dimanche 6 avril 2008

Qui a écrit ce discours du Président de la République ?


Un Discours à la Nation… des commerçants

Le Président de la République a fait un discours à la Nation. Mais il serait plus logique de l’appeler « Discours à la Nation des commerçants. »

Sa substance ne tient en fait qu'en quelques mots : « L’Etat va injecter de l’argent dans l’économie, 36 Milliards et 812 Millions.... Soyez prêts à les détourner de la façon la plus ordinaire qui soit : le vol, le dol, le transfert, l’influence, la répartition intra-mafia, le graissage des fonctionnaires, l’importation avec fausse facturation et à la hausse, l’achat dédouané et détaxé et la revente aux pays voisins … Bref, volez, que Dieu vous bénisse ».

Celui qui a rédigé le discours à la Nation du Président de la République devrait être traduit devant un tribunal populaire pour crime à venir contre le peuple.
Car ce discours va avoir un effet des plus négatifs ; à savoir qu’il va « assagir » ceux qui étaient prêts à demander des réformes structurelles de la gestion des ressources publiques dilapidées et reporter à une échéance indéfinie la véritable solution de la crise économique en Mauritanie, dont la crise alimentaire n’est qu’un aspect.

En somme, un discours qui , en promettant de l’argent, va anesthésier le mouvement de fond des réformes.
En effet, chaque fois que les dures réalités économiques font surface et que des mesures structurelles se doivent d’être prises du fait justement de la pression populaire, le gouvernement intervient, à travers justement ces discours, à solution tronquée à escient pour « apaiser »à son profit ce qui aurait bien pu faire changer les choses.

Cela peut simplement être décrit de la façon suivante : « Monsieur le Président, la vie est chère, le citoyen risque de se retourner contre nous, donnons lui quelque chose avant qu’il ne soit trop tard » Marie-Antoinette, les brioches en moins...

Et l’on propose au président un plan de financement pour relever la situation, mais en réalité, il ne s’agit que de mesures pour maintenir le peuple dans un semblant de croyance en une politique salvatrice dont le but véritable est en réalité de donner du temps à ceux qui prennent l’Etat en otage et leurs acolytes pour perdurer dans leurs activités. Et se mettre donc à l’abri de toute réforme structurelle qui permettrait de véritables solutions à la crise économique Mauritanienne.

Ce genre de discours et les promesses à but fortement conjoncturel et inefficient ne donneront rien de concret pour la solution de la crise. On ne remplit pas d’or le puits d’un assoiffé qui se meurt.

Economiquement, ce plan de sauvetage va se retourner de façon négative à court terme à cause des constats suivants :

Une mesure génératrice d'une inflation aggravante de la crise.

Le discours du Président :« Les volets urgents de ce programme seront rendus exécutoires dans l'immédiat et ce, en vertu d'un décret conformément à nos prérogatives constitutionnelles. Le coût global de ce nouveau programme se chiffre à 28 milliards cent millions d'ouguiyas, en plus des 8,712 milliards d'ouguiyas initialement prévus dans le cadre de loi de finance 2008. »

Soit exactement 36 Milliards et 812 Millions d’ouguiyas seront injectés dans l’économie !

Mais comment peut-on injecter autant d’argent dans une économie en inflation galopante? Sans causer la pire des catastrophes futures ?

C’est une forme de cécité politique ou de sabordage à escient de l’économie nationale ou ce qu’il en reste !

En effet, le taux d’inflation avoisinant les 7% en Mauritanie , accroitre la masse monétaire en circulation va avoir deux conséquences :

- Détériorer encore davantage le pouvoir d’achat
- Entrainer une hausse vertigineuse des prix
En effet, l’inflation étant due à l’augmentation du volume de la masse monétaire en circulation, plus il y a de monnaie plus les biens et services coûtent chers. Le pouvoir d'achat de la monnaie n’étant rien d’autre que la quantité de biens et de services que l’on peut de se procurer avec une unité monétaire, ici l’ouguiya.

L'inflation étant la perte du pouvoir d'achat de la monnaie, elle va forcément se traduire par une augmentation générale et durable des prix.

En injectant ces 36 milliards, l’inflation va accuser des pics qui risquent de réduire tout effort de stabilisation des prix à court ou moyen terme. Un cercle vicieux va naître : financement –inflation-financement.

La solution monétaire n’est envisageable qu'en inflation faible et lorsque des mécanismes d’ajustement de la masse monétaire sont pris pour faire face à une inflation suicidaire. Or aucune mesure d’accompagnement n’est prise ni annoncée.

Si l’on pense que la parade à la crise alimentaire à venir c’est injecter de la monnaie dans le circuit économique (par l’achat de vivres, d’augmentation des salaires), on se trompe lourdement. Et les conséquences risquent d’être une inflation qui va tout absorber. Cette inflation risquant d’augmenter fortement, réduira la monnaie nationale en monnaie de singe et compromettra sérieusement toute solution pour l’avenir.

En effet, la solution du financement des vivres et denrées de première nécessité, outre la catastrophe qu’elle peut engendrer, se doit d’être écartée car elle risque d’être très vite contre-productive.

En effet, les véritables solutions sont ailleurs. En effet, l’économie mauritanienne souffre de maux qui mettent un frein à toute volonté de la redresser.

Une économie dans une bulle spéculative :

L’économie mauritanienne est tenue par une poignée de commerçants – banquiers qui font la pluie et le beau temps. Ils entretiennent une économie de la spéculation sur les prix et sur les biens qui ne trouve nulle part ses limites. Dans cette sphère l’Etat est absolument absent.

Ces commerçants, qui sont aussi souvent banquiers. Importent tout . Fixent les prix de tout . Et manipulent à leur guise le commerce en Mauritanie.

L’administration économique, financière et douanière chargée de l’encadrement et du contrôle de l’activité commerciale est défaillante sinon corrompue et joue le jeu de cette oligarchie commerçante qui a infesté tous les rouages du pouvoir.

En Mauritanie, tous les produits mis en vente font l’objet d’une absence de contrôle (sinon de complaisance) et de surveillance laissant le pauvre citoyen à la merci de la spéculation.
Aussi avant toute mesure de financement, il convient que le chef de l’Etat prenne des mesures pour crever cette bulle spéculative et mettre au pas cette oligarchie qui mine l’économie nationale. Pour cela :

- Mobiliser immédiatement l’administration du commerce , pour effectuer un réajustement immédiat des prix pratiqués en obligeant les commerçant à les ramener aux prix réels compte tenu de la valeur du bien ou du service. Les grossiste et importateurs mauritaniens se sont spécialisés dans la falsification des factures de produits importés et sur la surfacturation des produits qu’ils vendent au détaillant.

L’administration du commerce se doit de procéder à des interventions d’envergure, immédiate, pour « auditer » tout le système de facturation des commerçants. Des mesures sévères et des sanctions exemplaires se doivent d’être prises contre les spéculateur, qui à outrance, détruisent l’économie.

- Mobiliser des équipes de contrôles sur tout le territoire pour enquêter et vérifier sur place la quantité des stocks et leur nature. En effet, la spéculation par les « stocks dormants » constitue l’une des activités les plus rentables des commerçants. On stock pour entrainer sur une certaine période une hausse des prix. On revend au prix fort en fin de période. Entrainant ainsi une cherté continue de la vie.

- Mettre a contribution l’administration du commerce à travers des mesures à effet immédiats pour briser l’entente entre les commerçants qui l’utilisent pour maintenir de façon soutenue et avec la complicité de lobbies sur place un niveau des prix intolérable et injustifié.


En définitive briser la bulle spéculative dans laquelle les commerçants et leurs appuis financiers maintiennent l’économie des biens et services.

Il faut immédiatement une loi d’ordre public économique à application effective pour mettre à l’ordre et sanctionner cette oligarchie économico-politico-financière qui met à mal le pays et qui risque de le jeter dans les affres de la famine pour longtemps.

L’inutilité du financement: il servira d’autres intérêts.

Nous avons la mémoire courte. Rappelons-nous. Il y a à peine quelques mois, la cherté de la vie était telle que les réactions populaires ont entrainé deux mesures :

- Exonération de salaires soumis de l’ITS (impôts sur traitements et salaires)

- Suppression des droits de douanes pour des produits de première nécessité

- Et la banque centrale a baissé son taux directeur pour lutter contre la cherté de la vie

Après toutes ces mesures ou en sommes nous trois mois après? Au point zéro. Nous crions famine et la diète menace. Car quel a été l’effet de ces mesures ?

Pour la première : la faible augmentation des salaires du fait de l’exonération de l’ITS a été très vite absorbée par l’inflation galopante. Et le Président vient d’annoncer une augmentation des salaires de 10% . On en connait, aujourd’hui, déjà le sort et l’inefficacité.

Pour la seconde :La suppression des droits de douane sur les produits à l’importation n’a profité qu’aux grossistes commerçants qui importaient à tour de bras pour vendre par convois entiers de camions aux pays limitrophes (aux frais de l’Etat mauritaniens et du pauvre citoyen), profitant ainsi des gains sur l’exonération douanière. Ni les prix n’ont baissé , ni le citoyen n’en a profité.

Pour la troisième mesure : Nous lui avons consacré , à ce moment là tout un article dans lequel nous dénoncions la baisse du taux directeur de la Banque centrale qui ne profitait qu’aux commerçants et les banquiers (souvent les mêmes personnes ) et jamais aux citoyens . (voici le lien de l’article : http://haut-et-fort.blogspot.com/2007/10/qui-profite-la-baisse-du-taux-directeur.html )

En définitive, l’Etat se doit de venir au secours du citoyen mais c’est la façon économiquement raisonnée qui compte.
Or à travers le discours du Président de la République, il y a comme une ignorance réelle des paramètres macro-économiques (inflation galopante), économiques (spéculation commerciale), administratives (absence de contrôle des prix , de l’importation et de la concurrence), sociales (chomage structurel, absence de revenus distribués, pauvreté institutionnelle). Or sans tenir compte de ces paramètres toutes les mesures annoncées dans ce discours seront sans effets .

-les milliards qui seront immédiatement injectés vont accroître une inflation et réduire à néant le pouvoir d’achat.

- Les circuits commerciaux dans une entente sournoise vont très vite les canaliser à leur profit à outrance en spéculant sur toutes les denrées achetées. Aucune administration de contrôle , ni de surveillance ne leur est opposable et d’ailleurs ne joue le jeu.

- l’administration centrale et territoriale chargées de leur gestion et de leur convoiement se serviront à outrance . Aucun contrôle n’existant sur ces administrations pour vérifier leurs actes à la conformité de leur mission.

Quelle aurait pu être alors le véritable discours salvateur du président ?

Le voici :

« Chères citoyennes, chers citoyens,
Considérant les difficultés économiques que vous vivez actuellement et pour leur trouver des solutions définitives et durables nous décidons, en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés :

Premièrement : La mise en place d’administration financière et de contrôle à laquelle seront confiés les pouvoirs et les moyens les plus étendus pour procéder dans les plus brefs délais à l’exécution d’un programme de lutte contre la spéculation commerciale et financière. Disposant de ce fait du droit de contrôle sur pièce et sur place auprès d’une liste exhaustive d’opérateurs économiques nationaux qui sera dressée dans les plus brefs délais. Cette administration bénéficiera d’une immunité de droit et de fait sur l’ensemble de ses rapports avec les opérateurs considérés et avec les autorités centrales et territoriales. Un manuel de procédure de contrôle et une grille de sanctions sont en cours d’élaboration. Cette administration a compétence sur tous les aspects de l’activité économique , financière et commerciales des opérateurs susvisés. Elle rend directement au président de la République et relève uniquement de lui. Ses membres sont directement nommés par le président de la république. Cette administration pourra recourir dans ces domaines à la collaboration avec des institutions et cabinets étrangers spécialisés pour réaliser sa mission.

Deuxièmement : Un comité de personnalité reconnues et intègres, choisies par moi-même recevra mission de surveillance et de suivi d’un plan de financement à court et moyen termes des secteurs qui bénéficieront de l’aide consentie par l’Etat pour lutter contre la cherté de la vie. Ce comité proposera dans l’urgence, les mesures financières (montants, formes de décaissement, délais, lieu géographique …) les plus efficaces eu égard à la difficulté de financement dans un cadre d’inflation généralisé.
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Troisièmement : Déclarons la situation économique actuelle du pays de situation d’urgence nationale. Et dans ce cadre la législation sur les infractions économiques et financières, de législation d’ordre public que nous œuvrerons à appliquer avec rigueur en mettant à contribution toutes les administrations concernées avec la responsabilisation personnelle de tous leurs chefs d’administration quant à l’accomplissement de leur mission.
Enfin, dès aujourd’hui je déclare qu’aucune tolérance ne sera acceptée à l’égard des actes qui menacent l’ordre économique nationale et que tout acte financier, commercial et économique visant sciemment à aggraver la situation économique actuelle sera traité avec la plus grande sévérité. »

En conclusion, dirons nous , ce qui en définitive menace l’économie, ce n’est ni le manque de ressources, ni les moyens ; ce qui la menace c’est l’irresponsabilité de ceux qui à certains niveaux de l’Etat, du commerce, de la finance et de l’économie réduisent tout à leurs intérêts mercantiles , étouffant le citoyen et mettant à mal toute une nation.

Aussi , si la solution pour relever le niveau de vie du citoyen c’est injecter 36 Milliards d’ouguiyas , alors c’est une solution qui non seulement est dangereuse pour l’économie, mais qui ne profitera jamais à ceux auxquels elle est destinée. Suivez mon (triste) regard…

Pr ELY Mustapha

vendredi 4 avril 2008

C'est la sélection, spirituelle, des espèces.

Tout va bien !

Tout le monde s’alarme pour rien. Il y a trop d’écrits qui dénoncent tout et n’importe quoi. Tout va bien dans notre pays. Tout va très bien même. Il n y a pas à s’inquiéter tout est sous contrôle. Ce qui arrive en Mauritanie peut arriver dans tous les pays du monde.

Un prisonnier (ou deux ou trois..) qui s’évade, quelques sachets de drogue (qu’importe le poids, la drogue étant ce qu’elle est) découverts au port de Nouakchott, un tir mal groupé sur une ambasssade dont le pays tire sur tout ce qui bouge, rien d'exceptionnel.
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Un niveau de vie qui va en s’améliorant puisque le nombre d’habitants tendant à disparaître (par la faim ou la maladie), bientôt statistiquement il y’aura suffisamment de produits alimentaires et autres denrées pour ceux qui resteront. Il n y a rien de mieux que laisser la nature faire son œuvre. Et attendre son tour.

C’est, depuis la nuit des temps, la séléction des espèces. Les plus endurants, s’adapteront, les autres disparaîtront.

Economiquement c’est même recommandé de laisser les choses comme elles sont.
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Au lieu de dépenser des milliards dans le planning familial , comme le font d’autres pays dilapidateurs , en Mauritanie la réduction de la démographie se fait naturellement.
En effet, la chute démographique se faisant soit par la guerre (qui ne correspond pas encore à notre tempéramment) soit le planning familial (pire que la guerre), nous avons préféré la baisse du pouvoir d’achat et la cherté de la vie. Une réduction de la population de façon économique et latente. C’est ça, naturellement, la démocratie.

Mais heureusement, il restera toujours quelques échantillons représentatifs.
Aux dernières nouvelles, le Président de la République se porte bien dans sa mosquée, le premier ministre dans sa primature, les ministres dans leurs ministères et tous ceux qui habitent à Tevragh zeina se portent bien aussi. C’est autant dire qu’il restera toujours un échantillon représentatif de la population. Tout le reste sera fossilisé et c’est tant mieux car on aura besoin de pétrole dans un millénaire pour les générations futures. Car le développement durable est dur. Il faut d’ailleurs dès maintenant distinguer la (ou les tribus) qui en se fossilisant donneront un meilleur pétrole.

Tout va bien. Ceux qui ont fait des coups d’Etat seront bientôt promus généraux. Notre président très particulier a besoin de général. Gouvernant depuis trois-cent soixante cinq jours dans la généralité la plus générale, il est normal que tout autour de lui devienne soudain général. De brigade de préférence.

Tout va bien. Et que ceux qui veulent critiquer la gouvernance de notre cher pays cessent leur méchante activité. Et que plutôt ils rejoignent le grand élan de développement socio-économico-politique de notre pays.

Et nous visons surtout ceux qui sont à l’étranger et qui échappent à la sélection des espèces. Il faut qu’ils reviennent pour pouvoir disparaître comme tout le monde. Il est inconcevable de critiquer tout en restant ininfectable!

Que les Mauritaniens à l’étranger, viennent tousser avec le reste de la population, attraper les diarrhées bactériennes, subir le desséchement et l’insolation, se faire cracher sur les pieds dans les transports en commun, attraper la malaria, le choléra, la syphilis, se faire injecter des sérums taiwanais et se faire panser par des infirmiers aux doigts aux furoncles…Bref participer au développement…de la sélection des espèces.

Tout va bien, car il n y a rien qui prête dans notre pays à l’alarmisme. Nous avons tout, les ressources halieutiques, les ressources minérales, les ressources pétrolifères, les ressources agricoles et hydrauliques…Tout, on a tout. Et bientôt grace à notre gouvernance éclairée, nous vaincrons tous les obstacles qui se dressent devant nous.

Une gouvernance bâtie sur la prière. Toutes nos mosquées sont depuis l’avènement de la Démocratie à pied d’œuvre. On prie deux fois plus et on optimise les invocations divines ce qui a permis d’utiliser de façon optimale une technologie de haut niveau : les amplificateurs de son.
Les hauts-parleurs de nos mosquées en témoignent aux premières lueurs de l’aube faisant sursauter dans son lit une population déjà paniquée. Mais une panique salutaire, car elle sait que tout va bien puisque c’est le management par la prière.
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Prière pour la pluie, prière pour le bonheur, prière pour la félicité, prière pour la santé, prière pour la paix, prière pour le salut, prière pour la prospérité… C’est la gestion en décibels de la nation. On se rendort confiant en attendant avec confiance le prochain sursaut.

Tout va bien. Que nos détracteurs disent au contraire au monde la vérité. La Mauritanie est un pays qui se développe de façon fulgurante. Sa jeunesse se repose, sa vieillesse se fossilise, et ses dirigeants prient pour eux.

Après tout, entre-nous, que font de mieux que nous les autres nations développées ?

Elles travaillent pour nous ! Nous obtenons tout par la prière !
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Nous les prions de nous octroyer des dons et des subventions, le fruit de leur travail. Et elles s’exécutent !

Nous détournons ce qu’elles nous donnent et nous les prions de nous classer parmi les plus pauvres et elles nous redonnent encore notre subsistance.

Le monde travaille et nous prions. Tout va bien.

Nous réalisons la gouvernance spirituelle. Quelle autre nation vit dans ce monde d’une telle spiritualité ? On vous le demande !
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Alors critiques de tous bords rassurez-vous. Tout va bien. Nous sommes confiant dans l’avenir.
Car grace à la prière, l’évadé reviendra. La drogue, en sucre, se transformera. Le général en particulier redeviendra, le Président, de son somme, se reveillera. Le gouvernement, engourdi, travaillera, la croissance reviendra et le FMI nous oubliera…

Et vous, observateurs de mauvaise foi, pour vous museler, on priera.

Tout va bien. Ici.. Dans l’au-delà.

Pr ELY Mustapha

dimanche 30 mars 2008

Déclaration de la mission du Fonds monétaire international à Nouakchott

Faut-il croire le FMI ?

Une mission du Fonds monétaire vient de séjourner en Mauritanie. L’article IV des statuts du FMI disposant, en effet, que chaque pays membre est dans l’obligation de se soumettre à une consultation annuelle afin de discuter de l’évolution de sa politique économique.
Et comme à l’accoutumée, elle a fait sa déclaration. En Mauritanie, comme d’habitude, on s’en satisfait. On se congratule. Les organes officiels relaient les chiffres comme des gris-gris anti-sous-développement. On attend sa copie et on espère être un « bon élève ». Mais faut-il croire le FMI ?
Avant d’analyser ce point de vue, il convient d’abord de s’interroger sur la situation actuelle de la Mauritanie (I) après 23 ans de politique d’ajustement structurel (II) et ensuite d’évaluer l’importance qu’il faut accorder aux appréciations qu’émet cette institution à l’égard de l’évolution économique des pays (III)



I- Mauritanie-FMI :L’Etat des lieux

1- Vingt-trois ans d’ajustements structurels et nous sommes toujours pauvres.


Avant d’examiner sa récente déclaration pour la Mauritanie, voyons d’abord quels sont les engagements financiers réciproques entre notre pays, membre du FMI depuis le 10 septembre 1963 et ce lui-ci.
La coopération financière avec notre pays est ancienne et est même antérieure au programme d’ajustement structurel de 1985 .
En 1979, la Mauritanie avait déjà bénéficié de l’assistance du FMI a l’occasion de son programme de redressement économique. Le plan de redressement économique et financier (PREF), le Plan de consolidation et de relance (PCR) asseyaient déjà la philosophie des Plans d’investissements publics (PIP) et la grande saga des cadres de lutte contre la pauvreté (CSLP), des Cadres des dépenses budgétaires à moyen termes (CDMT)et autres Budget consolidés d’investissement (BCI).
L’ajustement structurel démarra effectivement en 1985, avec son défilé de missions du FMI et ses financements. Le FMI, devînt une manne pour les autorités mauritaniennes qui, au-delà d’un semblant d’ajustement structurel (dont on mesure aujourd’hui, après plus de 20 ans d’application, les résultats !), affina la stratégie d’autorités publiques corrompues et budgétivores à se spécialiser dans l’utilisation des mécanismes de l’endettement pour « pomper » les moyens du FMI.


Ainsi pour mieux bénéficier des avantages d’un tel système la Mauritanie déclara son éligibilité à tous les mécanismes de la pauvreté internationale. Ses dirigeants la déclarèrent parmi les PMA (les pays les moins avancés), puis pour encore mieux bénéficier d’un régime plus favorable, ils déclarèrent la Mauritanie PPTE (Pays Pauvres Très Endettés).

Une mendicité internationale qui, contrairement à la mendicité locale, avait son financier international : le FMI.

Mais qu’à tiré la Mauritanie de cette assistance du FMI ? Regardons autour de nous.


Le déficit budgétaire s’est-il résorbé ? Nos entreprises sont-elles devenues plus compétitives ? Notre tissu industriel est-il devenu une référence ? Nos infrastructures portuaire et routière sont-elles un exemple du genre? …. Et pourtant à chaque mission du FMI, on annonce une croissance économique (rarement en deçà de 4%), un progrès dans le rétablissement des équilibres macroéconomiques, alors que notre balance des paiements est plus que jamais déficitaires et que l’endettement s’accroît. Le chômage est plus qu’inquiétant et le pouvoir d’achat des citoyens rivalise avec le niveau de la mer. Bien que d'ailleurs, suite à la fonte des glaces, le niveau de la mer monte... alors que le niveau de vie du citoyen baisse suite à la contraction du patrimoine national... un réchauffement climatique, un gel économique.

Vingt-trois ans d’ajustement structurel et nous sommes encore pauvres parmi les pauvres et pourtant la mission du FMI vient de nous dire « que les indicateurs de performances sont satisfaisants ». La seule chose que nous ne savons pas encore c’est pour qui profite la performance et la croissance ?

Depuis vingt ans que la Mauritanie tire des Droits de tirage spéciaux, DTS (unité de compte du FMI), elle n’arrive plus à lâcher cette mamelle. Et le FMI n’arrivant pas à la sevrer est pris au piège d’un pays dont les problèmes résident moins dans le besoin d’assistance que dans l’intégrité morale des hommes qui l’ont dirigé.

2- Le FMI pris en « otage » par la mafia de la finance mauritanienne


Avec le FMI, la Mauritanie a expérimenté, en tant que PVD, PMA et PPTE, tous les circuits de l’assistance du FMI.

Du point de décision, à celui de l’achèvement en passant par celui de la transition, les autorités mauritaniennes ont engrangé des millions de dollars au titre de leur engagement avec le FMI (voir la position financière de la Mauritanie arrêtée au 31mars 2005).

Ainsi rien que pour cette période , la Mauritanie a reçu 86,16 Millions de DTS. Les autorités de la transition on laissé une ardoise de plus de 30 milliards d’ouguiya, alors qu’elles déclaraient quitter le pouvoir en laissant les caisses du Trésor garnies. Situation que l’actuel premier ministre dénoncera devant le parlement mais elle ne sera encore que l’un des points sombres de l’utilisation des finances publiques mauritaniennes qui souffrent d’une manipulation à un degré tel que le fond monétaire n’ y voit que du feu. Naïveté des experts du FMI? Connivence de certains d’entre-eux avec les autorités mauritaniennes (dénoncée en 2006 par certains medias)? Toujours est-il que de telles manipulations ne pouvaient echapper à une institution en rapport étroit avec un pays qu’elle finance. Et pourtant…

L’histoire récente de la Mauritanie nous montre que de janvier 2006 à juin de la même année la Mauritanie s’est vue refusée l’effacement de sa dette pour ces six mois, du fait que le FMIa été induit en erreur par les chiffres falsifiés de l’économie mauritanienne fournis par les autorités mauritaniennes depuis 2003 !

Cette attitude a couté à la Mauritanie environ 86 millions de dollars de dette non épongée pour les six mois et le remboursement des montants reçus durant la falsification (toute l'année 2003 et la première moitié de l'année 2004.

Des millions de dollars perdus par la Nation par la faute de personnes qui aujourd'hui, publiquement , encore se portent au mieux de leur carrière...

Voici une institution internationale pullulant d’experts, disposant des moyens statistiques les plus fournis sur tous les pays, y compris la Mauritanie et qui se laisse mener en bateau par des chiffres fournis par des institutions nationales sans possibilité de les vérifier sur le terrain, de les recouper avec des données historiques, de les analyser par référence au contexte international de l’évolution économique internationale et des données fleuve des institutions et des observatoires économiques internationaux.

Le fond monétaire international, induit en erreur ! Ce que d’ailleurs, dans une conférence restée dans les annales de l’inconscience de la gestion publique, un gouverneur de la banque centrale mauritanienne, un ministre des finances mauritanien révèleront lors d’une conférence en 2006 à Nouakchott.. ET cela a coûté à la Mauritanie des Millions de dollars de dette non épongée du fait du report de l’effacement de la dette de six mois. Une poignée d’individus a faussé les données fournies au Fonds monétaire international.

Le 30 mars 2006, « Le gouverneur de la Banque Centrale de Mauritanie, M. Zeine Ould Zeidane, a indiqué que le Conseil d'Administration du Fonds Monétaire International(FMI) a invité son pays à rembourser des versements atteignant 8,7 millions de dollars obtenus sur la base de fausses déclarations effectuées sous l'ancien régime.
Dans un communiqué publié jeudi à Nouakchott, le gouverneur a expliqué que le FMI a, d'une part, demandé le remboursement des décaissements contrevenants effectués dans deux opérations l'année dernière et totalisant les 8,7 millions de dollars, et a examiné, d'autre part, un autre décaissement contrevenant opérée en 2003 dans le cadre de la facilité accordée à la Mauritanie pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance au titre du programme 1999/2002. Le gouverneur de la Banque centrale de Mauritanie a expliqué que le gouvernement de transition en place depuis août 2005 a établi la fausseté des déclarations fournies par l'ancien gouvernement et a exprimé ses regrets quant aux pratiques de falsification suivies de longue date par les Anciennes autorités.
Il a également souligné que les autorités actuelles ont donné les garanties nécessaires pour un arrêt définitif de ces pratiques et ont pris les mesures qui s'imposent pour fournir des données crédibles au FMI
. »

En plus clair, les autorités financières publiques mauritaniennes avaient tout simplement présenté au FMI, des données dont elles ont « purgé », les grandes dépenses extrabudgétaire sur financement de la BCM pour toute l’année 2003 et le premier semestre 2004 !

On retrouve sur le site du FMI, cette pathétique « entourloupe » techniquement exprimée en ces termes :

« The issue of misreporting arose because of inaccurate information provided to the IMF relating to the implementation of one of the prior actions required for the approval of the arrangement. Revised data for 2003 and the first half of 2004, provided to the IMF in September 2004, showed large extrabudgetary spending and corresponding central bank financing in the first quarter of 2003 that were excluded from data provided to the IMF in May 2003 and on the basis of which the arrangement was approved. Directors regretted the occurrence of misreporting under the 2003 PRGF arrangement. They stressed that the provision of inaccurate information to the IMF on the PRGF-supported program over a period of one and a half years was a very serious matter.” (Voir le site du FMI: http://www.imf.org/external/np/sec/pn/2005/pn0571.htm)

Et voilà le FMI "roulé dans la farine" par nos technocrates qui sont les mêmes qui reçevaient en ce temps là la mission annuelle du FMI en Mauritanie.

Déclaration optimiste d’une institution sur la santé économique financière d'un pays qui plie sous la misère et le sous-développement et qui est sous la menace d’une terrible famine en 2008 annoncée par le Programme alimentaire mondial !

Voilà qui relève soit d’un ridicule statistique, d’une inconscience économique ou d’une ténacité libérale qui place les intérêts (et le principal) d’une institution financières au-dessus des réalités miséreuse de tout un peuple sacrifié à un plan d’ajustement structurel.

II- Taisez vous… on déclare pour vous !

Qu’en est-il alors de cette déclaration de la dernière mission du FMI à Nouakchott ?
Reprenons-là terme par terme.


Constatons d’abord que même ceux qui ont été à l’intérieur même du système de Bretton woods dénoncent les aléas de leurs déclarations

Pour preuve J. Stiglitz, prix Nobel d’Economie en 2001, ancien vice-président et Premier économiste de la Banque mondiale a écrit que : « la procédure normale du FMI, consiste à rédiger un projet de rapport avant de se rendre dans le pays client. La visite n’a pour but que d’affiner ce projet et ses recommandations […]. En pratique, le projet de rapport consiste à insérer des paragraphes entiers empruntés au rapport d’un autre pays. ».
Un rapport préétabli, un rafistolage de rapports approchants fait sur la situation d’autres pays, voici de quoi est faite la substance e la déclaration du FMI.
La visite annuelleau titre de de l’article IV des statuts, que rend le FMI à chaque pays c’est pour faire coller les réalités économiques du pays… à ce qu’il a déjà voulu que ces réalités soient ! En somme du dirigisme décalaratif.

Les recommandations du fond monétaire internationales sont-elles libres de toute subjectivité ? En somme sacrifie-t-il les intérêts des Etats et donc des populations à sa philosophie libérale ? Cela influe-t-il de façon dramatique sur ses recommandations, et son évaluation des économies des pays ?
Le doute subsiste car à l’examen de la littérature économique qui lui est consacrée on remarque que d’éminents observateurs des interventions et des programmes du FMI en font un constat préoccupant.

Ainsi J.Stiglitz, dans son ouvrage « Globalization and Its Discontents » affirme que les responsabilités pratiques du FMI nuisent à l’exactitude des chiffres qu’il publie. Et que pour donner l’impression que ses plans réussissent il doit impérativement ajuster les prévisions économiques. Beaucoup d’utilisateurs de ces chiffres ne comprennent pas qu’il ne s’agit pas de prévisions ordinaires. Celles du produit intérieur brut ne sont pas fondées sur un modèle statistique complexe, […] ce sont simplement les chiffres qui ont été « négociés » dans le cadre d’un plan du FMI ».

Alors qu’en est-il de la dernière déclaration pour la Mauritanie ?

D’abord , le FMI a fait de cette déclarations sur la Mauritanie, une continuité...

Ainsi en 2002, pour le FMI la Mauritanie avait une croissance…robuste !

Pour mémoire, voici , en effet, un extrait tiré du bulletin du FMI 2002 :

« À Nouakchott, où il a rencontré le Président Maaouiya Ould Sid Ahmed Taya, M. Köhler a salué les progrès notables accomplis par ce pays dans la dernière série de programmes de réformes appuyés par le FMI durant la décennie écoulée..
La Mauritanie a enregistré une croissance robuste accompagnée d’une faible inflation et, surtout, d’un recul de la pauvreté. Le Président Taya a fait de la lutte contre la pauvreté la priorité de son pays, dont les efforts ont été renforcés par les succès enregistrés dans la mise en oeuvre du document de stratégie pour la réduction de la pauvreté, qui décrit les objectifs à moyen terme et les mesures prévues pour les réaliser.
La Mauritanie vient de bénéficier d’un allégement de la dette de 1,1 milliard de dollars au titre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés.
(http://www.imf.org/External/Pubs/FT/SURVEY/fre/2002/111102F.pdf) »


Et voilà… une croissance robuste qui a mené la Mauritanie où elle est 6 ans plus tard.

Faut-il désormais mieux écouter l’homme de la rue que les experts du FMI ? Y-a-t-il plus de réalité dans le panier de la ménagère que dans les tables du FMI ?


On a tendance à le croire à l’examen de la déclaration 2008 de la mission du Fonds monétaire international (FMI) qui a séjourné à Nouakchott du 8 au 20 mars 2008 avec un double objectif : procéder aux consultations de l’année 2008 au titre de l’article IV et mener la troisième revue sous le programme triennal appuyé par la Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et Pour la Croissance (FRPC).

Outre les points généraux que la mission a discuté (le cadre fiscal de l’investissement, l’accès au crédit, les infrastructures de base, la bonne gouvernance, l’efficacité du système judiciaire et du système financier et la sécurité alimentaire, le chômage), la mission a revu l’évolution économique récente et l’exécution du programme d’ajustement structurel avec l’Etat Mauritanien.

Aussi nous portons ici nos observations critiques à la suite de chaque élément de la déclaration.

Déclaration : « l’exécution du programme qui continue de se dérouler d’une manière satisfaisante. Tous les critères de performance et les repères pour fin décembre 2007 ont été atteints. Les évolutions macroéconomiques au quatrième trimestre 2007 ont été globalement conformes aux objectifs du programme malgré une conjoncture difficile. »


Observations : D’abord l’imprécision de la terminologie et ensuite son caractère diffus qui prête réellement à discussion. Qu’est-ce que pour le FMI, la notion de « satisfaisante » relative aux critères de performance portant sur l’exécution du programme ? Et que signifie : les évolutions macro-économiques ont été « globalement » conformes aux objectifs du programme ?


En effet, cette « satisfaction » vaut pour qui et pour quoi ? Pour qui, en ce sens que nous savons pertinemment que l’économie mauritanienne vit depuis 2005, une conjoncture difficile. Que les prix des denrées de première nécessité ont flambé que l’inflation est à son pic et que le budget accuse de graves déficits dénoncés jusque par les pouvoirs publics eux-mêmes. Cette satisfaction vaut-elle pour le citoyen qui a vu son pouvoir d’achat chuter et son revenu en baisse constante.

Satisfaction pour quoi? Est-ce dans les performances de l’économie mauritanienne, en terme de création de valeur ajouté du tissu commercial et industriel, d’emploi et de répartition des richesses ? Ou de performance à l’échelle internationale par les exportations de nos entreprises industrielles et manufacturière suite à une compétitivité économique remarquable ?


Si l’on se référe de façon étroite aux critères de performances tels que pronés par le FMI, à savoir les critères financiers (exemple, le niveau du déficit, ) et structurels (par exemple, la privatisation d'une entreprise publique), alors de cette performance, la satisfaction du FMI doit être absolument relativisée.


D’abord le budget général de l’Etat continue à accuser un déficit structurel, les fonds spéciaux sont toujours là et on en crée encore, la restructuration du secteur public est en sourdine et la maximisation des choix budgétaires en matière de développement n’est pas à l’ordre du jour. Ensuite la rationalisation des dépenses publiques et leurs modes de gestions jusque dans leurs documents budgétaires ( prévision et autorisation) et comptables (exécution) continuent à être une vue de l’esprit.


Déclaration : La croissance du PIB non-pétrolier a atteint presque 6% sur l’année 2007 bénéficiant du rebond de la production agricole et du développement de nouveaux projets miniers. Le niveau des réserves extérieures a dépassé légèrement l’objectif fixé pour fin 2007.

Observations: 6% hors pétrole ! La croissance du PIB due au « rebond la production agricole( !) " dans un pays qui souffre d’un déficit agricole évident et qui importe à tour de bras ses produits agricoles. Et le « rebond de la production agricole » aurait soutenu sensiblement le PIB ! Soyons réaliste c’est surtout le second terme du constat de la mission qui est le plus significatif (« développement de nouveaux projets miniers ») ! En somme nous n’avons pas quitté l’auberge : cette pseudo-croissance est encore due à la rente perçue par l’Etat par l’exploitation de ses ressources naturelles (le fer notamment !). Doit-on alors parler de croissance ? Evidemment que non. Si on supprime cette rente la « croissance » sera alors nulle sinon négative !

En fait ce chiffre est trompeur et porte sur la croissance au sens de "l’expansion du revenu national", c’est-à-dire ce "fourre-tout" dans lequel on fait figurer le revenu de la Nation quelle que soit sa provenance!

La croissance est ainsi celle du "revenu national" pas celle de la somme des valeurs ajoutées des unités économiques du pays et qui s'exprimeraient par des variations du Produit Intérieur Brut (PIB) réel (corrigé de l'inflation) ou nominal (exprimant la valeur marchande des biens et des services produits par un pays.).

Donc la croissance dont il s'agit est bien celle du Revenu National et non pas de l'économie nationale!

En effet, la croissance économique, telle qu’elle est calculée, ne mesure que la variation quantitative d’un agrégat économique, elle n’est donc pas synonyme de développement.

Le développement est généralement associé à la croissance, mais il peut y avoir croissance sans développement. C'est le cas de la Mauritanie où les taux de croissance affichés ne sont que ceux du revenu national (rente nationale).
Si la croissance économique résulte de la production totale de tous les biens et services d’un pays au cours d’une période donnée, alors on comprendra qu'en Mauritanie la croissance est bien négative; car où sont les biens et services qui en Mauritanie engendrerait une telle croissance à 6 % ?

D’ailleurs si l’on se réfère aux rapports de la Banque Centrale de Mauritanie et notamment le plus récent (2006) on lit en toutes lettres que :

« Le produit intérieur brut, évalué en prix constants (base 100 = 1998) et sur la base de données provisoires, a marqué en 2006, une progression de 11,7%, attribuable pour près des deux tiers à la production du pétrole brut, qui a démarré en février 2006 à partir du champ de Chinguitty.


Les productions des sous- secteurs autres que celui du pétrole ont enregistré un taux de croissance en recul d’un point de pourcentage, se situant à 4,4 % contre 5,4% l’année précédente. Ce ralentissement significatif de la croissance du PIB hors pétrole est imputable à la contre-performance observée au niveau des branches de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche, des BTP et, dans une moindre mesure, des administrations publiques. » (rapport BCM 2006)

Quel est donc ce miracle en 2007 !

LaBCM note bien que la croissance du PIB (11,7%) est dûe aux deux-tiers à la production du pétrole brute! En faisant donc le calcul cette croissance du PIB est de 3,9% (y compris la production de minerai)! ( un tiers de 11,7 %).


Comment donc en une année elle a bondit à 6%? Soit un gain de 2,1 % et hors pétrole! Explication : le rebond de la production agricole?


Inconcevable. Car la contre-performance dans tous les secteurs y compris celui de l’élevage et de l’agriculture, moins de six mois auparavant constatée par le rapport de la BCM ne permet pas logiquement au FMI de déclarer une croissance du PIB en 2007 de 6% bénéficiant notamment « du rebond de la production agricole »...et hors pétrole!


Il suffit que la mission du FMI passe pour que l’économie sectorielle se mette à "bondir" pour soutenir les agrégats économiques nationaux .


Déclaration : « Le déficit budgétaire a été maintenu dans les limites prévues par le programme. En dépit de tensions inflationnistes liées notamment à la hausse des prix d’un certain nombre de produits alimentaires importés, l’inflation (mesurée à Nouakchott) en termes de glissement annuel est passée de 8.9% fin 2006 à 7.4% à fin 2007. »


Observations : « le déficit budgétaire a été maintenu dans les limites prévues dans le programme » ! Ce déficit est pour la l’année 2008 de 37 Milliards d’ouguiya ! Sans commentaires.


A moins que nous puissions dire que si ce chiffre s’inscrit bien dans les limites « prévues dans le programme », alors vraiment il n’y a pas de limites au déficit. A l’endettement et à la crise prochaine des finances publiques.
Enfin, selon le FMI l’inflation a reculé est s’est établie à 7,4% fin 2007. Et de quelle inflation s’agit-il? Celle mesurée à Nouakchott !


Une inflation se mesure sur l’ensemble du territoire géographique d’un Etat, pas dans une seule ville fut-elle la capitale. Ainsi concevoir par exemple un simple indice des prix à la consommation nécessite une approche plus complexe. Son champ est le territoire national et il doit couvrir tous les biens et services consommés sur l’ensemble du territoire, par les ménages résidents et non-résidents (comme les touristes).
Comment donner un avis sur un recul d’inflation consigné dans une ville unique, portant sur quelques produits importés et en déduire un constat national.

Déclaration : « Le déficit du compte courant de la balance des paiements s’est creusé atteignant environ 11 % du PIB en 2007 du fait principalement de la baisse des exportations de pétrole conjuguée à l’effet négatif de la hausse des prix à l’importation. »


Observations : Ceci on le savait. A la différence prêt que le FMI a au moins le mérite de porter son jugement sur « la balance des paiements » et non pas sur « la balance commerciale » . Ce Poste de la balance des paiements que les autorités mauritanienne ont utilisé pour faire parler « d’excédents » et donc de bonne santé de l’économie mauritanienne. (voir ici sur ce blog mon article intitulé : « excédent quel excédent ? »).
Le compte courant est un compte principal de la balance des paiements qui porte sur toutes les opérations (autres que celles du compte capital et financier) comprenant l’échange de valeurs économiques (biens, services et revenus de placement) et les transferts d’une valeur économique courante sans contrepartie (transferts courants).


Il est normal donc qu’il soit structurellement déficitaire. Cela ne nous apprend rien sinon dans son creusement perpétuel. En effet, si Le compte courant présente les échanges de biens et de services avec les autres pays, et les revenus de placements comme les intérêts, les dividendes et les bénéfices réalisés par les entreprises mauritanienne au pays et à l'étranger ainsi que par les établissements mauritaniens d'entreprises étrangères., on comprend donc que ce n’est ni la performance de nos entreprises (qui n’intéresse qu’incidemment le FMI), ni leurs avoirs (déclarés ?) ou bénéfices (faramineux !) réalisés à l’intérieur ou l’extérieur qui vont relever le déficit du compte courant de la balance des paiement de Mauritanie.


Dire donc que le déficit de ce compte a atteint 11% du PIB, c’est jouer sur l’espoir qu’il se résorber, or on ne doit parler que de ce qui peut économiquement se réaliser eut égard aux performances réelles d’une économie et ne doit point servir un espoir injustifié.

Déclaration :
« Les autorités mauritaniennes continuent de réaliser des progrès au niveau des réformes structurelles. Elles ont notamment renforcé l’administration fiscale en constituant un fichier central des contribuables. Les autorités ont également poursuivi leurs actions en matière de bonne gestion et de transparence en publiant l’audit des comptes à fin 2006 de la Société Mauritanienne des Hydrocarbures (SMH).

Observations : Encore un satisfecit sur des progrès tout-à-fait relatifs. Le problème n’est point le fichier, mais le contribuable, son revenu, ses facultés contributives. Le problème est moins l’audit d’une société des hydrocarbures, mais l’audit de toutes les finances publiques , y compris les périodes où le FMI distribuait ses satisfécits et qui aboutirent aux coups de forces qui dénoncèrent « la dilapidation des biens publics » et la confiscation du développement.

Déclaration: "Des progrès ont également été réalisés dans l’assainissement du système financier, malgré le poids des créances douteuses. »
Observations: C'est là tout-à-fait une contre-vérité. Quelles sont les mesures qui ont été entreprises pour "assainir" les finances publiques? Aucune.
Et cela s'explique par une raison simple: On ne peut réaliser un assainissement des finances publiques qui si, au préalable, leur audit ait été réalisé pour les périodes précédentes de gestion et pour celle en cours. Or aucun audit de cette gestion n'a été fait, ni même programmé pour les raison que l'on sait et pour les resistances politiques et partisanes qui ne voudraient pas que les responsabilités dans la dilapidation des ressources publiques soient établies.
Alors sans audit, il est absolument inédéquat financièrement de parler "d'assainissement "des finances publiques.
Le FMI, le sait, puisqu'il n'ignore pas que le "poids des créances douteuses" est un frein à cet assainissement...Et cela est une preuve évidente de ce que l'on vient d'affirmer.
En effet sous cet "euphémisme" (ou FMIsme) se cache en effet, une part considérable de la "gabegie" dont on souffert les finances publiques.
Une créance douteuse est celle qui n'a put être versée au créancier (prêteur, ici l'Etat) à la date de son exigibilité (la date à laquelle elle doit être payée ). Cela signifie, que si "ces créances douteuses" influencent, par leur "poids", l'assainissement des finances publiques c'est donc qu'elles sont très importantes.
Et à quoi (ou plutôt à qui?) ont été conscarés ces prêts de l'Etat?
Il suffit de survoler la période d'avant la transition (et la transition elle-même) pour constater que ce sont les emprunts de "complaisance", aux passes-droits, aux "entrepreneurs" fictifs, aux commerçants notoirement véreux et autres "financiers" qui les répercutent indirectement dans les sphères du pouvoir.
Les créances douteuses, sont en fait des créances d'un Etat à la gestion "douteuse" et qui ne pourra assainir ses finances publiques tant que les rouages de l'Etat ne sont pas eux-mêmes assainis de leurs gestionnaires douteux....Ceux là-même qui ont dèjà induit le FMI en erreur!

En définitive, cette déclaration à la valeur de toutes celles qui l’ont précédées durant les vingt dernières années. Il ne convient de lui accorder d’importance que ce qu’elle a. A savoir justifier la continuation du programme et des engagement du FMI à l’égard de la Mauritanie. Toute autre information à en tirer pour fixer la réalité de l’économie mauritanienne, est incertaine.


Aussi rappelons-nous les assertions de l’économiste Stiglitz, dans son ouvrage « Globalization and Its Discontents » : les responsabilités pratiques du FMI nuisent à l’exactitude des chiffres qu’il publie. Et que pour donner l’impression que ses plans réussissent il doit impérativement ajuster les prévisions économiques. Beaucoup d’utilisateurs de ces chiffres ne comprennent pas qu’il ne s’agit pas de prévisions ordinaires. Celles du produit intérieur brut ne sont pas fondées sur un modèle statistique complexe, […] ce sont simplement les chiffres qui ont été « négociés » dans le cadre d’un plan du FMI ».

Aussi donc faut-il croire les déclarations du FMI ?


On ne peut que répondre par la négative pour trois raisons essentielles. D’abord pour les raisons historiques précitées, pour leur contenu relatif démontré mais aussi pour une raison tirée de l’expérience des autres Etats du monde.
Cette expérience qui nous apprend que certains Etats face aux « erreurs » commises par le FMI ont simplement décidé de l’ignorer.


III-Les transformations de la mission du FMI, ses erreurs et son boycott


Le FMI ne remplit plus la mission qui originellement lui avait été confié (par ses statuts) car il est devenu une autorité différente. Ce qui transparaît à travers ses actes.


Ce que le FMI est…d’après ses statuts.

Le FMI a été créé à la conférence de Bretton Woods en 1944, pour stabiliser les taux de change internationaux et surveiller le système monétaire international. Les 44 pays présents aux négociations voulaient se prémunir contre des situations qui avaient contribué, pensaient-ils, aux deux guerres mondiales. Il s’agissait également de favoriser le commerce international pour faciliter la reconstruction en Europe et en Asie.
Le travail du FMI est de : 1) rendre toujours possibles et faciliter les paiements internationaux (éviter les cas de cessation de paiement) ; 2) assurer la stabilité des taux de change entre monnaies, afin de permettre de conclure des contrats à long terme. Outre ces deux objectifs primordiaux, le FMI a pour tâche : 3) d’entretenir une coopération et une négociation permanentes entre ses membres (à l’heure actuelle, 177 pays, y compris les pays d’Europe centrale et orientale) sur les questions monétaires. Tout cela afin de poursuivre son quatrième objectif : 4) favoriser l’expansion du commerce international. Le FMI a donc une doctrine libre-échangiste clairement reconnue dans ses statuts.


Ce que le FMI est….d’après ses actes.

Le visage que transparaît des actes du FMI à très bien été illustré par un prix Nobel d’économie : Le FMI a été créé après la Seconde Guerre mondiale parce qu’on estimait que les marchés fonctionnaient souvent mal. Depuis, voici que le FMI est devenu le champion fanatique de l’hégémonie du marché. Et c’est précisément cette idéologie – la foi pure et simple dans le libre marché – qui sous-tend toutes les actions de l’institution. A cela s’ajoutent également la logique interne du FMI, ou plutôt son absence de logique, ainsi que sa lenteur à comprendre ou accepter ses erreurs et la résistance de la Banque mondiale et du FMI aux idées nouvelles de la science économique moderne. « Le problème est que le FMI présente comme une doctrine reconnue des thèses et des politiques sur lesquelles il n’y a pas de consensus […]. Le FMI ne s’est jamais demandé ce qu’il y avait de faux dans ses modèles, il n’a jamais aimé discuter des incertitudes liées aux politiques qu’il recommande. Avec cette attitude et cet état d’esprit, il lui est difficile de tirer les leçons de ses erreurs. Le FMI a reconnu des erreurs dans la crise asiatique mais il s’est efforcé de limiter les critiques et les débats. » (Stiglitz, « Globalization and Its Discontents ».Version française : « La Grande Désillusion » Fayard. 2002)


Le FMI a déjà commis des erreurs sans précédent dans son évaluation et ses prévisions de l’économie des pays relevant du fameux article IV de ses statuts.
Ses erreurs amplifiant la crise asiatique et sur celle de pays d’Amérique latine sont restées dans les annales.


Relativement à l’Asie :

c’est la libéralisation des mouvements de capitaux, imposée à la fin des années quatre-vingt, qui a été « le facteur le plus important dans la genèse de la crise ». Elle a mis des pays qui n’avaient aucun besoin de capitaux supplémentaires (du fait de leurs taux d’épargne déjà élevés) à la merci de l’humeur des spéculateurs, laquelle est conjoncturellement pro-cyclique : les capitaux entrent pendant la phase d’expansion, alimentant les bulles spéculatives (par exemple, celle de l’immobilier) et sortent pendant la récession, au moment où l’on en aurait besoin! Après avoir ainsi préparé les conditions structurelles de la crise, le FMI a commis des erreurs qui l’ont amplifiée (austérité budgétaire en pleine récession, résorption des déficits de balance commerciale sans mesures ouvertement protectionnistes ni dévaluation, hausse des taux d’intérêt (dans l’espoir de faire « revenir » les capitaux étrangers et de soutenir le taux de change), ce qui a précipité dans la faillite un grand nombre d’entreprises….)


En Argentine et vue les erreurs accumulés du FMI, le gouvernement argentin du président Nestor Kirchner a décidé d’ignorer dans sa politique économique les recommandations du fond monétaire international.
Il considère que le FMI et ses politiques de libéralisme économique comme responsables de la crise économique de 2002 qui avait vu une chute de plus de 11% du Produit intérieur brut argentin. Il a décidé de rembourser la totalité de la dette de son pays au FMI pour ne plus se soumettre aux conditions du Fonds. Le Brésil, l’Uruguay, l’équateur et le Venezuela ont emboité le pas.
Depuis, le gouvernement Kirchner s'est engagé dans une voie assez éloignée du "consensus de Washington", vanté par le FMI et les autorités américaines, qui fait du secteur privé et de la non-intervention de l'Etat les piliers d'une gestion économique "saine".


Le CEPR (Center for Economic and Policy Research à Washington) place les fondements des décisions du FMI sur une base conflictuelle: “Les sous-estimations dans les prévisions du FMI sont survenues à un moment où le Fonds était en conflit avec les autorités argentines sur une série de mesures économiques qui, contrairement aux estimations du FMI, se sont révélées fructueuses".
Les recommandations du fond monétaire internationales sont-elles libres de toute subjectivité ? En somme sacrifie-t-il les intérêts des Etats et donc des populations à sa philosophie libérale ? Cela influe-t-il de façon dramatique sur ses recommandations, et son évaluation des économies des pays ?
Le doute subsiste car à l’examen de la littérature économique qui lui est consacrée on remarque que d’éminents observateurs des interventions et des programmes du FMI en font un constat préoccupant.
A l’égard des pays dans lesquels il intervient le FMI est une institution opaque. La plupart des documents qu’il utilise sont exclusivement à usage interne. Le mode de décision au FMI est classique : lorsqu’un pays a un besoin de financement, les fonctionnaires du FMI définissent conjointement avec le gouvernement un programme qui accompagne obligatoirement le prêt. Les projets sont élaborés techniquement, puis sont présentés pour vote au conseil d’administration.
Ainsi ni les associations, ni même les représentations nationales du pays emprunteur ne sont associées à la définition des plans d’ajustement structurel. Ces documents sont pourtant d’une importance capitale pour la définition de la politique que suivra le pays emprunteur. En définitive, au moment où le vote intervient, les documents sont déjà prêts, et les membres du conseil d’administration, délégués par leur gouvernement, doivent l’accepter ou le rejeter, leur pouvoir d’amendement étant pratiquement inexistant.
Le pouvoir de "proposition" du Fonds est considérable. Le seul moyen de pression consiste donc à influer sur le vote de l’administrateur par tous les moyens possibles lorsque l’on juge les projets impropres à soutenir le développement durable des pays soumis aux programmes du FMI.
C’est pourquoi beaucoup d’ONG on fourni des pour le fonctionnement et le contrôle du FMI :

Recommandations des ONG sur le fonctionnement et le contrôle du FMI :

Annulation de la dette injuste et impayable des pays les plus endettés Création d’un département d’évaluation indépendant
Transparence sur les activités du FMI, et publication des documents cadres Contrôle démocratique des politiques imposées aux pays emprunteurs et des consultations au titre de l’article IV
Participation des syndicats et associations aux consultations de l’article IV, et publication des documents
Promotion des principes de développement durable dans les programmes macro-économiques 1

Malgré son rôle de surveillance, le FMI n’a pu prévenir :
- la situation de cessation de paiement du Mexique et la crise du peso.
- les émeutes de la faim qui éclatèrent en Zambie après la hausse de 120% des denrées alimentaires. "Les conditions liées aux prêts d’ajustement structurel sont intolérables" Déclarera en 1986, le Président zambien.
- Le doublement de la dette totale des pays du Tiers monde de 1984-1993 , passant de 895 milliards de dollars à 1770 milliards.


Vox FMI, vox Dei ?

En conclusion, la Mauritanie, comme tous les pays devenus dépendant de programmes et d’engagements avec le FMI, fait l’objet d’une déclaration d’une mission annuelle du FMI. Cependant, il convient de comprendre que la faillibilité de l’institution même qui fait cette déclaration n’est plus à démontrer et qu’au lieu de s’accrocher aux termes d’une déclaration pour justifier la validité d’une gestion économique, il serait plus préférable de se tourner vers les réalités quotidiennes du pays. Et prendre la véritable mesure de son développement et de l’impact de ses choix économiques en les puisant dans le quotidien du peuple et le vécu du citoyen.
Le couffin de la ménagère et l’état de l’asphalte sont bien meilleurs indicateurs économiques que le rapport d’une cohorte d’experts.

Pr ELY Mustapha

[1] Les politiques macro-économiques du FMI au regard du développement durable. Association les Amis de la terre.2000

samedi 29 mars 2008

Justice constitutionnelle

A quand un contrôle de la constitutionnalité des lois de finances en Mauritanie?

Enregistrement sonore de la conférence que j'ai donnée à l'Académie Internationale de Droit Constitutionnel sur "le contrôle de la constitutionnalité et compétences budgétaires". Colloque international sur la "Justice constitutionnelle"

Les grands axes de cette intervention:
- Les réalités et les inerties du contrôle constitutionnel mauritanien,
- Les difficultés techniques liées à la lecture des lois de finances,
- Les prédispositions des assemblées à recourir au contrôle de la constitutionnalité des lois de finances en Mauritanie,
. .- Les perspectives du contrôle des lois de finances.

lundi 17 mars 2008

La double nationalité :

Nationalité en double ou doublement national


Le législateur mauritanien a-t-il le droit d’exclure des enfants du pays de leur droits dans leurs propres pays du fait de l’acquisition d’une seconde nationalité?

Le « jus solis » (le droit du fait du sol) et le « jus sanguinis » ( le droit du fait des liens de sang), peuvent-ils être renvoyés dos-à-dos par une disposition quelconque d’un législateur quelconque?

Face au droit positif, y a-t-il un droit naturel d’appartenance à son propre pays et qui transcende toute disposition permanente ou conjoncturelle d’un Etat quelconque visant à exclure un citoyen du fait qu’il l’est devenu d’un autre Etat sans pourtant renoncer à sa nationalité première ?

La perte d’une nationalité doit-elle être prononcée de façon autoritaire par le législateur comme dans le cas mauritanien ou doit-elle exclusivement résulter de la volonté de celui qui la porte ?

En quoi le port d’une seconde nationalité pourrait-il porter préjudice à l’Etat d’origine de celui qui porte une double nationalité ? Ne pourrait-il pas, au contraire, constituer une richesse inestimable et une ouverture merveilleuse sur le monde et l’humanité ?

Le rejet de la double nationalité par le législateur mauritanien, n’est-il pas en flagrante contradiction avec la volonté d’unité et de solidarité avec les pays du Maghreb (Grand Maghreb arabe), l’Afrique tout entière (Etats unis d’Afrique) prônée par mille statuts et chartes ratifiés ?

Au moment ou les peuples se fédèrent, s’associent, s’unissent et adoptent des passeports uniques, pourquoi excluerait-on les citoyens d’une terre-patrie parce qu’ils conçoivent la terre entière comme patrie?

Aussi aux fins d’un article à venir, et quelle que soit votre (double) nationalité ou votre allégeance, veuillez avoir l’obligeance de répondre à ce sondage. Soyez-en, par avance, remerciés.

Pr ELY Mustapha

Ce que nous coûtent nos ambassades.

Pour une comptabilité diplomatique fiable



A L’examen du budget général de l’Etat pour l’année 2007, l’allocation budgétaire pour l’ensemble des ambassades et consulats mauritaniens à l’étranger s’élève à plus de six milliards d’Ouguiyas (6 071 123 800) . Mais à cette allocation on doit ajouter un montant affecté au sein du budget du MAEC appelé « fonctionnement des ambassades et qui s’élève à 1 062 150 000 qui porte l’allocation totale à plus de 7 milliards d’ouguiyas (7 133 273 800) Soit plus 4 % du budget de fonctionnement (hors intérêts de la dette).
.
Quant à la loi de finances pour 2008, elle alloue un budget de 7 milliards 234 millions 564 mille 819 ouguiyas au Ministère des Affaires étrangères, les ambassades en obtiennent 5 Milliards 105 Millions 848 Mille 693 ouguiyas soit plus de 70 % de ce budget. Si on y ajoute le chapitre 20 « fonctionnement des ambassades » (590 150 000) ce pourcentage est de 78 %. Ce qui signifie que nos ambassades, consulats et représentations à l’étranger coûtent à la nation 5 Milliards 695 Millions 998 mille 693 ouguiyas ! Pour quelle rentabilité pour un pays pauvre?
.

Eu égard aux ressources limitées du pays, il convient de se poser la question à savoir si nos missions diplomatiques et consulaires, pour justifier de telles allocations, sont rentables ?

Il paraîtrait curieux au premier abord de traiter de la rentabilité de ce qui dans les esprits ne peut être évalué : la relation diplomatique.


Or il n’en est rien. Et c’est ce que nous allons montrer de façon suffisante pour que cela puisse justifier la mise en place d’une « comptabilité diplomatique ». Non pas au sens d’une dérivation de la comptabilité publique à savoir la « comptabilité des missions diplomatiques et consulaire » qui est une comptabilité-deniers tenue par ces services eux-mêmes mais d’une comptabilité « diplomatique » spécifique tenue par les autorités centrales notamment le ministère de la coopération et des affaires étrangères.
Avant de définir cette comptabilité diplomatique et son intérêt, faisons un tour du propriétaire, l’état des lieux.

I –Quel est l’état des lieux ?

Au niveau des ambassadeurs et des consuls


Les ambassades et consulats de la République Islamique de Mauritanie à l’étranger ont été sujet à critique et la perception que le citoyen en a n’est pas des plus satisfaisantes. Depuis bien des années l’on dénonce dans les médias et à travers les témoignages des mauritaniens à l’étranger notamment la carence de ces institutions. Elle sont considérées comme des villégiatures pour fonctionnaires et autres personnels qui les reçoivent en contrepartie de « services rendus » au régime ou sur la base de parentés et autres liens tribaux ou partisans loin des considérations de compétences ou d’efficacité . Ainsi l’ambassadeur ou le consul qui « débarquent » dans les ambassades et les consulats non pas souvent une volonté de servir mais souvent de se servir. L’ambassade est un lieu de repos et de villégiature dont le locataire usait et abusait car, ne sachant pas combien de temps, il allait y perdurer en faisait un fond de commerce par lequel transitait vers la Mauritanie la consommation énorme qu’il faisait au frais de l’ambassade des « duty-free » et autres approvisionnements au marché libre.

Comment se maintenaient les ambassadeurs et autres consuls à leurs postes ? Par un appui dans l’administration centrale et par une allégeance à un « cercle » de personnes qui leurs servaient d’arrière garde et qui dans l’administration centrale bénéficiaient périodiquement de leurs largesses. Le voyage d’un ambassadeur ou d’un consul en Mauritanie est l’occasion pour lui de rémunérer en « cadeaux » et autres « offrandes » ce cercle d’influence qui lui assure le maintien à son poste. C’était une politique du donnant-donnant, dans laquelle tout le monde y trouvait son compte.

L’ambassade n’était qu’un endroit de séjour pas une administration aux services de quelconques intérêts. Les chefs de missions étaient davantage préoccupés par leur maintien dans leurs privilèges que de la gestion des intérêts de l’Etat dans le pays hôte.
La mission diplomatique s’en ressentait et souvent même les autorités du pays hôte devant l’inactivité de ces missions les ignoraient complètement. C’est ainsi que l’on a pu voir une ambassade qui était tellement ignorée par le pays hôte, que le Ministère des affaires étrangères de ce pays ne répondait même pas au courrier qu’elle lui adressait.

La mission diplomatique ne remplissait , justement aucune de ses missions. Le volet culturel de son activité n’existait pas. Le volet commercial encore davantage. Son rôle se limitait à confectionner une valise diplomatique qu’elle expédiait périodiquement au pays dont on peut soupçonner le contenu et la valeur au vu de son inactivité.

Au niveau du personnel des ambassades et des consulats

Le personnel des misions diplomatiques, titulaires et de contractuels, se caractérise par un effacement total et une routine des plus caractéristiques des administrations qui tiennent à leurs privilèges. Outre une allégeance souvent frisant le ridicule au chef de la mission diplomatique, le personnel tourne autour du comptable de la mission qui est le pivot central et le complice de toute la mauvaise gestion. Le contrôle de gestion, et l’inspection des services comptables étant absents, le comptable est passé maître dans la fructification des allocations budgétaires à son profit et parfois au profit du chef de la mission diplomatique et avec sa bénédiction.

Les comptes rémunérés auprès des banques par lesquels transitent les bourses des étudiants et les salaires du personnel avant de leur être versés, les manipulations du taux de chancellerie au moment des paiements, le trafic sur comptes en devises, les factures d’achat de biens et de services fictifs, la revente en local des produits achetés en duty-free à travers la complicité du personnel et même de réseaux externes etc. sont autant de pratiques qui font l’originalité de nos missions mais qui n’échappent pas aux autorités du pays hôte qui le leur rendent bien dans leurs relations. Ces pratiques sont d’ailleurs couvertes par les soins qu’apportent nos chefs de missions diplomatiques et leurs comptables dans la disparition des documents et pièces comptables. Ainsi les archives sont toujours inexistantes ou dans un état empêchant leur consultation.

Dans cette situation, l’on comprend que les missions diplomatiques et consulaires dans leur état actuel sont loin de servir le pays.


II- Qu’attend-t-on des missions diplomatiques et consulaires de Mauritanie à l’étranger ?


Ces missions, comme leur nom l’indique ont un objet celui d’assurer une présence de notre pays auprès d’un pays hôte. Cette présence se matérialise par deux rôles que doivent jouer ses missions. L’un à l’égard de l’Etat hôte à travers la volonté des deux Etats d’assurer le suivi et la coordination de leur coopération dans tous les domaines . Le second à travers l’encadrement et l’assistance des ressortissants du pays sur la terre de l’Etat hôte.


Au niveau du rôle de coordination et de coopération.

Pour illustrer cette mission voici comment le chef d’Etat d’un pays dont la diplomatie est l’une des plus efficace d’Afrique décrit le rôle joué par sa diplomatie :
« De par ses qualités, la force de sa personnalité et son esprit d'initiative, l'ambassadeur a le devoir de donner une image vivante et réelle de notre pays.
Le comportement et la conduite exemplaires de tout le personnel exerçant dans nos missions et ambassades et une gestion saine et rationnelle constituent autant de facteurs propres à conforter cette image.

C'est dire la nécessité pour tous de s'engager dans le travail sérieux, fondé sur une vision claire de la politique du pays -- qui a bénéficié d'un consensus national -- et des objectifs qu'elle vise à réaliser dans l'intérêt général. Leur mission n'en sera que facilitée et ils auront l'autorité morale nécessaire pour l'accomplissement de leurs lourdes responsabilités de la façon la meilleure.L'une de ces responsabilités , et non des moindres, consiste à faire connaître la politique du pays et à expliciter ses programmes et objectifs, non seulement à travers les canaux officiels, ce qui est naturel, mais aussi à travers la presse et autres moyens de communications, de manière à lui garantir respect, considération, compréhension et appui et à renforcer le prestige dont elle jouit non seulement dans le pays hôte, mais aussi dans la région où le diplomate exerce. Je n'ai nul besoin d'attirer votre attention sur les efforts que vous êtes appelés à déployer à cette fin.C'est que dans le développement de la coopération et des échanges commerciaux et techniques avec l'étranger, le rôle de nos missions diplomatiques est essentiel à une époque où la conception de la diplomatie a évolué. D'une action qui ne dépassait guère les manifestations de courtoisie et l'apparat, l'activité diplomatique est devenue, pour une large part, une action soutenue, tendant à la conquête de nouveaux marchés pour les produits nationaux et à la recherche d'opportunités de financement et d'investissement. »

Désormais, l'aptitude des ambassadeurs eux-mêmes, à assurer l'ouverture des marchés extérieurs aux produits tunisiens, à faire connaître ces produits ainsi que les possibilités de coopération et d'investissement dans notre pays, compteront parmi les principaux critères que nous adopterons dans l'évaluation des résultats de leur action et de leur tâche.

La situation des colonies tunisiennes constitue l'un des principaux axes de notre politique nationale.Aussi, considérons-nous que le rôle des missions diplomatiques et consulaires dans l'encadrement de ces colonies et la préservation de leur sécurité et de leurs droits n'est pas de moindre importance que leurs autres devoirs.

J'ai eu l'occasion, à maintes reprises, d'évoquer la question de l'émigration, les mutations qu'elle a connues du fait des développements de la crise économique mondiale et de ses retombées sur les politiques des pays d'accueil, ainsi que les pressions accrues subies par les émigrés en ce qui concerne leurs conditions de travail et de résidence, sans compter les problèmes nés du poids croissant de la deuxième génération et la problématique qui en découle et qui a trait essentiellement à leur vie familiale et à la consolidation de leurs liens avec la patrie.

Nul doute que nos colonies sont conscientes du rôle qui leur incombe dans le renforcement de nos plans de développement et la réalisation de projets économiques. Elles ont, du reste, apporté leur contribution à l'effort national.
Nos représentations sont appelées à être en contact permanent avec ces colonies et à inciter les travailleurs parmi elles à épargner davantage, à encourager les hommes d'affaires à investir dans leur pays, en faisant valoir les opportunités et les avantages qui leur sont offerts. » (Allocution du Président de la république tunisienne Zine El Abidine Ben Ali à la clôture de la conférence des ambassadeurs - Carthage, 1er août 1989)


III-Quels instruments de gestion pour la mission diplomatique ?

La comptabilité denier et matière : des documents et….des principes

La comptabilité des ambassades est une comptabilité denier et matière , tenue par le comptable de la mission. C’est une comptabilité tenue à l’image de la comptabilité ménagère. Une présentation en « Revenu/dépenses ». Les allocations faisant ici figure de revenu. Aucune information ne transparaît de cette comptabilité… jusqu’à ce qu’apparût la comptabilité à partie double. Mais cette comptabilité pourra-t-elle aider à palier les insuffisances de celle à partie simple jusque-là utilisée ?

Pour répondre à cette question voyons comment le comptable diplomatique et consulaire enregistre les opérations de la mission. La comptabilité des comptables des missions diplomatiques, en tant que comptable secondaires du Trésor, utilise quelques comptes issus de trois classes :

- la classe 3 : les comptes de liaison. Recettes (390.21) et dépenses (390.20)
- La classe 4 : comptes d’imputation provisoire en recettes (476.4) et en dépenses (472.4)
- La classe 5 : compte caisse (561.4), compte banque (551.4) et compte mouvements de fonds (581.4)
A cette comptabilité denier, s’ajoute celle des valeurs inactives qui retrace les opérations de vente au comptant de ces valeurs (timbres, tickets etc.)

Ainsi la comptabilité des postes diplomatiques donne lieu à des opérations d’enregistrement simples. Des recettes enregistrées au comptant et des dépenses sur crédits délégués à la mission diplomatique (crédits budgétaires ouverts par la loi de finances aux différents postes diplomatiques et consulaires) et les dépenses induites par les variations de change.

Ainsi un comptable qui émettrait une dépense dont il et assignataire créditera un compte dépense (type 390.20) et débitera un compte caisse (561.4) ou banque (551.4). Les comptes de dépense augmentant au débit et diminuant au crédit.

Il aura donc réalisé un enregistrement correct de l’opération du point de vue comptable. Cette opération portée au livre-journal, puis au grand-livre enfin, un extrait du grand-livre constituant un bordereau mensuel de versement, accompagné des pièces justificatives des recettes et des dépenses est expédié au Trésorier général de Mauritanie pour centralisation.

Mais là ou le bât blesse et où la comptabilité ne peut strictement rien c’est la grande manipulation qui touche les montants figurants dans les pièces justificatives de dépense accompagnant les bordereaux.

En effet, soit par eux-mêmes et à leur profit, soit par connivence avec l’ordonnateur de la mission, les comptables se livrent à la production « vraies-fausses » pièces justificatives. Celles peuvent être rangées en une multitude de catégories dont voici quelques unes ostensibles et notoires !

- Les fausses factures (exemples : achat d’un bien ou d’un service fictif)
- Les factures surévaluées (Un bien ou un service est facturé plusieurs fois sa valeur réelle)
- Les factures d’achat morcelé (un bien est acheté dégroupé pour bénéficier sur chaque facture de frais de transport ou de livraison fictifs)
- Les reçus de frais divers à l’occasion de réceptions, d’invitations fictives ou de déplacements sans objets.
- Etc.
Il est donc facile de centraliser la comptabilité d’un comptable secondaire par un comptable principal, mais quelle efficacité à cela sur la réalité de la gestion comptable du poste diplomatique.

Ce formalisme, certes nécessaire cache des réalités de dilapidation des deniers publics. Une dilapidation de ces crédits alloués à ces postes diplomatiques qu’aucune comptabilité ne peut appréhender. Et cela porte sérieusement préjudice aux moyens alloués à la mission et fait d’ailleurs que nos ambassades sont inefficaces et souvent dans un délabrement visible. Et de cette situation ne profite personne à part un comptable, un ordonnateur et un réseau local bien huilé de production de fausses factures et autres canaux de détournement.

S’il est vrai que le comptable produit une comptabilité, à savoir des documents, il reste que cette comptabilité est loin de répondre aux principes mêmes qui doivent régir son établissement et notamment à celui de la sincérité. Si la régularité formelle est respectée, la sincérité est absente. L’écriture comptable ne faisant pas ressortir la réalité de la gestion du poste comptable, elle s’analyse en une transcription formelle, en classes, comptes et sous-comptes d’opérations rapportant des « mouvements de fonds à l’initiative du comptable » mais ne peuvent faire apparaître l’essentiel, les malversations, dilapidation et détournements « réguliers » des ressources publiques.
En effet, il est impératif que la production d’une comptabilité par un poste comptable soit accompagnée d’une appréciation des pièces justificatives fournies à travers notamment :

- Une grille de lecture établie à l’avance pour chaque poste diplomatique et consulaire rapportant des indices, dans le pays considéré, pour la valeur de biens et de services notamment ceux auxquels recours les missions diplomatiques et consulaires (biens meubles ou immeubles, services locaux etc.). Cette grille est actualisée chaque année pour tenir compte de la variation des prix dans le pays considéré. Une copie en est transmise au responsable du poste diplomatique et consulaire pour information. Cette grille de lecture est tenue par les services de la Trésorerie générale, pour apprécier les montants figurant dans les pièces de dépenses fournies par les comptables avec leurs bordereaux.

- Un historique des comptes des différents postes comptables, permettant de dégager sur une période donnée les variations dans la gestion du poste (consommation des crédits, types de dépenses etc.) afin de déceler les fonctionnements erratiques ou les dysfonctionnements dans l’emploi des crédits alloués.

- Une mission périodique de « contrôle sur pièce et sur place » qui se rendrait dans les missions diplomatiques pour évaluer la gestion, la réalité des biens et des services, leur valeur réelle sur le marché local et la sincérité de la tenue comptable. Il suffirait ainsi par exemple que « l’inspection générale des ambassades » du Ministère des Affaires étrangères et de la coopération (disposant d’un budget pour 2008 de 9 millions 452 mille ouguiyas) se mettent à jouer le rôle qui lui est dévolu et à bénéficier des moyens pour ce faire.

D’autres solutions pourraient être envisagées pour donner à la comptabilité des postes diplomatique et consulaire une « réalité » . Car quel que soit le mode de comptabilisation (simple ou à partie double) la vérité de la gestion des deniers publics ne peut transparaître qu’à travers un contrôle rigoureux des pièces comptables et de l’activité de ceux qui les tiennent au « secondaire. »

Sans cela la comptabilité sera probablement régulière (car respectant les modes d’enregistrement) mais elle ne sera jamais ni sincère ni fiable et ne donnera jamais une image fidèle de la gestion comptable de nos postes diplomatiques et consulaires. Prolongeant à l’extérieur une gabegie de l’intérieur.

Mais les moyens financiers fournis aux ambassades ne sont qu’une logistique pour réaliser leurs objectifs. Nous avons vu les handicaps comptables qui ne sont certes pas étrangers à l’immobilisme de nos missions diplomatiques mais peut-on évaluer leur « rentabilité » ?

IV- Peut-on évaluer la rentabilité d’une mission diplomatique ou consulaire ?

La réponse à cette question est certainement positive. Mais il convient de dire qu’il ne peut s’agir d’une évaluation quantitative qui raisonnerait en termes de prix mais à travers une optique qualitative en termes de coût-avantage.

Si les coûts sont connus notamment à travers les allocations budgétaires, les avantages se doivent d’être précisés. Ils pourraient tenir en une question : quels sont les avantages que l’Etat attend de son ambassade dans un pays donné ?
Ces avantages peuvent être identifiés principalement aux niveaux suivants : diplomatique, commercial, culturel, technique etc.
Ces avantages peuvent aussi se concevoir en ce que l’Etat donne et reçoit à travers la coopération dynamique dont l’ambassade ou le consulat est la cheville ouvrière.
Si ces attentes sont définies, il reste à s’interroger sur la possibilité de les évaluer à travers un outil d’appréciation de l’activité de la mission. L’on pourra préconiser l’introduction d’une comptabilité diplomatique de programmes.
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La comptabilité diplomatique de programme

Le rôle du chef de mission est d’autoriser les dépenses, celui du comptable assignataire est de les payer. Dans ce processus, la comptabilité de programmes aura un rôle essentiel dans la synchronisation des autorisations et des paiements. D’autre part, cette comptabilité déterminera le calendrier des engagements de la mission et permettra d’apprécier l’équilibre prévisionnel de trésorerie par référence bien entendu au niveau des crédits budgétaires délégués à l’ambassade.

Elle fournira une information précieuse pour les gestionnaires des missions diplomatiques et les autorités centrales par le rattachement des charges financières d’intervention de ces missions aux programmes assignés. En somme cette comptabilité de programme permettra de dégager à travers la relation coût-avantage, une appréciation de l’apport de la mission diplomatique ou consulaire au pays.

Certes, si le coût est connu, quel pourrait être l’appréciation des avantages résultant d’une mission diplomatique ?
La réponse à cette question résulte uniquement dans la capacité des autorités centrales en collaboration avec les chefs de missions à fixer un « canevas » d’objectifs et de réalisations à atteindre sur une période déterminée (annuelle ou pluriannuelle). Les résultats serviront à apprécier l’efficacité de la mission. Ainsi, l’utilisation des taux de réalisation des programmes culturels, commerciaux, économiques assignés aux ambassades dans le pays hôte sur la base de lettres de missions précises délivrées aux responsables de ces ambassades, seront de bons indicateurs pour évaluer leur rendement pour la nation.

Fixation des objectifs pour chaque ambassade et consulats, hiérarchisation des objectifs par priorité, affectation d’un indice de réalisation en fonction de la priorité.

Pour ce faire, il faudrait que la philosophie qui a guidé, jusque-là, la diplomatie mauritanienne soit revue et corrigée eut égard aux exigences d’un monde en pleine mutation dans ses relations et ses échanges.
En effet, la diplomatie mauritanienne a toujours été un simple instrument de relais politique et moins un outil efficace au service d’un rayonnement culturel, économique et technologique à valeur ajoutée pour le développement de la nation. Les ambassades de Mauritanie se doivent désormais de remplir une mission pleine et entière et non plus seulement le rôle très restreint de relais politique, de centre d’accueil de responsables en mission et de payeur de bourse pour les étudiants.

Un comptable secondaire disposant d’une comptabilité sincère et sous surveillance des services du Trésor, un chef de mission disposant d’une comptabilité administrative contradictoire, des services centraux partageant avec les missions une comptabilité de programme pour évaluer leurs activités et en tirer les conclusions nécessaires pour l’élaboration d’une stratégie diplomatique à tous les niveaux ( culturels, économiques etc.) au bénéfice du pays, voilà une structure au service de la nation.

Une telle articulation d’instruments comptables financiers, administratifs et de programmes est un préalable à toute volonté de faire de nos missions diplomatiques et consulaires des instruments au service du pays. Car c’est dans l’opacité financière, le laisser-aller d’une gestion au grès des responsables des missions et de leurs comptables que se situe le premier niveau de l’inefficacité qui touche ces missions.
Le second niveau reste à traiter à une echelle centrale, à savoir faire du Ministère des Affaires étrangères , un département qui met en place une stratégie globale dans laquelle s’inscrivent les instruments de gestion précités dans le cadre d’une politique qui privilégie l’intérêt supérieur de la nation , loin de cercles d’influence qui font de l’intérêt de quelques uns, un intérêt d’Etat. Mais cela est-il pour demain ?

Pr ELY Mustapha

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Poésie de la douleur.