dimanche 7 septembre 2008

ELY Ould Mohamed Vall, apprend l’anglais.


The little sheeps…dans la prairie

"The" Colonel ELY Ould Mohamed Vall vient de débarquer à Nouakchott après quelques mois passés en Irlande pour apprendre l’Anglais. Il est paraît-il devenu « fluent » en English à telle enseigne d’ailleurs, que d’après certains milieux à Nouakchott, il ne parle plus que cette langue avec son entourage. Aussi voici, en exclusivité, le discours qu’il a tenu à Nouakchott pour exprimer l’objectif de sa venue à Nouakchott. Nous nous excusons d’avance auprès de nos lecteurs de l’impossibilité de pouvoir assurer la traduction pour rester fidèle à la volonté du Colonel :

« Sirs et sisters,

Je sais que je suis very welcomed à Nouakchott by you tous, et sincerly , je vous en congratulate.

Last time I leaved , I let you dans the shit la plus totale.

Oui , oui, I know, le cowboy que j’ai lefté derrière moi, n’a pu empécher himself de dégainer in the back of the vieux Sidioca.

I’ve been averti pourtant qu’il ne fallait pas let him tout seul avec le vieux. Le cowboy face to the old sheep. So, I come to répare tout cela and see comment I can raisonate Ould Abdelaziz pour mettre an end to that mascarade.

Because si on regarde deeply, c’est moi the cause of toute cette troubled situation.

I know it quand I was en Irlande.
When j’ai vu the sheeps, the little sheeps without any protection dans the irish prairie, j’ai compris that the vieux Sidioca is in danger. But my english lessons took beaucoup de temps and I have priority dans la vie. I wait en Irlande jusqu'à I assimilate la conjuguaison des verbes au preterit pour pouvoir arrived. Hélas , Ould AbdelAziz has déjà dégainé alors que I was encore en train d’apprendre les irregular verbs.

Je suis donc arrived. But, eh oui but, je suis preoccupied because, he is plus gradé que moi , I can’t talk to sa personne tant que I am moins gradé que lui, that’s why je look for une issue me permettant de talker with him d’égale à equal.

Neverthe…Nevertheless, i know qu’il est less intelligent et moins educated que moi, it’s un atout que je will play les prochains days. Happy days..

But, oui encore but, he thinks que je vais robbed sa place mais il est wrong évidemment. Je come pour que everyone sache que Ould Abdelaziz and I , we understand each other très bien.
In the phone J’ai explicated to him que the last coup d’Etat du third Aout 2005 we have done ensemble c’était to save notre peau car Maouwiya wants our skin en voulant nous muter outside our air conditionned offices. Ould Abdelaziz said que c’est the same chose. Ould Cheikh Abdallahi wants to kick his ass outside the Palace.

Donc you see ,the coup d’Etat du third Août 2005 and the coup d’Etat du sixth Aout 2006 c’est kif-kif, ils sont justified par the same objectives : to avoid our ass to be kicked for… the sake of the pays.

He, Ould Abdelaziz, malheureusement, doesnt speak anglais, comme moi. But I am sure qu’il apprend very fast.

I’ll explain him que l’anglais will give him la possibilité de faire des putschs all over the world, also, il pourra decentralized his dangerous expertise dans ce domaine. Comme ça, at least, our country pourra exporter its know how.
Also, the old sheep qui a été renversed can reprendre, alors, constitutionnellement his presidential place, until I pick it to him aux prochaines élections.

Voilà why j’apprends the English depuis plusieurs months. God save the queen and …the sheep!
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samedi 6 septembre 2008

A long terme nous sommes tous morts...

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Face à une économie mauritanienne en déliquescence, John Maynard Keynes nous avait déjà donné son avis dans une interview publiée ici même en date du lundi 20 août 2007. Interview à lire pour comprendre mieux encore, dans la situation d'aujourd'hui, l'immensité du drame.
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Keynes disait: " A long terme nous sommes tous morts ", voulant exprimer par là, la stérilité de l'idée économique selon laquelle à long terme se réalise forcèment l'équilibre économique. Contre cet attentisme, il prônait une attitude plus réactive agissant directement sur cet équilibre (déficit budgétaire, plein emploi ...).
Si l'on se devait d'appliquer une telle approche à la situation non seulement économique mais aussi politique en Mauritanie, le long terme attentiste est bien suicidaire. Sommes-nous en présence d'un Etat en voie de déliquescence?
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Pr ELY Mustapha

Quand un pseudo-Premier ministre s'exprime

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Un discours nul et non avenu

Curieuse situation d’un pseudo-premier ministre, nommé par un général putschiste qui a balayé la volonté de tout un peuple, qui manipule les institutions à travers des pions au Parlement, qui vient exposer un programme politique. C’est l’illégalité qui veut devenir légalité en se couvrant du voile politique médiatique.

Que représente ce pseudo-Premier Ministre pour venir devant les mass-médias proposer un programme économique et social pour « sortir le pays de la crise » ?

Etonnant n’est-ce pas qu’un personnage désigné par un putschiste qui n’a aucune légitimité ni légalité se présente en « Premier ministre » habilité à constituer un gouvernement et à décider de la gestion du pays.

Ce pseudo-premier ministre mandaté pour déformer la vérité nous apprend, à l’image des communiqués de l’AMI et de la presse officielle, que la communauté internationale commence « à comprendre les réalités. ».

Certainement qu’elle « commence à la comprendre » à travers les articles de pseudo-journalistes achetés à coup de centaines de milliers d’Euro (dont le dernier est celui du journal le Monde) ou d’attitudes corruptrices de sénateurs à l’égard d’émissaires d’organisations internationales, tel celui de l’OUA.

Le discours de politique générale de ce pseudo-premier ministre n’a d’intérêt que celui de montrer qu’il a le culot de vouloir, à travers son allié putschiste, imposer un programme politique. Mais, en vérité, il ne fait rien d’autre que soutenir un bras armé contre le bon droit. Et quand on est contre le bon droit, on ne représente que l’illégalité. Et tout ce que l’on propose est nul et non avenu.

Un pseudo-premier ministre qui nous renvoie l’image la plus décadente de ce dont peut être capable le diplomate mauritanien, qui mange à tous les râteliers, y compris à ceux qui lui enlèvent jusque sa dignité et piétinent la légalité qui lui confère justement son statut.

La première erreur de ce pseudo-premier ministre c’est d’avoir accepté d’être justement premier ministre d’un putschiste. Cela lui enlève déjà toute crédibilité quand à sa bonne conscience et à son intégrité morale. Un homme intègre ne saisit pas la première occasion offerte pour s’aligner sur les actes fautifs et les soutenir, il les dénonce et se bat contre l’injustice qui à travers eux est faite à tout un peuple.

Aujourd’hui ce pseudo-premier ministre vient perpétuer le culot en venant exposer un programme économique et social alors que personne ne l’attend, ni lui, ni son gouvernement, ni sa gestion du pays, mais plutôt son mentor, le général putschiste qui doit dire, avant qu’il ne soit trop tard, quand il va quitter le siège qu’il a usurpé et laisser la volonté du peuple s’exprimer.

En définitive cette conférence par laquelle un pseudo-premier ministre propose un long programme gouvernemental si elle veut dire quelque chose, ce serait celle-là : son mentor l’a mandaté pour dire au peuple qu’il n’est pas prêt de quitter. La preuve en est qu’il a propose tout un programme pour gérer le pays.

Il est vrai que lorsque l’on est guidé par son ambition jusque s'allier avec le diable on en oublie la préoccupation des humains. C’est pourquoi ce pseudo-premier ministre d’un militaire putschiste élude ce qui est une réalité qui l’empêchera de pérenniser. A savoir que la communauté nationale toute entière (non corrompue) est contre le régime que, servilement, il sert et que la communauté internationale a irrémédiablement condamné sa volonté de perdurer.

Aussi son séjour sur les terres usurpées sont bien comptées et ce ne sont pas des conférences factices qui tiendront le régime, qu’indignement il représente, la tête hors de l’eau.

Pr ELY Mustapha

vendredi 5 septembre 2008

Le second "miracle" de la junte

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La Mauritanie pourra se développer sans le financement extérieur


En ces jours récents où la nausée prend en écoutant les medias officiels mauritaniens, chaque honnête citoyen est forcément écœuré par les déclarations de dizaines d’intellectuels qui défilent à la radio ou sur le petit écran pour défendre l’indéfendable.

Tout en restant convaincu que la respectabilité des idées de tout individu est proportionnelle à la sincérité de ses convictions, on reste cependant sceptique quant à la sincérité de certains. Et parmi eux ceux qui, sur les ondes, défendent, à la suite des pouvoirs publics que la Mauritanie pourra se passer de l’aide publique et privée étrangère et qu’elle se développerait davantage en comptant sur ses propres moyens. Les lignes qui suivent démontreront le plus simplement du monde le contraire en s’appuyant à la fois sur le bon sens...et sur les chiffres.

Et pour la démonstration qui suit nous adopterons une méthode simple ; à savoir qu’au lieu de chercher le montant des flux financiers dont les institutions internationales priveront la Mauritanie pour évaluer son impact sur son développement, nous adoptons une démarche plus pragmatique et moins hasardeuse prêtant moins à conjecture : Quel est le montant des ressources extérieures budgétisées par l’Etat mauritanien pour assurer son investissement et quelle part, ces ressources extérieures, occupent-elles dans ce financement ? Leur impact sera d’autant plus grand que leur part dans ce financement est importante.

I- L’argumentaire du bon sens.

Cet argumentaire se base sur deux volets. Un constat indéniable, qui ne peut souffrir de la preuve contraire, basé sur l'existence d'un «input financier » reçu par l’économie mauritanienne qui a soutenu son développement et qui supporte la présomption irréfragable de la nécessité du financement international pour le pays (a). Une preuve tangible et sans contradiction de la défaillance du raisonnement des tenants de la « Mauritanie en autarcie » à savoir l’ignorance de l’inéluctable service de la dette (b)

a- L’input financier : ce que la Mauritanie ne percevra pas, le poids du déficit

Si la Mauritanie depuis quarante-huit ans d’indépendance bénéficiant de toute l’aide publique et privée internationale, de l’assistance financière gratuite (dons et subventions) et conditionnée (prêt-projets, quasi-dons), de prêts à court (facilités de trésorerie et de paiement), à moyens (d’équipement) et à long termes (d’investissement) d’institution financières internationales (Institutions de Bretton woods), de banques commerciales (publiques et privées) , n’a pu se développer le pourra-t-elle aujourd’hui en comptant sur les recettes propres de son budget ?
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La réponse à cela est claire si l’on comprend que la quasi-totalité des ressources budgétaires de l’Etat Mauritanien sont affectées au financement des charges structurelles de l’Etat ( charges de fonctionnement) et qu’une infime partie est affectée à l’investissement. Cette partie est complétée aux deux-tiers par le financement extérieur.

Pour s’en convaincre, examinons le budget de l’Etat pour l’année 2008.

- Les recettes propres de l’Etat : 207 001 000 000 UM

- Montant des recettes propres de l’Etat affecté aux dépenses d’investissement : 48 757 000 000 UM(hors revenus provenant de la Snim)

- Ressources extérieures affectées à l’investissement : 106 448 130 000 UM

Ce qui signifie que le budget d’investissement de l’Etat (106 448 130 000 + 48 757 000 000) est financé à 68, 58 % sur les ressources extérieures.

Ces ressources provenant du financement international sont composées à:

- 51,1 % de prêts contractés auprès du système financier international soit 54 583 210 000 UM

- 23, 2 % de dons, soit 24 725 130 000 UM

- 25,4 % de quasi-dons, soit 27 139 530 000 UM


Ainsi donc, lorsque le financement extérieur est arrêté ou fortement réduit, l’investissement est compromis de façon durable. Cet investissement ne pouvant se réaliser sur la part des recettes propres de l'Etat qui lui sont affectées. Le poids du service de la dette entravera d'ailleurs cette affectation et aggravera le déficit s'il ne trouve pas des moyens d'un réechelonnement ou de facilitations négociées qui dans l'environnement actuel de sanctions internationales sont fort improbables.

b- L’output financier : ce que la Mauritanie versera, le poids du service de la dette

Ceux qui défendent le point de vue de l’autarcie financière de la Mauritanie ont un raisonnement faussé .

Ils pensent que l’embargo et les sanctions financières internationales ne vont que dans un seul sens : le non versement de l’aide à la Mauritanie. Or, c’est l’autre aspect qui est le plus dramatique, à savoir que même si la Mauritanie ne peut plus recevoir l’aide elle reste sous l’obligation pleine et entière d’honorer son service de la dette, en intérêts et en principal.

La Mauritanie devra donc payer ses dettes contractées sur ses engagements financiers internationaux. Elle devra continuer à honorer son service de la dette à l’égard de toutes les institutions financières internationales publiques et privées.

Aussi ce service de la dette absorbera aussi bien ses recettes propres que toute recette extérieure qu’elle pourra recevoir d’une autre origine internationale (si elle peut exister), non concernée par l’embargo.

Donc le trésor public se videra rapidement et l’Etat n’aura même plus dans ses caisses de quoi assurer son propre fonctionnement.

La fragilité du raisonnement des défenseurs de la Mauritanie «comptant sur elle-même » vient de ce qu’ils ne prennent pas en compte le fait que l’embargo, les restrictions financières internationales, la suspension de l’aide internationale n’exonèrent pas la Mauritanie de continuer à honorer ses engagements financiers (services de la dette) à l’égard de ses bailleurs de fonds.

Solution ultime penseraient alors ces défenseurs de l’indéfendable : la Mauritanie pourra alors choisir de renoncer à honorer son service de la dette.

Solution pire encore car tous les engagements financiers internationaux sont sous-tendus par des conditionnalités d’emprunts strictes assorties d’échéancier dont le dépassement entraine automatiquement les pénalités financières inhérentes à tout contrat de prêt financier. L’accumulation de ces pénalités peut lourdement aggraver le poids de la dette et mettre à moyen terme le pays dans une impasse financière qui peut même lui faire perdre sa souveraineté.

Pour bien illustrer cela voici comment se présente le service de la dette que devait assurer la Mauritanie au titre de l’année 2008

Service de la dette annuel pour la loi de finances 2008 est de :

- 12 300 000 000 UM pour couvrir les intérêts de la dette extérieure (8 100 000 000 UM) et de la dette intérieure (4 200 000 000 UM)
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- 8 900 000 000 UM pour l’amortissement de la dette extérieure.

La Mauritanie devra annuellement souscrire à son service de la dette. C’est autant dire qu’en cas d’absence de financement extérieur, elle devra soit contracter d’autres prêts (ce qui lui sera certainement restreint) ou de puiser sur les ressources propres de l’Etat, ce qui aggravera dramatiquement le déficit budgétaire et compromettra même les engagements interne de l’Etat Notamment le financement du budget de fonctionnement (paiement des fonctionnaires, équipement des administrations etc.)

II- l’impact de l’embargo sur l’économie mauritanienne : l’arrêt des projets de développement

Il ne fait aucun doute que les sanctions financières prises contre la Mauritanie vont avoir un impact très grave, sur le développement en Mauritanie. Pour démontrer cela examinons les moyens financiers internationaux affectés dans le budget consolidé d’investissement au financement de l’ensemble des projets publics en Mauritanie. C'est-à-dire à tout l’effort de développement dans tous les secteurs économiques.

En 2008, tout l’investissement de développement dans tous les secteurs de l’économie mauritanienne concernait 219 projets qui sont financés à concurrence de 159 994 694 000 d’UM (contribution Snim inclue). Sur ce montant 106 448 130 000 proviennent des ressources extérieures, soit 66,53 % : les deux tiers du financement !
Sans la contribution SNIM (3 861 000 000) et un montant provenant d'autres ressources nationales autres que budgétaires (928 560 000), le financement extérieur atteindrait 68, 58 % !

Cela signifie clairement que sans les ressources financières extérieures, il ne peut y avoir d’investissement et c’est l’arrêt complet du développement. Deux explications à cela :

- la contribution budgétaire (provenant des ressources propres de l’Etat) dans les projets est souvent complémentaire aux ressources finançant le projet. Le projet ne peut donc être viable financièrement et réalisable. Seuls quelques projets intégralement financés sur les ressources propres de l’Etat pourront continuer, toutefois ils seront vite compromis pour la raison ci-dessous.

- Les ressources affectées aux projets seront inévitablement reversées au budget général pour faire face au déficit du budget de fonctionnement (charges de fonctionnement et service de la dette) qui ne manquera pas d’apparaître suite à l’arrêt du financement international.
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On voit donc que le prochain budget de l’Etat pour 2009 ne pourra même pas être reconduit à l’identique de celui de 2008 et que sans le financement extérieur, il ne trouvera ni ses moyens ni son équilibre avec ce que cela aura comme conséquences sur l’avenir du pays.
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En conclusion, et au delà de cette obscure conjoncture, ce qui préoccupe le plus c’est moins une situation financière internationale du pays qui, nous l’espérons, pourra se résoudre si une solution à la rupture de la légalité sanctionnée par la communauté internationale, est trouvée. Ce qui préoccupe davantage c’est quand ceux qui devraient représenter une certaine morale sociale, les intellectuels, la perde en induisant sciemment un peuple en erreur. Pour ceux-là aucune solution ne peut être trouvée.
Il n y a pire traitrise que celle de l’intelligence.
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Pr ELY Mustapha

jeudi 4 septembre 2008

Le premier "miracle" de la junte


La baisse des prix

Comme cela a fait l’objet d’une forte publicité dan les médias officiels mauritaniens, les prix des denrées de première nécessité auraient baissé. Certains médias sont même allés jusqu’à qualifier cela « de cadeau du HCE pour le mois de Ramadan ». Après le laudatif politique, voilà le laudatif économique. Mais si en politique on peut appuyer ses applaudissements sur une vague idée de ses intérêts, en économie on ne peut le faire que sur une vérité. Car si un idéal politique ne se calcule pas, la réalité économique est un calcul de tous les jours.

Comment donc en ce mois de ramadan peut-on soutenir que les prix ont baissé ?

Pour apprécier la réalité des choses et pour éviter d’induire en erreur de pauvres gens en attente de vérité, voyons comment se fixent les prix dans une approche économique et commerciale (I) puis attachons-nous à apprécier sa portée dans le contexte économique mauritanien (II)

I- La fixation du prix des biens

Lorsque le prix d’un produit quelconque sur un marché varie cela s’explique successivement ou cumulativement par plusieurs conditions qui déterminent les facteurs de sa hausse ou de sa baisse. Pour simplifier nous dirons que ces conditions se répartissent en conditions structurelles et en conditions conjoncturelles.

1. Les conditions structurelles

Ces conditions sont appelées ainsi parce qu’elles relèvent de la structure interne (a) et externe (b) même du prix affecté économiquement comme valeur marchande du produit. Cette valeur marchande commerciale est appelée économiquement prix de vente.

a- La structure interne du prix du produit ou « internalités »

Le prix de vente du bien est établi sur la base d’un prix de revient.

Le prix de revient de ce bien est égal au prix d’achat plus les coûts accessoires nécessaires à son acquisition (assurance, transport etc.)

Le prix de vente du produit se compose donc d’un prix de revient auquel vient s’ajouter une « marge » commerciale qui constitue le « bénéfice » du commerçant.

Cette marge commerciale est calculée en tenant compte :

- de la nature du produit (biens de première nécessité ou biens de luxe)
- de son régime juridique (biens homologués dont les prix à la vente sont administrativement fixés ou en liberté de prix avec un prix conseillé par le producteur)
- du régime fiscal auquel le bien est soumis (généralement une taxe sur la valeur ajoutée et accessoirement pour certains produits, des droits de consommation)

b- La structure externe du prix ou « externalités »

Le prix du produit calculé suivant les règles précédentes, se trouvent souvent modifié par des facteurs externes à savoir notamment l’environnement économique international ou national.
Ainsi un produit peut se voir apprécié du fait de l’évolution à la hausse des coûts de l’énergie (prix du pétrole) ou des intrants, c’est-à-dire les composants qui participent à sa fabrication (exemple le prix du blé pour le pain).
De même à l’échelle nationale, une élévation du taux de la fiscalité appliquée à ce produit peut affecter son prix (exemple hausse du taux de la TVA ou des droits de douanes) ou même la modification par les pouvoirs publics des modalités de sa compensation ou de son homologation.
Ces « externalités », peuvent effectivement faire varier le prix du produit de façon très sensible. Et ils ont ce que l’on peut appeler particulièrement dans nos pays en développement, où le contrôle des prix est défaillant, « un effet de cliquet », les prix augmentés ne baissent généralement pas.

2. Les conditions conjoncturelles

Ces conditions passagères sont généralement le fait d’une stratégie marketing, mais parfois aussi d’une conjoncture économique particulière, spontanée ou auto-entretenue.
Ainsi la promotion commerciale d’un bien peut pendant une période déterminée entrainer une baisse volontaire de son prix, afin de l’introduire sur un marché ou pousser les consommateurs à l’acquérir en vue de l’apprécier. Cette baisse peut aussi être consécutive à des rabais ou à des remises consentis à des détaillants qui peuvent les répercuter sur le produit à la vente.
Si tous ces éléments relèvent d’une stratégie de marketing ou d’entreprise, il reste que la baisse des prix peut aussi provenir d’une agressivité commerciale visant à conquérir un marché ou des segments de marché, c’est le cas du dumping. Enfin, la rareté d’un bien sur le marché ou son abondance peut aussi entrainer des variations à la hausse ou à la baisse du prix de ce bien.

Les conditions conjoncturelles peuvent donc être provoquées (promotion) ou induites par l’offre et la demande sur le bien.

Il convient donc de s’interroger sur la réalité de la « baisse des prix » qui aurait eu lieu en ce mois de ramadan. Et que l’on impute à une volonté des pouvoirs publics de faire face à la cherté de la vie.

II- Les prix ont-ils vraiment baissé en Mauritanie ?

Si les prix ont baissé en Mauritanie, cela signifie que les pouvoirs publics ont une maîtrise réelle de leurs mécanismes et peuvent agir pour les manipuler dans le cadre de la politique des prix.
Or comme nous allons le constater la politique des prix échappe complètement aux pouvoirs publics (a) elle dépend entièrement de la volonté des opérateurs économiques et notamment les commerçants (b)

a- Les pouvoirs publics ne peuvent maîtriser les prix

Cette impuissance des pouvoirs publics à agir sur les prix s’explique par deux facteurs. Le premier facteur est inhérent à l’absence d’un tissu industriel et commercial national sur lequel une politique industrielle et commerciale puisse être appliquée permettant un encadrement des prix. Sur cette question voir notre article " R = C + E", l'équation qui empoisonne l'économie mauritanienne"

En effet, le tissu manufacturier et industriel de production mauritanien n’est pas étoffé pour permettre une action sur les prix à travers une gestion des intrants et du coût de fabrication des produits dans les chaines de production. Tout est quasiment importé et le prix du produit importé n’est pas maîtrisé économiquement à travers une politique industrielle et commerciale mettant à contribution les unités de production nationales.

Le second facteur qui explique l’impuissance des pouvoirs publics à appliquer une politique des prix vient du fait de la dépendance du pays de l’importation des biens consommés sur le territoire.

Le prix du produit importé est, en effet, dépendant essentiellement d’éléments, non compressibles. A savoir notamment :

- La déclaration de la valeur du produit à l’importation par le commerçant (présentation de factures d’achat),
- Les droits de douanes auquel ce produit est soumis,
- Les taxes fiscales intégrées dans le prix du produit à la vente ,
- La marge bénéficiaire que le commerçant s’adjugera.

Dans ces conditions, comment le prix de ce produit peut baisser ? En d’autres termes quels sont les leviers utilisés par les pouvoir publics mauritaniens pour faire baisser les prix ?

Eût égard à ce qui précède, on peut arriver à cette baisse en agissant individuellement ou cumulativement sur les éléments du prix de vente du bien. Soit en amont, soit en aval.
En amont, en agissant sur prix à l’importation, sur le taux des droits de douanes, sur les taxes fiscales et autres impôts frappant le produit, sur la marge bénéficiaire du commerçant (en homologuant ou en fixant une liste de prix à échelle variable).

Pour ce faire, les pouvoirs publics doivent posséder d’importantes statistiques sur le volume, la nature et les prix des différentes catégories de produits importés, avec des études périodiques collationnées et actualisées annuellement des droits de douanes appliqués, non pas théoriquement mais effectivement, à l’entrée des produits sur le territoire national. Ceci permettant de connaître, la valeur en douane du produit importé afin de lui appliquer un régime fiscal adéquat tenant compte de la politique économique de l’Etat pour la consommation de ce produit sur le territoire national (produit de luxe surtaxé, produit de consommations courante moins taxés, produits de première nécessité bénéficiant d’exonération ou de régimes de compensation etc.).

Or on le sait, ni les statistiques de la douane ne sont fiables ni la valeur ni le volume des produits à l’importation ne sont déclarés en toute transparence. Les déclarations de complaisance et les privilèges à l’importation dominent encore ce secteur. C’est autant dire donc que les pouvoirs publics ne peuvent utiliser ce levier pour apprécier la politique applicable aux produits importés et donc sur leurs prix.

Au niveau des impôts indirects applicables aux produits importés, on retrouve les mêmes handicaps. La taxe sur la valeur ajoutée qui est un impôt en cascade supporté par le consommateur final, ne fait l’objet d’aucune surveillance continue. Les commerçants peuvent la répercuter dans leurs produits, pour accroitre leurs prix, mais le contrôle par l’administration fiscale ne permet pas d’assurer l'efficacité de son reversement au trésor public. La TVA collectée (à reverser au trésor) est souvent assimilée à une TVA déductible (ou partiellement versée) dont le commerçant module à son gré le montant. Il y a une grande élasticité entre le prix du produit et l’impôt indirect qui lui est appliqué entrainant tous les dépassements qu’une administration fiscale peine à sanctionner sinon même à (vouloir) connaître.

On comprend qu’à ce nouveau les pouvoirs publics ne peuvent pas utiliser un instrument fiscal qui leur échappe, tout comme on l'avait déjà démontré pour l'instrument monétaire ( voir notre article: "A qui profite la baisse du taux directeur de la Banque Centrale. Le piège de l'économie mercantiliste".)
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Toute variation à la hausse de l’impôt est répercutée par le commerçant sur le consommateur final par une augmentation des prix. Toute baisse de l’impôt n’entraine pas la baisse des prix et se trouve intégrée dans la marge bénéficiaire du commerçant. L’absence du contrôle fiscal (sur les retenues fiscales, les Taxes collectées, sur les déclarations de versement des impôts dus) du contrôle des prix (sur pièces et factures) en est la cause principale. En passant bien entendu sur la complaisance qu’affichent les services fiscaux pour toute une frange de commerçants.

Alors s’il y a une baisse des prix pendant le mois de ramadan, d’où peut-elle bien provenir ?

D’abord, cette baisse des prix ne peut être imputée à une baisse des impôts indirects, notamment de la Taxe sur la valeur ajoutée (permettant ainsi de baisser le prix du produit) ni à une baisse d'impôts directs telle une réduction de l’Impôt sur les sociétés ou du bénéfice industriel et commercial (permettant au commerçant d’initier une baisse de sa marge bénéficiaire). En effet, aucune mesure fiscale n'a été prise en ce sens permettant d'expliquer cela . Elle aurait été même suicidaire pour l’Etat par la baisse de ses revenus fiscaux particulièrement dans la conjoncture actuelle d’embargo économique et financier international.

Ensuite, ce qui est certain, c’est que l’examen de l’environnement économique et commercial mauritanien ne fait pas apparaître une politique des prix entreprise par les pouvoirs publics en utilisant les leviers traditionnels de l’économie nationale. Une politique des prix qui si elle devait exister serait de longue haleine, mise en œuvre par les administrations spécialisées concernées (commerce, industrie, finances) concertées avec tous les agents économiques, faisant intervenir des études économiques mettant à contribution les acteurs sociaux (groupes, syndicats etc. ). Or il n’en est rien, donc la baisse des prix ne peut provenir d’une politique raisonnée mais d’un effet de conjoncture. D’un effet d’action en aval sur les agents économiques, et notamment de ceux qui détiennent le commerce.

En effet, le miracle des prix annoncé récemment, ne serait dû qu’à un mouvement de pression vers le bas sur les prix concerté et organisé par une oligarchie de commerçants dans un but qui n’est autre que politique. (Voir sur cette question notre article: "Discours à la nation des commerçants" )

Si l’on se réfère à la situation économique globale du pays, aucun indicateur social (accroissement du niveau de vie des populations ou augmentation des salaires), financier (accroissement du revenu national) ou international (amélioration des termes de l’échange ou baisse sensible des prix des matières premières ou de l’énergie) ne peut justifier cette baisse des prix.

Donc en définitive si durant ce mois de ramadan, quelques prix sur certains produits spécifiques ont accusé une baisse, il ne s’agit ni d’un miracle, ni du résultat d’une politique économique, ni d’un enrichissement de la nation, mais tout simplement des manipulations des prix par laquelle une oligarchie commerçante agissant et influençant à tous les niveaux de l’Etat, agit dans le sens de ses intérêts. Ici conjoncturellement politiques.

C’est en effet une oligarchie commerçante qui, en présence d’une administration publique soumise, véreuse et corrompue, détient le pouvoir d’agir sur la quantité et le volume des produits importés sur les droits de douane , sur les impôts indirects qu’elle doit à l’Etat, sur sa marge bénéficiaire et qui exprime en ce mois de ramadan l’un de ses pouvoirs : faire croire à des putschistes qu’ils peuvent accomplir des miracles.
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Or, en ce mois béni , le miracle attendu n'est pas celui d'une baisse des prix, mais celui de la baisse d'un coût élevé que le pays tout entier aura à supporter du fait de ses faiseurs de "miracle".

Pr ELY Mustapha.

mercredi 3 septembre 2008

La francophonie tire sa langue à la Mauritanie

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L'embargo du français

C’est une excellente chose que la Mauritanie soit suspendue de la francophonie et le Conseil de cette francophonie aurait dû même imposer aux mauritaniens de ne plus parler français.
Aucun Mauritanien ne doit plus piper mot de français à moins d’être cité devant une cour spéciale, la mode étant, en effet, par les temps qui courent à l’institution des cours.

Il serait même de bon ton que le Conseil de la francophonie prenne immédiatement une décision d’embargo sur la Mauritanie.
Des casques bleus…blancs-rouges, tous français de souche, devraient être déployés en Mauritanie pour faire respecter cette interdiction. Tir sans sommation sur tout « prononcé » de français audible ou inaudible.
Les fauteurs d’orthographe devront être descendus au bazooka, c’est la seule façon d’arrêter ces terroristes de la langue de Molière.

L’Organisation Internationale de la Francophonie, ne nous a pas d’ailleurs dit comment la Mauritanie a été suspendue. Mais on doit bien se douter, vu ce que les vilains putschistes on fait en Mauritanie, qu'elle doit l’avoir suspendue, non par les poignets mais par les pieds.

Mais une question fatale reste à poser: en quoi la suspension de la Mauritanie de la francophonie peut-elle aider à résoudre la catastrophe du putsch mauritanien ?

Que l’UE, la France, l’UA, les USA coupent les vivres et les finances, on peut comprendre que ça va affamer le peuple, mais la francophonie alors, qu’est-ce qu’elle va couper ? Sa langue ? C’est elle, en principe, qui se fera mal.

Le peuple mauritanien ne vit pas de locutions adverbiales ou de phrases incises, il vit de blé dur. Transgénique certes et importé, mais c’est du blé. Au sens propre et figuré.

Le Mauritanien ne vit pas d’une forme pronominale qu’il met dans son assiette, même s’il vit tout le temps au conditionnel. Il vit du travail des autres nations et de leur surproduction. Il vit au dépend du blé produit à la sueur du front de l’Américain et de l’Européen ; il vit de l’aide internationale financière collectée par des nations sur la productivité marginale de leurs concitoyens.

Il vit de la conjonction et de la coordination des efforts de la communauté internationale qui lui déverse ses œuvres de charité, il ne vit pas de conjonctions de coordination et de catégories grammaticales, mais d’une catégorie particulière, celle des pays pauvres, très pauvres et qui veulent le rester.

Alors, que le Mauritanien en expirant de faim dise « je me meurs » en français ou en arabe, c’est la même chose, il se meurt.

L’Organisation Internationale pour la francophonie privera la Mauritanie des maigres subsides qu’elle lui fournit. Des bourses de recherches par-ci, des colloques et séminaires pour universitaires en mal de langue de Voltaire, par-là. Et quelques facilitations auprès des partenaires francophones. Rien qui puisse handicaper la Mauritanie pour survivre sans le français.

Mais c’est surtout l’impact médiatique de la décision de suspension de la Mauritanie qui est recherché. Cette décision s’inscrivant, en effet, dans la mission que cette Organisation s’est assignée : « L'Organisation internationale de la Francophonie mène une action politique en faveur de la paix, de la démocratie et des droits de l'Homme et anime dans tous les domaines une concertation entre ses membres. »

Comme quoi le partage de la langue française n’est pas suffisant pour être membre de la francophonie, il faut aussi respecter « les valeurs universelles et œuvrer au service de la paix, la coopération, la solidarité et le développement durable. »

Mais quel effet aura alors sur les putschistes l’embargo du français sur la Mauritanie ?

Pas grand-chose. Du moment qu’ils sont déjà interdits de voyages par les américains et sous sanction individuelle par l’Union Européenne, ils n’auront pas le loisir de pratiquer les langues étrangères, surtout européennes.
Mais que la francophonie se rassure, menés par une volonté jusqu’au-boutiste, les putschistes se mettront bientôt au chinois. N’ont-ils pas déjà, géostratégiquement, un comportement de mandarins ?


Pr ELY Mustapha

mardi 2 septembre 2008

Un site pour le rétablissement de la légalité

Site mauritanien pour la légalité

Un nouveau site mauritanien pour le rétablissement de la légalité. A visiter: for-mauritania.org
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Faîtes vos jeux


L’homme qui jouait au « D »

Dans le débat qui se déroula sur RFI et qui opposa principalement Messaoud Ould Boulkheir et Ahmed Daddah, la remarque qui fera l’histoire est sans conteste celle de ce dernier : le RFD est le seul parti qui porte dans son acronyme la lettre « D », de la démocratie. C’est donc un parti démocratique.

Conclusion logique : tout parti qui aura une lettre « D » est démocratique. Si cette lettre se réfère à un adjectif, le parti considéré est forcément qualifié de tel.
Conséquence inéluctable: tout parti qui n’aurait pas de lettre « D » dans son acronyme ne peut être démocratique, même s’il alignait les 25 autres lettres de l’alphabet.

L’APP, pourra donc aller se rhabiller car elle commet même l’erreur fatale d’aligner deux consonnes similaires. Quel manque de goût ! Alors qu’elle a la lettre D à sa disposition. Et elle prouverait sans grands efforts que c’est un parti démocratique. Etre démocratique c’est afficher un D. Un point c’est tout.

Bel argumentaire d’un leader de parti politique qui recourt à la quatrième lettre de l’alphabet pour justifier le caractère démocratique de son parti. Daddah a décidément beaucoup appris des militaires : il joue, lui aussi, au cruciverbiste.

Après les cruciverbistes de la baïonnette (voir ici) , voici le cruciverbiste de l’opposite.

Il est vrai que depuis le début de l’avènement des militaires, le leader de l’opposition ne joue qu’aux dés…pipés.

Hélas ! Il n y a pas de « D » ni dans « putsch » ni dans « gouvernement » …
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Et les dès sont jetés.
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Pr ELY Mustapha

dimanche 31 août 2008

Le coût du coup d’Etat du 6 Août 2008


Attention au Trésor public


Nous avions montré ici même à quel point les finances publiques mauritaniennes étaient fragiles. Une fragilité qu'elles tiennent d'une cause exogène, notamment la forte dépendance du financement extérieur et des revenus de ressources naturelles épuisables (voir "Finances publiques de la dépendance); mais aussi d'une cause endogène, la mauvaise gestion, la dilapidation et les détournements de fonds publics (voir: Les symboles de la gabegie).

Cette situation s'aggrave aussi lors des passages d'un régime à l'autre et durant ces périodes de « transition » au cours desquelles ceux qui détiennent le pouvoir se servent du Trésor public en toute impunité, sachant qu'ils n'auront en fin de compte à rendre compte à personne.

Et lorsque les malversations, détournements et autres atteintes aux finances publiques sont révélés, ils ne seront plus là pour en rendre compte et souvent ils se couvrent du voile des pouvoirs exceptionnels ou des « exigences » d'une transition.

Qui peut dire combien la dernière transition a coûté au peuple mauritanien ? Des milliards d’ouguiyas pris à un peuple en souffrance pour lui instaurer une démocratie, qui aujourd’hui part en fumée à cause d’un général en mal de pouvoir.

Quelle facture, en milliards laissera encore cette nouvelle transition, pour ce peuple miséreux ? Comment faire pour que le trésor public pris en otage par cette transition, ne soit vidé pour des intérêts d’hégémonie, hypothéquant définitivement le développement d’un pays soumis aux pires sanctions économiques et financières internationales ? Quels coûts fera encore supporter à la collectivité nationale cette "nouvelle" transition?


I- Les leçons du passé récent : le gap financier et les malversations de la transition du 3 août 2005

Lors de son discours de politique générale devant le parlement, Zine ould Zeidane, premier ministre du premier gouvernement de Sidioca, avait révélé que la transition commencée le 3 Août 2005 avait laissé derrière-elle un déficit budgétaire de 30 milliards d’ouguiyas. Soulevant ainsi un tollé général.

Pourtant, le Premier ministre de la Transition Mohamed Ould Boubacar avait affirmé à la fin de ladite transition que les caisses du Trésor étaient pleines.

La polémique qui s’en suivit n’a jamais été résolue et l’Etat en a certainement fait les frais.

Comme d’ailleurs l’Etat a fait les frais des millions de dollars non épongés de la dette mauritanienne du fait des chiffres falsifiés par des responsables mauritaniens et qui furent couverts par la transition en les nommant à des postes-clefs (banque centrale, ministères des finances et ministère de l’économie). A cette grande mascarade qui a couté des millions de dollars au peuple mauritanien, nous avions consacré un article : la mafia financière mauritanienne.
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Tout comme se fut les bonifications et les avances sur les contrats des concessions pétrolières qui, durant la dernière transition, ont révélé la corruption, les malversations de ministres du pétrole, avec les scandales répercutés jusque dans les médias internationaux et qui ont certainement coûté des milliards à l’économie mauritanienne.

D’autre part, durant la transition, les manipulations sur les revenus du compte pétrolier ont abouti à la disparition de millions de dollars . En effet, dans un article récent que l’on a consacré à la question, l’on a pu déceler une différence de plus de 35 millions de dollars (voir notre article : Au fonds des choses…) Montant qui a l’examen du rapport 2006 du Conseil des hydrocarbure serait d’ailleurs beaucoup plus important.

C’est en effet, durant cette transition, où les gens sont préoccupés par le devenir du pays sur le plan politique, que les autorités publiques mettent à mal les finances publiques. Les regards étant tournés ailleurs, le champ des malversations et autres détournements se fait au nom de la transition et autres actes qui lui sont accessoires.

Qu’en sera-t-il de la « nouvelle » transition?

En effet, le décor est le même. Ce sont toujours les mêmes militaires, c’est toujours la même administration dirigée par des personnes nommées pour leur servilité et leur soumission à la volonté de ceux qui les nomment. Quelle sera pour le peuple la facture du nouveau coup d’Etat ?

II- La « transition » du 6 août 2008 en cours : quelle facture laissera-t-elle ?


Déjà que le pays est immobilisé depuis le 6 Août dernier, l’évaluation d’une telle léthargie est difficile à faire. Des administrations dormantes des fonctionnaires payés et en léthargie et des centaines de dossiers administratifs en instance. Une économie en arrêt.

La seconde des factures est bien plus qu’évidente.

En effet, le putsch de Ould AbdelAziz a balayé d’un trait tout l’apport des 19 mois de la transition qui à coup de milliards a permis d’aboutir à un régime démocratique, aujourd’hui bafoué.

Combien ces 19 mois de transition, aujourd’hui stérilisée, ont coûté au trésor public ?

Des gouvernements entiers payés, des comités de concertation aux structures d’organisation des élections, et mille autres dépenses somptuaires présidentielles et ministérielles, tous les moyens de l’Etat ont été mis en œuvre pendant ces 19 mois de transition pour du vent.
Et que reste-t-il de tout cela pour le pauvre peuple ?

Ce qu’il y a à craindre aujourd’hui, c’est que cette seconde transition ne monopolise le trésor public pour arriver à ses fins. On a déjà un avant-goût des dépenses de voyages pour des émissaires du Haut Conseil d’Etat tous azimuts, tous frais payés sur le dos d’un contribuable dont on a confisqué les institutions démocratiques par la force.

Mais ce qui est apparent est moins important que ce qui ne l’est pas. Et ce qui ne l’est pas ce sont tous ces ministres et autres responsables qui savent qu’ils sont en transition et qui gèrent les ressources publiques. Qui demain leur demandera de rendre compte ? Non seulement ils ne seront plus à leurs postes mais en plus, ils seront couvert par la transition.

Alors, durant cette transition les préoccupations ne sont pas celles de la bonne gestion, ni même de la surveillance des gestionnaires, tous les dépassements sont permis.

Les ministres se sachant provisoires, sachant que leur mission est toute tendue vers les objectifs du HCE, se préoccupent peu des moyens financiers qu’ils ont pourvus qu’ils justifient qu’ils ont apporté quelque chose pour la justification ou la reconnaissance du « coup d’Etat ».
Et l’ardoise en sera d’autant plus importante que les initiateurs du coup d’Etat ne ménageront rien sur le terrain de leur reconnaissance. Et il est certain que le Trésor public en fera les frais.

III- Les mesures urgentes à prendre : protéger le Trésor public

Tous ceux qui dénoncent le coup d’Etat que cela soit des personnes physiques ou des organisations politiques, civiles ou syndicales, ont oublié un pan important de la dénonciation à savoir dénoncer la prise en otage du trésor public.

En effet, les putschistes disposent aujourd’hui des ressources publiques, qu’ils peuvent utiliser comme bon leur semble. Et ce n’est ni le trésorier général de Mauritanie, ni le gouverneur de la Banque Centrale, ni le ministre des finances qui pourront s’ y opposer. Ils sont au service des autorités en place et leur « bonne conscience » est confortée par le fait qu’ils sont couverts par les autorités de la transition.

Ainsi ce que doivent demander immédiatement ceux qui constituent un front pour la défense de la démocratie et la dénonciation du coup d’Etat, c’est une commission internationale financière pour la surveillance des opérations réalisées sur le compte du Trésor public, et sur le compte des hydrocarbures. Cette commission de surveillance devra siéger de façon permanente, déterminer les ordonnateurs publics des différents budgets inscrits dans la loi de finances, les ordonnateurs publics inscrits de tous les projets inscrits au Budget consolidé d’investissement (BCI) qui regroupe les financement internes et externes de ces projets et réaliser un contrôle sur les ordonnancements et les mandatements des dépenses publiques durant la période en cours. Enfin, effectuer un audit permettant de fixer les responsabilités en fin de gestion.

Si une telle commission n’est pas instituée, il ya de fortes chances que les finances publiques de l’Etat soient mises au service d’un coup d’Etat et de ses objectifs avec ce que cela comporte comme conséquences sur la dilapidation des biens publics et l’impunité de ceux qui les dilapideront.

L’urgence d’une telle surveillance du Trésor public est telle que face à la suppression de l’aide publique européenne, à la suspension du financement de la Banque mondiale, de la rupture de l’aide américaine, le Trésor public sera dans la pire des situations. Situations que risquent d’aggraver sérieusement les autorités issues du putsch militaire.

Et depuis bien longtemps dans la gestion des finances publiques mauritaniennes, la bonne foi ne se présume plus.

Pr ELY Mustapha

samedi 30 août 2008

Août 2005-11 mars 2007, Est-ce vraiment fini ?

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L'article qui suit a été écrit le dimanche 11 mars 2007, le jour même des élections présidentielles, il fut publié sur le site cridem à la même date), le voici pour mémoire.


Août 2005-11 mars 2007, Est-ce vraiment fini ?

Que vont devenir les militaires ? En ce dimanche 11 mars 2007, les urnes seront le nombril du pays. Et bien des regards y seront fixés. Regards qui se croisent et s’interrogent : « qui sera le prochain président de la République ? » Mais cette question est-elle plus importante que la suivante : « que vont devenir les militaires ? ».
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En effet, dans un pays habitué aux coups d’Etat venant consacrer un « redressement national », un « salut national», une « justice » ou une « démocratie », les militaires ont-ils définitivement inscrit une telle habitude dans leur manuel de campagne ?
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Que vont devenir les militaires après les élections de ce mois de mars ?
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Cette question, malgré les intentions affichées par le président du CMJD, n’a pas encore trouvé de réponse. La raison la plus évidente en est que le colonel ELY ould Mohamed Vall, ne représente ni toute l’armée et ne saurait, par son opinion personnelle, engager pour l’avenir tant d’officiers qui un jour ou l’autre feront « valoir leurs droits » à une pratique inaugurée avec tant de « succès » par leur ainés.

D’où viendrait alors le véritable salut ? Comment faire pour que les militaires redeviennent la composante d’un corps armé défenseur de l’intégrité du territoire et de la sécurité de l’Etat et non pas guetteurs d’opportunisme politique et d’objectifs salvateurs dont le but inavoué n’est rien d’autre que la volonté de domination et d’accaparation du pouvoir à des fins personnelles ou corporatistes ?
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Depuis que les coups d’Etat ont été inaugurés en 1978, « le comité militaire de Salut national », n’a apporté aucun salut à la nation, « le comité militaire de redressement national », n’a rien redressé du tout. Slogans vides de militaires qui ont laissé un pays exsangue livré à d’autres militaires qui le 3 Août 2005 on encore inauguré un autre « Comité militaire pour la Justice et la Démocratie ». De la « Justice » on n'a rien vu. De la « Démocratie », peut-être.
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Si des institutions démocratiques sont élues et si le président de la république civil obtient le consensus national. C’est un espoir pour chaque Mauritanien. Mais pour l’avenir n’est-il pas effrayant et propice pour des « coups d’Etat » à venir que de constater que c’est grâce à un coup d’Etat militaire que la Démocratie a pu être instaurée en Mauritanie ?
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De cette affirmation ne va-t-il pas en découler logiquement une autre, à savoir que les militaires deviennent les garants d’une « démocratie » et qu’ils interviendront chaque fois pour la rétablir ?
Une « démocratie » dont ils auront le libre choix d’en déterminer et le contenu et la nature ; en somme, un Etat à leur merci.A notre question : que vont donc devenir les militaires ? La réponse est simple. Ils seront ce qu’ils ont toujours été depuis 1978, des détenteurs d’une force qu’ils mettront au profit de leurs intérêts.
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Mieux encore, le coup d’Etat du 3 Août 2005, a donné aux coups d’Etat une « légitimité » comme moyen de « rétablissement de la Démocratie ».
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La philosophie du 3 Août 2005
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En effet, si après ce mois de mars la démocratie est instaurée cette légitimité se confirmera davantage. Mais alors se sera une démocratie en danger. Car suite à la philosophie inaugurée par le coup d’Etat du 3 août, les militaires,» initiateurs de la démocratie » renverseront tout régime civil qu’ils jugeront, à l’aune de leurs intérêts, « non démocratique ».Hélas, la mesure de cette attitude future des militaires et ses conséquences sur la démocratie à venir n’a pas été sérieusement prise en compte et j’avais attiré ici même l’attention des partis politiques et de la société civile sur le fait de ne pas adhérer aux coups d’Etat ; mais de les constater et de les dénoncer (voir ma « Lettre au colonel ELY ould Mohamed Vall en date du 13 Mai 2006 ).
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Ainsi l’adhésion au coup d’Etat de ELY Ould Mohamed Vall par une classe politique qui s’est précipitée pour soutenir les instigateurs du putsch du 3 août 2005, est déraisonnable. Ce qu’il fallait soutenir c’est la volonté de changement et non pas l’instrument du changement. Et cela en prononçant des réserves sur l’acte de force contre les institutions étatiques. Ainsi par un acte d’adhésion quasi-unanime au coup d’Etat, les forces politiques en place ont cautionnées les futurs coups d’Etat « salvateurs » à venir.
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Et plus aucun régime même démocratiquement élu n’est plus à l’abri des velléités de militaires imbus de la philosophie du 3 août 2005.Situation irréversible pour une démocratie naissante ?Que vont devenir les militaires qui ont pris « le pli » des coups de force ?
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Pour que la philosophie du 3 Août 2005 ne soit érigée en mode de conduite de l’armée il faut assurer à cette dernière les voies et moyens de sa neutralité et de sa soumission aux lois de la République.
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Pour cela il faut que les mesures suivantes soient prises :
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I- Etablir un statut fondamental pour l’armée,
II- Renforcer l’éducation et la culture républicaine des troupes,
III- Assurer un niveau de vie décent aux militaires,
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I- Etablir un statut fondamental pour l’armée
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Il faut que chaque militaire puisse connaître ses droits et ses obligations. Et cela ne peut se faire que si un statut clair encadre la carrière du militaire.
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Statut qui le mettra à l’abri des injustices dont ont souffert des centaines de soldats et d’officiers radiés pour convenance, mutés sans raison professionnelle, frustrés dans leurs droits les plus élémentaires par des officiers incontrôlés soumis à la volonté d’autres officiers politiquement haut placés.
L’organisation de l’armée sur une base disciplinaire doit s’accompagner pour le respect de cette discipline de la création de commissions intègres de contrôle et d’enquête sur les faits reprochés aux soldats en vue de la protection de leurs droits et éviter les dérives du pouvoir décisionnel hiérarchique arbitraire, des juridictions martiales compétentes capables de juger et de remettre les parties spoliées dans leurs droits .
Il s’agira d’une justice militaire dans son acception la plus large (administrative et juridictionnelle). Sans ce statut, le militaire soumis aux difficiles contraintes de son métier, reste sans protection et démunis de recours pour défendre ses droits si ce n’est par la violence. Un statut qui séparerait le martial du politique et qui redonnerait à l’armée ses valeurs patriotiques loin de la mouvance du système politique.
Un statut fondamental qui serait une protection des dérives politiques qui engageraient l’armée dans une mission autre que celle de la défense, de la sécurité et de l’intégrité du territoire.
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II- Renforcer l’éducation et la culture républicaine des troupes.
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La constitution livre de chevet des armées, est un idéal. A défaut, la constitution se devrait d’être connue, enseignée dans les écoles militaires au même titre que le maniement des armes. Un officier qui ignore la constitution et ses préceptes, les lois de la République, les droits de l’homme est un individu dangereusement…armé.
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Le recrutement dans l’armée doit se faire sur des bases transparentes loin du népotisme du favoritisme et du tribalisme, en tenant compte non seulement de l’engagement patriotique mais aussi de la culture et des qualifications scientifiques. Critères de constitution d’une armée capable d’adhérer au projet du développement national et de comprendre la neutralité de son rôle pour la préservation de la démocratie et le respect des lois de la République.La culture républicaine d’une armée éduquée est l’ultime rempart contre les coups de force.
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III- Relever le niveau de vie des militaires
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Relever le niveau de vie du soldat doit être le souci premier de celui qui aura la charge présidentielle. En effet, les militaires mauritaniens, tous grades confondus sont les plus mal rémunérés de la sous région. Et c’est dans cette misère qu’il faut rechercher les révoltes internes à l’armée et les coups de force externes. Misère : terrain propice à la discorde.
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En effet, un militaire sous-payé, mécontent de son état social et de son niveau de vie est plus enclin à succomber aux sirènes de la violence et des coups d’Etat à travers lesquels les promoteurs lui miroitent monts et merveilles. Le coup d’Etat est alors pour lui un moyen de signifier sa misère, sa frustration et sa volonté de prouver son existence. Sentiments que biens des officiers ont su récupérer à leur profits en édulcorant leurs ambitions d’un arôme idéologique…pas souvent au goût du Palais.
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D’autre part, un militaire payé à sa juste valeur et en fonction de son statut, préservé du besoin et des soucis matériels se consacrera davantage à sa carrière et sera moins porté sur ce qui a aussi gangréné l’Etat, à savoir la corruption et les détournements des biens publics. En définitive, le militaire est dans la situation de n’importe quelle personne qui à défaut de pouvoir vivre par ses moyens en utiliserait d’autres pour y arriver.Une étude rigoureuse du niveau de vie actuel des militaires et l’établissement, sur sa base, de grilles salariales pour une rémunération meilleure, doivent constituer une priorité dans l’action du gouvernement à venir.
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Alors à notre question « Que vont devenir les militaires après mars 2007 ? », on pourra répondre au vu de ce qui précède, que les militaires deviendront ce que la République en fera :
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- Soit des hommes et des femmes fiers de leur carrière militaire, statutairement protégés, matériellement à l’abri du besoin, imbu d’une éducation et d’une culture républicaines prêt à préserver la démocratie et à défendre la République ;
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- Soit des hommes et des femmes armés jusqu’aux dents, sous-payés, habitués aux coups de force, imbus d’une philosophie putschiste « démocratisante » et prêts à se constituer en « comités militaires » de salut, de redressement, de justice, de démocratie… Et chacun sait que toutes las années comptent un 12 décembre, un 8 juin et un 3 août…
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Alors ?
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Pr. ELY Mustapha
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Mais qui écoutait, en ce dimanche 11 Mars 2007, les élucubrations d'un professeur exilé au bout du monde?
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lundi 25 août 2008

Les militaires ont « pris acte »

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Daddah n’aura pas les maroquins

J’ai appris avec une grande déception que le leader de l'opposition ne participera pas au gouvernement de la Junte. On se disait qu'il finirait par avoir quelques postes au gouvernement. Juste quelques postes pour pouvoir se dire qu’enfin, il est entré au gouvernement. Peu importe que ce soit un gouvernement parachuté que ce soit un gouvernement qui n’a aucune légitimité, que ce soit un gouvernement d’une junte militaire venue par la force au pouvoir. Tant pis , Daddah voulait ses postes au gouvernement. Il voulait des maroquins. Juste des maroquins pour siéger avec la junte. Il voulait une peau en cuir de chèvre et il eut des durs à cuir.
Les maroquins, il ne les aura pas.

Parce que tout simplement, Ahmed Daddah est devenu inutile pour la junte.

En effet, il a légitimé le putsch, supporté les putschistes et il a « pris acte » de leur putsch . Les militaires, l’on utilisé jusqu’au bout, embobiné et ils ont « pris acte » de son soutien. Soutien dont ils n'avaient besoin que les premiers jours. La communauté internationale méritait bien cela.

Daddah repart les mains vides. Pire encore, brûlées au contact du pouvoir. Son image n’en n' a pas grandi. Au contraire, il a donné durant ces deux coups d'Etats successifs l’image d’un collaborateur qui a la faiblesse d’être toujours du côté de ceux qui détiennent la force.

Alors que celui qui fut renversé, malgré sa situation difficile de détenu, malgré les pressions sur lui , sur sa famille a su dire non. Alors que celui qui l’a félicité au moment de son élection, qui a reconnu la validité de cette élection et sa légitimité, qui a collaboré avec lui durant son mandat au titre de leader de l’opposition, qui l’a toujours reçu, se retrouve à négocier des postes au gouvernement de putschistes. Faible, inconsistant, reniant les valeurs qu’il a applaudies hier et la légitimité de celui qu’il a reconnu comme son vainqueur à des élections saluées à l’unanimité.

A ces nouveaux putschistes, Daddah n’a pas pu leur sortir le fameux argumentaire du « refus de la chasse aux sorcières », il n a pas pu les convaincre qu’il est un passage obligé pour leur légitimation et qu’ils doivent organiser des élections. Il n’a pas pu leur soutirer la moindre concession.
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Quelles conclusion en tirer ?

Que Daddah a abandonné son camp naturel qui est l’opposition pour aller justifier l’injustifiable, qu’il se retrouve désormais avec un "non" retentissant qui montre la véritable nature de l’attitude des militaires à son égard. Attitude de mépris qu’ils n’auraient pas eu à son égard s’il s’était comporté en véritable leader de l’opposition (voir notre article :Ahmed Daddah pouvait-il agir autrement ? ), mais il s’est comporté différemment en cherchant à tirer, sur lui les draps, d’une démocratie bafouée.
Mais c’est un rideau qui est tombé sur le second acte mal pris d’une scène de mépris.

Daddah a perdu de son aura et son parti s'en ressentira. La déception est d’autant plus grande, que non seulement, il n’aura pas les maroquins mais que, d’ailleurs, il n’aura plus personne.
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Peut-on faire fi de la volonté de tout un peuple pour une peau de chèvre?
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Pr ELY Mustapha

dimanche 24 août 2008

La Démocratie peut-elle être "redressée" ?

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Analyse d’un concept à la mode


Aujourd’hui que les militaires ont repris le pouvoir c’est toujours, comme à l’accoutumé, au nom d’un objectif "déterminé". La première fois, ce fut au nom du « redressement national » puis au nom du « salut national », puis au nom de la « Justice et de la Démocratie »... Tous des comités. Puis, aujourd’hui au nom du « redressement de la Démocratie ». ..

On a eu, donc, droit au "comité militaire de Redressement National" (CMRN), puis au "comité pour le Salut national" (CMSN), puis au "Comité militaire pour la Justice et la Démocratie" (CMJD), on aurait du, aujourd’hui, avoir droit au "Comité Militaire pour le Redressement de la Démocratie" (CMRD),mais probablement que la prononciation phonétique de ce dernier acronyme, défiant la bienséance, a dissuadé de l’utiliser.
Les cruciverbistes de la baïonnette montrent tout de même, avec leur dernier coup d’Etat, qu’ils ont une certaine esthétique alphabétique (voir ici mon article, sur les « cruciverbistes de la baïonnette »)

Hélas! Personne n’est venu demander à tous ces militaires qui se sont succédés et qui ont dirigé ces comités, où est le redressement national qu’ils ont promis, où est le salut national ? Où est la justice ? Où sont ces promesses qui leur ont permis de perdurer des dizaines d’années au pouvoir, monopolisant l’Etat et ses institutions, maintenant un pays dans un misérabilisme criant et hypothéquant son développement.

Depuis le temps que ni la Nation n’a été « redressée », ni n’ayant trouvé son « salut » nulle part, personne ne s’est interrogé sur le contenu véritable de ces mots-slogans martiaux. Personne n’a demandé à ces militaires de rendre compte de leur échec et voilà qu’ils reviennent pour perpétuer, leur présence à travers un nouveau slogan : « Redressement de la Démocratie ».

Comme à travers « le redressement »(CMRN), le « salut »(CMSN), qui furent des slogans traduits en actes stériles mettant une nation à genoux dans la misère et dans le sous-développement, que restera-t-il encore de ce nouveau slogan de « redressement de la Démocratie » ?

Ce slogan reprit comme tous les autres avant lui, est à la mode. Servi à toutes les sauces, Il semble devenir un argument défensif pour les autorités, laudatif pour ses courtisans et expéditif de l’avenir démocratique de la Nation.

Aussi, au-delà de la présomption irréfragable de l’inutilité des slogans utilisés jusque-là, qu’en est-il de celui qui vient d’être inventé le 6 Août 2006?

Aussi pour l’avenir, il convient de s’interroger sur son contenu, sur son efficacité et surtout sur sa pertinence dans la situation actuelle du pays.
En d’autres termes, s’interroger sur sa base justificative : une démocratie peut-elle être déviante ? (I) S’interroger sur son référentiel conceptuel : Une démocratie est déviante par rapport à quoi (II) ? S’interroger, enfin, sur les processus de son redressement : Si une démocratie déviante devait exister, qui est habilité à la redresser (III) ?

I – La base justificative : Une démocratie peut-elle être déviante ?

Si l’on prend comme postulat que la démocratie peut dévier, cela signifie qu’elle se devait de suivre une trajectoire, qui la définit. Quittant cette trajectoire, elle ne serait plus une démocratie. Quelle est cette trajectoire ?

Cette trajectoire est bien définie quand à son départ et quant à sa fin. La démocratie se définissant par « le gouvernement du peuple par le peuple », la démocratie prend son départ dans le peuple et se termine dans le peuple. Le peuple est à la fois sa source et son objectif. Il est sa justification et sa finalité.

Une démocratie déviante ne l’est que lorsqu’elle prend sa source hors du peuple ou qu’elle n’en fait plus sa finalité.

Cependant, le peuple ne gouvernant pas par lui-même mais par ses représentants, entre le moment où le peuple élit démocratiquement ses représentants et le moment où ses représentants gouvernent en son nom, la trajectoire assignée à la démocratie peut dévier, lorsque ces représentants n’utilisent pas cette démocratie au profit du peuple.

Cette déviation n’est cependant pas liée à l’idéologie des gouvernants. Mais à leur capacité de mettre cette idéologie au service du peuple pour son bien-être son développement et son avenir avec une condition, qui exclut les idéologies contraires, de préserver l’essence de la Démocratie et le jeu politique qu’elle impose. Quelle que soit l’idéologie du gouvernant, sa caractéristique démocratique se mesure à cette trajectoire. Une démocratie prenant sa source dans le peuple et revenant vers lui.

Toutefois cette trajectoire est jalonnée par les voies, méthodes d’exercice du pouvoir par les élus. Ils sont dépositaires d’une volonté du peuple, démocratiquement exprimée, ils devront rendre compte aux prochaines échéances électorales de leur mode de gouvernance et c’est là où le référentiel conceptuel prend son importance.

On connait la trajectoire de la démocratie (allant du peuple vers le peuple), on connait son vecteur directeur (le mode de gouvernance), quels sont alors en tous points de cette trajectoire, les facteurs de sa déviance ?

II- Le référentiel conceptuel : Une démocratie est déviante par rapport à quoi ?

L’attachement à la légalité des institutions et à celle de ceux qui les représentent est une condition sine qua non du respect de la volonté du peuple et donc de la démocratie. C’est à travers ses représentants élus que le peuple exerce la souveraineté. C’est aussi à travers eux qu’il édicte et adopte les lois qui gouvernent la cité.

La démocratie est déviée de sa trajectoire, lorsqu’elle devient un instrument entre les mains des élus pour réaliser des objectifs contraires à ceux pour lesquels ils ont été élus.
Lorsque le vecteur directeur (le mode de gouvernance) n’indique plus le sens de cette trajectoire, mais celui de jalons qui ne lui appartiennent plus.

Cela s’exprime concrètement par l’opposition entre les actes des dirigeants et leur programme politique sur la base duquel démocratiquement ils ont été élus.

La démocratie accuse alors une déviation. Elle est instrumentalisée pour des objectifs autres que ceux issus de la volonté du peuple.

Et c’est là où la légalité de la désignation des élus se détachant de la légitimité de leurs actes devient le catalyseur de cette déviation. La trajectoire démocratique s’en trouve alors modifiée. La règle de droit qui doit assurer « le gouvernement du peuple par le peuple » se retrouve en conflit avec la légitimité des actes de ceux auquel cette règle de droit a permis d’accéder au pouvoir. La démocratie ayant conduit des gouvernants légalement élu, se trouve légitimement contestée du fait de la déviation de ces gouvernants du mandat que le peuple leur a confié à travers le jeu démocratique.

D’où la contestation non pas, fondamentalement, de la règle de droit dont la nécessité formelle ne fait pas de doute (qui contesterait les libertés publiques garanties constitutionnellement ?), mais de la légitimité du régime politique en place.

L’instrumentalisation du droit pour atteindre des objectifs contraires aux principes qu’il édicte (et qui prennent leur source dans des valeurs sociales) fait naître une crise de légitimité. Terroir propice à la contestation et aux révoltes.

La légitimité est acquise tant que le discours et l’action politiques sont conformes aux programmes politiques et au mandat que les électeurs ont confié aux élus.

Si cette conformité ne s’établit pas (socialement, économiquement…) sans toucher aux droits et aux libertés du citoyen, alors la sanction peut provenir des urnes (désaveux électoraux), si cette absence de conformité se double d’arbitraire, d’injustice ou de répression, la réaction peut alors être violente et remettre en cause le régime en place (coups d’Etat militaires, rébellions, révoltes civiles etc.)

La légalité fonde l’existence d’un régime démocratique. La légitimité explique sa contestation pacifique ou violente.

D’où donc la déviation de la démocratie de sa trajectoire qui prend sa source dans la survenance d’un écart entre légalité et légitimité.

En Mauritanie, cet écart a accusé des amplitudes qui expliquent ce qui est arrivé.

Nous savons maintenant que la démocratie a bien une trajectoire (du peuple vers le peuple), qu’elle a un vecteur directeur (le mode de gouvernance) et qu’elle peut dévier de cette trajectoire lorsque l’écart entre ce qui justifie cette démocratie formellement en maintenant sa trajectoire (le mandat légalement confié par le peuple aux gouvernants) et ce qui justifie cette démocratie matériellement en empêchant sa déviation (la légitimité des actes de ceux qui exercent ce mandat), se creuse.

Ce qui vient donc d’arriver en Mauritanie, est bien donc le résultat d’une déviation de la démocratie. Car en appliquant ce qui précède : Les gouvernants légalement élus ont perdu leur légitimité sous l’effet de l’inadéquation entre le mandat qui leur fut démocratiquement confié (légalité) et les actes qu’ils ont accomplis (légitimité).

Cependant, si le constat de cette déviance ne fait pas de doute, du fait qu’il est démontré que la démocratie a bien une trajectoire et qu’elle peut en dévier, la question cruciale qui se pose est alors : qui est habilité à la « redresser » cette déviation?

II- Le processus du redressement : qui est habilité à « redresser » une démocratie ?

Le premier constat à faire c’est que la démocratie s’exerçant dans la légalité ne peut se développer, se mouvoir et résoudre ses crises que dans la légalité. Même si une crise de légitimité des gouvernants entraine sa déviance, elle ne peut être redressée que dans la légalité. Pour cela il existe une cadre constitutionnel, définissant les cas de résolution des rapports entre les pouvoirs dans l’Etat. Ceci exclut fondamentalement tout recours à la force pour agir sur cette démocratie.

Ceci est d’autant plus important que tout recours à la force est une négation fondamentale de la démocratie, un empiètement sur la volonté du peuple or c’est le peuple qui est la source et la finalité de la démocratie.

Ceci signifie sans conteste que suivant un parallélisme des formes évident, la démocratie étant un acte du peuple et ne peut être modifié, transformée ou reconduite que par lui.
Ceci exclut totalement l’intervention des corps armés. C’est notamment le cas de l’armée et cela pour des raisons évidentes. L’armée est chargée de la protection des institutions républicaines, de les protéger et non pas de les agresser. De les défendre et non pas de les détruire.
D’autre part, les militaires ne sont pas par définition démocrates. Sinon que deviendrait l’armée ?
L’armée est, avant tout, astreinte à un principe fondamental : la discipline. L’ordre est au-dessus de toute autre considération. Cette rigidité ne sied pas à la démocratie.
En effet, la Démocratie, c’est la pensée libre, c’est l’ouverture d’esprit c’est le libre arbitre. C’est enfin le libre choix de sa destinée. Sans ces caractéristiques, il n’ ya pas de démocratie.

Le système militaire est aux antipodes de la démocratie. Il peut servir à assurer sa continuité, sa pérennité en défendant les institutions et le territoire, mais il n’est ni habilité à lui porter atteinte, ni porter atteinte à ceux par lesquels s’exerce la volonté du peuple, ni à ses institutions ni à interférer dans son mode d’exercice qu’il soit électif ou délibérant

Si aujourd’hui les militaires ont pris le pouvoir pour « redresser » la démocratie, cela n’entre ni dans les objectifs qui leurs ont assignés dans l’Etat, ni dans l’essence même de leur action. C’est autant dire que c’est un leurre qui cache davantage une volonté de s’imposer par la force que de « redresser » une quelconque démocratie qui a déjà ses propres instruments juridiques et politiques de redressement.

Si les militaires du 3 Août 2005 ont permis d’inaugurer une ère démocratique pour la Mauritanie, c’est bien à leur corps défendant. La preuve la plus éclatante à cela c’est qu’ils viennent de la confisquer.

En conclusion, il ne fait pas de doute que la démocratie, toute démocratie, peut accuser des déviations. Il est vrai que ces déviations peuvent entrainer des crises institutionnelles. Il est vrai que les solutions à apporter sont d’ordre constitutionnel et politique pour respecter la volonté de la source et du destinataire final de cette démocratie : le peuple. Mais il est absolument faux de croire qu’un tel redressement puisse venir d’ailleurs.
De cet ailleurs armé ou disposant de la force qui va à l’encontre de l’essence même de la démocratie. Même déviante.

Pr ELY Mustapha

samedi 23 août 2008

Les chaînes de Sidioca

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Une télé pour le Président.

Lorsque ceux qui étaient en résidence surveillée avec le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, furent libérés , ils nous apprirent que ce dernier était le seul qui disposait d’un poste de télévision.

Ainsi donc, le président suivait les actualités. Mais question qui taraude l’esprit. Pourquoi les autorités qui l’on renversé ont mis une télévision à sa disposition ? En principe, moins il en sait mieux il se porterait.

Déjà que le peuple s’abrutit à cause d’elle et admire quotidiennement sa misère, que dire d’un président renversé ?

C’est plus subtile car dans ce cas de figure les autorités ont réagit avec un cynisme hors-pair. Pourquoi donc diriez-vous on lui a laissé la télé?

Simple : la télé viendrait compléter la stratégie et servira de véritable instrument de sape morale .

En effet, les putschistes connaissent très bien la mentalité du peuple et de ses intellectuels. Elles savent que dans le petit écran ne défileront qu’applaudisseurs et laudateurs. C’est-à-dire tous ceux déjà décrits dans un précédent communiqué (voir ici, communiqué n°1 ) et que la télévision ne manquera pas de faire défiler à la queue leu leu , pour remplir son rôle d’information défilante et défaillante.

Et le Président Ould Cheikh Abdallahi, saura que ceux qui l’applaudissaient hier, le vilipendent aujourd’hui et que ceux sur lesquels il comptait se pavanent en l’appelant de tous les noms d’oiseau. Mieux encore que ses propres ministres qui ont eu sa bénédiction et auxquels il a fait confiance organisent des marches entières pour protester contre sa politique honteuse et dévastatrice pour le pays.

Il verra aussi des dizaines de députés et de sénateurs qui siègent dans des assemblées décapitées et qui proclament que c’est un haut-criminel puisqu’il doit être hautement jugé par une Haute Cour de Justice et que son épouse a raflé tous les biens de la république y compris les terrains vagues et les dunes de sables. Sénateur et députés qui ont la force de leur côté et qui justement s’attaquent à lui pour faire oublier leurs propres fautes.

Et ce général aux étoiles toutes fraiches qu’il lui a lui-même octroyées et qui salut une foule qui scande son nom en lieu et place du sien. Et qui leur promet monts et merveilles, comme si lui-même ne pouvait pas le leur promettre la même chose. Allons donc !

Et Sidioca regarde la télé, cet instrument de torture qu’il ne peut se résoudre à éteindre et il médite.

Il médite à la vanité de ce monde et des images infinies se succèdent devant lui.
Oui, il savait déjà depuis longtemps que ces années de plomb avaient réduit le mental de classes entières de la société à des béni-oui-oui fortement intéressés et qui se rangent du côté du plus fort. Mais il avait trop cru à la solidité des remparts que lui procurait sa légitimité acquise par la volonté du peuple. En une matinée un général avait franchi les remparts et pris son trône.

Mais devant cette télé tout entière dédiée aux piaillements de militants d’une nouvelle cause à laquelle ils adhèrent avec une mauvaise conscience qui ferait rougir le diable, il ne peut que se réduire à l’évidence : ce peuple valait-il vraiment qu’il prenne ce fameux décret qui lui valut toute cette misère ?

N’aurait-il mieux valut pour lui qu’il restât dans la fraicheur de son palais ocre, passer calmement son mandat et guerroyer du bout des lèvres avec ses frondeurs en leur trouvant mille et une entourloupes à l’image de ce qu'il lui ont fait ?

Mais enfin, va-t-il éteindre cette télé qui le torture !

Mais à chaque fois qu’il veut le faire , il se ressaisit. Car n’en déplaise à ces faux-jetons d’intellectuels, à de ministre de paille, et à ce peuple trompé, il reviendra.

N’a-t-il pas entendu de cette même télé que le Conseil de sécurité, que l’Union africaine, que les USA, que la France et bien des pays ont condamné le coup d’Etat et veulent le rétablir dans ses fonctions légitimes ? N’a-t-il pas suivi ces manifestations de coalitions syndicales et politiques condamnant le putsch et appelant à son retour ?

Et ce général qu’il a fait général, où ira-t-il pécher les moyens de son ambition ?
Ce n’est pas Kaddafi qui déversera ses millions sur la Mauritanie en contrepartie d’une hypothétique rupture des relations avec Israël. Ce ne sont pas les pays du golfe qui supporteront à bout de bras une économie mauritanienne privée de ses moyens financiers internationaux et qui ne leur offre aucun retour sur investisseement. Ce n’est pas le monde arabe qui le supportera empêtré lui-même dans ses difficultés et qui ne peux piper mot face à la volonté des américains. Où ira-t-il alors trouver les moyens de sa perpétuation au pouvoir ?

En définitive, et quoi qu’on en dise, cet instrument de torture qu’ils lui ont laissé, distille parfois de bonnes nouvelles. Mais si on veut bien l’entendre, il n’a plus qu’une requête. Si seulement on pouvait lui supprimer de toutes ces chaînes qu'il voit, la seule chaîne qui le torture: la TVM.

Pr ELY Mustapha

Entre Charybde et Scylla


Mauritaniens, peuple d’Homère.

Dans l’Odyssée d’Homère, Ulysse naviguant sur les flots , à l’embouchure d’un détroit, eut à défier pour sa survie et celle de ses compagnons, deux grands dangers : Charybde et Scylla.
« Charybde et Scylla sont deux monstres marins de la mythologie grecque, dont la légende est à l'origine de l'expression "voguer de Charybde en Scylla", qui signifie "éviter un péril pour tomber sur un autre".

Plus précisément Charybde symbolise le « tout ou rien », la mort pour tous ou la vie pour tous, selon un jeu de probabilité. Et Scylla incarne la mort certaine pour une partie de l'équipage, mais la vie pour les autres. Il s'agit d'un choix entre le sacrifice calculé ou l'avenir aléatoire de la vie de tous. » (Wikipédia)

Le peuple mauritanien est-il tombé de Charybde à Scylla ? Où vogue-t-il encore vers Scylla pour éviter Charybde ?

L’on ne peut en effet, au-delà de la mythologie, que nous interroger sur ce peuple qui aujourd’hui oscille entre deux choix, tous les deux amères.
Faire revenir un président démocratiquement élu mais qui draine derrière lui bien des errements insupportables et qui géra l’avenir du pays au profit de certains, en sacrifiant d'autres(I) ou conserver un général putschiste, qui fait fi de la légalité qui risque d’entrainer le pays dans des sanctions économiques et financières avec des conséquences graves sur l'avenir de tout le pays mais qui promet monts et merveilles à un peuple en souffrance, pour la survie de tous (II).

Ici, Scylla, qui impose un sacrifice à ceux qui le suivent sur une voie démocratique avec un avenir promis à d'autres.
Là, Charybde qui , par son action, veut « tout ou rien », la vie pour tous, à travers ses promesses ou la misère pour tous, en subissant les sanctions internationales.

Entre Charybde et Scylla, entre l'avenir aléatoire de la vie de tous du premier et le sacrifice calculé du second, le peuple a-t-il donc le choix? Suivre un probabiliste ou suivre un calculateur (III) ?

I- Scylla, le Président élu : ou le choix en connaissance de cause

Ceux qui veulent le retour du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, ont au moins un avantage sur les autres : ils savent ce qui les attend.

Ils savent que ce Président a commis de graves erreurs dans la gestion de sa fonction, qu’il s’est entouré des personnes les plus répréhensibles de la République. Qu’il consacrait son temps à voyager, laissant les affaires publiques aux mains de personnes non recommandables. Que son entourage immédiat lui causait du tort et qu'il s’évertuait à le protéger. Qu’il n’avait pas l’oreille pour son peuple et vivait dans les hautes sphères de son environnement de conseillers en déconnexion du monde.

Nous avions consacré à cette dérive une dizaine d’articles et une lettre au moment du coup d’Etat adressée au président renversé (voir, ici, « lettre au Président Sidi Cheikh Abdallahi »).

Toujours est-il que le peuple Mauritanien, n’a pas senti la présence de son président. Il l’apercevait d'aéroport en aéroport poursuivi par une gente véreuse aux abois et qui siphonnait les richesses du pays.

Ceux qui demandent aujourd’hui le retour du Président savent tout cela. Ils savent que c’est un homme tranquille mais qui fut manipulé et dans son élection et dans sa gouvernance. Manipulé dans son élection puisqu’il fut soutenu par un lobby militaire et manipulé dans sa gouvernance par son entourage.

Aujourd’hui demander le retour du Président, est-ce accepter tout cela ? Peut-on connaître d’avance un mal et l’accepter ?

II- Charybde, le général putschiste : ou le choix en méconnaissance de cause

Ceux qui veulent le retour du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi savent ce qui les attend, ceux qui veulent le maintien du général Mohamed Ould Abdelaziz souhaitent ce qui les attend.

En effet, voilà un militaire putschiste qui leur promet monts et merveilles et qui veut faire table-rase des maux qui gangrènent la société et l’Etat et qui s’inscrit aux antipodes de l’action menée par le président renversé dans la gestion des affaires publiques.
Il leur insuffle un espoir de changement, une seconde vie. Mais cette vie est hypothéquée par les sanctions internationales économiques et financières et par l’instabilité sociale interne qui mine la cohésion du peuple ; à travers les contestations virulentes du système en place.

L’image que ce peuple a acquise, en ces quelques jours, de ce général, jusque-là effacé, est celle d’un jusqu'au-boutiste, qui utiliserait tous les moyens mis à sa disposition pour atteindre ses objectifs.
L’incarcération du président et de son premier ministre, l’interdiction des manifestations qui sont hostiles au putsch, la négligence des sanctions internationales et la mise en œuvre d’une politique de rapprochement des pays arabes pour soutenir son effort politique et financier et enfin ses objectifs à réaliser sur le long-terme, montrent bien qu’il entend rester aux commandes.

Cette volonté de pousser en avant et de s’allier l’opinion nationale, a fait naître sans qu’on s’en aperçoive, une "vibration" nationaliste. Vibration que pousseront certainement ceux qui le soutiennent à ses extrêmes. Tous les ingrédients sont là en effet, pour manipuler la fibre nationaliste. Un dirigeant qui s’oppose par ses actes à une communauté internationale qui veut affamer son peuple, n’est-ce pas là le début d’une réactivité nationaliste. Réactivité dont la dynamique est insoupçonnable et ses dérives encore plus.

Contrairement, enfin, au Président renversé caractérisé par la lenteur, l’indécision, le général putschiste se présente en homme d’action et de poigne. L’archétype du défenseur qui a les moyens de défendre le peuple contre ses agresseurs.

Mais ce peuple acceptera-t-il de cautionner des promesses d’un avenir radieux que bien des militaires avant lui, lui ont promis alors qu’il vit toujours dans la misère? De soutenir un putschiste qui vient par la voie des armes lui imposer sa volonté ? Qui a bouleversé son expérience démocratique, qui défie la légalité nationale et internationale et qui risque d’entrainer le pays dans une disette sans fin ?

III - Le peuple a-t-il le choix entre Charybde et Scylla ?

Ulysse, dit-on dans la légende, ne fit pas demi-tour. Il devait passer le détroit. Et Charybde et Scylla se dressaient sur son chemin. Il devait affronter l’un ou l’autre. Mais la légende veut que l’on ne puisse échapper à l’un sans tomber sur l’autre.

Le peuple mauritanien, tel Ulysse mène ce combat. Et tour-à-tour les manifestations populaires défient Charybde et veulent Scylla. Ou rejetent Scylla en invoquant Charybde.

Mais si Ulysse connaissait les points faibles de l’un ou de l’autre des monstres qui laminèrent sa flotte, il aurait probablement échappé à son destin. Homère, hélas, pour les compagnons d’Ulysse n’en voulut pas ainsi.

Entre le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi et le général Ould AbdelAziz, le peuple connait bien le premier et moins le second. Il connait sa gestion, ses errements et les pièges institutionnels dans lesquels il est tombé.

C’est autant dire que le retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi , ne sera pas un danger pour lui. Au Contraire, le peuple saura imposer un changement radical de sa forme de gouvernance. Car il n’est pas dit que si Sidioca revenait il serait toujours le même. Il saura tirer des leçons et apprendre des conséquences de ce qui lui est arrivé et ce que devinrent, à travers lui, les institutions de la République.

Mais au-delà de tout cela, le peuple reconduirait sa démocratie bafouée pour laquelle la personne de sidi compte moins que la symbolique présidentielle qu’elle représente.

Un réaménagement des pouvoirs, une révision de la constitution pour asseoir un pouvoir équilibré entre le premier ministre et le président, une redéfinition du rôle du parlement dans ses relations avec l’exécutif, l’institution de moyens de contrôle sur l’action gouvernementale et une mise en jeu des responsabilités des gestionnaires publics, l’interdiction des proches du président, ascendants ou descendants directs (épouse, enfants) , durant son mandat , d’exercer une haute charge publique (administration publique ou entreprise publique), de servir d’intermédiaire ou de négociateur dans toutes les affaires publiques de quelque nature que ce soit, d’entreprendre des projets publics ou de créer des organismes régis par les lois sur les associations etc. Une telle interdiction pourrait, par exemple, recevoir une compensation financière intégrée dans les émoluments du président.

Les solutions sont multiples. Il suffit de les envisager et de les concrétiser juridiquement.
Si Ulysse connaissait comment se débarrasser des griffes de Scylla et du souffle de Charybde, sa flotte aurait survécu. Mais la légende voulut qu’il tomba dans les tourbillons de Charybde.

Ainsi, pris aujourd’hui entre Charybde et Scylla, le peuple Mauritanien tel Ulysse se débat.

Enfin, dira-t-on plus tard que ce peuple, dans cette traversée trouble de son histoire, a su faire les bons choix qui ont préservé sa démocratie et perpétué sa volonté ?

Dira-t-on : tel ce peuple « heureux, qui, comme Ulysse, fît un beau voyage» ?

Pr ELY Mustapha

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Poésie de la douleur.