradictoires et nécessairement tenus par deux autorités différentes ne remplit pas ces conditions : On ne la fait pas !

On déclare l’irrecevabilité pour vice de forme des documents transmis.

Car une déclaration de conformité ne peut être faite sur un compte unique et sur un document administratif et financier qui viole le principe de la séparation des ordonnateurs et des comptables et de leurs documents budgétaires et comptables respectifs.

Comment une Cour des comptes peut-elle déclarer une conformité de comptes en se suffisant de l’appréciation matérielle des chiffres alors qu’un élément substantiel de la déclaration de conformité est absent ? A savoir l’élément formel qui dicte que les deux comptes soient tenus par des autorités comptables et financières différentes, et qu’ils soient tenus contradictoirement ! Une condition sine qua non de leur valeur financière et comptable probante pour le contrôle et de la validité de la déclaration générale de conformité.

En se livrant à cet exercice la Cour des comptes a violé l’article 68 de la constitution du 20 Juillet 1991 qui prévoit qu’ « une cour des comptes assiste le parlement et le Gouvernement dans le contrôle de l’exécution des lois de finances ». Dans ce cadre une telle déclaration ne peut servir à l’organe législatif, dans sa mission d’autorisation et de contrôle, et même l’induire en erreur.

C’est ainsi aussi quelle viole toutes les dispositions qui imposent à la Cour des Comptes , une déclaration générale de conformité entre les comptes individuels des comptables et le compte général de l’administration des finances. Notamment : la loi 78.011 du 19 Janvier 1978 portant loi organique relative aux lois de finances , l’ordonnance 89 012 du 23 janvier 1989 portant Règlement Général de la Comptabilité Publique telle que modifiée en 2006, la loi 93.19 du 26 Janvier 1993 relative à la Cour des Comptes.

En effet, le simple constat de la Confusion des autorités et des documents devait dicter à la Cour des comptes de « surseoir », à faire une telle déclaration de conformité.

Elle devait tout au contraire déclarer l’irrecevabilité des deux documents tenus par une même et unique personne au nom de leur caractère non contradictoire et au nom de la mission qui lui est assignée.

III- Les mêmes pratiques malsaines d’une gestion sur l’autre :un air de déjà vu.

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La Cour des comptes comme dans son rapport précédent de l’année 2005, que l’on a eu à commenter en 2007 (lire l’article ici ) mentionne toujours les pratiques malsaines dans la gestion des ressources publiques. Il est certain que cette partie de son rapport restera inamovible et qu’on la retrouvera dans tous les rapports de la Cour des comptes pour un siècle encore.

Voici, (outre le non respect des procédures des dépenses publiques, du recouvrement des recettes publiques, de l’exercice de fonctions incompatibles de la violation du code des marchés publics etc.) :

- la valse des dépenses irrégulières coûtant des milliards à l’Etat,

-les dépassement de crédit, creusant les déficits,

- les lettres de débit automatique, une pratique hors-la-loi ,entrainant la gestion et l’accaparation irrégulière des deniers publics hors toute prescription réglementaire

- la non comptabilisation de valeurs (qui ne figurent donc pas dans le compte de gestion examiné) consacrant le pouvoir discrétionnaire de leur dilapidation, etc.

Le terrain de jeu prédilection des autorités publiques au pays des mille et un nuisibles.

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IV- L a Cour des comptes : l' intérêt « pédagogique » d’une institution ignorée.

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Le rapport de la Cour des comptes n'est pas vain. Il a un intérêt pédagogique : révéler de temps à autre qu’il y a une institution, ignorée de tous, qui travaille en silence, qui a un budget et qui publie un rapport. Mais que « sachant que son rapport n’intéressera personne et que les personnes qu’il accuse ne sont plus là (ou l’ignorent royalement) , que les documents administratifs, comptables et financiers sur lesquels il est établi n’ont aucune valeur probante, il est quand même publié, aux frais des Allemands, pour dire que quand même la Cour existe . »

Tant mieux, diront certains. Ce ne sera pas l’unique institution constitutionnelle mauritanienne qui tourne à vide. Mais ce qui caractérise la Cour des comptes, c’est de dénoncer et de juger les comptes des comptables publics, de déclarer la conformité du compte général de l’administration publique avec le compte du trésorier général de Mauritanie, de sanctionner les fautes de gestion et ultime mission confectionner un rapport sur la gestion des deniers publics.Beaucoup de travail.

Mais à voir son rapport 2006, aucune de ces fonctions n’est réalisée. On y trouve une appréciation empirique de la gestion de certains services, une déclaration de conformité non conforme, et une absence totale du contrôle juridictionnel des ordonnateurs et des comptables publics (voir plus haut).

D’autre part, c’est une institution ignorée par les pouvoirs publics et cela jusque dans sa consultation à propos des documents qui la concernent!

Elle note dans son rapport que , comme toujours : « des textes importants relatifs aux finances publiques ont été, soit modifiés, soit nouvellement adoptés ou en cours d’élaboration, sans qu’elle soit consultée afin de lui permettre de formuler éventuellement son avis avant leurs adoptions définitives conformément aux dispositions de la loi 93-19 du 26 Janvier 1993 relative à la cour des Comptes.

Parmi ces textes, il peut être cité notamment l’ordonnance 89.012 portant règlement général de la comptabilité publique qui a été modifiée plusieurs fois ainsi que le décret sur le contrôle financier et le nouveau plan comptable de l’Etat… Il en est de même des arrêtés relatifs aux nouveaux receveurs d’administrations financières et de la loi organique relative aux lois de finances que le Ministère des finances envisagerait de modifier.

Dans ce cadre, la Cour des Comptes invite le Ministère des finances au respect des dispositions de l’article 5 de loi 93-19 relatives à la cour des compte qui dispose que : « La Cour des Comptes émet un avis consultatif sur les projets de textes relatifs à l’organisation et au contrôle des finances publiques. »

Cette attitude des pouvoirs publics n’est en fait que l’expression la plus apparente de l’importance dans laquelle les pouvoirs publics placent la Cour des comptes. Une institution redondante au « pays des mille et un nuisibles ».

D’ailleurs l’administration du Ministère des finances, ne fait pas de « la mise en état d’examen » des comptes de gestion des comptables publics une de ses priorités, empêchant ainsi la Cour des comptes d’exercer son contrôle juridictionnel.

Alors à quoi sert donc la Cour des comptes ?

Que coûte son rapport, qu’aucune autorité publique ne lit ni n’exécute, au contribuable ?

Si on comptabilise les budgets consommés par cette Cour pour son fonctionnement depuis sa création, cela justifie-t-il deux rapports à intérêts pédagogique ?

En définitive, on le sait, la Cour des Comptes (« tribunal des comptes d’autrefois ») , a été créée dans un élan de « séduction » du FMI et, à travers lui, du groupe de Bretton woods.

C’était du temps de la cogitation autour Programme d’ajustement structurel et ce qu’il fallait en tirer en DTS. Cela s’était inscrit dans les sillages du Programme de consolidation et de relance (PCR) , succédané du PREF, tous morts et enterrés dans l’artifice des PIP et autres plans tirés sur la comète !

Les temps ont changé et la Cour des comptes ressemble à une institution hors du temps. Une Cour des contes au pays des mille et un nuisibles. Mais qui s'en rend compte tous comptes faits?

Pr ELY Mustapha

lundi 5 avril 2010

Bilinguisme et langue officielle

La langue arabe n'appartient à personne!


Sans une langue officielle, unificatrice et de dialogue, il n y a pas d’Etat. Sans le respect et l’enseignement de toutes les langues du pays, il n y a pas de Nation.

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Pour lire cet article, cliquer ici.

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Pour lire les méthodes préconisées pour une Mauritanie plurilingue, cliquer ici .

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Pr ELY Mustapha

Note: J'ai publié ces articles en 2007 et 2008 sur ce même blog. C'est autant dire que la Mauritanie, sur la question des langues n'évolue pas. Mais a-t-elle évolué sur autre chose?

Opposition carriériste, pouvoir personnalisé.

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Profession ? Opposant.

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L’opposition mauritanienne, est devenue une opposition de « carrière ». Elle se professionnalise. Depuis une vingtaine d’années, elle ressemble étrangement à une collection d’individus qui fait de son « militantisme », une vocation carriériste.

En effet, les mêmes acteurs politiques depuis des années se battent pour le pouvoir. Ils ont tellement cultivé de rancœurs et de frustrations institutionnelles sinon personnelles, les uns à l’égard des autres que l’opposition en est devenue, une « entreprise » visant « coute-que coûte » l’exercice du pouvoir. Il ne s’agit plus d’œuvrer pour que la volonté du peuple soit, mais pour qu’évincer soit. De l’opposition professionnelle.

Etre « opposant » c’est devenu une profession, comme celle d’avocat, de médecin, d’ingénieur etc. L’opposant ce n’est plus l’individu militant qui adhère à une idéologie, à une vision de société, un idéal de vie à promouvoir pour lui et sa société, il est devenu, en Mauritanie, tout tendu vers la détention du pouvoir et vers la confrontation. Vers un poste « à gagner » si son mouvement arrive à ses fins, à un intérêt de classe, de clan ou de tribu si ses « amis » arrivent au pouvoir.

L’opposition a remplacé l’idéologie politique qui devait être l’instrument de son combat et de sa vision de la société et de l’Etat, par une spéculation politique perpétuelle . Spéculation qui est devenue son instrument pour arriver au pouvoir et organiser ses meetings. Les leaders des partis rêvent de devenir des Golden boys en évinçant les « boursicoteurs » qui spéculent au sommet de l’Etat.

L'opposition aujourd'hui ne propose rien de concret. Elle n'avance rien sur le plan social ou le plan économique. Elle ne participe à aucune dynamique de développement qu'elle aurait initiée ou à laquelle elle participerait. Elle est totalement focalisée sur le politique et sur l'inscription en faux par rapport à Aziz, son unique point cardinal. Par lequel elle est obnibulée. Elle est face à Aziz et dos au peuple. En ce sens, elle ne sert plus son rôle premier: l'encadrement et l'éducation des masses. Elle a professionnalisé son action vers la détention du pouvoir tout le reste semble mineur.

Etre « opposant », c’est donc devenu, une profession.

Un métier, à l’intérieur du pays et « un fonds de commerce » à l’étranger.

Des fonds de commerce qui achalandent sur leurs rayons, pour un public occidental grand consommateur, des denrées non périssables: « le racisme », l’esclavage », « l’exclusion », « la persécution » etc.

Cette « instrumentalisation » de l’opposition et de ses objectifs est en train de faire un grand tort au pays. Car dans cette cavalcade vers le pouvoir, tous les principes fondamentaux qui doivent guider l’opposition à l’intérieur et à l’extérieur, sont oubliés. Notamment faire que, par son activité partisane, l’opposition :

- ne porte pas atteinte à l’image du pays,

- ne porte pas atteinte à son intégrité et à sa sécurité,

- cherche à exercer le pouvoir, sans détruire les institutions et leur crédibilité nationale et internationale,

- privilégie le dialogue à l’affrontement,

- cherche à faire baisser les tensions extrémistes à l’intérieur et à l’extérieur (y compris dans son propre parti),

- ne considère pas les détenteurs pouvoir comme des ennemis, mais comme des individus doués de raison et capable de fléchir par le militantisme vrai et désintéressé.

Mais tout cela est-il dans l’air du temps ? Face à une opposition qui s’est durcie, à travers ses leaders, sur des bases d’une lutte carriériste, face à un pouvoir d’Etat qui chaque jour se personnalise davantage, la Mauritanie est prise entre deux feux. A moins qu’une prise de conscience nationale n’apparaisse, avant qu’il ne soit trop tard.

En effet, « La liberté consiste entre deux esclavages : l’égoïsme et la conscience. Celui qui choisit la conscience est l’homme libre. » (Victor Hugo)

Pr ELY Mustapha

Les schismes et la division

Le danger vient-il encore de l’opposition?

Si le pays en est arrivé là, c’est à cause de l’opposition. Si aujourd’hui Ould Abdel Aziz est au pouvoir, c’est à cause de l’opposition. L’opposition juilletiste n’a donc que ce qu'elle a semé.

Cette opposition là qui s’est précipitée pour négocier à Dakar la réédition d’un président élu, n’a aujourd’hui que ce qu’elle mérite. En Mauritanie , le peuple n’a pas seulement les gouvernants qu’il mérite il a aussi l’opposition qu’il mérite. Et c’est à cause de cette opposition là , ses dissensions internes, son opportunisme et sa course en rangs dispersés à la présidence lors des dernières élections, que le pays et aujourd’hui ainsi gouverné. L’histoire retiendra encore longtemps ces leaders de l’opposition qui hier encore revendiquaient à cors et à cris leur attachement à la légalité.

Aziz tient davantage son accès à la présidence du médiocre comportement de l’opposition que de la réelle volonté du peuple. Mais Aziz est là et l’opposition est là-bas en train de gesticuler. Et sa gesticulation est aujourd’hui beaucoup plus néfaste que les quelques mois de gouvernance de Aziz.

En effet si Aziz , gouverne en se disant que l’Etat c’est lui, l’opposition est en train de s’opposer en se disant que l’ennemi c’est lui. Mais l’opposition se trompe !

Le véritable ennemi, ce n’est pas Aziz. Aziz est au pouvoir et dans son giron depuis qu’il a acquis ses premiers galons ; comme un certain gaulois, le pouvoir « il est tombé dedans quand il était petit ». Il connait bien le chaudron.

Le véritable ennemi, c’est ce qui en train d’arriver à la Mauritanie, que Aziz sous-estime sous la poussée aveuglante de ses courtisans et que l’opposition dans sa soif, mille fois déçue, de conquérir le pouvoir est en train d’exacerber : le schisme qui est en train de s’ouvrir en Mauritanie et qui risque de l’emporter.

Et curieusement si Aziz, par son comportement, irrite l’opposition, le danger à moyen terme ne vient pas d’ Aziz mais de l’opposition !

En effet, c’est dans l’opposition, dans ses satellites et nulle part ailleurs, que le danger est le plus grand. En effet, toute une frange irresponsable de l’opposition est en train de mener le pays à sa perte. Et l’opposition par contradiction avec Aziz ne voit pas le mal qui la ronge et qui menace le pays.

Parmi ces dangers deux sont apparents :

D’abord, les laudateurs d’un certain mouvement harratine, qui au-delà d’une identité que lui est reconnue de fait, s’inscrit dans un élan socialement sécessionniste et réfractaire à l’unité nationale. Mouvement qui fait de la lutte politique, une lutte identitaire par laquelle il revendique des droits qui lui sont certes naturels et inaliénables mais avec des moyens qui entrent en contradiction avec la paix et la stabilité sociale du pays.

Ensuite , ces chefs de partis mauritaniens qui vont prêter allégeance à un Etat étranger et à son leader, l’assurant de leur soumission à ses directives et lui promettant d’exécuter sa volonté en Mauritanie ! Mettant ainsi en danger la stabilité, la sécurité et l’indépendance du pays.

Ainsi, cette opposition obnubilée par le pouvoir et dont le seul objectif est de « tomber Aziz » est en train de manquer à son devoir de lutter, en son sein, contre tout ce qui pourrait porter atteinte à l’intégrité, à la paix et à l’indépendance du pays.

L’opposition mauritanienne, est devenue une machine frustrée, tolérant l’intolérable toute tendue vers la mise en échec d’une personne et faisant feu de tout bois.

Il est tant que l’opposition se ressaisisse, qu’elle soit une véritable opposition qu’elle sache que le pays est en train de courir un grave danger à travers les divisions et schismes identitaires (harratines), sectaires (ethnolinguistiques) et sécuritaires (allégeance à l’étranger) et d’œuvrer à les combattre et à les réduire, en son sein et dans son giron.

C’est dans les moments de crise que l’opposition véritable apparait pour défendre la Nation pérenne, dût-elle refréner pour ce faire, son élan naturel à l’exercice d’un pouvoir éphémère. Tout comme celui qui, un laps de temps, le détient.

Pr ELY Mustapha

dimanche 4 avril 2010

Juste pour rire






Un site fait par des arabisants? (Défense de rire! Surtout par les temps qui courent!)
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Plus sérieux: noter le copyright, en bas de page du site: "Tous droits réservés au ministère de la jeunesse et des sports" .

Les finances mauritaniennes, on le savait, c'est du sport. Mais la jeunesse on se sucre sur son dos.
Du moment que les ministres ne démissionnent pas d'eux-mêmes, voilà un bon prétexte, pour Aziz, de faire démissonner le prochain ministre des finances, ou du sport. Au choix.

Bel exemple de l'utilisation des TIC. A suivre assurément. En sens inverse.

samedi 3 avril 2010

Kane Ousmane était « mécaniquement » incompétent.

Le mécano et le polytechnicien

Lorsqu’ un mécanicien auto de tuc-tuc militaire qualifie un polytechnicien d’incompétent sur des dossiers financiers, quelles conclusions en tirer ? Où il s’agit d’une comédie de boulevard, ou d’une tragédie humaine. Quand un tel acte se joue au sommet de l’Etat, c’est une comédie tragique pour la crédibilité et la gestion de l’Etat.

Il est probable que Aziz ayant confondu « mines » antipersonnel et Ecole des mines a maintenu Kane Ousmane dans son giron.

Mais Kane Ousmane, est probablement pour quelque chose dans ce qui lui arrive. Non pas qu’il soit incompétent ou malhonnête. L’homme ne figure pas dans ce profil loin de là. Mais simplement en acceptant de figurer si longtemps dans le giron et dans le gouvernement d’un président putschiste légalisé, il cautionnait la dérive du pouvoir et de son inconséquence. Il vient d’en tirer les leçons et c’est tant mieux. Mieux vaut tard que jamais.

Le mécanicien-général-président-putschiste-légalisé, continuera longtemps à faire tourner son gouvernement-moteur à explosion (économique et sociale), tant qu’il trouve des pièces détachées dans l’intelligentsia mauritanienne pour crédibiliser sa mécanique du pouvoir. Kane Ousmane en fut une. S’il ne prend garde, il sera nommé ailleurs. A moins qu’il n’ait pris conscience qu’il est l’homme qu’il fallait, à la place où il ne devait pas être.

Le système est ainsi fait, depuis la « révolution à reculons» des mœurs et des valeurs en Mauritanie, que l’homme est instrumentalisé tant qu'il peut servir les bas intérêts des dirigeants, au nom d’une classe, d’un clan, d’une ethnie ou d’une tribu, puis il est rejeté s’il n’est pas spolié de ses biens ou piétiné .

Le cas de Kane Ousmane, grand commis de l’Etat, a été l’exemple même de ce qui peut advenir aux intellectuels mauritaniens qui par amour de leur pays, renoncent à des privilèges acquis dans des organisations internationales prestigieuses pour venir joindre leurs efforts à son développement. Mais c’était sans compter sur la nature même du pouvoir en Mauritanie, qui n’est pas là pour servir le pays, mais pour aider des hommes à se servir. Et dans cette logique, il est dérisoire de croire que tout individu, quel que soit son niveau intellectuel, technique ou scientifique y est le bienvenu.

Alors , quelles leçons peut-on en tirer pour l’intelligentsia mauritanienne ?

La première leçons, malgré tout , ce n’est pas de renoncer à aider son pays et à œuvrer en tout point du globe à son rayonnement . En effet, si nous devions faire des statistiques de la valeur ajoutée quantitative et qualitative de l’apport au pays, de l’intelligentsia mauritanienne à l’étranger, on se rendra donc qu’elle dépasse de loin et de très loin toute la gesticulation des trois quarts de l’administration publique mauritanienne.

La diaspora mauritanienne a une forte présence dans les grandes instances internationales et exerce au sein d’administrations et d’entreprises publiques et privées de nombre pays amis et frères et du reste du monde. L’image qu’elle donne du pays a précédé et continue à précéder les médiocres performances de notre administration des affaires étrangères.

La seconde leçon, c’est de ne pas se fermer au dialogue constructif sans pourtant devenir un suppôt du système et céder aux sirènes de l’assimilation à la mauvaise conscience. Savoir dire et redire sans relâche, sur tous les fronts et tous les medias, ce que l’on pense juste et profitable pour le pays.

Enfin, troisième leçon, ne pas renoncer à aider quantitativement (dons, projets, aides, bourses etc.) et qualitativement (expertise, formation, appui scientifique etc.) le pays. Car la Mauritanie n’appartient pas à une personne mais à tous ses enfants. Et il ne faudrait pas que la cavalcade malsaine du politique mauritanien, rebute notre intelligentsia de participer économiquement et financièrement au développement du pays. Les dirigeants, comme leurs actes et leurs discours sont éphémères. La Mauritanie reste.

Pr ELY Mustapha

mardi 30 mars 2010

Ici et maintenant !

Lettre à mes soeurs et frères maures (et autres).

Je suis revenu hier de Nouakchott. J’ai vu la misère mais je n’ai vu aucune réaction sensible au discours « arabisant » du Premier ministre.

Toutefois, certains indicateurs ne trompent pas. Des indicateurs qui ne sont que des signes avant-coureurs de quelque chose de plus grave qui se prépare. Le passé récent nous a bien appris que lorsque les gouvernants se mettent à jeter en « pâture » au public un argumentaire de division et d’intolérance, cela peut aller très loin. L’homme de la rue, plus que tout autre se saisit très vite des « positions » (surtout extrémistes) affichées par les gouvernants pour justifier tous ses actes.

Aussi, il est urgent que nous nous solidarisions pour empêcher le pire qui est prévisible. De nous rapprocher davantage de nos frères négro-mauritaniens, de contacter tous ceux qui peuvent être joints (amis , familles, connaissances) pour leur signifier notre fraternité et notre solidarité et surtout leur signifier la « fatuité » de telles propos « politiquement intéressés » qui ne peuvent en aucun cas emporter ni la conviction ni l’adhésion de citoyens responsables chérissant leur pays avec toutes ses composantes humaines et raciales.

Il ne faut pas que de dirigeants mus par l’appétit du pouvoir, l’allégeance aux despotes voisins et la mesquinerie des parias idéologiques, nous divisent.

Une Mauritanie, sans négro-mauritaniens est inconcevable. Et on n’en veut pas ! Une Mauritanie sans négro-mauritaniens est une chimère dont personne ne veut. Notre diversité doit être notre force. L’uniformisation des « espèces » n’est pas une loi de la nature, mais une loi du nazisme. Est bien imbécile celui qui croirait qu’une Mauritanie « Maure-maure », vaudrait mieux qu’une Mauritanie pluriethnique, riche de ses cultures, de ses couleurs, de ses belles langues et dialectes, de ses parlers vivants.

Oui, c’est de cette Mauritanie que nous voulons. Dont on avait dit qu’elle était « un trait d’union », un lien , une passerelle , un creuset de civilisation qui fait notre fierté d’être d’ici, de là. De là-bas et de partout. Une Mauritanie plurielle, dans ses langues et cultures, qui se conjugue au singulier en tant que nation.

La Mauritanie, n’est ni l’est , ni l’ouest. Elle n’est ni le nord, ni le sud. La Mauritanie, c’est tout cela à la fois et rien de tout cela. Elle est unique. Elle est un pays qui demande à ce que ses enfants cessent de regarder vers d’autres pays pour calquer leur devenir sur ce que ces pays veulent qu’ils deviennent. Une idéologie extravertie ne sert que les extravertis.

Notre espoir, immédiat, n’est ni le monde arabe, ni le monde africain. Notre espoir c’est d’abord nous. C’est notre capacité à nous prendre par la main et de construire notre pays. Quel regroupement, arabe ou africain fut-il, voudrait d’un pays pauvre ? D’un pays exsangue ?

Chères soeurs, chers frères,

Notre avenir, c’est de nous tenir la main, toutes composantes confondues. De ne pas céder au discours de la division et de la haine. De nous regarder avec les yeux de la fraternité et d’affirmer, haut et fort, notre volonté de vivre ensemble, ici et maintenant.

Le pire qui puisse nous advenir, c’est de céder au bon vouloir « téléguidé » de dirigeants aussi éphémères que leurs discours irresponsables.

Si c’est notre humanisme qui nous guide, alors il n y a plus humain que ce que nous enseignent nos cultures arabe et berbère.

Si c’est notre religion commune qui nous guide, vous le savez, Dieu a bien dit que le « meilleur d’entre-vous est le plus croyant » et non point que « le meilleur d’entre-vous a la peau la plus claire ». Ni même qu’il doive parler arabe ou être arabe.

Et l’amour de la patrie est une foi. Et notre foi à nous, c’est de vivre ensemble, au nom de nos cultures, de notre religion et de notre destinée commune. Tout le reste est une dangereuse cogitation d’un régime qui cherche à plaire (à d’autres régimes obscurs) pour assurer sa survie (politico-financière). Il est vrai que l’obscurantisme, se nourrit du chaos.

Pr ELY Mustapha

dimanche 28 mars 2010

Je reviens de Nouakchott


Ould Abdel Aziz a besoin d’un fusible


Je suis rentré hier soir de Nouakchott, après une escale de détente suffocante dans la ville de poussière. Nouakchott.

Mon œil contemplateur du voyageur incognito (et pour cause) que je suis, m’a permis de remarquer que Mohamed Ould AbdelAziz est en train de faire de bonnes choses (il faut bien que je retourne ma veste de temps à autre non ? Sinon comment serai-je nommé à un poste quelconque ?).

Oui, vous avez bien lu. Le putschiste devenu président est en train de réfectionner toutes les routes de Nouakchott. D’autre part, les vieux tacots de Nouakchott et les voitures illégalement importées ou n’ayant pas payé les droits de Douanes sont en voie de disparition, comme les dinosaures.

J’ai, en effet, pu constater de visu, que l’asphalte a pris un coup de neuf et une peur bleue tenaille les possesseurs de véhicules non dédouanés. Ainsi, ces derniers n’empruntent que les voies impraticables pour échapper aux brigades douanières qui sillonnent la ville. Ils ne profitent pas de l’asphalte du président.

En fait, une peur bleue tenaille tout le monde. Les fonctionnaires, les premiers se sont vus drastiquement réduits en nombre. Et ceux qui possèdent encore miraculeusement un emploi ont une peur bleue, non pas du vendredi (jour du seigneur) mais du mercredi (jour de Ould Abdel Aziz).Ils craignent le Mercredi comme le jour dernier. Le mercredi c’est le jour de conseil de ministres où le général, dit-on, tonne de mille feux contre ses ouailles. Et le communiqué issu de ce conseil est tellement attendu que chacun "cauchemardise" d’y laisser la peau… de son bureau.

Quant au général, il est très proche du peuple, il parcourt les quartiers populaires où il tient des discours tellement populaires que chacun se demande si le général président n’a pas été dans une vie antérieure (à Sidioca) charretier. Un socialisme-populiste qui étonne ses adversaires qui le prennent parfois pour un stakhanoviste des dunes.

Toujours est-il que Ould Abdel Aziz, triomphe. Il surfe sur la sensibilité populaire et promet monts et merveilles de "Hay essaken" à "Neteg jembe". L’eau, l’électricité, les écoles, les hôpitaux … Bref tout ce qui manque et tarde à venir. Aziz a pris le contrepied de son prédécesseur, il va au peuple, il a un parler franc, il promet…il promet.

Mais Aziz est-il sur la bonne voie ?

Telle est la question qui se pose à propos de ce président qui très visiblement navigue à vue. Nous l’allons voir dans les lignes suivantes. Nous partirons d’un constat empirique issu de notre discrète (LOL) présence à Nouakchott (I), pour montrer que Aziz est en train de courir de sérieux risques pour son régime et pour sa personne du fait de l’insouciance totale qu’il affiche quant aux mécanismes institutionnels de sa protection. Ce ne sera pas, en effet, le premier président mauritanien mal conseillé et qui eût à en pâtir. Il n’a pas prévu dans un circuit politico-social en surchauffe, le « coupe-circuit » adapté pour assurer la continuité de son action. Sans « fusible » politique, le temps d’Aziz est compté. Un compteur dans un circuit surchauffé sans disjoncteur (II).

I- Confusion entre superstructure et infrastructure

L’on pourrait croire que tant d’efforts d’un général qui cherche la crédibilité devraient augurer d’un climat national serein, mais il n’en est pas ainsi. Au contraire, le climat social est très tendu. Les raisons principales, les plus ostensibles, en sont les suivantes :

- Le pouvoir d’achat s’est fortement détérioré
- La liquidité monétaire s’est drastiquement réduite

Les ménages sont surendettés tant auprès des commerçants de proximité qu’auprès du système bancaire. Le niveau des salaires ne suit pas le mouvement des prix et leur régularité est aléatoire.

Les entreprises n’investissent plus et l’offre en biens et services s’est réduite accompagnant une baisse de la demande, signe d’un ralentissement économique qui appauvrit le pays et participe à l’usure du capital des agents économiques sous l’effet de la non-croissance.
Aziz n’a pas compris que le discours populiste, même s’il s’accompagne de réalisations d’infrastructures ostensible ne peut être détaché d’un plan social d’accompagnement permettant la réduction des tensions.

La formation brute de capital fixe (routes, bâtiments, etc.) ne contribue pas à court terme à remplir le couffin de la ménagère. Elle y participe long terme quand elle entre comme vecteur indirect au service de la croissance des unités économiques nationales. Or qu’est-ce que le PIB, si ce n’est la somme des valeurs ajoutées de unités économique d’un pays en un temps T.

L’erreur de Aziz est de croire que la superstructure (le politique) est tributaire de l’infrastructure (formation brute de capital fixe). L’accroissement du réseau goudronné de Nouakchott est-il un facteur de cohésion nationale ? Pourrait-il être un élément substantiel dans l’accroissement du pouvoir d’achat du citoyen ?

D’autre part, le facteur socioculturel de la réceptivité par le mauritanien des actes faits en sa faveur n’a pas été pris en compte. La donne culturelle est absolument absente de l’approche infrastructurelle.

Qui connait le mauritanien, sait, que du fait de son tempérament, de la « haute estime » qu’il a de sa propre personne, il rejette tout acte même fait en sa faveur mais qui lui est imposé. Si ce n’est pas un rejet total c’est au moins un ressentiment d’être foulé du pied. Nous avions déjà consacré un article à cette donne socioculturelle du temps où Aziz était un putschiste non encore légalisé (lire ici : Vive Aziz! Et ici : qui est prêt à perdre ?)

II- Un fusible pour Aziz

En effet, ce que Aziz ne semble pas ressentir dans son élan d’après-élection, par lequel il essaye de prouver qu’il mérite son élection, c’est que l’ensemble de ses actes génèrent une tension très particulière. Une tension dont il n’a prévu ni l’étendue, ni les moyens d’y faire face. L’enfer, dît-on « est pavé de bonnes intentions ». Les bonnes intentions d’Aziz ne sauraient suffire à faire accepter ses réalisations embryonnaires dans un pays où depuis plusieurs années, les dirigeants n’ont dû leur maintien qu’au pouvoir des armes et leur destitution qu’à leur absence au propre et au figuré.

Mais ce qui fait défaut à Aziz, président putschiste démocratiquement élu, c’est justement sa trop grande présence. Aziz est trop visible. Il s’expose. Pris dans l’image iconique du « président des pauvres ». Il construit. Harangue. Limoge. Et pense que cela est suffisant pour que tout aille « pour le mieux dans le meilleur des mondes ».

Cependant, Aziz en travaillant pour les « pauvres », a oublié dans sa frénésie populiste que ce ne sont pas les pauvres qui décident en Mauritanie. Ce ne sont pas les pauvres qui défont les régimes en Mauritanie. Ce ne sont pas les pauvres qui trahissent. Ce ne sont pas eux qui fourbissent les coups d’Etat et les coups de palais. Ce ne sont pas eux qui, détachés des contraintes du pain quotidien, discutent à longueur de journée, dans les salons cossus, des voies et moyens de grignoter le pouvoir ou de prendre leur revanche.

Les pauvres en Mauritanie, prennent ce qu’on leur donne, mais ne font ni ne défont les gouvernements. L’investissement d’un gouvernant chez les pauvres est une excellente stratégie pour un Président d’un pays démocratique, à tradition démocratique, et autour duquel le consensus généré par une cohésion non simulée (par la politique du ventre notamment) renforce son action. En Mauritanie, les pauvres ne sont pas un bouclier mais des boucs émissaires.

Or considérant la surchauffe économique susmentionnée, un mécontentement social ne manquerait pas de surgir dont certains ne manqueront pas de profiter, Aziz a plus que besoin de mécanismes pouvant le sortir de l’ornière dans laquelle, il est en train de se fourvoyer.

Dans les pays démocratiques, présidentialistes notamment, le Président de la République se façonne un bouclier à travers l’institution du « Premier ministre ». Ce dernier sert souvent de bouc émissaire lorsque les décisions prises (souvent prises par le président lui-même) entrainent une tension et menacent le président, sa crédibilité ou la confiance placée en lui. C’est le Premier ministre qui « saute » pas le Président. C’est, pourrait-on dire, un « fusible » institutionnel. Le Président reste, le Premier ministre s’en va. Et le Président nomme un nouveau « fusible »…

Pour que cependant un tel « Premier ministre-coupe circuit » puisse exister, il faut qu’il soit crédible en sa personne et capable d’assumer la responsabilité des actes …du Président.

En Mauritanie, Aziz, ne bénéficie pas d’un tel mécanisme institutionnel. Certes le premier ministre existe, mais il ne semble exister que pour exister. Pire encore, il est un facteur aggravant de la surchauffe sociale et politique.

Ses dernières considérations discursives sur la langue arabe versus les langues nationales, n’ont pas été un élément de paix sociale. Ce premier ministre semble travailler d’un côté et le Président de l’autre. Le second travaille à découvert, le premier derrière les murs. Un Premier ministre intra-muros. Un Président sur les talons.

Le diagnostique sur la situation actuelle telle qu’approchée de visu à Nouakchott permet de dire que Mohamed Ould Abdel Aziz est pris dans un sérieux engrenage :

- D’abord, un « milieu » politique immédiat qui le porte au nues (courtisans et autres chimères de palais) et qui désinforme le Président sur les réalités du pays,

- Ensuite, un espace politique d’opposition (connaissant l’entêtement de Aziz) qui lui fait croire qu’il s’oppose à ce qu’il fait mais dont le but inavoué est de pousser Aziz davantage dans l’impasse socio-économique dans laquelle il s’est lancé, espérant une crise qui le bloquerait ou l’éjecterait (civilement ou militairement) au plus vite du pouvoir.

En définitive, Aziz risque de s’écraser sous le poids d’un élan populiste qu’il pense durable et porteur. Mais qui en fait s’émousse sous l’usure d’un quotidien socio-économique difficile pour les populations et en surchauffe sensible.

Ce qui manque donc à Aziz, en l’absence d’un « disjoncteur » politique, est un fusible qui le mettrait à l’abri d’un « court-circuit » socio-économique. Sans plan social d’accompagnement de son action, réducteur des tensions, sans stratégie politique nationale associant les acteurs nationaux (société civile notamment) permettant le dialogue réducteur des conflits, Aziz est un acrobate qui travaille sans filet sur une corde raide.

Pr ELY Mustapha

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Poésie de la douleur.