dimanche 30 mars 2008

Déclaration de la mission du Fonds monétaire international à Nouakchott

Faut-il croire le FMI ?

Une mission du Fonds monétaire vient de séjourner en Mauritanie. L’article IV des statuts du FMI disposant, en effet, que chaque pays membre est dans l’obligation de se soumettre à une consultation annuelle afin de discuter de l’évolution de sa politique économique.
Et comme à l’accoutumée, elle a fait sa déclaration. En Mauritanie, comme d’habitude, on s’en satisfait. On se congratule. Les organes officiels relaient les chiffres comme des gris-gris anti-sous-développement. On attend sa copie et on espère être un « bon élève ». Mais faut-il croire le FMI ?
Avant d’analyser ce point de vue, il convient d’abord de s’interroger sur la situation actuelle de la Mauritanie (I) après 23 ans de politique d’ajustement structurel (II) et ensuite d’évaluer l’importance qu’il faut accorder aux appréciations qu’émet cette institution à l’égard de l’évolution économique des pays (III)



I- Mauritanie-FMI :L’Etat des lieux

1- Vingt-trois ans d’ajustements structurels et nous sommes toujours pauvres.


Avant d’examiner sa récente déclaration pour la Mauritanie, voyons d’abord quels sont les engagements financiers réciproques entre notre pays, membre du FMI depuis le 10 septembre 1963 et ce lui-ci.
La coopération financière avec notre pays est ancienne et est même antérieure au programme d’ajustement structurel de 1985 .
En 1979, la Mauritanie avait déjà bénéficié de l’assistance du FMI a l’occasion de son programme de redressement économique. Le plan de redressement économique et financier (PREF), le Plan de consolidation et de relance (PCR) asseyaient déjà la philosophie des Plans d’investissements publics (PIP) et la grande saga des cadres de lutte contre la pauvreté (CSLP), des Cadres des dépenses budgétaires à moyen termes (CDMT)et autres Budget consolidés d’investissement (BCI).
L’ajustement structurel démarra effectivement en 1985, avec son défilé de missions du FMI et ses financements. Le FMI, devînt une manne pour les autorités mauritaniennes qui, au-delà d’un semblant d’ajustement structurel (dont on mesure aujourd’hui, après plus de 20 ans d’application, les résultats !), affina la stratégie d’autorités publiques corrompues et budgétivores à se spécialiser dans l’utilisation des mécanismes de l’endettement pour « pomper » les moyens du FMI.


Ainsi pour mieux bénéficier des avantages d’un tel système la Mauritanie déclara son éligibilité à tous les mécanismes de la pauvreté internationale. Ses dirigeants la déclarèrent parmi les PMA (les pays les moins avancés), puis pour encore mieux bénéficier d’un régime plus favorable, ils déclarèrent la Mauritanie PPTE (Pays Pauvres Très Endettés).

Une mendicité internationale qui, contrairement à la mendicité locale, avait son financier international : le FMI.

Mais qu’à tiré la Mauritanie de cette assistance du FMI ? Regardons autour de nous.


Le déficit budgétaire s’est-il résorbé ? Nos entreprises sont-elles devenues plus compétitives ? Notre tissu industriel est-il devenu une référence ? Nos infrastructures portuaire et routière sont-elles un exemple du genre? …. Et pourtant à chaque mission du FMI, on annonce une croissance économique (rarement en deçà de 4%), un progrès dans le rétablissement des équilibres macroéconomiques, alors que notre balance des paiements est plus que jamais déficitaires et que l’endettement s’accroît. Le chômage est plus qu’inquiétant et le pouvoir d’achat des citoyens rivalise avec le niveau de la mer. Bien que d'ailleurs, suite à la fonte des glaces, le niveau de la mer monte... alors que le niveau de vie du citoyen baisse suite à la contraction du patrimoine national... un réchauffement climatique, un gel économique.

Vingt-trois ans d’ajustement structurel et nous sommes encore pauvres parmi les pauvres et pourtant la mission du FMI vient de nous dire « que les indicateurs de performances sont satisfaisants ». La seule chose que nous ne savons pas encore c’est pour qui profite la performance et la croissance ?

Depuis vingt ans que la Mauritanie tire des Droits de tirage spéciaux, DTS (unité de compte du FMI), elle n’arrive plus à lâcher cette mamelle. Et le FMI n’arrivant pas à la sevrer est pris au piège d’un pays dont les problèmes résident moins dans le besoin d’assistance que dans l’intégrité morale des hommes qui l’ont dirigé.

2- Le FMI pris en « otage » par la mafia de la finance mauritanienne


Avec le FMI, la Mauritanie a expérimenté, en tant que PVD, PMA et PPTE, tous les circuits de l’assistance du FMI.

Du point de décision, à celui de l’achèvement en passant par celui de la transition, les autorités mauritaniennes ont engrangé des millions de dollars au titre de leur engagement avec le FMI (voir la position financière de la Mauritanie arrêtée au 31mars 2005).

Ainsi rien que pour cette période , la Mauritanie a reçu 86,16 Millions de DTS. Les autorités de la transition on laissé une ardoise de plus de 30 milliards d’ouguiya, alors qu’elles déclaraient quitter le pouvoir en laissant les caisses du Trésor garnies. Situation que l’actuel premier ministre dénoncera devant le parlement mais elle ne sera encore que l’un des points sombres de l’utilisation des finances publiques mauritaniennes qui souffrent d’une manipulation à un degré tel que le fond monétaire n’ y voit que du feu. Naïveté des experts du FMI? Connivence de certains d’entre-eux avec les autorités mauritaniennes (dénoncée en 2006 par certains medias)? Toujours est-il que de telles manipulations ne pouvaient echapper à une institution en rapport étroit avec un pays qu’elle finance. Et pourtant…

L’histoire récente de la Mauritanie nous montre que de janvier 2006 à juin de la même année la Mauritanie s’est vue refusée l’effacement de sa dette pour ces six mois, du fait que le FMI… a été induit en erreur par les chiffres falsifiés de l’économie mauritanienne fournis par les autorités mauritaniennes depuis 2003 !

Cette attitude a couté à la Mauritanie environ 86 millions de dollars de dette non épongée pour les six mois et le remboursement des montants reçus durant la falsification (toute l'année 2003 et la première moitié de l'année 2004.

Des millions de dollars perdus par la Nation par la faute de personnes qui aujourd'hui, publiquement , encore se portent au mieux de leur carrière...

Voici une institution internationale pullulant d’experts, disposant des moyens statistiques les plus fournis sur tous les pays, y compris la Mauritanie et qui se laisse mener en bateau par des chiffres fournis par des institutions nationales sans possibilité de les vérifier sur le terrain, de les recouper avec des données historiques, de les analyser par référence au contexte international de l’évolution économique internationale et des données fleuve des institutions et des observatoires économiques internationaux.

Le fond monétaire international, induit en erreur ! Ce que d’ailleurs, dans une conférence restée dans les annales de l’inconscience de la gestion publique, un gouverneur de la banque centrale mauritanienne, un ministre des finances mauritanien révèleront lors d’une conférence en 2006 à Nouakchott.. ET cela a coûté à la Mauritanie des Millions de dollars de dette non épongée du fait du report de l’effacement de la dette de six mois. Une poignée d’individus a faussé les données fournies au Fonds monétaire international.

Le 30 mars 2006, « Le gouverneur de la Banque Centrale de Mauritanie, M. Zeine Ould Zeidane, a indiqué que le Conseil d'Administration du Fonds Monétaire International(FMI) a invité son pays à rembourser des versements atteignant 8,7 millions de dollars obtenus sur la base de fausses déclarations effectuées sous l'ancien régime.
Dans un communiqué publié jeudi à Nouakchott, le gouverneur a expliqué que le FMI a, d'une part, demandé le remboursement des décaissements contrevenants effectués dans deux opérations l'année dernière et totalisant les 8,7 millions de dollars, et a examiné, d'autre part, un autre décaissement contrevenant opérée en 2003 dans le cadre de la facilité accordée à la Mauritanie pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance au titre du programme 1999/2002. Le gouverneur de la Banque centrale de Mauritanie a expliqué que le gouvernement de transition en place depuis août 2005 a établi la fausseté des déclarations fournies par l'ancien gouvernement et a exprimé ses regrets quant aux pratiques de falsification suivies de longue date par les Anciennes autorités.
Il a également souligné que les autorités actuelles ont donné les garanties nécessaires pour un arrêt définitif de ces pratiques et ont pris les mesures qui s'imposent pour fournir des données crédibles au FMI
. »

En plus clair, les autorités financières publiques mauritaniennes avaient tout simplement présenté au FMI, des données dont elles ont « purgé », les grandes dépenses extrabudgétaire sur financement de la BCM pour toute l’année 2003 et le premier semestre 2004 !

On retrouve sur le site du FMI, cette pathétique « entourloupe » techniquement exprimée en ces termes :

« The issue of misreporting arose because of inaccurate information provided to the IMF relating to the implementation of one of the prior actions required for the approval of the arrangement. Revised data for 2003 and the first half of 2004, provided to the IMF in September 2004, showed large extrabudgetary spending and corresponding central bank financing in the first quarter of 2003 that were excluded from data provided to the IMF in May 2003 and on the basis of which the arrangement was approved. Directors regretted the occurrence of misreporting under the 2003 PRGF arrangement. They stressed that the provision of inaccurate information to the IMF on the PRGF-supported program over a period of one and a half years was a very serious matter.” (Voir le site du FMI: http://www.imf.org/external/np/sec/pn/2005/pn0571.htm)

Et voilà le FMI "roulé dans la farine" par nos technocrates qui sont les mêmes qui reçevaient en ce temps là la mission annuelle du FMI en Mauritanie.

Déclaration optimiste d’une institution sur la santé économique financière d'un pays qui plie sous la misère et le sous-développement et qui est sous la menace d’une terrible famine en 2008 annoncée par le Programme alimentaire mondial !

Voilà qui relève soit d’un ridicule statistique, d’une inconscience économique ou d’une ténacité libérale qui place les intérêts (et le principal) d’une institution financières au-dessus des réalités miséreuse de tout un peuple sacrifié à un plan d’ajustement structurel.

II- Taisez vous… on déclare pour vous !

Qu’en est-il alors de cette déclaration de la dernière mission du FMI à Nouakchott ?
Reprenons-là terme par terme.


Constatons d’abord que même ceux qui ont été à l’intérieur même du système de Bretton woods dénoncent les aléas de leurs déclarations

Pour preuve J. Stiglitz, prix Nobel d’Economie en 2001, ancien vice-président et Premier économiste de la Banque mondiale a écrit que : « la procédure normale du FMI, consiste à rédiger un projet de rapport avant de se rendre dans le pays client. La visite n’a pour but que d’affiner ce projet et ses recommandations […]. En pratique, le projet de rapport consiste à insérer des paragraphes entiers empruntés au rapport d’un autre pays. ».
Un rapport préétabli, un rafistolage de rapports approchants fait sur la situation d’autres pays, voici de quoi est faite la substance e la déclaration du FMI.
La visite annuelleau titre de de l’article IV des statuts, que rend le FMI à chaque pays c’est pour faire coller les réalités économiques du pays… à ce qu’il a déjà voulu que ces réalités soient ! En somme du dirigisme décalaratif.

Les recommandations du fond monétaire internationales sont-elles libres de toute subjectivité ? En somme sacrifie-t-il les intérêts des Etats et donc des populations à sa philosophie libérale ? Cela influe-t-il de façon dramatique sur ses recommandations, et son évaluation des économies des pays ?
Le doute subsiste car à l’examen de la littérature économique qui lui est consacrée on remarque que d’éminents observateurs des interventions et des programmes du FMI en font un constat préoccupant.

Ainsi J.Stiglitz, dans son ouvrage « Globalization and Its Discontents » affirme que les responsabilités pratiques du FMI nuisent à l’exactitude des chiffres qu’il publie. Et que pour donner l’impression que ses plans réussissent il doit impérativement ajuster les prévisions économiques. Beaucoup d’utilisateurs de ces chiffres ne comprennent pas qu’il ne s’agit pas de prévisions ordinaires. Celles du produit intérieur brut ne sont pas fondées sur un modèle statistique complexe, […] ce sont simplement les chiffres qui ont été « négociés » dans le cadre d’un plan du FMI ».

Alors qu’en est-il de la dernière déclaration pour la Mauritanie ?

D’abord , le FMI a fait de cette déclarations sur la Mauritanie, une continuité...

Ainsi en 2002, pour le FMI la Mauritanie avait une croissance…robuste !

Pour mémoire, voici , en effet, un extrait tiré du bulletin du FMI 2002 :

« À Nouakchott, où il a rencontré le Président Maaouiya Ould Sid Ahmed Taya, M. Köhler a salué les progrès notables accomplis par ce pays dans la dernière série de programmes de réformes appuyés par le FMI durant la décennie écoulée..
La Mauritanie a enregistré une croissance robuste accompagnée d’une faible inflation et, surtout, d’un recul de la pauvreté. Le Président Taya a fait de la lutte contre la pauvreté la priorité de son pays, dont les efforts ont été renforcés par les succès enregistrés dans la mise en oeuvre du document de stratégie pour la réduction de la pauvreté, qui décrit les objectifs à moyen terme et les mesures prévues pour les réaliser.
La Mauritanie vient de bénéficier d’un allégement de la dette de 1,1 milliard de dollars au titre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés.
(http://www.imf.org/External/Pubs/FT/SURVEY/fre/2002/111102F.pdf) »


Et voilà… une croissance robuste qui a mené la Mauritanie où elle est 6 ans plus tard.

Faut-il désormais mieux écouter l’homme de la rue que les experts du FMI ? Y-a-t-il plus de réalité dans le panier de la ménagère que dans les tables du FMI ?


On a tendance à le croire à l’examen de la déclaration 2008 de la mission du Fonds monétaire international (FMI) qui a séjourné à Nouakchott du 8 au 20 mars 2008 avec un double objectif : procéder aux consultations de l’année 2008 au titre de l’article IV et mener la troisième revue sous le programme triennal appuyé par la Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et Pour la Croissance (FRPC).

Outre les points généraux que la mission a discuté (le cadre fiscal de l’investissement, l’accès au crédit, les infrastructures de base, la bonne gouvernance, l’efficacité du système judiciaire et du système financier et la sécurité alimentaire, le chômage), la mission a revu l’évolution économique récente et l’exécution du programme d’ajustement structurel avec l’Etat Mauritanien.

Aussi nous portons ici nos observations critiques à la suite de chaque élément de la déclaration.

Déclaration : « l’exécution du programme qui continue de se dérouler d’une manière satisfaisante. Tous les critères de performance et les repères pour fin décembre 2007 ont été atteints. Les évolutions macroéconomiques au quatrième trimestre 2007 ont été globalement conformes aux objectifs du programme malgré une conjoncture difficile. »


Observations : D’abord l’imprécision de la terminologie et ensuite son caractère diffus qui prête réellement à discussion. Qu’est-ce que pour le FMI, la notion de « satisfaisante » relative aux critères de performance portant sur l’exécution du programme ? Et que signifie : les évolutions macro-économiques ont été « globalement » conformes aux objectifs du programme ?


En effet, cette « satisfaction » vaut pour qui et pour quoi ? Pour qui, en ce sens que nous savons pertinemment que l’économie mauritanienne vit depuis 2005, une conjoncture difficile. Que les prix des denrées de première nécessité ont flambé que l’inflation est à son pic et que le budget accuse de graves déficits dénoncés jusque par les pouvoirs publics eux-mêmes. Cette satisfaction vaut-elle pour le citoyen qui a vu son pouvoir d’achat chuter et son revenu en baisse constante.

Satisfaction pour quoi? Est-ce dans les performances de l’économie mauritanienne, en terme de création de valeur ajouté du tissu commercial et industriel, d’emploi et de répartition des richesses ? Ou de performance à l’échelle internationale par les exportations de nos entreprises industrielles et manufacturière suite à une compétitivité économique remarquable ?


Si l’on se référe de façon étroite aux critères de performances tels que pronés par le FMI, à savoir les critères financiers (exemple, le niveau du déficit, ) et structurels (par exemple, la privatisation d'une entreprise publique), alors de cette performance, la satisfaction du FMI doit être absolument relativisée.


D’abord le budget général de l’Etat continue à accuser un déficit structurel, les fonds spéciaux sont toujours là et on en crée encore, la restructuration du secteur public est en sourdine et la maximisation des choix budgétaires en matière de développement n’est pas à l’ordre du jour. Ensuite la rationalisation des dépenses publiques et leurs modes de gestions jusque dans leurs documents budgétaires ( prévision et autorisation) et comptables (exécution) continuent à être une vue de l’esprit.


Déclaration : La croissance du PIB non-pétrolier a atteint presque 6% sur l’année 2007 bénéficiant du rebond de la production agricole et du développement de nouveaux projets miniers. Le niveau des réserves extérieures a dépassé légèrement l’objectif fixé pour fin 2007.

Observations: 6% hors pétrole ! La croissance du PIB due au « rebond la production agricole( !) " dans un pays qui souffre d’un déficit agricole évident et qui importe à tour de bras ses produits agricoles. Et le « rebond de la production agricole » aurait soutenu sensiblement le PIB ! Soyons réaliste c’est surtout le second terme du constat de la mission qui est le plus significatif (« développement de nouveaux projets miniers ») ! En somme nous n’avons pas quitté l’auberge : cette pseudo-croissance est encore due à la rente perçue par l’Etat par l’exploitation de ses ressources naturelles (le fer notamment !). Doit-on alors parler de croissance ? Evidemment que non. Si on supprime cette rente la « croissance » sera alors nulle sinon négative !

En fait ce chiffre est trompeur et porte sur la croissance au sens de "l’expansion du revenu national", c’est-à-dire ce "fourre-tout" dans lequel on fait figurer le revenu de la Nation quelle que soit sa provenance!

La croissance est ainsi celle du "revenu national" pas celle de la somme des valeurs ajoutées des unités économiques du pays et qui s'exprimeraient par des variations du Produit Intérieur Brut (PIB) réel (corrigé de l'inflation) ou nominal (exprimant la valeur marchande des biens et des services produits par un pays.).

Donc la croissance dont il s'agit est bien celle du Revenu National et non pas de l'économie nationale!

En effet, la croissance économique, telle qu’elle est calculée, ne mesure que la variation quantitative d’un agrégat économique, elle n’est donc pas synonyme de développement.

Le développement est généralement associé à la croissance, mais il peut y avoir croissance sans développement. C'est le cas de la Mauritanie où les taux de croissance affichés ne sont que ceux du revenu national (rente nationale).
Si la croissance économique résulte de la production totale de tous les biens et services d’un pays au cours d’une période donnée, alors on comprendra qu'en Mauritanie la croissance est bien négative; car où sont les biens et services qui en Mauritanie engendrerait une telle croissance à 6 % ?

D’ailleurs si l’on se réfère aux rapports de la Banque Centrale de Mauritanie et notamment le plus récent (2006) on lit en toutes lettres que :

« Le produit intérieur brut, évalué en prix constants (base 100 = 1998) et sur la base de données provisoires, a marqué en 2006, une progression de 11,7%, attribuable pour près des deux tiers à la production du pétrole brut, qui a démarré en février 2006 à partir du champ de Chinguitty.


Les productions des sous- secteurs autres que celui du pétrole ont enregistré un taux de croissance en recul d’un point de pourcentage, se situant à 4,4 % contre 5,4% l’année précédente. Ce ralentissement significatif de la croissance du PIB hors pétrole est imputable à la contre-performance observée au niveau des branches de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche, des BTP et, dans une moindre mesure, des administrations publiques. » (rapport BCM 2006)

Quel est donc ce miracle en 2007 !

LaBCM note bien que la croissance du PIB (11,7%) est dûe aux deux-tiers à la production du pétrole brute! En faisant donc le calcul cette croissance du PIB est de 3,9% (y compris la production de minerai)! ( un tiers de 11,7 %).


Comment donc en une année elle a bondit à 6%? Soit un gain de 2,1 % et hors pétrole! Explication : le rebond de la production agricole?


Inconcevable. Car la contre-performance dans tous les secteurs y compris celui de l’élevage et de l’agriculture, moins de six mois auparavant constatée par le rapport de la BCM ne permet pas logiquement au FMI de déclarer une croissance du PIB en 2007 de 6% bénéficiant notamment « du rebond de la production agricole »...et hors pétrole!


Il suffit que la mission du FMI passe pour que l’économie sectorielle se mette à "bondir" pour soutenir les agrégats économiques nationaux .


Déclaration : « Le déficit budgétaire a été maintenu dans les limites prévues par le programme. En dépit de tensions inflationnistes liées notamment à la hausse des prix d’un certain nombre de produits alimentaires importés, l’inflation (mesurée à Nouakchott) en termes de glissement annuel est passée de 8.9% fin 2006 à 7.4% à fin 2007. »


Observations : « le déficit budgétaire a été maintenu dans les limites prévues dans le programme » ! Ce déficit est pour la l’année 2008 de 37 Milliards d’ouguiya ! Sans commentaires.


A moins que nous puissions dire que si ce chiffre s’inscrit bien dans les limites « prévues dans le programme », alors vraiment il n’y a pas de limites au déficit. A l’endettement et à la crise prochaine des finances publiques.
Enfin, selon le FMI l’inflation a reculé est s’est établie à 7,4% fin 2007. Et de quelle inflation s’agit-il? Celle mesurée à Nouakchott !


Une inflation se mesure sur l’ensemble du territoire géographique d’un Etat, pas dans une seule ville fut-elle la capitale. Ainsi concevoir par exemple un simple indice des prix à la consommation nécessite une approche plus complexe. Son champ est le territoire national et il doit couvrir tous les biens et services consommés sur l’ensemble du territoire, par les ménages résidents et non-résidents (comme les touristes).
Comment donner un avis sur un recul d’inflation consigné dans une ville unique, portant sur quelques produits importés et en déduire un constat national.

Déclaration : « Le déficit du compte courant de la balance des paiements s’est creusé atteignant environ 11 % du PIB en 2007 du fait principalement de la baisse des exportations de pétrole conjuguée à l’effet négatif de la hausse des prix à l’importation. »


Observations : Ceci on le savait. A la différence prêt que le FMI a au moins le mérite de porter son jugement sur « la balance des paiements » et non pas sur « la balance commerciale » . Ce Poste de la balance des paiements que les autorités mauritanienne ont utilisé pour faire parler « d’excédents » et donc de bonne santé de l’économie mauritanienne. (voir ici sur ce blog mon article intitulé : « excédent quel excédent ? »).
Le compte courant est un compte principal de la balance des paiements qui porte sur toutes les opérations (autres que celles du compte capital et financier) comprenant l’échange de valeurs économiques (biens, services et revenus de placement) et les transferts d’une valeur économique courante sans contrepartie (transferts courants).


Il est normal donc qu’il soit structurellement déficitaire. Cela ne nous apprend rien sinon dans son creusement perpétuel. En effet, si Le compte courant présente les échanges de biens et de services avec les autres pays, et les revenus de placements comme les intérêts, les dividendes et les bénéfices réalisés par les entreprises mauritanienne au pays et à l'étranger ainsi que par les établissements mauritaniens d'entreprises étrangères., on comprend donc que ce n’est ni la performance de nos entreprises (qui n’intéresse qu’incidemment le FMI), ni leurs avoirs (déclarés ?) ou bénéfices (faramineux !) réalisés à l’intérieur ou l’extérieur qui vont relever le déficit du compte courant de la balance des paiement de Mauritanie.


Dire donc que le déficit de ce compte a atteint 11% du PIB, c’est jouer sur l’espoir qu’il se résorber, or on ne doit parler que de ce qui peut économiquement se réaliser eut égard aux performances réelles d’une économie et ne doit point servir un espoir injustifié.

Déclaration :
« Les autorités mauritaniennes continuent de réaliser des progrès au niveau des réformes structurelles. Elles ont notamment renforcé l’administration fiscale en constituant un fichier central des contribuables. Les autorités ont également poursuivi leurs actions en matière de bonne gestion et de transparence en publiant l’audit des comptes à fin 2006 de la Société Mauritanienne des Hydrocarbures (SMH).

Observations : Encore un satisfecit sur des progrès tout-à-fait relatifs. Le problème n’est point le fichier, mais le contribuable, son revenu, ses facultés contributives. Le problème est moins l’audit d’une société des hydrocarbures, mais l’audit de toutes les finances publiques , y compris les périodes où le FMI distribuait ses satisfécits et qui aboutirent aux coups de forces qui dénoncèrent « la dilapidation des biens publics » et la confiscation du développement.

Déclaration: "Des progrès ont également été réalisés dans l’assainissement du système financier, malgré le poids des créances douteuses. »
Observations: C'est là tout-à-fait une contre-vérité. Quelles sont les mesures qui ont été entreprises pour "assainir" les finances publiques? Aucune.
Et cela s'explique par une raison simple: On ne peut réaliser un assainissement des finances publiques qui si, au préalable, leur audit ait été réalisé pour les périodes précédentes de gestion et pour celle en cours. Or aucun audit de cette gestion n'a été fait, ni même programmé pour les raison que l'on sait et pour les resistances politiques et partisanes qui ne voudraient pas que les responsabilités dans la dilapidation des ressources publiques soient établies.
Alors sans audit, il est absolument inédéquat financièrement de parler "d'assainissement "des finances publiques.
Le FMI, le sait, puisqu'il n'ignore pas que le "poids des créances douteuses" est un frein à cet assainissement...Et cela est une preuve évidente de ce que l'on vient d'affirmer.
En effet sous cet "euphémisme" (ou FMIsme) se cache en effet, une part considérable de la "gabegie" dont on souffert les finances publiques.
Une créance douteuse est celle qui n'a put être versée au créancier (prêteur, ici l'Etat) à la date de son exigibilité (la date à laquelle elle doit être payée ). Cela signifie, que si "ces créances douteuses" influencent, par leur "poids", l'assainissement des finances publiques c'est donc qu'elles sont très importantes.
Et à quoi (ou plutôt à qui?) ont été conscarés ces prêts de l'Etat?
Il suffit de survoler la période d'avant la transition (et la transition elle-même) pour constater que ce sont les emprunts de "complaisance", aux passes-droits, aux "entrepreneurs" fictifs, aux commerçants notoirement véreux et autres "financiers" qui les répercutent indirectement dans les sphères du pouvoir.
Les créances douteuses, sont en fait des créances d'un Etat à la gestion "douteuse" et qui ne pourra assainir ses finances publiques tant que les rouages de l'Etat ne sont pas eux-mêmes assainis de leurs gestionnaires douteux....Ceux là-même qui ont dèjà induit le FMI en erreur!

En définitive, cette déclaration à la valeur de toutes celles qui l’ont précédées durant les vingt dernières années. Il ne convient de lui accorder d’importance que ce qu’elle a. A savoir justifier la continuation du programme et des engagement du FMI à l’égard de la Mauritanie. Toute autre information à en tirer pour fixer la réalité de l’économie mauritanienne, est incertaine.


Aussi rappelons-nous les assertions de l’économiste Stiglitz, dans son ouvrage « Globalization and Its Discontents » : les responsabilités pratiques du FMI nuisent à l’exactitude des chiffres qu’il publie. Et que pour donner l’impression que ses plans réussissent il doit impérativement ajuster les prévisions économiques. Beaucoup d’utilisateurs de ces chiffres ne comprennent pas qu’il ne s’agit pas de prévisions ordinaires. Celles du produit intérieur brut ne sont pas fondées sur un modèle statistique complexe, […] ce sont simplement les chiffres qui ont été « négociés » dans le cadre d’un plan du FMI ».

Aussi donc faut-il croire les déclarations du FMI ?


On ne peut que répondre par la négative pour trois raisons essentielles. D’abord pour les raisons historiques précitées, pour leur contenu relatif démontré mais aussi pour une raison tirée de l’expérience des autres Etats du monde.
Cette expérience qui nous apprend que certains Etats face aux « erreurs » commises par le FMI ont simplement décidé de l’ignorer.


III-Les transformations de la mission du FMI, ses erreurs et son boycott


Le FMI ne remplit plus la mission qui originellement lui avait été confié (par ses statuts) car il est devenu une autorité différente. Ce qui transparaît à travers ses actes.


Ce que le FMI est…d’après ses statuts.

Le FMI a été créé à la conférence de Bretton Woods en 1944, pour stabiliser les taux de change internationaux et surveiller le système monétaire international. Les 44 pays présents aux négociations voulaient se prémunir contre des situations qui avaient contribué, pensaient-ils, aux deux guerres mondiales. Il s’agissait également de favoriser le commerce international pour faciliter la reconstruction en Europe et en Asie.
Le travail du FMI est de : 1) rendre toujours possibles et faciliter les paiements internationaux (éviter les cas de cessation de paiement) ; 2) assurer la stabilité des taux de change entre monnaies, afin de permettre de conclure des contrats à long terme. Outre ces deux objectifs primordiaux, le FMI a pour tâche : 3) d’entretenir une coopération et une négociation permanentes entre ses membres (à l’heure actuelle, 177 pays, y compris les pays d’Europe centrale et orientale) sur les questions monétaires. Tout cela afin de poursuivre son quatrième objectif : 4) favoriser l’expansion du commerce international. Le FMI a donc une doctrine libre-échangiste clairement reconnue dans ses statuts.


Ce que le FMI est….d’après ses actes.

Le visage que transparaît des actes du FMI à très bien été illustré par un prix Nobel d’économie : Le FMI a été créé après la Seconde Guerre mondiale parce qu’on estimait que les marchés fonctionnaient souvent mal. Depuis, voici que le FMI est devenu le champion fanatique de l’hégémonie du marché. Et c’est précisément cette idéologie – la foi pure et simple dans le libre marché – qui sous-tend toutes les actions de l’institution. A cela s’ajoutent également la logique interne du FMI, ou plutôt son absence de logique, ainsi que sa lenteur à comprendre ou accepter ses erreurs et la résistance de la Banque mondiale et du FMI aux idées nouvelles de la science économique moderne. « Le problème est que le FMI présente comme une doctrine reconnue des thèses et des politiques sur lesquelles il n’y a pas de consensus […]. Le FMI ne s’est jamais demandé ce qu’il y avait de faux dans ses modèles, il n’a jamais aimé discuter des incertitudes liées aux politiques qu’il recommande. Avec cette attitude et cet état d’esprit, il lui est difficile de tirer les leçons de ses erreurs. Le FMI a reconnu des erreurs dans la crise asiatique mais il s’est efforcé de limiter les critiques et les débats. » (Stiglitz, « Globalization and Its Discontents ».Version française : « La Grande Désillusion » Fayard. 2002)


Le FMI a déjà commis des erreurs sans précédent dans son évaluation et ses prévisions de l’économie des pays relevant du fameux article IV de ses statuts.
Ses erreurs amplifiant la crise asiatique et sur celle de pays d’Amérique latine sont restées dans les annales.


Relativement à l’Asie :

c’est la libéralisation des mouvements de capitaux, imposée à la fin des années quatre-vingt, qui a été « le facteur le plus important dans la genèse de la crise ». Elle a mis des pays qui n’avaient aucun besoin de capitaux supplémentaires (du fait de leurs taux d’épargne déjà élevés) à la merci de l’humeur des spéculateurs, laquelle est conjoncturellement pro-cyclique : les capitaux entrent pendant la phase d’expansion, alimentant les bulles spéculatives (par exemple, celle de l’immobilier) et sortent pendant la récession, au moment où l’on en aurait besoin! Après avoir ainsi préparé les conditions structurelles de la crise, le FMI a commis des erreurs qui l’ont amplifiée (austérité budgétaire en pleine récession, résorption des déficits de balance commerciale sans mesures ouvertement protectionnistes ni dévaluation, hausse des taux d’intérêt (dans l’espoir de faire « revenir » les capitaux étrangers et de soutenir le taux de change), ce qui a précipité dans la faillite un grand nombre d’entreprises….)


En Argentine et vue les erreurs accumulés du FMI, le gouvernement argentin du président Nestor Kirchner a décidé d’ignorer dans sa politique économique les recommandations du fond monétaire international.
Il considère que le FMI et ses politiques de libéralisme économique comme responsables de la crise économique de 2002 qui avait vu une chute de plus de 11% du Produit intérieur brut argentin. Il a décidé de rembourser la totalité de la dette de son pays au FMI pour ne plus se soumettre aux conditions du Fonds. Le Brésil, l’Uruguay, l’équateur et le Venezuela ont emboité le pas.
Depuis, le gouvernement Kirchner s'est engagé dans une voie assez éloignée du "consensus de Washington", vanté par le FMI et les autorités américaines, qui fait du secteur privé et de la non-intervention de l'Etat les piliers d'une gestion économique "saine".


Le CEPR (Center for Economic and Policy Research à Washington) place les fondements des décisions du FMI sur une base conflictuelle: “Les sous-estimations dans les prévisions du FMI sont survenues à un moment où le Fonds était en conflit avec les autorités argentines sur une série de mesures économiques qui, contrairement aux estimations du FMI, se sont révélées fructueuses".
Les recommandations du fond monétaire internationales sont-elles libres de toute subjectivité ? En somme sacrifie-t-il les intérêts des Etats et donc des populations à sa philosophie libérale ? Cela influe-t-il de façon dramatique sur ses recommandations, et son évaluation des économies des pays ?
Le doute subsiste car à l’examen de la littérature économique qui lui est consacrée on remarque que d’éminents observateurs des interventions et des programmes du FMI en font un constat préoccupant.
A l’égard des pays dans lesquels il intervient le FMI est une institution opaque. La plupart des documents qu’il utilise sont exclusivement à usage interne. Le mode de décision au FMI est classique : lorsqu’un pays a un besoin de financement, les fonctionnaires du FMI définissent conjointement avec le gouvernement un programme qui accompagne obligatoirement le prêt. Les projets sont élaborés techniquement, puis sont présentés pour vote au conseil d’administration.
Ainsi ni les associations, ni même les représentations nationales du pays emprunteur ne sont associées à la définition des plans d’ajustement structurel. Ces documents sont pourtant d’une importance capitale pour la définition de la politique que suivra le pays emprunteur. En définitive, au moment où le vote intervient, les documents sont déjà prêts, et les membres du conseil d’administration, délégués par leur gouvernement, doivent l’accepter ou le rejeter, leur pouvoir d’amendement étant pratiquement inexistant.
Le pouvoir de "proposition" du Fonds est considérable. Le seul moyen de pression consiste donc à influer sur le vote de l’administrateur par tous les moyens possibles lorsque l’on juge les projets impropres à soutenir le développement durable des pays soumis aux programmes du FMI.
C’est pourquoi beaucoup d’ONG on fourni des pour le fonctionnement et le contrôle du FMI :

Recommandations des ONG sur le fonctionnement et le contrôle du FMI :

Annulation de la dette injuste et impayable des pays les plus endettés Création d’un département d’évaluation indépendant
Transparence sur les activités du FMI, et publication des documents cadres Contrôle démocratique des politiques imposées aux pays emprunteurs et des consultations au titre de l’article IV
Participation des syndicats et associations aux consultations de l’article IV, et publication des documents
Promotion des principes de développement durable dans les programmes macro-économiques 1

Malgré son rôle de surveillance, le FMI n’a pu prévenir :
- la situation de cessation de paiement du Mexique et la crise du peso.
- les émeutes de la faim qui éclatèrent en Zambie après la hausse de 120% des denrées alimentaires. "Les conditions liées aux prêts d’ajustement structurel sont intolérables" Déclarera en 1986, le Président zambien.
- Le doublement de la dette totale des pays du Tiers monde de 1984-1993 , passant de 895 milliards de dollars à 1770 milliards.


Vox FMI, vox Dei ?

En conclusion, la Mauritanie, comme tous les pays devenus dépendant de programmes et d’engagements avec le FMI, fait l’objet d’une déclaration d’une mission annuelle du FMI. Cependant, il convient de comprendre que la faillibilité de l’institution même qui fait cette déclaration n’est plus à démontrer et qu’au lieu de s’accrocher aux termes d’une déclaration pour justifier la validité d’une gestion économique, il serait plus préférable de se tourner vers les réalités quotidiennes du pays. Et prendre la véritable mesure de son développement et de l’impact de ses choix économiques en les puisant dans le quotidien du peuple et le vécu du citoyen.
Le couffin de la ménagère et l’état de l’asphalte sont bien meilleurs indicateurs économiques que le rapport d’une cohorte d’experts.

Pr ELY Mustapha

[1] Les politiques macro-économiques du FMI au regard du développement durable. Association les Amis de la terre.2000

samedi 29 mars 2008

Justice constitutionnelle

A quand un contrôle de la constitutionnalité des lois de finances en Mauritanie?

Enregistrement sonore de la conférence que j'ai donnée à l'Académie Internationale de Droit Constitutionnel sur "le contrôle de la constitutionnalité et compétences budgétaires". Colloque international sur la "Justice constitutionnelle"

Les grands axes de cette intervention:
- Les réalités et les inerties du contrôle constitutionnel mauritanien,
- Les difficultés techniques liées à la lecture des lois de finances,
- Les prédispositions des assemblées à recourir au contrôle de la constitutionnalité des lois de finances en Mauritanie,
. .- Les perspectives du contrôle des lois de finances.

lundi 17 mars 2008

La double nationalité :

Nationalité en double ou doublement national


Le législateur mauritanien a-t-il le droit d’exclure des enfants du pays de leur droits dans leurs propres pays du fait de l’acquisition d’une seconde nationalité?

Le « jus solis » (le droit du fait du sol) et le « jus sanguinis » ( le droit du fait des liens de sang), peuvent-ils être renvoyés dos-à-dos par une disposition quelconque d’un législateur quelconque?

Face au droit positif, y a-t-il un droit naturel d’appartenance à son propre pays et qui transcende toute disposition permanente ou conjoncturelle d’un Etat quelconque visant à exclure un citoyen du fait qu’il l’est devenu d’un autre Etat sans pourtant renoncer à sa nationalité première ?

La perte d’une nationalité doit-elle être prononcée de façon autoritaire par le législateur comme dans le cas mauritanien ou doit-elle exclusivement résulter de la volonté de celui qui la porte ?

En quoi le port d’une seconde nationalité pourrait-il porter préjudice à l’Etat d’origine de celui qui porte une double nationalité ? Ne pourrait-il pas, au contraire, constituer une richesse inestimable et une ouverture merveilleuse sur le monde et l’humanité ?

Le rejet de la double nationalité par le législateur mauritanien, n’est-il pas en flagrante contradiction avec la volonté d’unité et de solidarité avec les pays du Maghreb (Grand Maghreb arabe), l’Afrique tout entière (Etats unis d’Afrique) prônée par mille statuts et chartes ratifiés ?

Au moment ou les peuples se fédèrent, s’associent, s’unissent et adoptent des passeports uniques, pourquoi excluerait-on les citoyens d’une terre-patrie parce qu’ils conçoivent la terre entière comme patrie?

Aussi aux fins d’un article à venir, et quelle que soit votre (double) nationalité ou votre allégeance, veuillez avoir l’obligeance de répondre à ce sondage. Soyez-en, par avance, remerciés.

Pr ELY Mustapha

Ce que nous coûtent nos ambassades.

Pour une comptabilité diplomatique fiable



A L’examen du budget général de l’Etat pour l’année 2007, l’allocation budgétaire pour l’ensemble des ambassades et consulats mauritaniens à l’étranger s’élève à plus de six milliards d’Ouguiyas (6 071 123 800) . Mais à cette allocation on doit ajouter un montant affecté au sein du budget du MAEC appelé « fonctionnement des ambassades et qui s’élève à 1 062 150 000 qui porte l’allocation totale à plus de 7 milliards d’ouguiyas (7 133 273 800) Soit plus 4 % du budget de fonctionnement (hors intérêts de la dette).
.
Quant à la loi de finances pour 2008, elle alloue un budget de 7 milliards 234 millions 564 mille 819 ouguiyas au Ministère des Affaires étrangères, les ambassades en obtiennent 5 Milliards 105 Millions 848 Mille 693 ouguiyas soit plus de 70 % de ce budget. Si on y ajoute le chapitre 20 « fonctionnement des ambassades » (590 150 000) ce pourcentage est de 78 %. Ce qui signifie que nos ambassades, consulats et représentations à l’étranger coûtent à la nation 5 Milliards 695 Millions 998 mille 693 ouguiyas ! Pour quelle rentabilité pour un pays pauvre?
.

Eu égard aux ressources limitées du pays, il convient de se poser la question à savoir si nos missions diplomatiques et consulaires, pour justifier de telles allocations, sont rentables ?

Il paraîtrait curieux au premier abord de traiter de la rentabilité de ce qui dans les esprits ne peut être évalué : la relation diplomatique.


Or il n’en est rien. Et c’est ce que nous allons montrer de façon suffisante pour que cela puisse justifier la mise en place d’une « comptabilité diplomatique ». Non pas au sens d’une dérivation de la comptabilité publique à savoir la « comptabilité des missions diplomatiques et consulaire » qui est une comptabilité-deniers tenue par ces services eux-mêmes mais d’une comptabilité « diplomatique » spécifique tenue par les autorités centrales notamment le ministère de la coopération et des affaires étrangères.
Avant de définir cette comptabilité diplomatique et son intérêt, faisons un tour du propriétaire, l’état des lieux.

I –Quel est l’état des lieux ?

Au niveau des ambassadeurs et des consuls


Les ambassades et consulats de la République Islamique de Mauritanie à l’étranger ont été sujet à critique et la perception que le citoyen en a n’est pas des plus satisfaisantes. Depuis bien des années l’on dénonce dans les médias et à travers les témoignages des mauritaniens à l’étranger notamment la carence de ces institutions. Elle sont considérées comme des villégiatures pour fonctionnaires et autres personnels qui les reçoivent en contrepartie de « services rendus » au régime ou sur la base de parentés et autres liens tribaux ou partisans loin des considérations de compétences ou d’efficacité . Ainsi l’ambassadeur ou le consul qui « débarquent » dans les ambassades et les consulats non pas souvent une volonté de servir mais souvent de se servir. L’ambassade est un lieu de repos et de villégiature dont le locataire usait et abusait car, ne sachant pas combien de temps, il allait y perdurer en faisait un fond de commerce par lequel transitait vers la Mauritanie la consommation énorme qu’il faisait au frais de l’ambassade des « duty-free » et autres approvisionnements au marché libre.

Comment se maintenaient les ambassadeurs et autres consuls à leurs postes ? Par un appui dans l’administration centrale et par une allégeance à un « cercle » de personnes qui leurs servaient d’arrière garde et qui dans l’administration centrale bénéficiaient périodiquement de leurs largesses. Le voyage d’un ambassadeur ou d’un consul en Mauritanie est l’occasion pour lui de rémunérer en « cadeaux » et autres « offrandes » ce cercle d’influence qui lui assure le maintien à son poste. C’était une politique du donnant-donnant, dans laquelle tout le monde y trouvait son compte.

L’ambassade n’était qu’un endroit de séjour pas une administration aux services de quelconques intérêts. Les chefs de missions étaient davantage préoccupés par leur maintien dans leurs privilèges que de la gestion des intérêts de l’Etat dans le pays hôte.
La mission diplomatique s’en ressentait et souvent même les autorités du pays hôte devant l’inactivité de ces missions les ignoraient complètement. C’est ainsi que l’on a pu voir une ambassade qui était tellement ignorée par le pays hôte, que le Ministère des affaires étrangères de ce pays ne répondait même pas au courrier qu’elle lui adressait.

La mission diplomatique ne remplissait , justement aucune de ses missions. Le volet culturel de son activité n’existait pas. Le volet commercial encore davantage. Son rôle se limitait à confectionner une valise diplomatique qu’elle expédiait périodiquement au pays dont on peut soupçonner le contenu et la valeur au vu de son inactivité.

Au niveau du personnel des ambassades et des consulats

Le personnel des misions diplomatiques, titulaires et de contractuels, se caractérise par un effacement total et une routine des plus caractéristiques des administrations qui tiennent à leurs privilèges. Outre une allégeance souvent frisant le ridicule au chef de la mission diplomatique, le personnel tourne autour du comptable de la mission qui est le pivot central et le complice de toute la mauvaise gestion. Le contrôle de gestion, et l’inspection des services comptables étant absents, le comptable est passé maître dans la fructification des allocations budgétaires à son profit et parfois au profit du chef de la mission diplomatique et avec sa bénédiction.

Les comptes rémunérés auprès des banques par lesquels transitent les bourses des étudiants et les salaires du personnel avant de leur être versés, les manipulations du taux de chancellerie au moment des paiements, le trafic sur comptes en devises, les factures d’achat de biens et de services fictifs, la revente en local des produits achetés en duty-free à travers la complicité du personnel et même de réseaux externes etc. sont autant de pratiques qui font l’originalité de nos missions mais qui n’échappent pas aux autorités du pays hôte qui le leur rendent bien dans leurs relations. Ces pratiques sont d’ailleurs couvertes par les soins qu’apportent nos chefs de missions diplomatiques et leurs comptables dans la disparition des documents et pièces comptables. Ainsi les archives sont toujours inexistantes ou dans un état empêchant leur consultation.

Dans cette situation, l’on comprend que les missions diplomatiques et consulaires dans leur état actuel sont loin de servir le pays.


II- Qu’attend-t-on des missions diplomatiques et consulaires de Mauritanie à l’étranger ?


Ces missions, comme leur nom l’indique ont un objet celui d’assurer une présence de notre pays auprès d’un pays hôte. Cette présence se matérialise par deux rôles que doivent jouer ses missions. L’un à l’égard de l’Etat hôte à travers la volonté des deux Etats d’assurer le suivi et la coordination de leur coopération dans tous les domaines . Le second à travers l’encadrement et l’assistance des ressortissants du pays sur la terre de l’Etat hôte.


Au niveau du rôle de coordination et de coopération.

Pour illustrer cette mission voici comment le chef d’Etat d’un pays dont la diplomatie est l’une des plus efficace d’Afrique décrit le rôle joué par sa diplomatie :
« De par ses qualités, la force de sa personnalité et son esprit d'initiative, l'ambassadeur a le devoir de donner une image vivante et réelle de notre pays.
Le comportement et la conduite exemplaires de tout le personnel exerçant dans nos missions et ambassades et une gestion saine et rationnelle constituent autant de facteurs propres à conforter cette image.

C'est dire la nécessité pour tous de s'engager dans le travail sérieux, fondé sur une vision claire de la politique du pays -- qui a bénéficié d'un consensus national -- et des objectifs qu'elle vise à réaliser dans l'intérêt général. Leur mission n'en sera que facilitée et ils auront l'autorité morale nécessaire pour l'accomplissement de leurs lourdes responsabilités de la façon la meilleure.L'une de ces responsabilités , et non des moindres, consiste à faire connaître la politique du pays et à expliciter ses programmes et objectifs, non seulement à travers les canaux officiels, ce qui est naturel, mais aussi à travers la presse et autres moyens de communications, de manière à lui garantir respect, considération, compréhension et appui et à renforcer le prestige dont elle jouit non seulement dans le pays hôte, mais aussi dans la région où le diplomate exerce. Je n'ai nul besoin d'attirer votre attention sur les efforts que vous êtes appelés à déployer à cette fin.C'est que dans le développement de la coopération et des échanges commerciaux et techniques avec l'étranger, le rôle de nos missions diplomatiques est essentiel à une époque où la conception de la diplomatie a évolué. D'une action qui ne dépassait guère les manifestations de courtoisie et l'apparat, l'activité diplomatique est devenue, pour une large part, une action soutenue, tendant à la conquête de nouveaux marchés pour les produits nationaux et à la recherche d'opportunités de financement et d'investissement. »

Désormais, l'aptitude des ambassadeurs eux-mêmes, à assurer l'ouverture des marchés extérieurs aux produits tunisiens, à faire connaître ces produits ainsi que les possibilités de coopération et d'investissement dans notre pays, compteront parmi les principaux critères que nous adopterons dans l'évaluation des résultats de leur action et de leur tâche.

La situation des colonies tunisiennes constitue l'un des principaux axes de notre politique nationale.Aussi, considérons-nous que le rôle des missions diplomatiques et consulaires dans l'encadrement de ces colonies et la préservation de leur sécurité et de leurs droits n'est pas de moindre importance que leurs autres devoirs.

J'ai eu l'occasion, à maintes reprises, d'évoquer la question de l'émigration, les mutations qu'elle a connues du fait des développements de la crise économique mondiale et de ses retombées sur les politiques des pays d'accueil, ainsi que les pressions accrues subies par les émigrés en ce qui concerne leurs conditions de travail et de résidence, sans compter les problèmes nés du poids croissant de la deuxième génération et la problématique qui en découle et qui a trait essentiellement à leur vie familiale et à la consolidation de leurs liens avec la patrie.

Nul doute que nos colonies sont conscientes du rôle qui leur incombe dans le renforcement de nos plans de développement et la réalisation de projets économiques. Elles ont, du reste, apporté leur contribution à l'effort national.
Nos représentations sont appelées à être en contact permanent avec ces colonies et à inciter les travailleurs parmi elles à épargner davantage, à encourager les hommes d'affaires à investir dans leur pays, en faisant valoir les opportunités et les avantages qui leur sont offerts. » (Allocution du Président de la république tunisienne Zine El Abidine Ben Ali à la clôture de la conférence des ambassadeurs - Carthage, 1er août 1989)


III-Quels instruments de gestion pour la mission diplomatique ?

La comptabilité denier et matière : des documents et….des principes

La comptabilité des ambassades est une comptabilité denier et matière , tenue par le comptable de la mission. C’est une comptabilité tenue à l’image de la comptabilité ménagère. Une présentation en « Revenu/dépenses ». Les allocations faisant ici figure de revenu. Aucune information ne transparaît de cette comptabilité… jusqu’à ce qu’apparût la comptabilité à partie double. Mais cette comptabilité pourra-t-elle aider à palier les insuffisances de celle à partie simple jusque-là utilisée ?

Pour répondre à cette question voyons comment le comptable diplomatique et consulaire enregistre les opérations de la mission. La comptabilité des comptables des missions diplomatiques, en tant que comptable secondaires du Trésor, utilise quelques comptes issus de trois classes :

- la classe 3 : les comptes de liaison. Recettes (390.21) et dépenses (390.20)
- La classe 4 : comptes d’imputation provisoire en recettes (476.4) et en dépenses (472.4)
- La classe 5 : compte caisse (561.4), compte banque (551.4) et compte mouvements de fonds (581.4)
A cette comptabilité denier, s’ajoute celle des valeurs inactives qui retrace les opérations de vente au comptant de ces valeurs (timbres, tickets etc.)

Ainsi la comptabilité des postes diplomatiques donne lieu à des opérations d’enregistrement simples. Des recettes enregistrées au comptant et des dépenses sur crédits délégués à la mission diplomatique (crédits budgétaires ouverts par la loi de finances aux différents postes diplomatiques et consulaires) et les dépenses induites par les variations de change.

Ainsi un comptable qui émettrait une dépense dont il et assignataire créditera un compte dépense (type 390.20) et débitera un compte caisse (561.4) ou banque (551.4). Les comptes de dépense augmentant au débit et diminuant au crédit.

Il aura donc réalisé un enregistrement correct de l’opération du point de vue comptable. Cette opération portée au livre-journal, puis au grand-livre enfin, un extrait du grand-livre constituant un bordereau mensuel de versement, accompagné des pièces justificatives des recettes et des dépenses est expédié au Trésorier général de Mauritanie pour centralisation.

Mais là ou le bât blesse et où la comptabilité ne peut strictement rien c’est la grande manipulation qui touche les montants figurants dans les pièces justificatives de dépense accompagnant les bordereaux.

En effet, soit par eux-mêmes et à leur profit, soit par connivence avec l’ordonnateur de la mission, les comptables se livrent à la production « vraies-fausses » pièces justificatives. Celles peuvent être rangées en une multitude de catégories dont voici quelques unes ostensibles et notoires !

- Les fausses factures (exemples : achat d’un bien ou d’un service fictif)
- Les factures surévaluées (Un bien ou un service est facturé plusieurs fois sa valeur réelle)
- Les factures d’achat morcelé (un bien est acheté dégroupé pour bénéficier sur chaque facture de frais de transport ou de livraison fictifs)
- Les reçus de frais divers à l’occasion de réceptions, d’invitations fictives ou de déplacements sans objets.
- Etc.
Il est donc facile de centraliser la comptabilité d’un comptable secondaire par un comptable principal, mais quelle efficacité à cela sur la réalité de la gestion comptable du poste diplomatique.

Ce formalisme, certes nécessaire cache des réalités de dilapidation des deniers publics. Une dilapidation de ces crédits alloués à ces postes diplomatiques qu’aucune comptabilité ne peut appréhender. Et cela porte sérieusement préjudice aux moyens alloués à la mission et fait d’ailleurs que nos ambassades sont inefficaces et souvent dans un délabrement visible. Et de cette situation ne profite personne à part un comptable, un ordonnateur et un réseau local bien huilé de production de fausses factures et autres canaux de détournement.

S’il est vrai que le comptable produit une comptabilité, à savoir des documents, il reste que cette comptabilité est loin de répondre aux principes mêmes qui doivent régir son établissement et notamment à celui de la sincérité. Si la régularité formelle est respectée, la sincérité est absente. L’écriture comptable ne faisant pas ressortir la réalité de la gestion du poste comptable, elle s’analyse en une transcription formelle, en classes, comptes et sous-comptes d’opérations rapportant des « mouvements de fonds à l’initiative du comptable » mais ne peuvent faire apparaître l’essentiel, les malversations, dilapidation et détournements « réguliers » des ressources publiques.
En effet, il est impératif que la production d’une comptabilité par un poste comptable soit accompagnée d’une appréciation des pièces justificatives fournies à travers notamment :

- Une grille de lecture établie à l’avance pour chaque poste diplomatique et consulaire rapportant des indices, dans le pays considéré, pour la valeur de biens et de services notamment ceux auxquels recours les missions diplomatiques et consulaires (biens meubles ou immeubles, services locaux etc.). Cette grille est actualisée chaque année pour tenir compte de la variation des prix dans le pays considéré. Une copie en est transmise au responsable du poste diplomatique et consulaire pour information. Cette grille de lecture est tenue par les services de la Trésorerie générale, pour apprécier les montants figurant dans les pièces de dépenses fournies par les comptables avec leurs bordereaux.

- Un historique des comptes des différents postes comptables, permettant de dégager sur une période donnée les variations dans la gestion du poste (consommation des crédits, types de dépenses etc.) afin de déceler les fonctionnements erratiques ou les dysfonctionnements dans l’emploi des crédits alloués.

- Une mission périodique de « contrôle sur pièce et sur place » qui se rendrait dans les missions diplomatiques pour évaluer la gestion, la réalité des biens et des services, leur valeur réelle sur le marché local et la sincérité de la tenue comptable. Il suffirait ainsi par exemple que « l’inspection générale des ambassades » du Ministère des Affaires étrangères et de la coopération (disposant d’un budget pour 2008 de 9 millions 452 mille ouguiyas) se mettent à jouer le rôle qui lui est dévolu et à bénéficier des moyens pour ce faire.

D’autres solutions pourraient être envisagées pour donner à la comptabilité des postes diplomatique et consulaire une « réalité » . Car quel que soit le mode de comptabilisation (simple ou à partie double) la vérité de la gestion des deniers publics ne peut transparaître qu’à travers un contrôle rigoureux des pièces comptables et de l’activité de ceux qui les tiennent au « secondaire. »

Sans cela la comptabilité sera probablement régulière (car respectant les modes d’enregistrement) mais elle ne sera jamais ni sincère ni fiable et ne donnera jamais une image fidèle de la gestion comptable de nos postes diplomatiques et consulaires. Prolongeant à l’extérieur une gabegie de l’intérieur.

Mais les moyens financiers fournis aux ambassades ne sont qu’une logistique pour réaliser leurs objectifs. Nous avons vu les handicaps comptables qui ne sont certes pas étrangers à l’immobilisme de nos missions diplomatiques mais peut-on évaluer leur « rentabilité » ?

IV- Peut-on évaluer la rentabilité d’une mission diplomatique ou consulaire ?

La réponse à cette question est certainement positive. Mais il convient de dire qu’il ne peut s’agir d’une évaluation quantitative qui raisonnerait en termes de prix mais à travers une optique qualitative en termes de coût-avantage.

Si les coûts sont connus notamment à travers les allocations budgétaires, les avantages se doivent d’être précisés. Ils pourraient tenir en une question : quels sont les avantages que l’Etat attend de son ambassade dans un pays donné ?
Ces avantages peuvent être identifiés principalement aux niveaux suivants : diplomatique, commercial, culturel, technique etc.
Ces avantages peuvent aussi se concevoir en ce que l’Etat donne et reçoit à travers la coopération dynamique dont l’ambassade ou le consulat est la cheville ouvrière.
Si ces attentes sont définies, il reste à s’interroger sur la possibilité de les évaluer à travers un outil d’appréciation de l’activité de la mission. L’on pourra préconiser l’introduction d’une comptabilité diplomatique de programmes.
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La comptabilité diplomatique de programme

Le rôle du chef de mission est d’autoriser les dépenses, celui du comptable assignataire est de les payer. Dans ce processus, la comptabilité de programmes aura un rôle essentiel dans la synchronisation des autorisations et des paiements. D’autre part, cette comptabilité déterminera le calendrier des engagements de la mission et permettra d’apprécier l’équilibre prévisionnel de trésorerie par référence bien entendu au niveau des crédits budgétaires délégués à l’ambassade.

Elle fournira une information précieuse pour les gestionnaires des missions diplomatiques et les autorités centrales par le rattachement des charges financières d’intervention de ces missions aux programmes assignés. En somme cette comptabilité de programme permettra de dégager à travers la relation coût-avantage, une appréciation de l’apport de la mission diplomatique ou consulaire au pays.

Certes, si le coût est connu, quel pourrait être l’appréciation des avantages résultant d’une mission diplomatique ?
La réponse à cette question résulte uniquement dans la capacité des autorités centrales en collaboration avec les chefs de missions à fixer un « canevas » d’objectifs et de réalisations à atteindre sur une période déterminée (annuelle ou pluriannuelle). Les résultats serviront à apprécier l’efficacité de la mission. Ainsi, l’utilisation des taux de réalisation des programmes culturels, commerciaux, économiques assignés aux ambassades dans le pays hôte sur la base de lettres de missions précises délivrées aux responsables de ces ambassades, seront de bons indicateurs pour évaluer leur rendement pour la nation.

Fixation des objectifs pour chaque ambassade et consulats, hiérarchisation des objectifs par priorité, affectation d’un indice de réalisation en fonction de la priorité.

Pour ce faire, il faudrait que la philosophie qui a guidé, jusque-là, la diplomatie mauritanienne soit revue et corrigée eut égard aux exigences d’un monde en pleine mutation dans ses relations et ses échanges.
En effet, la diplomatie mauritanienne a toujours été un simple instrument de relais politique et moins un outil efficace au service d’un rayonnement culturel, économique et technologique à valeur ajoutée pour le développement de la nation. Les ambassades de Mauritanie se doivent désormais de remplir une mission pleine et entière et non plus seulement le rôle très restreint de relais politique, de centre d’accueil de responsables en mission et de payeur de bourse pour les étudiants.

Un comptable secondaire disposant d’une comptabilité sincère et sous surveillance des services du Trésor, un chef de mission disposant d’une comptabilité administrative contradictoire, des services centraux partageant avec les missions une comptabilité de programme pour évaluer leurs activités et en tirer les conclusions nécessaires pour l’élaboration d’une stratégie diplomatique à tous les niveaux ( culturels, économiques etc.) au bénéfice du pays, voilà une structure au service de la nation.

Une telle articulation d’instruments comptables financiers, administratifs et de programmes est un préalable à toute volonté de faire de nos missions diplomatiques et consulaires des instruments au service du pays. Car c’est dans l’opacité financière, le laisser-aller d’une gestion au grès des responsables des missions et de leurs comptables que se situe le premier niveau de l’inefficacité qui touche ces missions.
Le second niveau reste à traiter à une echelle centrale, à savoir faire du Ministère des Affaires étrangères , un département qui met en place une stratégie globale dans laquelle s’inscrivent les instruments de gestion précités dans le cadre d’une politique qui privilégie l’intérêt supérieur de la nation , loin de cercles d’influence qui font de l’intérêt de quelques uns, un intérêt d’Etat. Mais cela est-il pour demain ?

Pr ELY Mustapha

mercredi 5 mars 2008

Voyages et bonne aventure


Pourquoi n’ai-je pas rencontré le Président à Tunis ?


Je n’ai pas sollicité à rencontrer le Président de la République durant sa visite en Tunisie car la moindre des politesses que l’on puisse rendre à un voyageur aux semelles de vent, est de ne point l’arrêter en chemin. Mais aussi pour que l’on ne croie pas que l’on puisse lui dire des choses que l’on n’aurait pas pu lui confier ailleurs.

Pourquoi rencontrerai-je le Président de la république ? Lui dire ce qu’il sait déjà ? Le comprendrait-il mieux dit à l’étranger que dit dans son propre pays ? La confiance est-elle mieux placée à l’étranger qu’au national ?

Ou irai-je encore, à travers un bref entretien, lui rappeler ce qu’il a laissé derrière lui ?

Lui rappellerai-je qu’il vient de poser pied dans un pays à croissance économique et humaine remarquable et qui dispose d’à peine du dixième des ressources dont dispose son propre pays ?

Irai-je lui dire que ce pays a acquis son indépendance à la même époque que la Mauritanie ? Irai-je lui dire que le budget de l’Etat actuel tunisien (13 milliards de dollars US en 2008 !) est plus que dix fois supérieur à celui de la Mauritanie (moins d’un milliards de dollars US ! Soit 918.606.978 USD ) et que ses compétences et son savoir-faire s’exportent jusqu’en Asie ? Que l’infrastructure socio-économique bat tous les records et que son plan de développement économique et social est un modèle du genre. Que son système sanitaire reçoit les patients d’Europe, du monde arabe et de toute la sous-région y compris les contingents mauritaniens.

Alors que dans notre propre pays, des hôpitaux où des patients rangés dans des mouroirs voient passer sous leurs fenêtres des médecins mauritaniens au chômage et criant misère ?

Irai-je lui montrer la photo de ce handicapé hémorragique se trainant sur le bitume tenant un enfant dans ses bras et mendiant à même l’asphalte d’une grande avenue de Nouakchott. Irai-je lui montrer celle de cette ambulance-corbillard, issue de la créativité malsaine de notre système administratif et sanitaire maladivement corrompu.

Irai-je lui dire ce que tout jeune mauritanien au chômage et sans emploi dans un pays où la jeunesse est laissée à sa misère et à son désœuvrement, que le pays a besoin de solutions sur le terrain et moins de solutions importées.

Alors que dans le pays qu’il visite les programmes d’emploi des jeunes sont une priorité du chef de l’Etat et que le ministère du travail et de la formation professionnelle, à travers ces agences de l’emploi traite pied à pied avec les entreprises nationales et étrangères en Tunisie pour la promotion et l’emploi des jeunes diplômés. Et qu’aucun étranger ne peut être employé ou recruté en Tunisie sans que des conditions donnant des avantages similaires ne soient données à l’employé tunisien et recruté dans la même compagnie.

Que l’Etat veille à l’insertion de son capital humain dans les lieux de productivité, développe ses pôles technologiques et se fait une fierté de mettre ses compétences à la disposition d’une multitude de pays et d’organisations nationales et internationales à travers le monde.

Alors que dans notre pays, le travailleur est bafouillé, jusque dans ses droits les plus élémentaires aussi bien par les sociétés nationales qu’étrangères et que l’administration mauritanienne ne se préoccupe même pas de défendre ses droits, comme s’il était un pis aller. Que le savoir et la science sont le dernier des soucis de l’Etat mauritanien qui leur consacre la part congrue de son budget et de son action, que la culture elle-même est un faire-valoir de chants séculaires remontant à peine le moral de troupes enfoncées dans des tranchées de misère. Une industrie culturelle frisant le ridicule où les rares espoirs artistiques crèvent la dalle, s’exilent ou admirent leur production enregistrée se vendre sur le trottoir en multitudes de supports enregistrés sous d’autres cieux.

Que nos ambassades, dont celle qui le reçoit, est un lieu de villégiature pour fonctionnaire en excès d’applaudissement et que notre diplomatie est l’une des plus inefficace et des plus corrompue de la planète. Où le moindre acte légal se négocie au cousinage ou en monnaie locale. Où le ressortissant est reçu comme on reçoit la peste et où la bourse de l’étudiant est mieux reçue que l’étudiant lui-même car plus productive en placements bancaires à intérêts évidents et en manipulations comptables en taux de changes multiples.

Ambassades-havre de paix pour comptables véreux et ambassadeurs en complicité permanente pour profiter au mieux d’un budget qui est un patrimoine à eux acquis.
Alors que dans le pays qu’il visite, les ambassades sont de véritables instruments d’une stratégie de développement, de coopération et de concertation avec le reste du monde. Les ambassadeurs sous l’autorité directe du chef de l’Etat auxquels ils rendent compte directement sont de véritables chefs de mission. Une mission tout orientée vers le rayonnement du pays et son image pour le reste du monde. Ce que la diplomatie tunisienne apporte à son pays en terme de coopération, d’investissement, de financement et de renforcement de la présence de la Tunisie dans le monde et les instances internationales, en fait l’une des diplomaties les plus efficaces du continent. Sans aller trop loin, il suffit de comparer l’apport de l’ambassade de Tunisie en Mauritanie à la Tunisie, à l’apport de notre ambassade de Mauritanie en Tunisie… à la Mauritanie. Et l’on comprend que la première développe, introduit, et concrétise les projets tunisiens en Mauritanie, assiste les investisseurs tunisiens, et engrange une valeur ajoutée considérable pour la Tunisie tant en termes d’apport économique qu’en terme de coopération fructueuse et hautement appréciée.

Alors que notre ambassade, à l’image de toutes nos ambassades est une boite d’enregistrement, une réception pour délégations en mal de voyage et de villégiature et n’apporte rien au pays si ce n’est quelques rapports confidentiels dont l’efficacité est douteuse consignés dans une valise diplomatique qui elle-même est alourdie par les mille et une offrandes à qui de droit en Mauritanie. Rien qui serve le pays, rien qui enrichit notre patrie. Pire une dégradation permanent d’une image déjà hautement entamée par le comportement de nos diplomates à l’étranger.

De quoi aurai-je pu l’entretenir ?

Que des ménages mauritaniens entiers manquent de ressources du fait de la dilapidation et du détournement des biens publics au vu et au su de tout le monde, alors que dans le pays qu’il visite les ménages, épargnent, planifient , investissent, construisent et élèvent des générations studieuses, saines et résolument préparées à l’avenir. Alors que dans notre pays des générations entières, d’écoliers et d’étudiants sont mal formés, mal encadrés et souvent laissés à la charger de la rue au désoeuvrement, à la misère et aux familles déchirées.

Que dans le pays auquel il rend visite, l’enfance, la femme et la famille sont non pas simplement des "ministères" confiés à des parentèles et autres consanguinités ou régionalités, mais de véritables programmes exécutés avec une volonté continuelle et assistée par la plus haute autorité de l’Etat dont les réalisations dans les soins et la protection de l’enfant, de la promotion de la femme et de la famille ne se comptent plus. Alors que, comble du ridicule, dans notre pays de hauts esprits s’interrogent encore si la femme peut être magistrat, si l’excision n’est pas une pratique spirituelle et si la famille doit exister en dehors d’une tribu.

Que dirai-je au président de la république en visite en Tunisie ? Que la capitale Tunis, qui le reçoit compte à elle seule plus de 2 millions d’habitants, quasiment l’équivalent des deux tiers de population de toute la Mauritanie et elle est gérée par un maire ! Alors qu’avec tant d’administrations, tant de ministères, tant de moyens économiques financiers et humains, l’Etat mauritanien n’arrive même pas à gérer convenablement le bien-être de moins de trois millions d’habitants, sa population paupérisée !

Que dirai-je au président ? Que les commissions mixtes n’accouchent que de souris, lorsque les avantages sont à sens unique du fait du manque de suivi de ceux parmi nos négociateurs qui font de ces rencontres: des rendez-vous de complaisance et un justificatif pour conquérir un malheureux perdiem au détriment de ce qu’attend notre coopération économique et culturelle de telles rencontres.

Que nos ressortissants attendent que leurs représentants dans le pays d’accueil soient des interlocuteurs valables et capables de défendre dans le respect mutuel leurs intérêts. Actuels représentants intravertis et se préoccupant bien plus des avantages qu’ils peuvent tirer de leur position "adminitrativo-diplomatique" que des intérêts des ressortissants.

Que dirai-je au Président de la république, sinon qu’un pays ne peut continuellement être assisté et ses dirigeants en course effrénée à la recherche des dons et des subventions à travers la planète. Qu’il doit se recentrer, gérer au mieux ses ressources et surtout exister par lui-même et pour lui-même ! Que la Tunisie que je connais depuis tant d’années a développé chez ses enfants, à travers une éducation nationale et patriote de ne compter que sur eux-mêmes et de tirer le meilleur parti du monde pour le bien-être de leur nation.

Et nous qu’apprend-t-on à nos enfants ? Qu’ils appartiennent à une tribu, avant même de savoir qu’ils appartiennent à un pays, à un Etat, à une nation.
Ils deviennent des citoyens d’une caste, des fonctionnaires d’un clan, des hommes d’affaires et des commerçants d’une tribu, qui ne tirent profit que pour eux-mêmes et peuvent sacrifier leur pays pour une participation au capital d’une entreprise quelconque et vendre leur âme pour une transaction intéressée avec un Etat hors-la-loi.

Que dirais-je au président en visite en Tunisie ? Que les tunisiens, forts d’une tradition hospitalière séculaire le recevront bien, mais ce n’est qu’une hospitalité passagère. Et qu’il reviendra forcément revoir la misère de son pays. Cette misère qu’aucune nation au monde ne l’aidera à en sortir qu’elle que soit sa bonne volonté et sa fraternité.

Dirai-je au président de la République que ce qu'il a consacré en dépenses à tous ces voyages, en délégations multiples, aurait suffit à lancer un programmes d’emploi des jeunes, à fournir la pharmacie de l’hôpital national en médicaments et produits d’urgence ou au mieux à soutenir les encore déshérité de Tintane et d’ailleurs, à payer des centaines de bourses pour nos étudiants sans bourses et vivotant à l’étranger. Mais pourrait-on dire à un président qui a un budget de voyages de ne pas voyager ? Certes que non. Mais lui dire que ce qui doit être fait est en Mauritanie et nulle part ailleurs.

Mais à la fin aurai-je vraiment voulu dire tout cela au Président de la République ?

Certes que non.

Tant de conseillers autour de lui, tant de ministres, tant de chargés de missions le savent certainement déjà.

Et si le Président voyage, c’est qu’il y trouve un intérêt et je ne saurai dire lequel; mais la seule chose que je sais c’est que la coopération internationale ne remplace jamais le labeur des hommes ; ni les bonnes intentions, leur pain quotidien.

Pr ELY Mustapha

vendredi 15 février 2008

La journée d’un terroriste

« Es-tu prêt à prendre ce qui t’appartient, avec l’aide de Dieu ? »


Ce matin quand il se tira péniblement du semblant de chiffon qui lui servait de matelas posé à même le sol de la baraque en tôle qui lui tenait d’abri, lui, ses deux jeunes frère et sœur et leur maman, il avait encore les courbatures de la veille et l’indicible goût amer qui lui hantait la bouche. Il détourna machinalement ses yeux des membres de sa petite famille blottis les uns contre les autres pour échapper au froid. Ils occupaient, transis, la petite natte rafistolée du coin le moins exposé au vent qui secouait la baraque.

Il se leva comme d’habitude au premier appel du muezzin. L’aube pointait déjà et il se prit à maudire sa misérable condition et cette pensée qui le tînt éveillé bien tard dans la nuit. Le petit bras chétif qui dépassait de la couverture en peau qui recouvrait sa petite famille attira cependant son attention … Il le prît doucement le ramena sous la couverture et sentit, tout-à-coup, une révolte sourde lui monter à la gorge. Comment-peut-il supporter cette misère des siens ? Comment, durant toute sa nuit blanche, il avait ressassé ce que lui avait dit son petit frère : « Grand frère, j’ai faim, je veux quelque chose à manger … Je n’ai mangé qu’un peu de pain depuis ce matin et tu es partis longtemps et tu ne nous a rien rapporté.. ».
Il lui avait promis de ressortir pour aller chercher de la pitance. Mais les larmes qui montaient aux yeux du petit frère ne lui échappèrent pas. Il savait, en effet, qu’il ressortait toujours pour revenir bredouille quand il s’était endormi.

Ce soir-là, il était ressorti mais il avait pris le chemin de la mosquée. C’était pour lui, dans l’indigence, un refuge où, le ventre vide, il se prenait à méditer et à implorer les bienfaits de Dieu.
Ce soir là, il y rencontra un nouveau venu, un nouveau personnage qu’il ne connaissait pas parmi les habitués de la mosquée. Il salua en entrant dans la mosquée, comme cela se devait, les présents puis il s’assit dans un coin et attendit que l’Imam arrive pour commencer la prière du crépuscule.
Son apparence, comme celle de tous les habitués de la mosquée de ce quartier très pauvre jeté à la périphérie de la ville, faisait bien voir sa condition. Des habits râpés et des sandales mille fois rafistolées.

Il sentît que quelqu’un le regardait, il se retourna et vît le nouveau venu qui le fixait intensément et qui l’invitait à venir le rejoindre sur le large tapis de prière qu’il avait déployé. Il le rejoignit non sans quelques appréhensions. Les nouveaux arrivants étaient rares, comme l’était d’ailleurs toute chose dans cette mosquée. Aussi loin qu’il se souvienne, l’objet le plus récent fut le calendrier de jeun du mois de ramadan de l’an 1420 de l’hégire qui fut gracieusement envoyé par le ministère des affaires islamiques et qui aujourd’hui jauni pendouillait au mur en défiant, comme les larges plaques de peintures décollées, l’attraction universelle.

Il salua l’individu qui l’invitait et s’assit à côté de lui. Un silence se fît qui fut aussitôt interrompu par son hôte. « Merci de me rejoindre lui-t-il, je viens d’arriver ici et je ne connais encore personne et je vois, à ta connaissance des lieux, que tu es un habitué de cette mosquée ». Il ne comprit point en quoi il pouvait lui être utile et s’enquit de cela.

Le personnage lui tînt à peu près ce langage : « mon frère, je cherche à connaître des gens de foi qui soient solidaires pour changer cette société. Nous sommes victimes de cette société de corruption et nous devons prendre ce qui nous appartient, avec l’aide de Dieu ».
Les paroles de ce « prédicateur » inattendu résonnèrent dans ses oreilles comme un gong. Une alarme qui se déclenchait.

Comment pouvait-il expliquer cela ? C’était comme une aspiration enfouie qui vient d’être révélée par les mots de cet inconnu. Il n’était point habitué à ce genre de discours, mais plutôt à celui de la résignation où tout acte que l’on faisait subir avait sa peine dans l’au-delà. Dans ce monde, tous les fautifs seront punis par Dieu, le moment venu. Vouloir se venger par soi-même est une mécréance et expose aux pires des sanctions divines. C’est ce qu’il a toujours appris. Et pourtant, il avait bien entendu dire que la loi du talion existait en Islam … Il se piqua de curiosité et engagea le dialogue :

- Cher prédicateur « qu’est ce qui nous appartient » et qui n’appartient pas à Dieu ? Et celui qui touche à ce qui appartient à Dieu en subira les foudres dans l’au-delà. Nous humains, nous n’avons rien.

- Mon frère, tout appartient à Dieu, c’est vrai, y compris nous-mêmes. Cependant, nous en sommes les gardiens ici-bas. Et nous devons veiller à sa préservation et à sa juste répartition. Nous devons en rendre compte devant Dieu. Or que remarquons-nous ? Des mécréants en font ce qu’ils veulent alors que de vrais musulmans comme toi, sont privés de ce qui vous revient.

- Mais Dieu les punira …

- Certes, et sa punition n’aura pas son pareil, mais elle n’est pas exclusive de la punition des hommes. Dieu n’a-t-il pas dans son saint Coran établit le règles et les peines des fautifs et des criminels ?

- Certainement …

- Alors, il a donc bien laissé aux hommes, le pouvoir de rendre leur propre justice. Et donc chacun de nous doit rendre justice, car chacun de nous est un membre indéfectible du socle de la société musulmane.

- Chacun de nous doit rendre justice ? Mais c’est l’affaire de l’Etat …

- Vous voyez ce que l’Etat est devenu. Un lieu où la corruption, le vol de vos biens n’est même pas sanctionné. Cela signifie que l’Etat est impuissant et vous avec, si vous ne réagissez pas et ne prenez pas ce qui vous appartient avec l’aide de Dieu.

Si « vous ne prenez pas ce qui vous appartient avec l’aide de Dieu », cette phrase résonna encore dans son cerveau … Il ne la comprenait pas encore trop bien, mais elle était comme une réponse à quelque chose qui le taraudait depuis longtemps et qui était tapis dan son profond être de miséreux. Et tout-à-coup l’image de son petit frère au visage mouillé de larmes qui s’efforce de s’endormir tenaillé par la faim lui vînt en mémoire :

- Mais moi, dît-il, je n’ai rien. Mon père est parti subitement de chez-nous en laissant trois enfants, dont je suis, sur les bras de ma pauvre mère, qui s’est battue pour nous nourrir... Je n’ai rien.

- Mais si, mon frère, tu as tout, mais ils t’ont tout pris …

- Qui « ils » ?

- Regarde autour de toi, ils sont partout. Et tu les vois chaque jour. Mais, il ne te voient pas …

- Ils ne me voient pas ? Comment cela se fait-il ?

- Pour eux tu n’existes pas.

Il comprenait de plus en plus mal. Qu’est-ce que veut bien lui dire ce « prédicateur » ? Il allait se lever, lorsque ce dernier le retînt par la manche en lui demandant de se rasseoir.

- Dieu n’a-t-il pas dit « les vrais croyants sont ceux dont les cœurs frémissent quand on mentionne Allah. Et quand Ses versets leur sont récités, cela fait augmenter leur foi. Et ils placent leur confiance en leur Seigneur. » ?

- Certes, lui-dit-il…

- Alors j’ai bien vu dans tes yeux la lumière du vrai croyant. Tu es sensible à ce qui t’arrive, mais tu veux réagir que tu ne le peux pas.

- Comment le sais-tu ?

- Ta condition difficile montre bien que tu voudrais la changer. Et tu pourras le faire car tu es un homme pieux… Dieu n’a-t-il pas dit : « Ceux qui croient en Allah et au Jour dernier ne te demandent pas permission quand il s’agit de mener combat avec leurs biens et leurs personnes. Et Allah connaît bien les pieux. »

- Je n’ai aucun bien et ma personne est entièrement dédiée à la quête de la pitance pour ma petite famille. Et d’ailleurs que vaudrait ma personne dans ce que tu dis qu’il faut combattre et qui dépasse l’entendement ?

- Chacun peut combattre à son niveau et par ses propres moyens…

- Et si je me consacre à ce combat qui va s’occuper de ma famille ?

- Dieu y pourvoira car il n’a pas créée une créature sans lui assurer les moyens de sa pitance….

- Certes mon ami, mais pour ma famille, c’est à travers moi qu’il l’assure…

- Et si tu disparaissais qui croirais-tu pourvoira à la pitance de ta famille ?

- Je ne saurai le dire mais Dieu est omniscient. Il est le seul à connaître l’avenir.

- Chacun de nous à une mission sur terre et personne ne peut dire quand elle commence et quand elle finît… Es-tu prêt à bien la terminer ?

- Je ne comprends pas…

- Es-tu prêt à fournir à ta famille tout ce qu’elle veut en échange de ta disparition ?

- Soyez plus clair s’il vous plaît.

- Es-tu prêt à prendre ce qui t’appartient, avec l’aide de Dieu ?

- Mais je ne demande rien. Sinon de faire vivre ma famille.

- A te sacrifier pour elle ?

- Certainement.

- Nous te proposons de devenir un martyr à te sacrifier pour la bonne cause…

- Se sacrifier pour la bonne cause ?

- Oui, le jihad, le combat pour le triomphe et la gloire de Dieu.

- Et qui se chargera de ma famille ?

- Rassures-toi, en échange nous t’offrons de quoi faire vivre toute ta famille pour toute la vie…

- Qui vous ?

- Nous sommes un groupe de personnes dévouées au Jihad. Nous recherchons la paix éternelle au paradis en offrant nos vies pour la gloire de Dieu. Es-tu prêt à nous rejoindre ?

Il resta un moment silencieux avant de répondre, comme s’il percevait avec plus de clarté ce que voulait ce « prédicateur » …

- Je vais y réfléchir. Dit-il. Et il se leva.

Son hôte ne le retînt pas. Et il sortit de la mosquée. Il n’avait pas fait quelques pas dehors qu’il se souvînt qu’il devait pourvoir au diner de sa petite famille. Il pressa le pas vers la chope du boucher en souhaitant le trouver pour quémander quelques portions de viandes et alourdir son ardoise dont il ne connaissait plus, depuis bien longtemps, le montant. Mais le boucher n’était pas au rendez-vous. « Boucherie fermée pour cause d’infraction économique », pût-il lire sur la devanture…

Il n’était donc pas seul dans le malheur. Mais ni l’épicier ni le poissonnier ne voulurent entendre raison face à ses doléances de crédits. Il les avait déjà tant harcelé qu’il savait d’avance l’infinitésimale chance de les attendrir à son égard. Seul un passant, affecté par son sort lui donna un billet avec lequel il acheta une petite bouteille de lait. C’est donc les poches vides et les mains serrant cette petite bouteille de lait, qu’il regagnit la baraque qui abritait sa pauvre famille. Comme à l’accoutumée, tous dormaient. Seul son petit frère l’attendait les yeux hagards, transi de froid. Il avait si faim que des spasmes secouaient tous ses membres…Il le prît dans ses bras, le couvrit d’un pan de son boubou usé et lui fit boire par petites gorgées, le contenu de la petite bouteille de lait. Il le berça jusqu’au sommeil, puis il l’installa sous la couverture de peau qui recouvrait déjà dans un coin le reste de sa famille.

Il n’avait pas finit ce geste qu’une phrase retentit tout-à-coup dans ses oreilles:« Es-tu prêt à prendre ce qui t’appartient, avec l’aide de Dieu ? ». Paroles soudaines qui émergèrent de son inconscient…Il se tînt la tête entre les mains et sortît précipitamment de la baraque…

Vingt-cinq ans d’une misère contenue, enfouie dans son inconscient surgissait et prenait d’assaut les derniers remparts de son conscient fataliste.

Oui « fataliste », il l’était. Chaque événement malheureux qui lui arrivait rencontrait en lui un stoïcisme qui trouvait récompense dans l’au-delà. Pourquoi alors se plaindre ou se défendre? Dieu les punira, tous. Une punition éternelle qui console bien de celle d’une vie si courte. Et pourtant, la punition dans l’au-delà va-t-elle abréger ses souffrances ici-bas? Et pourquoi ceux qui lui font si tort à lui et à tant de miséreux ne subissent-ils pas aussi la sanction des hommes dans ce monde?

« Es-tu prêt à prendre ce qui t’appartient, avec l’aide de Dieu ? ».C’est encore cette phrase qui ne le quitta point lorsque, après avoir tardivement rodé dans les environs en rongeant son frein, il revînt se coucher au fond de sa baraque.

Ce matin lorsque de bonne heure, il sortit de son misérable gîte, le prédicateur l’attendait devant la porte. Il le pria d’entrer, mais il ne voulût pas. Il savait ce qu’il voulait : « Es-tu prêt à prendre ce qui t’appartient, avec l’aide de Dieu ? ». Il acquiesça de la tête. Le « prédicateur » lui tendît alors un paquet qu’il alla déposa près de sa petite famille endormie. Et suivi d’un pas léger le personnage.

Lorsque réveillée par les premiers rayons cuisants du soleil qui filtraient du toit de la baraque, la mère de la petite famille déballa le curieux paquet posé à ses pieds, elle y trouva de l’argent. « D’où cela pouvait-il bien provenir, se dît-elle. Je demanderai à mon fils quand il reviendra de la Mosquée ».

La mère attendit, toute la journée. Toute la soirée. Toute la semaine…toute la vie. Son ainé ne revînt jamais.

Personne ne sût jamais la vérité sur la disparition du fils ainé de cette pauvre famille qui vit encore dans les taudis. Personne à part un prédicateur qui vînt un soir dans une mosquée où il rencontra, un laissé-pour compte d’une société corrompue et qui était encore malgré sa misère, un être qui croyait que son sacrifice pouvait changer les choses….
Et tous les soirs le petit bras du petit frère glissait hors de l’étroite couverture qui recouvrait la petite famille, et il ne trouvait personne pour l’y ramener.

« Es-tu prêt à prendre ce qui t’appartient, avec l’aide de Dieu ? ».

Pr ELY Mustapha

vendredi 1 février 2008

Le droit et la conscience


Qu’est-ce qui justifie une ambassade d’Israël en Mauritanie?

Ce qui vient de se passer à Nouakchott contre l’ambassade d’Israël n’est pas surprenant. Il est l’aboutissement sinon le commencement d’une longue liste à venir d’actes que malheureusement les autorités mauritaniennes n’ont pas su stopper à temps en trouvant une réponse à une question de plus en plus persistante : « Qu’est-ce qui justifie une ambassade d’Israël en Mauritanie » ?

Les partis politiques de l’opposition ont pour leur majorité réclamé la fermeture de l’ambassade d’Israël à Nouakchott, les autorités publiques ont aussi été saisies par des personnalités de l’opposition et de la société civile pour la même demande. Même au sein du parlement des députés et des sénateurs se sont élevés publiquement contre cette présence, mais il ne semble pas que la portée de cette situation ait bien été saisie par ceux-là même qui sont sensé veiller à l’intérêt de la nation.

Sans nier qu’un tel acte de violence n’est pas justifié dans un Etat démocratique dont les autorités politiques nouvellement élues ont été placées devant le fait accompli (existence d’une ambassade d’Israël) et qu’il est plus judicieux de trouver une solution pacifique. Nous avions proposé en 2006 la convocation d’un référendum populaire pour se prononcer sur la question ; car la question de l’ambassade d’Israël est moins bien l’affaire d’un Etat que celle d’un peuple d’une nation . Une ambassade dont l’existence est encore justifiée par des considérations extranationales.


1. L’Existence de l’Ambassade d’Israël en Mauritanie : les fondements

Lorsque l’Etat Mauritanien accepta à travers le régime précédent d’établir des relations diplomatique au niveau des ambassades cela s’expliquait à l’époque par trois faits :

- Le premier est celui qui fut initié par une poignée de commerçants et d’hommes d’affaires ayant des intérêts pour le commerce avec Israël, ils pesèrent de tout leur poids pour établir des relations diplomatiques avec Israël.

- Le second est celui par lequel l’entourage de Ould Taya le convainquit que des relations diplomatiques avec Israël vont entrainer la passation sous silence de toutes les atteintes aux droits de l’homme que lui reprochaient beaucoup d’organisations à l’extérieur de la Mauritanie (déportation, sévices, tortures etc.)

- Le troisième émane des bailleurs de fonds , qui comme on le sait sont soutenus et financés par les USA, allié d’Israël, et qui miroitaient mille et un prêts concessionnels et autres facilitations sur les droits de tirages spéciaux (FMI) pour la Mauritanie, pays fortement endetté.


En effet, aussitôt l’ambassade d’Israël installée à Nouakchott, la Mauritanie, devînt un très « bon élève » du Fonds monétaire international, les prêts de la Banque Mondiale se déversaient ignorant même la falsification des chiffres de réalisation des projets par les autorités économiques et monétaires mauritaniennes. L’effacement de la dette s’ensuivit à grands pas et l’aide humanitaire se déversa sur le CSA , le CDHLP et autres pseudo-organismes de lutte contre la pauvreté…

Mieux encore, la semaine même qui suivit l’installation de l’ambassade d’Israël à Nouakchott, on n’entendît plus dans aucune radio ou télévision nationale ou internationale (pourtant certaines européennes jusque-là virulente) les attaques contre le régime de Ould Taya pour violation des droits de l’homme. Tous les organismes de presse mirent en sourdine ce volet de leur actualité. L’établissement des relations avec Israël avait donc mis en œuvre une machine politico-financière qui fut dissuasive. Le lobby sioniste avait tenu ses engagements : tant qu’un Etat entretient des relations diplomatiques avec Israël, il bénéficiera des largesses de tous les alliés d’Israël, y compris les institutions financières internationales.

Et ce sont maintenant des lobbies militaro-politico-commerciaux mauritaniens qui profitent de la présence des relations diplomatiques avec Israël. Israël leur paye en facilités commerciales, financières et diplomatique ce qu’elle a reçu d’eux : damer le pion à tout le monde arabo-islamique en s’installant en Mauritanie.

2. L’ambassade d’Israël en Mauritanie : le droit et la conscience

Sur le plan du droit, tout milite en défaveur de l’établissement de relations diplomatiques avec Israël. En effet, un Etat ne peut avoir de relations diplomatique qu’avec un Etat qui respecte le droit international. Or nous le savons à l’instar de la planète entière. Israël est le pays qui non seulement ignore le droit international mais aussi le viole sciemment. Ainsi, comment établir des relations diplomatiques avec un Etat qui viole les règles qui régissent la relation diplomatique elle-même.

Un Etat qui ignore le droit international n’est fiable ni dans ses engagements ni dans ses actes à l’égard des autres Etats.


Comme le montre sur son blog Dominique Les Deux Saints : « Voici une liste complète de toutes les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU qu’Israël a refusé de respecter. Le nombre total de résolutions défiées par Israël s’élève à 71 (7 mars 2003)

Résolutions non respectées par Israël les: 106 - 111 - 127- 162- 171- 228- 237- 242- 248- 250- 251- 252 256- 259- 262- 265- 267- 270- 271- 279- 280- 285- 298- 313 316- 317- 332- 337- 347- 427- 444- 446- 450- 452- 465- 467 468- 469- 471- 476- 478- 484- 487- 497- 498- 501- 509- 515 517- 518- 520- 573- 587- 592- 605- 607- 608- 611- 636 - 641 672- 673- 681- 694- 726- 799-1052- 1322- 1402- 1405- 1435

Le 10 novembre 1975, l’Assemblée générale des Nations unies adopte une résolution proclamant que le « sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ». (Cette résolution a était votée par les Américains aussi)
En plus d’avoir défié 71 résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU, l’Israël n’en reste pas là :

Refuse de signer le Traité de Non-prolifération des armes nucléaires (voir Résolution 487). Il est le seul pays du Moyen-Orient à ne pas l’avoir signé ;

Détient entre 200 et 400 armes nucléaires ;

Dont 3 sous-marins Dolphin donnés par l’Allemagne, équipés des missiles type Popeye ou Harpoon vendu par les Américains dont ils sont enlevés la charge conventionnelle pour y mettre des charges nucléaires.


Trois lui ont déjà été fournis gratuitement par Berlin afin de compenser le fait que l’industrie allemande avait fourni, dans les années quatre-vingt, des têtes militaires chimiques à l’Irak pour ses missiles. Rappelons que les Dolphin sont supposés avoir été transformés par Jérusalem en sous-marins lanceurs d’engins à charge nucléaires (Popeye ou Harpoon) et que des patrouilles dans le cadre de la dissuasion nucléaire israélienne sont réalisées en mer d’Oman, face à l’Iran, avec parfois des ravitaillements secrets dans un port indien.



Viole constamment la Convention de la Hague sur les Crimes de Guerre (1907)


Viole constamment la Quatrième Convention de Genève (1949) ;


Viole constamment la Convention relative aux droits de l’enfant (1989)


Ils ont fait descendre la majorité de 18 ans à 16 ans et demi pour les enfants palestiniens pour pouvoir les emprisonner (350 enfants à ce jour), Si ça, ce n’est pas de la discrimination raciale !


Viole constamment la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination raciale (1969) .


Viole constamment la UN Basic Principles on the Use of Force and Firearms by Law Enforcement Officials (1990)


L’armée Israël a abattu 35 journalistes et photographes en quelques années avec son armée Tsahal.


La Cour internationale de justice a déclaré illégal le mur construit par le gouvernement israélien en Palestine.


L’état l’Israël pratique des liquidations physiques extra judiciaires par l’intermédiaire du Mossad


L’état l’Israël respecte rarement sa signature dans des protocoles avec les états et particulièrement pas avec les palestiniens


Exemple les accords de Lausanne:


Le 12 mai 1949, Israël a signé le Protocole de Lausanne, lequel comporte la reconnaissance par Israël du droit des Palestiniens chassés de chez eux à y retourner, et que l’introduction à la résolution d’admission d’Israël à l’ONU faisait clairement allusion à la résolution 194, allant dans le même sens.


Mais Israël, après s’être assuré de son admission à l’ONU, a renié ses engagements, refusant aux réfugiés palestiniens de retourner dans les régions attribuées aux Arabes par la décision de partage de la Palestine, en commençant à soulever la question de l’intégration de ces réfugiés dans les pays arabes où ils se trouvent. Après quoi, la Commission de conciliation acta l’échec de la conférence de Lausanne.


Viole le traité de paix d’Aqaba , le 26 octobre 1994 , Israël et la Jordanie ont signé un traité de paix d’Aqaba. De libre circulation « les Jordaniens ne purent obtenir de visa sous prétexte de lutte contre le terroriste, les parties religieux ont mené compagne contre la non-circulation des jordaniens en Israël


Viole le Pacte international des droits civils et politique, notamment l’article 27 sur les droits culturels, religieux et linguistiques de la minorité israélienne, ratifié le 3 octobre 1991 par Israël, le droit Israélien interdit aux palestiniens des territoires occupés de ce marié à des Arabes israéliens, ou à des palestiniens résidant en Israël, de vivre en couple.


Viole le droit fondamental à l’enseignement des palestiniens et des Arabes israéliens. Les Arabes Israélien ne disposent d’aucune université sur les 7 universités du pays, aucune n’assure de cours en arabe pourtant l’arabe et Hébreux sont des langues officielles (ceci est une volonté des dirigeants de l’état hébreu, annihilez l’éducation des Arabes israéliens pour qu’ils ne puissent pas obtenir de postes importants dans la société israélienne.)


Le 10 avril 2002, le Parlement européen a adopté une résolution qui « demande à la Commission et au Conseil (...) la suspension de l’Accord d’association euro méditerranéenne UE-Israël », la politique de l’État israélien étant, en effet, en contradiction totale avec l’article 2 de cet accord qui stipule que « les relations entre les parties, de même que toutes les dispositions du présent accord, se fondent sur le respect des droits de l’Homme et des principes démocratiques qui inspirent leurs politiques internes et internationales et qui constitue un élément essentiel du présent accord » Liste non exhaustive, malheureusement » (Voir http://lesogres.org/article.php3?id_article=354)

L’ambassade d’Israël en Mauritanie est un défi permanent à la conscience du peuple.

Et voilà de façon, très concise l’entité avec laquelle la Mauritanie entretient des relations diplomatiques. On comprend donc que toute personne éprise de justice et de liberté, puisse percevoir avec beaucoup de réserve ces relations et cela indépendamment même de sa race , de sa culture ou de sa religion.

Les actes inhumain commis par l’entité israélienne contre le peuple palestinien, homme , femme, enfants et vieillards sont contraires à toutes les conventions internationales relatives aux droits de l’homme et le droit humanitaire; Ils sont là pour montrer que le fait même d’accepter une ambassade d’Israël sur son territoire est une reconnaissance implicite non pas seulement de l’Etat mais aussi un entérinement de ses actes.

C’est justement ce que ressent le peuple mauritanien qui n’a jamais été consulté sur cette relation diplomatique. Et c’est là où le bât blesse.

En effet, l’ancien régime a considéré que l’établissement de relations diplomatique relève uniquement des prérogatives du gouvernement et de sa politique étrangère. Or c’est une grave erreur qui fut commise.

Si, l’établissement de relation diplomatique avec tous le Etats du monde répond bien à la convention de Vienne sur les relations diplomatiques et consulaires, il reste cependant que cette relation ne peut évidemment se faire qu’entre Etats qui respectent le droit international dont fait partie intégrante cette convention. Ce qui n’est pas le cas d’Israël.

Outre cet aspect, Israël ne se présente pas comme tous les Etats du monde. Elle est en conflit direct avec le monde arabe et musulman. Elle est en conflit avec la conscience de leurs peuples et leurs valeurs. C’est le cas du peuple mauritanien.


Ainsi la décision d’établir des relations diplomatiques avec Israël n’appartient à aucun gouvernement mais au peuple lui-même. Avant toute relation avec l’entité sioniste, le peuple aurait dû être consulté par référendum. Dans ce cas c’est la souveraineté populaire qui supplante la souveraineté nationale quand il s’agit de décisions qui touchent, ses valeurs, sa conscience et son devenir.

C’est en ignorant ce fait que l’ancien régime guidé par des intérêts déjà mentionnés se précipita pour établir des relations diplomatiques avec Israël en faisant fi de la volonté de son peuple. Et ce qui arrive actuellement comme réactions pacifiques ou violentes n’est que la conséquence de cette situation.

Pr ELY Mustapha

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Poésie de la douleur.