jeudi 10 octobre 2019

Le FMI a encore frappé en Mauritanie : Croissance, quelle croissance ?







Infatigables ces experts du Fonds Monétaire International qui viennent chaque année, en costume-cravate annoncer aux autorités mauritaniennes une dynamique économique et une croissance …introuvables !  

Mieux encore, « le chef de la mission du fonds monétaire pour la Mauritanie a déclaré mercredi qu’il estimait à près de 7% la croissance en Mauritanie eu égard au développement important des activités minières et le dynamisme de l’économie en général. »

Il est temps que les experts du FMI cessent d’infantiliser nos pays en développement, à travers leurs déclarations tonitruantes sur « leur bonne croissance » et leurs « bonnes performances économiques » légitimant ainsi souvent la gouvernance économique de nos régimes.

La dernière déclaration de la mission du FMI en Mauritanie, qui n’est en fait qu’une «perle» du chapelet interminable de déclarations que les missions du FMI font chaque année, est non seulement fausse, mais d’un cynisme qui laisse tout observateur, de la dégradante situation économique et sociale du pays, pantois.

Lorsque dans notre pays , les mendiants peuplent les rues, lorsque l’infrastructure tant industrielle, économique et sociale est inexistante, lorsque les quatre-cinquièmes de la population vivent dans la misère et le dénuement complets, lorsque le chômage est le lot de toute une jeunesse, lorsqu’une capitale croule sous l’indigence de ses responsables et le poids de ses quartiers malfamés, lorsque le pays profond vit sous le seuil de pauvreté sans les moindres infrastructures de base, lorsque l’enseignement est un faire-valoir de la misère de l’élève, de l’étudiant et de l’enseignant, lorsque la corruption gangrène le pays au vu et au su de tout le monde, lorsque les détournements de biens public sont le commun de la gestion publique, lorsque le taux de mortalité (enfant et adultes) est l’un des plus élevés du monde ….comment les experts du FMI peuvent-ils alors déclarer que la Mauritanie a réalisé une « bonne croissance » et des « bonnes performances économiques »?

A tire d’exemple historique, une croissance qui déjà, selon eux se situait, pour 2012 à plus de 5,5%, portée par la reprise vigoureuse de la production agricole et le dynamisme attendu du secteur des bâtiments et travaux publics » tandis que « l’inflation continuera à être contenue aux environs de 6% » ! D’autre part « La mission a félicité les autorités pour avoir réalisé avec succès les critères de réalisation et les repères structurels du programme à fin 2011 ». (Déclaration de la mission du FMI. Quatrième revue du programme de la Mauritanie appuyé par la Facilité élargie de crédit (FEC), Nouakchott. 2012).

Et depuis 2012, en croissance soutenue…le pays décroit !

Pourquoi ?

Parce que la « croissance » que les experts du FMI déclarent n’est pas la croissance réelle de notre pays.

 Nos populations crient misère et les experts affirment les performances économiques ! Il est temps qu’ils tiennent un vrai langage, pas celui tenu dans les salons feutrés de nos ministères et imbu d’une vision macro-économique que ni ne se justifie pas tant elle est déconnectée des réalités économiques.


La croissance économique ne résulte pas des critères retenus par ces experts, celle qu’ils clament à nos gouvernements est en fait une croissance du revenu national. Et l’on ne peut déclarer une véritable croissance que lorsque le revenu national est géré avec efficience et efficacité, aboutissant à un investissement économique et social profitant à la nation et visant le développement. Conduisant à une distribution équitable des richesses et générant la production et la productivité de tissus industriels et commerciaux qu’il aura participé à développer.


La vraie croissance est celle qui résulte de la plus-value générée par l’économie nationale tout entière, à travers son industrie, son commerce, sa recherche-développement, son innovation technique et technologique, de l’exportation de son savoir et de son savoir-faire.

On ne peut parler de croissance quand il s’agit de comptabiliser le revenu de ressources naturelles (minières et halieutiques) et de le clamer haut et fort pour conforter nos gouvernants et la conscience des experts (soumettre à l’examen du Conseil d’administration du FMI la conclusion de la énième revue des accords passés avec la Mauritanie), alors qu’il ne s’agit que de revenus de ressources non renouvelables.

En fait les chiffres avancés par les experts du FMI sont trompeurs et portent sur la croissance au sens de "l’expansion du revenu national", c’est-à-dire ce "fourre-tout" dans lequel on fait figurer le revenu de la Nation quelle que soit sa provenance!

La croissance…sans développement !

La « croissance » brandie par ces experts est ainsi celle du "revenu national" pas celle de la somme des valeurs ajoutées des unités économiques du pays et qui s'exprimeraient par des variations du Produit Intérieur Brut (PIB) réel (corrigé de l'inflation) ou nominal (exprimant la valeur marchande des biens et des services produits par un pays.).

La croissance dont il s'agit est bien celle du Revenu National et non pas de l'économie nationale!

En effet, la croissance économique, telle qu’elle est calculée, ne mesure que la variation quantitative d’un agrégat économique, elle n’est donc pas synonyme de développement. Le développement est généralement associé à la croissance, mais il peut y avoir croissance sans développement. C'est le cas de la Mauritanie où les taux de croissance affichés ne sont que ceux du revenu national (rente nationale).

Ainsi si la vraie croissance économique traduit la variation quantitative, durable, auto-entretenue et non réversible de la production de biens et services, la fausse croissance en Mauritanie traduit la variation quantitative non durable, auto-entretenue et réversible d'un revenu national (d'une rente pétrolière et autre) au profit d'une minorité qui a depuis longtemps (et depuis toujours) planifié son détournement au détriment du développement.

La vraie croissance repose sur la fonction de production et non pas d'accumulation de revenu national (issu de la rente).

Cette fonction de production repose sur l'utilisation des facteurs de production, travail et capital.

La croissance dépend donc des quantités de facteurs de production disponibles et de la manière dont ils sont utilisés.

De la pauvre…histoire.

Membre du FMI depuis le 10 septembre 1963, la coopération financière avec notre pays est ancienne et est même antérieure au programme d’ajustement structurel de 1985.

En 1979, la Mauritanie avait déjà bénéficié de l’assistance du FMI à l’occasion de son programme de redressement économique. Le plan de redressement économique et financier (PREF), le Plan de consolidation et de relance (PCR) asseyaient déjà la philosophie des Plans d’investissements publics (PIP) et la grande saga des cadres de lutte contre la pauvreté (CSLP), des Cadres des dépenses budgétaires à moyen termes (CDMT) et autres Budget consolidés d’investissement (BCI).


L’ajustement structurel démarra effectivement en 1985, avec son défilé de missions du FMI et ses financements. Le FMI, devînt une manne pour les autorités mauritaniennes qui, au-delà d’un semblant d’ajustement structurel (dont on mesure aujourd’hui, les résultats !), affina la stratégie d’autorités publiques corrompues et budgétivores à se spécialiser dans l’utilisation des mécanismes de l’endettement pour « pomper » les moyens du FMI.


Ainsi pour mieux bénéficier des avantages d’un tel système la Mauritanie déclara son éligibilité à tous les mécanismes de la pauvreté internationale. Ses dirigeants la déclarèrent parmi les PMA (les pays les moins avancés), puis pour encore mieux bénéficier d’un régime plus favorable, ils déclarèrent la Mauritanie PPTE (Pays Pauvres Très Endettés).

Une mendicité internationale qui, contrairement à la mendicité locale, avait son financier international : le FMI


Mais qu’a tiré la Mauritanie de cette assistance du FMI ? Toujours aussi pauvre !


Avec le FMI, la Mauritanie a expérimenté, en tant que PVD, PMA et PPTE, tous les circuits de l’assistance financière. Et ses gouvernants s’y complaisent.


Du « point de décision », à celui de l’achèvement en passant par celui de la transition, les autorités mauritaniennes ont engrangé des millions de dollars au titre de leur engagement avec le FMI


Le déficit budgétaire s’est-il résorbé ?

Nos entreprises sont-elles devenues plus compétitives ?

Notre tissu industriel est-il devenu une référence ?

Nos infrastructures portuaire et routière sont-elles un exemple du genre? ….

Et pourtant à chaque mission du FMI, on annonce une croissance économique (rarement en deçà de 4%), un progrès dans le rétablissement des équilibres macroéconomiques, alors que notre balance des paiements est plus que jamais déficitaire et que l’endettement s’accroit. Le chômage est plus qu’inquiétant et le pouvoir d’achat des citoyens rivalise avec le niveau de la mer.

56 ans d’assistance du FMI et nous sommes encore pauvres parmi les pauvres !


56 ans d’accords avec le FMI et nous sommes encore pauvres parmi les pauvres et pourtant les missions du FMI n’hésitent pas à nous affirmer « que les indicateurs de performances sont satisfaisants ». La seule chose que nous ne savons pas encore c’est pour qui profite la performance et la croissance ?

Depuis 56 ans que la Mauritanie tire des Droits de tirage spéciaux, ces unités de compte du FMI, elle n’arrive plus à lâcher cette mamelle. Et le FMI n’arrivant pas à la sevrer est pris au piège d’un pays dont les problèmes résident moins dans le besoin d’assistance que dans l’intégrité morale des hommes qui le dirigent.


Ni le développement d’un pays, ni sa croissance ne peuvent être liés à des déclarations d’experts soumis aux canons d’une institution bridée par sa mission, celle de réduire le devenir des Etats et le sort de leurs populations à des équilibres macroéconomiques.

 Mais le plus grave, c’est que les déclarations des experts du FMI, à travers leur appréciation de la croissance de nos pays ont une portée qui n’est pas simplement financière (en vue souvent de justifier, ou non, le financement du pays considéré), elles ont un impact important sur l’appréciation de la gouvernance économique et sociale de nos régimes politiques.

 Souvent ces déclarations, en contradiction avec la réalité socio-économique de nos peuples, induisent en erreur les masses, confortent la mauvaise gouvernance et les régimes dans leur gestion désastreuse de nos pays.


Il serait bien plus préférable que le FMI réduise la portée de ses déclarations au cercle gouvernemental intéressé par ses missions et adopte une politique de confidentialité évitant de les porter dans le public, car il participe à maintenir des peuples entiers dans la misère, la désinformation sur l’état réel de leur pays et conforte les régimes dans leur mauvaise action.


Le FMI doit structurellement s’ajuster pour adopter soit une définition de la croissance réelle, soit maintenir la sienne en faisant comprendre qu’elle n’est point expressive d’un quelconque développement économique. Mais il est à craindre que dans le premier cas comme dans le second, il ne témoigne de l’introuvable croissance, de la pauvreté structurelle des nations qu’il « ajuste » et donc de l’inefficacité de son action.

Dans tous les cas, il devient urgent que le FMI ne soit plus une institution qui justifie, à travers ses déclarations, les dérives socio-économiques de nos gouvernants.

Pr ELY Mustapha

lundi 7 octobre 2019

Mécanique d’un pays pris en otage : la machine militaro-tribalo-commerçante mauritanienne


Toute celle et tout celui qui pensent que la Mauritanie évolue vers le développement et la croissance au service du peuple et de son bien-être, se trompent… de bonne foi.

La raison en est toute simple : la Mauritanie est entrainée dans un engrenage militaro-tribalo-commerçant dont la mécanique tend entièrement à confisquer ses ressources et à gangrener son développement.

Ne vous êtes jamais demandé, pourquoi ceux-là même qui ont pillé le pays, et notoirement connus, continuent à exercer et mieux encore à se faire nommer aux postes le plus juteux de la République ?

Ne vous êtes-vous pas demandé pourquoi ceux qui ont publiquement annoncé qu’ils se sont enrichis, sur les biens publics dirigent des institutions de souveraineté en Mauritanie ?

Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi, personne n’est poursuivi et que les délinquants à col blanc de la République se targuent d’avoir des milliards et narguent le pauvre peuple ?

Je ne vous offenserai pas en vous disant que vous ne vous êtes jamais posé ces questions.

 Vous vous êtes certainement interrogé sur le pourquoi d’une telle situation et vous avez supplié pour que cela change, soit dans des écrits, soit autour de vous, mais qui pourra vous entendre et qui vous a entendu?

Quel que soit celui qui arrivera au pouvoir, la situation ne changera jamais, ni en développement, ni en bien-être parce que le système socio-économique et financier mauritanien a été verrouillé par une nomenklatura qui a pris son essor avec l’arrivée des militaires en 1978, s’est enracinée durant la période Taya et s’est développée sou Aziz et consorts.  

Tout élément hors de cette nomenklatura militaro-tribalo-commerçante, n’a aucune valeur pour le système politique et socio-économique Mauritanien.

En voici un exemple :  la Diaspora.

La Diaspora, n’est pas importante, parce qu'elle n'apporte rien au développement de cette nomenklatura. Elle ne participe ni aux tractations tribales, ni ne possède des milliards détournés consignés en compte en banque lui permettant d’acheter tel ou tel siège ou telle autorité (exemple être nommé à la tête d’une entreprise publique ou même ambassadeur…), ni une présence sur le territoire lui permettant de négocier un quelconque poste.  Or ce qu’apporte la Diaspora en termes de compétences (savoir, culture, science, technologies) est à bannir, car l’éducation éveille les masses et nos gouvernants craignent la conscientisation des masses sur leur réel, leurs réalités ; en somme sur leur misère et leur pauvreté.


 Et quand ces masses seront cultivées et conscientes elles pourront désigner les auteurs de leur malheur, alors les gouvernants deviennent redevables de leurs actes. Et cela ils ne le permettront pas ; or la diaspora apporte avec elle l’esprit de liberté, de réflexion sur le devenir, la comparaison avec d’autres systèmes de liberté et c’est en cela qu’elle est « subversive » et dangereuse pour le système militaro-tribalo-commerçant qui tient la Mauritanie en otage dans un cercle vicieux fermé excluant tout élément étranger qui pourrait le déstabiliser.


Aussi, pour une vision systémique de la machine militaro-tribalo-commerçante, et pour mieux appréhender les interactions entre ses divers éléments, et y réfléchir, nous avons élaboré le schéma en fin de cet article.


De ce schéma nous pouvons déjà tirer les principes de gouvernance mauritanienne suivants :


-          Principe n°1 : Tout politique en Mauritanie s’élève dans la hiérarchie étatique proportionnellement aux ressources détournées.


-          Principe n° 2 : Tout politique en Mauritanie, reçoit le soutien de sa tribu proportionnellement aux ressources qu’il a détournées.

-          Principe n°3 : La déchéance d’un politique enrichi est inversement proportionnelle aux biens publics qu’il a détournés.


-          Principe n°4 : Tout politique est militaro-tribalo nommé aux postes étatiques s’il répond aux principes n°1 et n°2.

-          Principe n°5 : Tout politique n’est déchu du poste militaro-nommé que par application du principe n°3


Appelons ces principes politiques, principes d’une mauvaise gouvernance gangrénant tout un pays, pris dans l’engrenage de son sous-développement.
 Pr ELY Mustapha


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samedi 5 octobre 2019

Le jour où l’armée occupa l’oppositio


Incroyable mais vrai. Du jamais vu. Des chefs d’opposition qui font la queue leu leu devant un président élu, élu à une majorité écrasante et qui ne sort pas de leurs rangs et…. plus incroyable encore, que lui demandent-ils ? Qu’il applique leur programme !

Mais alors se demandera le pauvre citoyen, si le Président applique les doléances de l’opposition alors à quoi sert l’opposition ? Et pourquoi l’opposition n’a-t-elle pas tout simplement soutenu lors des dernières élections Ghazouani, si celui-ci était prêt à appliquer leurs propositions ?

Etonnant n’est-ce pas, qu’une opposition, qui se veut opposition, requiert que le Président se substitue à elle pour réaliser ce pour lequel, elle milite ? Il y a alors deux cas de figure.

Le premier cas, serait que Ghazouani décide d’appliquer les doléances de l’opposition et dans ce cas, l’opposition ne servant plus à rien, puisqu’elle s’est vidée de sa substance, il serait logique qu’elle soit tout simplement dissoute.

Le second cas de figure, serait que Ghazouani n’exécute que son propre programme et que l’opposition qui défile en file indienne devant lui ne sert qu’à être anesthésiée par des promesses, qui lui permettront de la tenir dans l’expectative en attendant qu’il affermisse son pouvoir.

Dans les deux cas, une chose est certaine : Ghazouani est bien plus malin et plus stratège que l’opposition. Il manœuvre au ralenti en attendant la sortie du virage.

Mais pour le pauvre citoyen mauritanien qui a voté pour l’opposition c’est le cauchemar. Il vient de comprendre, tardivement hélas ! qu’il n’y a jamais eu d’opposition véritable et que même s’il a existé un « esprit » d’opposition, ses dirigeants ont vendu son âme et la leur dans les « dialogues » et autres « concertations » qui ont depuis les putschs militaires successifs aspiré son énergie.

En effet, au-delà de l’argumentaire de la « paix sociale », de « l’entente » qui anime ces dialogues du pouvoir qui ont fait saliver depuis des décennies l’opposition, il est un constat démocratique invariable et sur lequel se bâtit l’équilibre du pouvoir : « UNE OPPOSITION QUI DIALOGUE N’EST PAS UNE OPPOSITION ».

Une opposition qui dialogue, est une opposition qui trahit l’esprit du jeu partisan fondement de la démocratie, elle détruit l’essence même du jeu politique, à savoir servir de contre-pouvoir pour orienter, influencer et puis, si possible, conquérir le pouvoir en proposant des alternatives nouvelles, de nouvelles voies du possible et du réalisable en capitalisant sur l’expérience et les échecs du pouvoir en place.

L’opposition d’aujourd’hui est un médiocre reflet de ce que l’opposition doit être dans un Etat démocratique.

Une opposition qui dialogue n’est pas une opposition.

Appelez-là ce qu’il vous conviendra de l’appeler : juxtaposition, transposition, permutation, interversion, inversion...mais ne l’appelez pas opposition. Cette opposition qui recherche ou qui va au dialogue avec le pouvoir est le pire des maux que la Mauritanie puisse subir. S’opposer à cette opposition-là est le premier devoir de tout citoyen concerné par l’avenir politique de son pays.

Quel devrait être le comportement d’une opposition digne de ce nom ?

Une opposition s’organise, collecte ses moyens matériels et financiers prépare son programme politique, le vulgarise, rencontre ses militants, génère des alliances, déploie son énergie à rassembler une opinion qui lui soit favorable, en d’autres termes prépare avec militantisme sa participation aux prochaines élections.

Mais une opposition toute tournée vers la contemplation du pouvoir et attendant de son détenteur qu’il l’apostrophe, est un réceptacle d’une misère partisane tendant sa gamelle pour y recueillir les postillons d’un dialogue qui est devenu tout son programme.

Le devoir de tout Mauritanien, est de ne pas intégrer cette opposition-là mais plutôt de la fuir comme une peste institutionnelle. Si on a piétiné tout un peuple et accaparé le pouvoir, ce fut et c’est toujours à cause de cette opposition-là.

Historiquement, rappelons-nous…

Vivant sur les relents d’un accord de Dakar mort-né, croyant qu’elle a encore un poids dans les institutions de l’Etat, pour mener Aziz vers quelques concessions, l’opposition s’est gourée et continue de l’être.

Elle réclame une réponse écrite, mieux encore un engagement écrit d’Aziz sur les points de discorde qu’elle lui a fait parvenir et conditions du dialogue.... Opposition du ridicule.

Aziz n’avait pas demandé à l’opposition son avis en prenant de force le pouvoir, il ne lui a pas non plus demandé de s’exprimer en se faisant « légaliser » par les urnes. L’opposition ne sert à rien pour Aziz et Aziz le savait.

Ce qui a servi Aziz c’est que l’opposition continue à saliver, comme un cabot attendant un os, en lui miroitant le dialogue. Le dialogue, fut pour Aziz, un instrument machiavélique. Il l’avance quand sa mauvaise foi l’y pousse et il le retire chaque de fois que l’opposition y croit.

Cette opposition-là, fait le jeu du pouvoir. Et c’est en cela qu’elle est dangereuse. Elle est composée de groupes d’individus, sous-fifres, qui constituent une sorte de courroie de transmission avec le pouvoir. Ce sont ces groupes-là qui constituent les « poignées » dont se saisit le Pouvoir pour appâter l’opposition.

Ces « poignées » sont composées de dirigeants aigris par le pouvoir et qui ne savent plus comment y accéder, mais aussi d’individus membres qui « monnayent » leur participation au pouvoir et qui émulent au sein de l’opposition une espèce de « psychose » du dialogue où le délire de l’intéressement matériel n’est pas absent.

Toujours est-il que cette opposition intéressée au dialogue, est le dindon de la farce.

Rappelons-nous que si le pays en est arrivé là, c’est à cause de l’opposition. Si aujourd’hui Ould Abdel Aziz est au pouvoir, c’est à cause de l’opposition. L’opposition juillettiste n’a donc que ce qu'elle a semé.

Cette opposition-là qui s’est précipitée pour négocier à Dakar la réédition d’un président élu, n’a aujourd’hui que ce qu’elle mérite. En Mauritanie, le peuple n’a pas seulement les gouvernants qu’il mérite il a aussi l’opposition qu’il mérite. Et c’est à cause de cette opposition-là, ses dissensions internes, son opportunisme et sa course en rangs dispersés à la présidence lors des dernières élections, que le pays est ainsi gouverné.

Une opposition qui dialogue, pour pérenniser sa forfaiture, n’est pas une opposition.

Que s’est-il passé pour que l’opposition devienne ce qu’elle est aujourd’hui ? Simplement qu’elle n’a pas tiré les leçons du passé politique récent du pays.

I- L’opposition ou la sape psychologique: les leçons du passé

En 2005, jamais une stratégie n’a été aussi brillante et aussi sournoise que celle qui réduisit l’opposition et lui enleva sa victoire aux présidentielles et aux législatives. Ceux qui dirigèrent la transition, avaient décidé de miner l’opposition et de la réduire autant que possible à travers une stratégie de « concertation » qui a permis de « piéger » ceux qui justement pouvaient tout faire basculer. Les « renards » de la transitions aguerris aux faux compromis et aux jeux de la souricière avaient décidé de neutraliser une opposition qui, à la veille du 3 Août 2005, avait une force et une légitimité qu’ils craignaient par-dessus tout. Cette opposition qui sortait d’une haute lutte contre l’ancien régime et dont certaines composantes avaient même pris les armes contre lui risquait de remettre en cause le coup d’Etat lui-même et la transition elle-même.

Il aurait suffi que l’opposition ne reconnaisse pas le coup d’état, qu’elle s’agrippe à ses acquis historiques qu’elle « tape sur la table » pour que ceux qui ont élaboré la transition dans des buts inavoués reculent et cèdent devant ses doléances. Cela ne fut pas fait parce que les renards de la transition avaient très vite identifié le talon d’Achille de l’opposition en la personne de ses leaders et notamment Ahmed Ould Daddah.

Cette identification se confirma pour eux très vite lorsque Ahmed ould Daddah fut le premier reconnaître le coup d’Etat et son apport pour la démocratie. Il devenait alors un « interlocuteur » qui allait servir de porte d’entrée, un cheval de Troie pour déstabiliser l’opposition. La bonne foi d’Ahmed Daddah n’avait d’équivalent que la mauvaise foi de ceux qui allient « l’utiliser » malgré lui. Et c’est là où l’œuvre de sape psychologique commença à la manière d’une forteresse assiégée.

Durant les premiers mois on le consultait on le travaillait dans le sens du poil et le travail psychologique finit par prendre : la conviction du leader du RFD en la volonté des militaires de céder le pouvoir à l’opposition et de façon démocratique. Par cette politique d’amadouement ils ont obtenu deux choses :

- L’immunisation : Faire passer calmement la transition jusqu’à son terme et appliquer leur plan stratégique

- La neutralisation : Assagir l’opposition à travers l’un de ses principaux leaders jusqu’à la mettre à genou.

Cette situation se manifesta à travers les idées lancées par Ahmed Ould Daddah dans sa fameuse déclaration sur « l’absence de chasse aux sorcières » qui reprenait l’argumentaire du CMJD et ses déclarations dans l’interview à Jeune Afrique. ELY Ould Mohamed Vall déclarait en effet en Septembre 2005 : « Il n'y aura ni règlement de comptes, ni chasse aux sorcières, ni esprit de revanche. « (JA L’Intelligent » Septembre 2005)

Le 07 septembre 2005 Ahmed Daddah déclarait à l’AMI : » "j'ai confiance, en toute objectivité, dans le projet du CMJD".

Il était devenu ce que le CMJD voulait qu’il devienne « la courroie de transmission » avec l’opposition en la « piégeant » dans le processus d’un dialogue et d’une concertation qui allait être fatal pour toute l’opposition.

« Le RFD, déclarait Ahmed Daddah, en tant que parti, est favorable au principe du dialogue sur les questions nationales qui nous concernent tous. Nous nous réjouissons donc de cette initiative et pensons qu'elle marque le début d'une concertation que nous espérons approfondie, franche et exhaustive. Concernant le comité chargé du processus de transition, je tiens à préciser que cette période transitoire est essentielle parce qu'elle déterminera tout ce qui la suivra. C'est pourquoi nous estimons que tous les acteurs doivent y participer, y compris les partis politiques, la société civile, les leaders d'opinion, avec tout le sérieux et toute la franchise requise... »

Et la boucle est bouclée. Ahmed Daddah était devenu l'appât auquel on miroitait mille et une bonne intentions dont il nourrissait ses espoirs de changement.

Les militaires, en s’appuyant sur une structure gouvernementale triée dans le tas des anciens du régime précédent, avec lesquels ils partageaient les mêmes préoccupations de défense de ses intérêts et de ses basses-œuvres avait mis en place une stratégie psychologique militaire qui, comme on le sait, utilise de multiples techniques de déstabilisation de l'adversaire utilisant la psychologie préventivement, ou simultanément, à l'usage de la force.

Une stratégie qui ressemble étrangement à celle utilisée par les experts militaires dans le Chiapas mexicain : diviser et semer la confusion dans les esprits pour atteindre des buts de déstabilisation des structures villageoises. A travers une pseudo- politique d’ouverture au dialogue, le gouvernement opposait les chefs de village en accordant plus d’importance officielle à l’un deux et en le favorisant financièrement et matériellement par rapport aux autres. Ce qui, à moyen terme, entrainait la division et les blocages dans les rapports villageois. De la division et des rancunes naissaient alors les dénonciations.

Lorsque Ahmed Daddah a compris qu’il n’était pas l’interlocuteur unique du CMJD, que celui-ci jouait son propre jeu, il fît machine arrière à travers les dénonciations que l’on sait sur la « dérive » du CMJD notamment après que Sidioca fut pressenti au mois de juillet 2006 comme candidat « favori » du CMJD. Mais déjà en décembre 2006 le vent avait tourné et la stratégie du CMJD était à son apogée.

La dissidence de Messaoud Ould Boulkheir qui permit à Sidioca de remporter la victoire, tient de cette stratégie car on se rappelle très bien que pour justifier son ralliement à Sidioca, le dirigeant de l’APP avait reproché à Ahmed Daddah d’avoir eu un plan secret avec le CMJD de constitution d’un gouvernement. La stratégie de déstabilisation avait joué.

Concertation et dialogue furent les deux armes absolues de la stratégie des autorités de transition pour « endormir » l’opposition et gagner du temps pour échafauder ses plans et les mettre à exécution.

Cette stratégie de « la concertation anesthésiante » est encore aujourd’hui mise en œuvre par les régimes politiques successifs. La présence encore aujourd’hui de personnages au palais et la plupart de ceux qui ont servi la transition et le régime précédent aux postes-clefs en est la preuve éclatante.

Mieux encore, la transition avait pensé à un mécanisme pour pérenniser cette « concertation » et neutraliser l’opposition même après l’avènement de l’ère démocratique : le statut de leader de l’opposition.

Le piège institutionnel se referma alors et l’opposition est actuellement toute réduite à cette fonction de « concertation » qui lui enlève tout rôle et toute volonté sinon ceux d’entériner ce que le « leader » glane comme assurances et expressions de bonnes intentions du détenteur du pouvoir sur tout et sur rien. Encore une fois, la bonne foi du leader mise à contribution à travers une concertation dont on sait ce qu’elle a donné par le passé.

II- L’opposition doit réagir à la sape psychologique : tout remettre en question

Il est incontestable que depuis 2005 les régimes successifs utilisent, le « dialogue » et la concertation pour neutraliser l’opposition et gagner du temps. Gagner du temps pour s’affermir politiquement et consolider son leur assises économico-financières.

- S’affermir politiquement: l’expression la plus immédiate fut la création du grand parti présidentiel qui a visé à damer le pion à l’opposition et au-delà. Quelle fut la réaction de l’opposition à ce « danger » institutionnel d’un parti-état ? La concertation !

- Consolider ses assises financières : On le sait outre que le favoritisme n’a pas quitté l’Etat, voici que commence la liquidation des entreprises publiques pour « renflouer », les caisses de l’Etat. Une cession d’actions de l’Etat dont on ne sait en fin de parcours si elle servira vraiment l’Etat à travers son budget. Et qu’elle est la réaction de l’opposition face à la menace qui touche les entreprises publiques ? La concertation !

Et qu’a donné cette concertation ? Une conférence dénonçant ces aspects, relayée par la presse.

Quel impact cela a eu sur la politique du gouvernement ? Rien ! On se concerte avec l’opposition mais on ne l’écoute pas. On continue à structurer le parti-état et on a continué à négocier la cession des entreprises publiques.

Alors est-ce là une opposition qui a un poids sur la scène politique ? Une opposition qui s’accroche à des concertations comme si elle était l’antichambre du pouvoir. Eh bien non. Cette opposition-là, le peuple n’en veut pas ! Elle est inefficace, anesthésiée par un pseudo-dialogue et réduite à sa plus simple expression : un contre-pouvoir qui ne contre rien.

Quelles sont les solutions ? Il faut que l’opposition se ressaisisse. Qu’elle quitte immédiatement ce processus de « concertation » et de « dialogue », qu’elle renonce à l’institution de leader et qu’elle entre… en opposition !

Qu’elle adopte sa propre vision des problèmes à résoudre, qu’elle élabore sa propre stratégie d’intervention pour contraindre le gouvernement à discuter et à obtempérer s’il le faut.

Si les problèmes sont connus et attendent solution (refus du parti-état, refus du bradage des entreprises publiques, rehaussement du niveau de vie, dénonciation de la corruption et du trafic d’influence etc.), quelle est la stratégie à adopter ?

La voici :

- Se déconnecter du giron des pouvoirs publics et donner à l’opposition son autonomie (« pas de leader, pas de concertation »)

- Utiliser les moyens légaux pour protester : grèves limitées ou généralisée, alerte de l’opinion publique nationale et internationale

- mise à contribution des cadres et des forces intellectuelles de l’opposition pour critiquer (socialement, économiquement, financièrement) et publier leurs critiques des mesures gouvernementales partout où cela peut influencer le système (ouvrages, travaux de conférences et de colloques etc.)

- Entreprendre des meetings et des sittings de protestations.

- Investir les aires d’information (presse écrite, audiovisuelle nationale et internationale) etc.

En résumé : Etre une force politique réelle qui agit sans complaisance et avec les moyens d’une véritable opposition.

Puisse l’opposition comprendre cela, sinon s’en est fini d’elle. Elle restera un faire-valoir d’une politique qui s’affermit de jour en jour, institutionnellement et financièrement.

Et alors il ne sera plus très loin le temps où elle devra se soumettre ou disparaître. Car en politique, une opposition qui ne joue pas son rôle est non seulement une traitrise à l’égard de ceux qu’elle représente mais aussi la pire des menaces pour un Etat de droit.

Le seul espoir qui reste est que l’actuel président Ghazouani tienne ses promesses et ses engagements concertés avec l’opposition. Mais si en réalisant cela, Ghazouani gagnera en crédibilité croissante, alors l’utilité d’une opposition devient inversement proportionnelle à cette crédibilité.

"La dignité, a-t-on pu écrire, passe par le sentiment qu'on a de son utilité."

Pr ELY Mustapha

(1)H. Lamoureux « L’affrontement » Éditions du Jour, Montréal.

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Poésie de la douleur.