Avant-propos pour la mémoire collective…ou ce qui en reste.
À son arrivée en pèlerinage à la Mecque, Hicham
Ibn Abdel Mâlik , Calife omeyyade (71-125 de l’hégire ), demanda qu’on fasse
venir un homme parmi les compagnons du prophète.
On lui répondit : « Ô émir des croyants, Ils sont tous
morts.»
« Un parmi les Tabi’in, alors », demanda-t-il,
encore.
On lui ramena Tawous ben Qiçan Al Yemeni El Hamdani,
l’un des disciples du prophète (PSL),
Dès qu’il entra chez le sultan, il se déchaussa au
bord du tapis et lui adressa le « salam » sans l’interpeller par son titre «
émir des croyants ».
Au lieu de cela, il dit : « Assalamou alayka Ya
Hicham ».
Il ne l’appela pas non plus par sa kounya ( qui est
une appellation traditionnelle par référence à la descendance immédiate.
Exemple: Abou Ali, Abou Ahmed etc.) - mais plutôt s’assit face lui en demandant
: «Comment vas-tu Ô Hicham ? ».
Hicham se mit en colère au point qu’il faillit le tuer
et lui demanda ce qui le poussait à agir de la sorte.
Tawous ben Qiçan Al Yemeni El Hamdani (PSL) lui dit
alors : « Agir comment ? »
Hicham s’énerva de plus belle et lui répondit : « Tu
t’es déchaussé au bord de mon tapis, tu n’as pas baisé ma main, tu ne m’as pas
salué en m’appelant émir des croyants, tu ne m’as pas non plus appelé par ma
kounya et tu t’es assis en face de moi sans m’en demander la permission et tu
m’as interpellé en disant ‘ô Hicham’ ».
Tawous lui répondit:
- « Concernant le fait de m’être déchaussé au
bord de ton tapis, je le fais cinq fois par jour entre les mains de mon
Seigneur, il ne me punit pas, ni ne se met en colère contre moi.
- Quant au fait que je n’ai pas baisé ta main, et
bien j’ai entendu Ali Ibn Abi Talib (PSL) dire : « Il n’est permis à personne
de baiser la main de quelqu’un si ce n’est sa femme par désir ou son fils par
miséricorde. »
- Quant au fait de ne pas t’avoir salué en t’appelant
« émir des croyants », c’est parce que tout le monde n’est pas satisfait de
ton émirat, et je déteste mentir.
- Pour ce qui est de ne pas t’avoir appelé par ta
kounya, Allah soubhanahou wa ta‘âla a appelé ses alliés en disant : « Ô Dawoûd,
ô Yahyâ, ô Îssâ » et a appelé ses ennemis par leur kounya:« Périssent les mains
d’Abou Lahab » (Sourate 111, Verset 1.)
- Si je me suis assis face à toi, c’est parce que j’ai
entendu Ali Ibn Abi Talib (PSL) dire : « Si tu veux regarder un homme
parmi les gens du feu, regarde un homme assis et autour de lui un groupe de
gens se tenant debout. »
Hicham lui dit alors : « Conseille-moi ! »
Il lui dit alors : « J’ai entendu Ali Ibn Abi Talib
(PSL) dire : « Il y a dans la géhenne des serpents tels une clôture et des
scorpions tels des mules, ils mordent chaque émir qui est injuste envers ses
gouvernés. » »
Il se leva alors et sortit.
Ghazouani, Assalamou
alayka.
Sept ans après ton arrivée au pouvoir, deux mandats après la promesse d'une rupture avec les pratiques de l'ère Aziz, tu dois désormais répondre d'un bilan, pas d'un programme. Les inaugurations, les discours sur la « Mauritanie de demain » et les communiqués ministériels ne suffisent plus à masquer ce que vivent, chaque jour, des millions de Mauritaniens : un accès aux soins qui reste un parcours d'obstacles, une école publique en déclin, une jeunesse qui attend un emploi ou prépare son départ, des quartiers entiers livrés à l'insalubrité et une gouvernance dont la transparence demeure, selon les indices internationaux eux-mêmes, l'un des points les plus faibles du pays. Pendant ce temps, la rumeur d'un troisième mandat circule dans les cercles du pouvoir, comme si la Constitution elle-même pouvait être négociée. Ce texte n'est ni un réquisitoire personnel ni un tract d'opposition : c'est un bilan, dressé à partir de données publiques, de rapports internationaux et de faits vérifiables, soumis au débat contradictoire.
Ghazouani…
Un président ne se juge
pas à ses promesses mais à ce qui change réellement dans la vie de ceux qu'il
gouverne (tu avais fait la promesse solennelle d’améliorer le niveau de vie des
Mauritaniens… en un an ; dans un discours dont la vidéo est toujours en ligne,
en témoigne). La mesure honnête d'un pouvoir ne se mesure pas au nombre de
projets annoncés, mais au nombre d'hôpitaux qui soignent, d'écoles qui forment,
de routes qui relient, de jeunes qui restent parce qu'ils y trouvent un avenir.
Tu as été élu en juin
2019 avec 52 % des voix dès le premier tour, dans un scrutin qui a marqué,
selon les observateurs, « la première alternance pacifique » de l'histoire du
pays depuis l'indépendance - même si l'opposition, à l'époque, avait dénoncé des
irrégularités et si les autorités avaient restreint l'accès à Internet pendant
plusieurs jours après le scrutin. Réélu le 29 juin 2024 dès le premier tour
avec 56 % des suffrages, face à une opposition qui a de nouveau crié à la
fraude, tu as entamé un second mandat censé s'achever en 2029. Sept années de
pouvoir suffisent à établir un bilan. Ce bilan doit être dressé loin des
éléments de langage officiels, à partir de ce que disent les institutions
financières internationales, les organisations de défense des droits humains,
les indices de gouvernance et, surtout, la vie quotidienne des Mauritaniens.
Le pouvoir et la
promesse de l'État impartial
Ghazouani, tu as
hérité, en 2019, d'un État où l'accès aux ressources publiques (emplois,
marchés, licences, foncier) a longtemps été perçu comme conditionné par la
proximité avec le pouvoir plutôt que par le mérite. Sept ans plus tard, les
indices internationaux suggèrent que cette réalité structurelle n'a pas été
renversée. Selon l'indice de perception de la corruption de Transparency
International, la Mauritanie obtient un score de 30 sur 100 en 2024 - identique
à 2023, et à peine supérieur aux 28 points de 2019, année de ton entrée en
fonction. Le pays reste ainsi durablement installé dans la moitié inférieure du
classement mondial, loin de la moyenne globale de 43 points. Freedom House,
dans son rapport « Freedom in the World 2026 », classe la Mauritanie «
partiellement libre », avec un score global de 38 sur 100 : l'indépendance
judiciaire et l'égalité de traitement entre populations y reçoivent la note la
plus basse possible (1 sur 4), et la lutte anticorruption est jugée
structurellement faible (2 sur 4).
À la décharge du
pouvoir, il faut noter que deux lois ont été adoptées récemment : l'une
renforçant les sanctions contre l'enrichissement illicite, l'autre élargissant
l'obligation de déclaration de patrimoine à un plus grand nombre de
fonctionnaires. C'est un progrès formel, salué par certains observateurs. Mais
les critiques de l'opposition - notamment la députée Kadiata Malick Diallo -
pointent une faille structurelle : les députés eux-mêmes restent exemptés de
déclaration, et rien n'oblige à la publication effective ou à la protection des
lanceurs d'alerte. Une loi anticorruption sans mécanisme de contrôle
indépendant, sans protection des témoins et sans sanction visible des puissants
risque de devenir, selon ces mêmes critiques, « une simple archive » plutôt
qu'un instrument de rupture.
Quant aux libertés
publiques, RSF classait la Mauritanie 50ᵉ sur 180 pays dans son classement
mondial de la liberté de la presse en 2025 ( une position qui en faisait, selon
plusieurs médias régionaux, le pays arabe le mieux classé) avant de
reculer à la 61ᵉ place en 2026. RSF pointe une vulnérabilité économique
structurelle des journalistes, mal rémunérés et donc exposés aux pressions,
ainsi qu'un usage de la loi sur la protection des symboles nationaux que
Freedom House décrit comme un outil «pour punir la dissidence en ligne ». Sur
le terrain des droits humains, des organisations comme le Centre Raoul
Wallenberg ont documenté, en février 2026, des menaces de mort et des «
obstacles judiciaires » visant Biram Dah Abeid, principal opposant et figure
historique de la lutte contre l'esclavage, aujourd'hui député. Ces
organisations dénoncent des accusations publiques portées par des responsables
de l'État « en l'absence d'enquêtes indépendantes ». Ce ne sont pas des faits
jugés : ce sont des alertes documentées, qui appellent une réponse claire du
pouvoir plutôt que le silence.
Une économie qui ne
garantit pas la dignité
Sur le plan
macroéconomique, le bilan officiel est réel : selon la Banque centrale de
Mauritanie, la croissance s'est établie à 4,0 % en 2025 (après 6,3 % en 2024),
l'inflation est tombée à 1,6 % en moyenne annuelle, la dette extérieure a
reculé de 40 % pour atteindre 37 % du PIB, et les réserves de change ont
progressé de 12,6 % à 2,21 milliards de dollars. Le déficit budgétaire a été
réduit de plus des trois quarts par rapport à 2024. Ce sont des indicateurs de
stabilisation macrofinancière réels, que le gouvernement peut légitimement
revendiquer, et qui ont valu au pays le maintien de ses programmes avec le FMI.
Mais la question que
pose ce bilan n'est pas celle des grands équilibres : c'est celle de leur
traduction concrète. Or, selon la Banque mondiale, le taux de pauvreté national
a augmenté de 2,5 points entre 2019 et 2023 pour atteindre 34,3 % - une dégradation
sur une période qui correspond précisément à ton premier mandat. Sur une autre
méthodologie, celle du seuil international à 3,65 dollars par jour en parité de
pouvoir d'achat, la Banque mondiale évalue la pauvreté à 28,4 % en 2024 ; ces
deux chiffres, ne sont pas strictement comparables, mais ils convergent vers un
même constat : la croissance macroéconomique ne s'est pas traduite en recul
généralisé de la pauvreté. La Banque mondiale elle-même note que la croissance
a contribué à 60 % de la réduction de la pauvreté entre 2014 et 2019 - un
ressort qui semble s'être grippé depuis. Le taux de participation à la force de
travail plafonne à 42 % de la population en âge de travailler, avec un écart
criant entre hommes (58 %) et femmes (27 %). L'emploi salarié reste marginal,
et sa progression, lente.
L'économie
mauritanienne demeure structurellement dépendante des industries extractives,
qui ont capté 52,6 % des investissements directs étrangers entre 2010 et 2022,
contre à peine quatre projets d'investissement non extractif par an en moyenne
sur la décennie. Le gaz de Grand Tortue Ahmeyim (GTA), présenté depuis des
années comme le projet devant transformer l'économie nationale, a atteint en
2025 une capacité de production de 2,7 millions de tonnes de GNL par an, pour
des exportations mauritaniennes évaluées à 237 millions de dollars - une somme
réelle, mais qui reste, à ce stade, modeste au regard des attentes affichées et
de la taille des besoins sociaux du pays. Les autorités promettent un
doublement des expéditions en 2026 : c'est une perspective, non un résultat
acquis, et rien ne garantit à ce jour la manière dont ces revenus futurs se
traduiront en emplois, en infrastructures ou en services de base plutôt qu'en
dépenses de prestige ou en remboursement de dette. La question centrale demeure
: à quoi sert la croissance si elle ne se transforme ni en travail digne, ni en
hôpitaux fonctionnels, ni en écoles de qualité, ni en routes praticables, ni en
avenir pour les jeunes ?
La jeunesse face à
l'attente, au chômage et au départ
C'est peut-être le
terrain où le décalage entre le discours de ton gouvernement et le vécu est le
plus cruel. Une jeunesse mauritanienne nombreuse, de plus en plus diplômée, se
heurte à un marché du travail où l'emploi salarié stable reste l'exception. Les
données précises et récentes sur le chômage des jeunes manquent de fiabilité et
de régularité ; un vide statistique qui, en soi, constitue une défaillance de
gouvernance, puisqu'un État ne peut prétendre piloter une politique de l'emploi
qu'il ne mesure pas correctement. Ce que l'on peut documenter, en revanche,
c'est le symptôme : les tentatives de départ. Les autorités mauritaniennes ont
annoncé avoir déjoué environ 3 500 tentatives de migration irrégulière en 2025
grâce à la coopération avec l'Espagne, un chiffre qui, quelles que soient les
nationalités précises concernées, illustre l'ampleur du phénomène migratoire
dans la région. La réalité la plus dure est venue rappeler ce drame : en août
2025, le naufrage d'une pirogue au large des côtes mauritaniennes a fait au
moins 40 morts et une centaine de disparus.
Ces départs ne
traduisent pas seulement des logiques régionales de transit : ils traduisent
aussi, pour une partie de la jeunesse locale, l'absence de perspective à la
maison. Un pays qui voit sa jeunesse chercher son avenir ailleurs plutôt que de
le lui offrir chez elle ne peut pas se prévaloir d'un bilan social positif,
quels que soient par ailleurs ses résultats macroéconomiques.
Santé, école et
services publics : le quotidien qui dément les discours
Les chiffres, ici, sont
accablants et proviennent d'une enquête d'opinion menée par Afrobarometer et
publiée en novembre 2024 : 90 % des Mauritaniens interrogés déclarent qu'un
membre de leur famille a manqué de médicaments ou de soins médicaux au cours de
l'année écoulée, et 39 % disent que cela leur est arrivé « souvent » ou «
toujours ».
Parmi ceux qui ont eu
recours aux structures publiques, 88 % rapportent de longs délais d'attente, 83
% des pénuries de médicaments, 78 % une absence de personnel soignant, et 31 %
affirment avoir dû verser un pot-de-vin ou un cadeau pour obtenir des soins.
Résultat : 74 %
des personnes interrogées se disent insatisfaites des efforts du gouvernement
pour améliorer les services de santé de base. Ces chiffres ne sont pas des
allégations d'opposants : ce sont les réponses de citoyens ordinaires à une enquête
indépendante et documentée. La Santé et l’Education arrivent d'ailleurs, selon
la même institution, en tête des préoccupations exprimées par les Mauritaniens
quant aux problèmes que le pays doit résoudre en priorité.
Sur l'école publique,
les données chiffrées et actualisées sur le niveau réel des apprentissages, le
taux d'abandon scolaire ou l'employabilité des diplômés restent parcellaires
dans les sources publiques disponibles, soit une zone d'opacité d’information
officielle . La persistance de plaintes sur la qualité de l'enseignement
public, documentée par les mêmes enquêtes d'opinion, traduit un fossé entre les
discours officiels sur la réforme éducative et l'expérience vécue par les
familles, en particulier celles qui n'ont pas les moyens de recourir au privé.
Inégalités
territoriales, insalubrité et abandon des périphéries
Nouakchott, ville
tentaculaire construite en grande partie sur un terrain vulnérable, entre océan
et désert, continue de subir des inondations saisonnières récurrentes que les
chercheurs documentent depuis des années, aggravées par un système d'assainissement
structurellement insuffisant dans les quartiers précaires.
Un programme d'urgence
de modernisation de la capitale a été annoncé pour 2025-2026 : son existence
même est un aveu implicite que les investissements engagés depuis 2019 n'ont
pas suffi à corriger ces défaillances. Entre la capitale, Nouadhibou et les wilayas
de l'intérieur, l'écart d'accès aux services de base (eau, électricité, routes
praticables) demeure important, et les statistiques précises et actualisées,
wilaya par wilaya, ne sont pas toutes disponibles publiquement à ce jour. C'est
là encore une zone d'opacité qu'il convient de nommer : un pays ne peut
corriger ce qu'il ne mesure pas et ne publie pas.
Le piège du tribalisme,
du régionalisme et de la politique des réseaux
Ce que documentent de
longue date chercheurs et observateurs de la vie politique mauritanienne, c'est
un mécanisme structurel plus qu'un simple trait culturel : dans un État où
l'emploi public, l'accès au foncier, les marchés publics ou les aides ciblées
restent, en pratique, difficiles d'accès sans relais politique ou
communautaire, les citoyens sont poussés à réactiver des solidarités tribales,
régionales ou claniques - non par choix identitaire, mais par stratégie de
survie administrative. Ce mécanisme n'est ni propre à ta présidence ni inventé
par elle : il traverse l'histoire politique mauritanienne depuis
l'indépendance. Mais un pouvoir qui ne le combat pas activement ( par des
règles transparentes de recrutement, d'attribution des marchés et d'accès aux
ressources ) , l'entretient de fait, qu'il le veuille ou non. C'est précisément
ce que mesurent, indirectement, les scores très bas obtenus par la Mauritanie
en matière d'indépendance judiciaire et d'égalité de traitement entre
populations dans le rapport Freedom House 2026 : ces catégories sont les baromètres
institutionnels de ce que le langage courant appelle le clientélisme.
Le troisième mandat :
ni nécessité, ni droit, ni avenir démocratique
La Constitution
mauritanienne ne laisse ici aucune place à l'ambiguïté. Son article 26 dispose
que « le président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel
direct » ; son article 28 précise qu'il « est rééligible une seule fois » ; son
article 2 inscrit l'alternance pacifique du pouvoir comme principe fondateur du
régime. Plus encore, l'article 99 place cette limitation du mandat présidentiel
hors de portée de toute révision constitutionnelle : aucune procédure de
révision ne peut porter atteinte au principe selon lequel le mandat
présidentiel est de cinq ans, renouvelable une seule fois. Cette protection est
si forte qu'elle figure jusque dans le serment que prête le président lui-même
à son investiture.
Rappel de l’Article 29
(nouveau) de la Constitution - Avant d'entrer en fonction, le Président de la
République prête serment en ces termes (extrait) :
« …Je jure par Allah
l'Unique, de ne point prendre ni soutenir, directement ou indirectement, une
initiative qui pourrait conduire à la révision des dispositions
constitutionnelles relatives à la durée du mandat présidentiel et au régime de
son renouvellement, prévues aux articles 26 et 28 de la présente
Constitution"
Depuis l'été 2026, des
voix se sont pourtant élevées au sein de la majorité présidentielle ( notamment
lors de rassemblements organisés à Kiffa) pour appeler à un troisième
mandat, certains évoquant ouvertement une réforme constitutionnelle « validée
par l'Assemblée ». Tu t’es toi-même refusé, dans ses déclarations publiques, à
fermer cette porte de façon catégorique : Tu a affirmé ne vouloir « rien
soutenir de contraire à la Constitution », tout en rappelant qu'il te restait
plus de trois ans de mandat à accomplir en évitant soigneusement de te
prononcer sur l'après-2029. Cette ambiguïté calculée n'est pas anodine.
L'opposition, par la voix de Biram Dah Abeid, a posé la question dans les
termes qui conviennent : il s'agit de savoir si, dans ce pays, un président
peut changer les règles pour rester au pouvoir.
La réponse doit être
sans détour. Aucun bilan, même excellent, aucune campagne de communication,
aucune mobilisation de soutiens ne peut justifier la remise en cause d'un
principe que la Constitution elle-même a voulu insaisissable. Un troisième
mandat ne serait pas la continuité d'une œuvre : il serait l'épreuve de vérité
d'un système qui confond l'État avec un pouvoir, la Constitution avec un
obstacle et le peuple avec une foule à convaincre. Toi, Ghazouani, qui as prêté
serment de ne soutenir aucune révision des articles 26 et 28, sais mieux que
quiconque ce que ce serment signifie. La meilleure manière de protéger ton
bilan n'est pas de chercher à le prolonger : c'est de le soumettre, dans les
délais que tu as toi-même juré de respecter, au jugement des urnes et à
une alternance réelle.
Ghazouani, ce bilan
n'est pas un verdict : c'est une question posée publiquement, à laquelle seuls
des faits peuvent répondre. Tu as hérité, en 2019, d'un pays ravagé par des
promesses non tenues, et tu as su, sur certains plans macroéconomiques, stabiliser
des équilibres que tes services peuvent légitimement revendiquer. Mais la
stabilité budgétaire n'est pas la dignité sociale, et la baisse d'un déficit ne
soigne personne.
Cet article soumet ce
bilan au débat public et met au défi le président, ses conseillers, ses
ministres et ses porte-parole de le réfuter - non par des slogans, des attaques
personnelles ou de nouvelles promesses, mais par des faits vérifiables, des
statistiques transparentes, des audits indépendants et l'amélioration réelle,
mesurable, de la vie des citoyens mauritaniens, dans les hôpitaux, dans les
écoles, dans les quartiers oubliés et dans les foyers qui attendent encore
l'eau, l'électricité et la justice.
Le défi est lancé : que
le pouvoir réponde par des preuves, ou qu'il reconnaisse que la Mauritanie
mérite mieux qu'un bilan de promesses.
En définitive, voici ce
que le pouvoir devra, au minimum, démontrer
pour contredire le bilan de mon article :
-
Quels indicateurs officiels, publiés et vérifiables
par un organisme indépendant, démontrent une baisse durable - et non
conjoncturelle - du chômage des jeunes ?
-
Quels audits publics indépendants établissent une
gestion transparente des marchés publics et des ressources extractives depuis
2019 ?
-
Combien d'hôpitaux publics fonctionnent aujourd'hui
avec un personnel, des médicaments et des équipements jugés suffisants par des
inspections indépendantes ?
-
Quels résultats chiffrés et vérifiables - taux de
réussite, niveau réel des apprentissages - prouvent une amélioration effective
de l'école publique depuis 2019 ?
-
Quelle part exacte des revenus tirés du gaz de Grand
Tortue Ahmeyim sera légalement affectée à l'emploi, à l'eau, à l'électricité,
aux routes et à la protection sociale, et selon quel calendrier public ?
-
Quelles garanties institutionnelles concrètes -
au-delà des textes de loi - empêchent aujourd'hui le favoritisme dans l'accès à
l'emploi public, au foncier et aux marchés ?
-
Pourquoi les députés demeurent-ils exemptés de
l'obligation de déclaration de patrimoine prévue par la nouvelle loi
anticorruption ?
-
Quels mécanismes garantissent la protection effective
des journalistes, des militants et des opposants, y compris ceux qui, comme
Biram Dah Abeid, disent avoir reçu des menaces ?
-
Le gouvernement acceptera-t-il la publication
systématique et indépendante des données de pauvreté, de chômage et d'accès aux
services de base, wilaya par wilaya ?
-
Quel engagement précis, daté et vérifiable le
président prendra-t-il pour garantir qu'aucune révision constitutionnelle ne
touchera aux articles 26, 28 et 99 avant la fin de son second mandat en 2029 ?
Pr ELY Mustapha
Pr ELY Mustapha

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