mercredi 5 mars 2008

Voyages et bonne aventure


Pourquoi n’ai-je pas rencontré le Président à Tunis ?


Je n’ai pas sollicité à rencontrer le Président de la République durant sa visite en Tunisie car la moindre des politesses que l’on puisse rendre à un voyageur aux semelles de vent, est de ne point l’arrêter en chemin. Mais aussi pour que l’on ne croie pas que l’on puisse lui dire des choses que l’on n’aurait pas pu lui confier ailleurs.

Pourquoi rencontrerai-je le Président de la république ? Lui dire ce qu’il sait déjà ? Le comprendrait-il mieux dit à l’étranger que dit dans son propre pays ? La confiance est-elle mieux placée à l’étranger qu’au national ?

Ou irai-je encore, à travers un bref entretien, lui rappeler ce qu’il a laissé derrière lui ?

Lui rappellerai-je qu’il vient de poser pied dans un pays à croissance économique et humaine remarquable et qui dispose d’à peine du dixième des ressources dont dispose son propre pays ?

Irai-je lui dire que ce pays a acquis son indépendance à la même époque que la Mauritanie ? Irai-je lui dire que le budget de l’Etat actuel tunisien (13 milliards de dollars US en 2008 !) est plus que dix fois supérieur à celui de la Mauritanie (moins d’un milliards de dollars US ! Soit 918.606.978 USD ) et que ses compétences et son savoir-faire s’exportent jusqu’en Asie ? Que l’infrastructure socio-économique bat tous les records et que son plan de développement économique et social est un modèle du genre. Que son système sanitaire reçoit les patients d’Europe, du monde arabe et de toute la sous-région y compris les contingents mauritaniens.

Alors que dans notre propre pays, des hôpitaux où des patients rangés dans des mouroirs voient passer sous leurs fenêtres des médecins mauritaniens au chômage et criant misère ?

Irai-je lui montrer la photo de ce handicapé hémorragique se trainant sur le bitume tenant un enfant dans ses bras et mendiant à même l’asphalte d’une grande avenue de Nouakchott. Irai-je lui montrer celle de cette ambulance-corbillard, issue de la créativité malsaine de notre système administratif et sanitaire maladivement corrompu.

Irai-je lui dire ce que tout jeune mauritanien au chômage et sans emploi dans un pays où la jeunesse est laissée à sa misère et à son désœuvrement, que le pays a besoin de solutions sur le terrain et moins de solutions importées.

Alors que dans le pays qu’il visite les programmes d’emploi des jeunes sont une priorité du chef de l’Etat et que le ministère du travail et de la formation professionnelle, à travers ces agences de l’emploi traite pied à pied avec les entreprises nationales et étrangères en Tunisie pour la promotion et l’emploi des jeunes diplômés. Et qu’aucun étranger ne peut être employé ou recruté en Tunisie sans que des conditions donnant des avantages similaires ne soient données à l’employé tunisien et recruté dans la même compagnie.

Que l’Etat veille à l’insertion de son capital humain dans les lieux de productivité, développe ses pôles technologiques et se fait une fierté de mettre ses compétences à la disposition d’une multitude de pays et d’organisations nationales et internationales à travers le monde.

Alors que dans notre pays, le travailleur est bafouillé, jusque dans ses droits les plus élémentaires aussi bien par les sociétés nationales qu’étrangères et que l’administration mauritanienne ne se préoccupe même pas de défendre ses droits, comme s’il était un pis aller. Que le savoir et la science sont le dernier des soucis de l’Etat mauritanien qui leur consacre la part congrue de son budget et de son action, que la culture elle-même est un faire-valoir de chants séculaires remontant à peine le moral de troupes enfoncées dans des tranchées de misère. Une industrie culturelle frisant le ridicule où les rares espoirs artistiques crèvent la dalle, s’exilent ou admirent leur production enregistrée se vendre sur le trottoir en multitudes de supports enregistrés sous d’autres cieux.

Que nos ambassades, dont celle qui le reçoit, est un lieu de villégiature pour fonctionnaire en excès d’applaudissement et que notre diplomatie est l’une des plus inefficace et des plus corrompue de la planète. Où le moindre acte légal se négocie au cousinage ou en monnaie locale. Où le ressortissant est reçu comme on reçoit la peste et où la bourse de l’étudiant est mieux reçue que l’étudiant lui-même car plus productive en placements bancaires à intérêts évidents et en manipulations comptables en taux de changes multiples.

Ambassades-havre de paix pour comptables véreux et ambassadeurs en complicité permanente pour profiter au mieux d’un budget qui est un patrimoine à eux acquis.
Alors que dans le pays qu’il visite, les ambassades sont de véritables instruments d’une stratégie de développement, de coopération et de concertation avec le reste du monde. Les ambassadeurs sous l’autorité directe du chef de l’Etat auxquels ils rendent compte directement sont de véritables chefs de mission. Une mission tout orientée vers le rayonnement du pays et son image pour le reste du monde. Ce que la diplomatie tunisienne apporte à son pays en terme de coopération, d’investissement, de financement et de renforcement de la présence de la Tunisie dans le monde et les instances internationales, en fait l’une des diplomaties les plus efficaces du continent. Sans aller trop loin, il suffit de comparer l’apport de l’ambassade de Tunisie en Mauritanie à la Tunisie, à l’apport de notre ambassade de Mauritanie en Tunisie… à la Mauritanie. Et l’on comprend que la première développe, introduit, et concrétise les projets tunisiens en Mauritanie, assiste les investisseurs tunisiens, et engrange une valeur ajoutée considérable pour la Tunisie tant en termes d’apport économique qu’en terme de coopération fructueuse et hautement appréciée.

Alors que notre ambassade, à l’image de toutes nos ambassades est une boite d’enregistrement, une réception pour délégations en mal de voyage et de villégiature et n’apporte rien au pays si ce n’est quelques rapports confidentiels dont l’efficacité est douteuse consignés dans une valise diplomatique qui elle-même est alourdie par les mille et une offrandes à qui de droit en Mauritanie. Rien qui serve le pays, rien qui enrichit notre patrie. Pire une dégradation permanent d’une image déjà hautement entamée par le comportement de nos diplomates à l’étranger.

De quoi aurai-je pu l’entretenir ?

Que des ménages mauritaniens entiers manquent de ressources du fait de la dilapidation et du détournement des biens publics au vu et au su de tout le monde, alors que dans le pays qu’il visite les ménages, épargnent, planifient , investissent, construisent et élèvent des générations studieuses, saines et résolument préparées à l’avenir. Alors que dans notre pays des générations entières, d’écoliers et d’étudiants sont mal formés, mal encadrés et souvent laissés à la charger de la rue au désoeuvrement, à la misère et aux familles déchirées.

Que dans le pays auquel il rend visite, l’enfance, la femme et la famille sont non pas simplement des "ministères" confiés à des parentèles et autres consanguinités ou régionalités, mais de véritables programmes exécutés avec une volonté continuelle et assistée par la plus haute autorité de l’Etat dont les réalisations dans les soins et la protection de l’enfant, de la promotion de la femme et de la famille ne se comptent plus. Alors que, comble du ridicule, dans notre pays de hauts esprits s’interrogent encore si la femme peut être magistrat, si l’excision n’est pas une pratique spirituelle et si la famille doit exister en dehors d’une tribu.

Que dirai-je au président de la république en visite en Tunisie ? Que la capitale Tunis, qui le reçoit compte à elle seule plus de 2 millions d’habitants, quasiment l’équivalent des deux tiers de population de toute la Mauritanie et elle est gérée par un maire ! Alors qu’avec tant d’administrations, tant de ministères, tant de moyens économiques financiers et humains, l’Etat mauritanien n’arrive même pas à gérer convenablement le bien-être de moins de trois millions d’habitants, sa population paupérisée !

Que dirai-je au président ? Que les commissions mixtes n’accouchent que de souris, lorsque les avantages sont à sens unique du fait du manque de suivi de ceux parmi nos négociateurs qui font de ces rencontres: des rendez-vous de complaisance et un justificatif pour conquérir un malheureux perdiem au détriment de ce qu’attend notre coopération économique et culturelle de telles rencontres.

Que nos ressortissants attendent que leurs représentants dans le pays d’accueil soient des interlocuteurs valables et capables de défendre dans le respect mutuel leurs intérêts. Actuels représentants intravertis et se préoccupant bien plus des avantages qu’ils peuvent tirer de leur position "adminitrativo-diplomatique" que des intérêts des ressortissants.

Que dirai-je au Président de la république, sinon qu’un pays ne peut continuellement être assisté et ses dirigeants en course effrénée à la recherche des dons et des subventions à travers la planète. Qu’il doit se recentrer, gérer au mieux ses ressources et surtout exister par lui-même et pour lui-même ! Que la Tunisie que je connais depuis tant d’années a développé chez ses enfants, à travers une éducation nationale et patriote de ne compter que sur eux-mêmes et de tirer le meilleur parti du monde pour le bien-être de leur nation.

Et nous qu’apprend-t-on à nos enfants ? Qu’ils appartiennent à une tribu, avant même de savoir qu’ils appartiennent à un pays, à un Etat, à une nation.
Ils deviennent des citoyens d’une caste, des fonctionnaires d’un clan, des hommes d’affaires et des commerçants d’une tribu, qui ne tirent profit que pour eux-mêmes et peuvent sacrifier leur pays pour une participation au capital d’une entreprise quelconque et vendre leur âme pour une transaction intéressée avec un Etat hors-la-loi.

Que dirais-je au président en visite en Tunisie ? Que les tunisiens, forts d’une tradition hospitalière séculaire le recevront bien, mais ce n’est qu’une hospitalité passagère. Et qu’il reviendra forcément revoir la misère de son pays. Cette misère qu’aucune nation au monde ne l’aidera à en sortir qu’elle que soit sa bonne volonté et sa fraternité.

Dirai-je au président de la République que ce qu'il a consacré en dépenses à tous ces voyages, en délégations multiples, aurait suffit à lancer un programmes d’emploi des jeunes, à fournir la pharmacie de l’hôpital national en médicaments et produits d’urgence ou au mieux à soutenir les encore déshérité de Tintane et d’ailleurs, à payer des centaines de bourses pour nos étudiants sans bourses et vivotant à l’étranger. Mais pourrait-on dire à un président qui a un budget de voyages de ne pas voyager ? Certes que non. Mais lui dire que ce qui doit être fait est en Mauritanie et nulle part ailleurs.

Mais à la fin aurai-je vraiment voulu dire tout cela au Président de la République ?

Certes que non.

Tant de conseillers autour de lui, tant de ministres, tant de chargés de missions le savent certainement déjà.

Et si le Président voyage, c’est qu’il y trouve un intérêt et je ne saurai dire lequel; mais la seule chose que je sais c’est que la coopération internationale ne remplace jamais le labeur des hommes ; ni les bonnes intentions, leur pain quotidien.

Pr ELY Mustapha

vendredi 15 février 2008

La journée d’un terroriste

« Es-tu prêt à prendre ce qui t’appartient, avec l’aide de Dieu ? »


Ce matin quand il se tira péniblement du semblant de chiffon qui lui servait de matelas posé à même le sol de la baraque en tôle qui lui tenait d’abri, lui, ses deux jeunes frère et sœur et leur maman, il avait encore les courbatures de la veille et l’indicible goût amer qui lui hantait la bouche. Il détourna machinalement ses yeux des membres de sa petite famille blottis les uns contre les autres pour échapper au froid. Ils occupaient, transis, la petite natte rafistolée du coin le moins exposé au vent qui secouait la baraque.

Il se leva comme d’habitude au premier appel du muezzin. L’aube pointait déjà et il se prit à maudire sa misérable condition et cette pensée qui le tînt éveillé bien tard dans la nuit. Le petit bras chétif qui dépassait de la couverture en peau qui recouvrait sa petite famille attira cependant son attention … Il le prît doucement le ramena sous la couverture et sentit, tout-à-coup, une révolte sourde lui monter à la gorge. Comment-peut-il supporter cette misère des siens ? Comment, durant toute sa nuit blanche, il avait ressassé ce que lui avait dit son petit frère : « Grand frère, j’ai faim, je veux quelque chose à manger … Je n’ai mangé qu’un peu de pain depuis ce matin et tu es partis longtemps et tu ne nous a rien rapporté.. ».
Il lui avait promis de ressortir pour aller chercher de la pitance. Mais les larmes qui montaient aux yeux du petit frère ne lui échappèrent pas. Il savait, en effet, qu’il ressortait toujours pour revenir bredouille quand il s’était endormi.

Ce soir-là, il était ressorti mais il avait pris le chemin de la mosquée. C’était pour lui, dans l’indigence, un refuge où, le ventre vide, il se prenait à méditer et à implorer les bienfaits de Dieu.
Ce soir là, il y rencontra un nouveau venu, un nouveau personnage qu’il ne connaissait pas parmi les habitués de la mosquée. Il salua en entrant dans la mosquée, comme cela se devait, les présents puis il s’assit dans un coin et attendit que l’Imam arrive pour commencer la prière du crépuscule.
Son apparence, comme celle de tous les habitués de la mosquée de ce quartier très pauvre jeté à la périphérie de la ville, faisait bien voir sa condition. Des habits râpés et des sandales mille fois rafistolées.

Il sentît que quelqu’un le regardait, il se retourna et vît le nouveau venu qui le fixait intensément et qui l’invitait à venir le rejoindre sur le large tapis de prière qu’il avait déployé. Il le rejoignit non sans quelques appréhensions. Les nouveaux arrivants étaient rares, comme l’était d’ailleurs toute chose dans cette mosquée. Aussi loin qu’il se souvienne, l’objet le plus récent fut le calendrier de jeun du mois de ramadan de l’an 1420 de l’hégire qui fut gracieusement envoyé par le ministère des affaires islamiques et qui aujourd’hui jauni pendouillait au mur en défiant, comme les larges plaques de peintures décollées, l’attraction universelle.

Il salua l’individu qui l’invitait et s’assit à côté de lui. Un silence se fît qui fut aussitôt interrompu par son hôte. « Merci de me rejoindre lui-t-il, je viens d’arriver ici et je ne connais encore personne et je vois, à ta connaissance des lieux, que tu es un habitué de cette mosquée ». Il ne comprit point en quoi il pouvait lui être utile et s’enquit de cela.

Le personnage lui tînt à peu près ce langage : « mon frère, je cherche à connaître des gens de foi qui soient solidaires pour changer cette société. Nous sommes victimes de cette société de corruption et nous devons prendre ce qui nous appartient, avec l’aide de Dieu ».
Les paroles de ce « prédicateur » inattendu résonnèrent dans ses oreilles comme un gong. Une alarme qui se déclenchait.

Comment pouvait-il expliquer cela ? C’était comme une aspiration enfouie qui vient d’être révélée par les mots de cet inconnu. Il n’était point habitué à ce genre de discours, mais plutôt à celui de la résignation où tout acte que l’on faisait subir avait sa peine dans l’au-delà. Dans ce monde, tous les fautifs seront punis par Dieu, le moment venu. Vouloir se venger par soi-même est une mécréance et expose aux pires des sanctions divines. C’est ce qu’il a toujours appris. Et pourtant, il avait bien entendu dire que la loi du talion existait en Islam … Il se piqua de curiosité et engagea le dialogue :

- Cher prédicateur « qu’est ce qui nous appartient » et qui n’appartient pas à Dieu ? Et celui qui touche à ce qui appartient à Dieu en subira les foudres dans l’au-delà. Nous humains, nous n’avons rien.

- Mon frère, tout appartient à Dieu, c’est vrai, y compris nous-mêmes. Cependant, nous en sommes les gardiens ici-bas. Et nous devons veiller à sa préservation et à sa juste répartition. Nous devons en rendre compte devant Dieu. Or que remarquons-nous ? Des mécréants en font ce qu’ils veulent alors que de vrais musulmans comme toi, sont privés de ce qui vous revient.

- Mais Dieu les punira …

- Certes, et sa punition n’aura pas son pareil, mais elle n’est pas exclusive de la punition des hommes. Dieu n’a-t-il pas dans son saint Coran établit le règles et les peines des fautifs et des criminels ?

- Certainement …

- Alors, il a donc bien laissé aux hommes, le pouvoir de rendre leur propre justice. Et donc chacun de nous doit rendre justice, car chacun de nous est un membre indéfectible du socle de la société musulmane.

- Chacun de nous doit rendre justice ? Mais c’est l’affaire de l’Etat …

- Vous voyez ce que l’Etat est devenu. Un lieu où la corruption, le vol de vos biens n’est même pas sanctionné. Cela signifie que l’Etat est impuissant et vous avec, si vous ne réagissez pas et ne prenez pas ce qui vous appartient avec l’aide de Dieu.

Si « vous ne prenez pas ce qui vous appartient avec l’aide de Dieu », cette phrase résonna encore dans son cerveau … Il ne la comprenait pas encore trop bien, mais elle était comme une réponse à quelque chose qui le taraudait depuis longtemps et qui était tapis dan son profond être de miséreux. Et tout-à-coup l’image de son petit frère au visage mouillé de larmes qui s’efforce de s’endormir tenaillé par la faim lui vînt en mémoire :

- Mais moi, dît-il, je n’ai rien. Mon père est parti subitement de chez-nous en laissant trois enfants, dont je suis, sur les bras de ma pauvre mère, qui s’est battue pour nous nourrir... Je n’ai rien.

- Mais si, mon frère, tu as tout, mais ils t’ont tout pris …

- Qui « ils » ?

- Regarde autour de toi, ils sont partout. Et tu les vois chaque jour. Mais, il ne te voient pas …

- Ils ne me voient pas ? Comment cela se fait-il ?

- Pour eux tu n’existes pas.

Il comprenait de plus en plus mal. Qu’est-ce que veut bien lui dire ce « prédicateur » ? Il allait se lever, lorsque ce dernier le retînt par la manche en lui demandant de se rasseoir.

- Dieu n’a-t-il pas dit « les vrais croyants sont ceux dont les cœurs frémissent quand on mentionne Allah. Et quand Ses versets leur sont récités, cela fait augmenter leur foi. Et ils placent leur confiance en leur Seigneur. » ?

- Certes, lui-dit-il…

- Alors j’ai bien vu dans tes yeux la lumière du vrai croyant. Tu es sensible à ce qui t’arrive, mais tu veux réagir que tu ne le peux pas.

- Comment le sais-tu ?

- Ta condition difficile montre bien que tu voudrais la changer. Et tu pourras le faire car tu es un homme pieux… Dieu n’a-t-il pas dit : « Ceux qui croient en Allah et au Jour dernier ne te demandent pas permission quand il s’agit de mener combat avec leurs biens et leurs personnes. Et Allah connaît bien les pieux. »

- Je n’ai aucun bien et ma personne est entièrement dédiée à la quête de la pitance pour ma petite famille. Et d’ailleurs que vaudrait ma personne dans ce que tu dis qu’il faut combattre et qui dépasse l’entendement ?

- Chacun peut combattre à son niveau et par ses propres moyens…

- Et si je me consacre à ce combat qui va s’occuper de ma famille ?

- Dieu y pourvoira car il n’a pas créée une créature sans lui assurer les moyens de sa pitance….

- Certes mon ami, mais pour ma famille, c’est à travers moi qu’il l’assure…

- Et si tu disparaissais qui croirais-tu pourvoira à la pitance de ta famille ?

- Je ne saurai le dire mais Dieu est omniscient. Il est le seul à connaître l’avenir.

- Chacun de nous à une mission sur terre et personne ne peut dire quand elle commence et quand elle finît… Es-tu prêt à bien la terminer ?

- Je ne comprends pas…

- Es-tu prêt à fournir à ta famille tout ce qu’elle veut en échange de ta disparition ?

- Soyez plus clair s’il vous plaît.

- Es-tu prêt à prendre ce qui t’appartient, avec l’aide de Dieu ?

- Mais je ne demande rien. Sinon de faire vivre ma famille.

- A te sacrifier pour elle ?

- Certainement.

- Nous te proposons de devenir un martyr à te sacrifier pour la bonne cause…

- Se sacrifier pour la bonne cause ?

- Oui, le jihad, le combat pour le triomphe et la gloire de Dieu.

- Et qui se chargera de ma famille ?

- Rassures-toi, en échange nous t’offrons de quoi faire vivre toute ta famille pour toute la vie…

- Qui vous ?

- Nous sommes un groupe de personnes dévouées au Jihad. Nous recherchons la paix éternelle au paradis en offrant nos vies pour la gloire de Dieu. Es-tu prêt à nous rejoindre ?

Il resta un moment silencieux avant de répondre, comme s’il percevait avec plus de clarté ce que voulait ce « prédicateur » …

- Je vais y réfléchir. Dit-il. Et il se leva.

Son hôte ne le retînt pas. Et il sortit de la mosquée. Il n’avait pas fait quelques pas dehors qu’il se souvînt qu’il devait pourvoir au diner de sa petite famille. Il pressa le pas vers la chope du boucher en souhaitant le trouver pour quémander quelques portions de viandes et alourdir son ardoise dont il ne connaissait plus, depuis bien longtemps, le montant. Mais le boucher n’était pas au rendez-vous. « Boucherie fermée pour cause d’infraction économique », pût-il lire sur la devanture…

Il n’était donc pas seul dans le malheur. Mais ni l’épicier ni le poissonnier ne voulurent entendre raison face à ses doléances de crédits. Il les avait déjà tant harcelé qu’il savait d’avance l’infinitésimale chance de les attendrir à son égard. Seul un passant, affecté par son sort lui donna un billet avec lequel il acheta une petite bouteille de lait. C’est donc les poches vides et les mains serrant cette petite bouteille de lait, qu’il regagnit la baraque qui abritait sa pauvre famille. Comme à l’accoutumée, tous dormaient. Seul son petit frère l’attendait les yeux hagards, transi de froid. Il avait si faim que des spasmes secouaient tous ses membres…Il le prît dans ses bras, le couvrit d’un pan de son boubou usé et lui fit boire par petites gorgées, le contenu de la petite bouteille de lait. Il le berça jusqu’au sommeil, puis il l’installa sous la couverture de peau qui recouvrait déjà dans un coin le reste de sa famille.

Il n’avait pas finit ce geste qu’une phrase retentit tout-à-coup dans ses oreilles:« Es-tu prêt à prendre ce qui t’appartient, avec l’aide de Dieu ? ». Paroles soudaines qui émergèrent de son inconscient…Il se tînt la tête entre les mains et sortît précipitamment de la baraque…

Vingt-cinq ans d’une misère contenue, enfouie dans son inconscient surgissait et prenait d’assaut les derniers remparts de son conscient fataliste.

Oui « fataliste », il l’était. Chaque événement malheureux qui lui arrivait rencontrait en lui un stoïcisme qui trouvait récompense dans l’au-delà. Pourquoi alors se plaindre ou se défendre? Dieu les punira, tous. Une punition éternelle qui console bien de celle d’une vie si courte. Et pourtant, la punition dans l’au-delà va-t-elle abréger ses souffrances ici-bas? Et pourquoi ceux qui lui font si tort à lui et à tant de miséreux ne subissent-ils pas aussi la sanction des hommes dans ce monde?

« Es-tu prêt à prendre ce qui t’appartient, avec l’aide de Dieu ? ».C’est encore cette phrase qui ne le quitta point lorsque, après avoir tardivement rodé dans les environs en rongeant son frein, il revînt se coucher au fond de sa baraque.

Ce matin lorsque de bonne heure, il sortit de son misérable gîte, le prédicateur l’attendait devant la porte. Il le pria d’entrer, mais il ne voulût pas. Il savait ce qu’il voulait : « Es-tu prêt à prendre ce qui t’appartient, avec l’aide de Dieu ? ». Il acquiesça de la tête. Le « prédicateur » lui tendît alors un paquet qu’il alla déposa près de sa petite famille endormie. Et suivi d’un pas léger le personnage.

Lorsque réveillée par les premiers rayons cuisants du soleil qui filtraient du toit de la baraque, la mère de la petite famille déballa le curieux paquet posé à ses pieds, elle y trouva de l’argent. « D’où cela pouvait-il bien provenir, se dît-elle. Je demanderai à mon fils quand il reviendra de la Mosquée ».

La mère attendit, toute la journée. Toute la soirée. Toute la semaine…toute la vie. Son ainé ne revînt jamais.

Personne ne sût jamais la vérité sur la disparition du fils ainé de cette pauvre famille qui vit encore dans les taudis. Personne à part un prédicateur qui vînt un soir dans une mosquée où il rencontra, un laissé-pour compte d’une société corrompue et qui était encore malgré sa misère, un être qui croyait que son sacrifice pouvait changer les choses….
Et tous les soirs le petit bras du petit frère glissait hors de l’étroite couverture qui recouvrait la petite famille, et il ne trouvait personne pour l’y ramener.

« Es-tu prêt à prendre ce qui t’appartient, avec l’aide de Dieu ? ».

Pr ELY Mustapha

vendredi 1 février 2008

Le droit et la conscience


Qu’est-ce qui justifie une ambassade d’Israël en Mauritanie?

Ce qui vient de se passer à Nouakchott contre l’ambassade d’Israël n’est pas surprenant. Il est l’aboutissement sinon le commencement d’une longue liste à venir d’actes que malheureusement les autorités mauritaniennes n’ont pas su stopper à temps en trouvant une réponse à une question de plus en plus persistante : « Qu’est-ce qui justifie une ambassade d’Israël en Mauritanie » ?

Les partis politiques de l’opposition ont pour leur majorité réclamé la fermeture de l’ambassade d’Israël à Nouakchott, les autorités publiques ont aussi été saisies par des personnalités de l’opposition et de la société civile pour la même demande. Même au sein du parlement des députés et des sénateurs se sont élevés publiquement contre cette présence, mais il ne semble pas que la portée de cette situation ait bien été saisie par ceux-là même qui sont sensé veiller à l’intérêt de la nation.

Sans nier qu’un tel acte de violence n’est pas justifié dans un Etat démocratique dont les autorités politiques nouvellement élues ont été placées devant le fait accompli (existence d’une ambassade d’Israël) et qu’il est plus judicieux de trouver une solution pacifique. Nous avions proposé en 2006 la convocation d’un référendum populaire pour se prononcer sur la question ; car la question de l’ambassade d’Israël est moins bien l’affaire d’un Etat que celle d’un peuple d’une nation . Une ambassade dont l’existence est encore justifiée par des considérations extranationales.


1. L’Existence de l’Ambassade d’Israël en Mauritanie : les fondements

Lorsque l’Etat Mauritanien accepta à travers le régime précédent d’établir des relations diplomatique au niveau des ambassades cela s’expliquait à l’époque par trois faits :

- Le premier est celui qui fut initié par une poignée de commerçants et d’hommes d’affaires ayant des intérêts pour le commerce avec Israël, ils pesèrent de tout leur poids pour établir des relations diplomatiques avec Israël.

- Le second est celui par lequel l’entourage de Ould Taya le convainquit que des relations diplomatiques avec Israël vont entrainer la passation sous silence de toutes les atteintes aux droits de l’homme que lui reprochaient beaucoup d’organisations à l’extérieur de la Mauritanie (déportation, sévices, tortures etc.)

- Le troisième émane des bailleurs de fonds , qui comme on le sait sont soutenus et financés par les USA, allié d’Israël, et qui miroitaient mille et un prêts concessionnels et autres facilitations sur les droits de tirages spéciaux (FMI) pour la Mauritanie, pays fortement endetté.


En effet, aussitôt l’ambassade d’Israël installée à Nouakchott, la Mauritanie, devînt un très « bon élève » du Fonds monétaire international, les prêts de la Banque Mondiale se déversaient ignorant même la falsification des chiffres de réalisation des projets par les autorités économiques et monétaires mauritaniennes. L’effacement de la dette s’ensuivit à grands pas et l’aide humanitaire se déversa sur le CSA , le CDHLP et autres pseudo-organismes de lutte contre la pauvreté…

Mieux encore, la semaine même qui suivit l’installation de l’ambassade d’Israël à Nouakchott, on n’entendît plus dans aucune radio ou télévision nationale ou internationale (pourtant certaines européennes jusque-là virulente) les attaques contre le régime de Ould Taya pour violation des droits de l’homme. Tous les organismes de presse mirent en sourdine ce volet de leur actualité. L’établissement des relations avec Israël avait donc mis en œuvre une machine politico-financière qui fut dissuasive. Le lobby sioniste avait tenu ses engagements : tant qu’un Etat entretient des relations diplomatiques avec Israël, il bénéficiera des largesses de tous les alliés d’Israël, y compris les institutions financières internationales.

Et ce sont maintenant des lobbies militaro-politico-commerciaux mauritaniens qui profitent de la présence des relations diplomatiques avec Israël. Israël leur paye en facilités commerciales, financières et diplomatique ce qu’elle a reçu d’eux : damer le pion à tout le monde arabo-islamique en s’installant en Mauritanie.

2. L’ambassade d’Israël en Mauritanie : le droit et la conscience

Sur le plan du droit, tout milite en défaveur de l’établissement de relations diplomatiques avec Israël. En effet, un Etat ne peut avoir de relations diplomatique qu’avec un Etat qui respecte le droit international. Or nous le savons à l’instar de la planète entière. Israël est le pays qui non seulement ignore le droit international mais aussi le viole sciemment. Ainsi, comment établir des relations diplomatiques avec un Etat qui viole les règles qui régissent la relation diplomatique elle-même.

Un Etat qui ignore le droit international n’est fiable ni dans ses engagements ni dans ses actes à l’égard des autres Etats.


Comme le montre sur son blog Dominique Les Deux Saints : « Voici une liste complète de toutes les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU qu’Israël a refusé de respecter. Le nombre total de résolutions défiées par Israël s’élève à 71 (7 mars 2003)

Résolutions non respectées par Israël les: 106 - 111 - 127- 162- 171- 228- 237- 242- 248- 250- 251- 252 256- 259- 262- 265- 267- 270- 271- 279- 280- 285- 298- 313 316- 317- 332- 337- 347- 427- 444- 446- 450- 452- 465- 467 468- 469- 471- 476- 478- 484- 487- 497- 498- 501- 509- 515 517- 518- 520- 573- 587- 592- 605- 607- 608- 611- 636 - 641 672- 673- 681- 694- 726- 799-1052- 1322- 1402- 1405- 1435

Le 10 novembre 1975, l’Assemblée générale des Nations unies adopte une résolution proclamant que le « sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ». (Cette résolution a était votée par les Américains aussi)
En plus d’avoir défié 71 résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU, l’Israël n’en reste pas là :

Refuse de signer le Traité de Non-prolifération des armes nucléaires (voir Résolution 487). Il est le seul pays du Moyen-Orient à ne pas l’avoir signé ;

Détient entre 200 et 400 armes nucléaires ;

Dont 3 sous-marins Dolphin donnés par l’Allemagne, équipés des missiles type Popeye ou Harpoon vendu par les Américains dont ils sont enlevés la charge conventionnelle pour y mettre des charges nucléaires.


Trois lui ont déjà été fournis gratuitement par Berlin afin de compenser le fait que l’industrie allemande avait fourni, dans les années quatre-vingt, des têtes militaires chimiques à l’Irak pour ses missiles. Rappelons que les Dolphin sont supposés avoir été transformés par Jérusalem en sous-marins lanceurs d’engins à charge nucléaires (Popeye ou Harpoon) et que des patrouilles dans le cadre de la dissuasion nucléaire israélienne sont réalisées en mer d’Oman, face à l’Iran, avec parfois des ravitaillements secrets dans un port indien.



Viole constamment la Convention de la Hague sur les Crimes de Guerre (1907)


Viole constamment la Quatrième Convention de Genève (1949) ;


Viole constamment la Convention relative aux droits de l’enfant (1989)


Ils ont fait descendre la majorité de 18 ans à 16 ans et demi pour les enfants palestiniens pour pouvoir les emprisonner (350 enfants à ce jour), Si ça, ce n’est pas de la discrimination raciale !


Viole constamment la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination raciale (1969) .


Viole constamment la UN Basic Principles on the Use of Force and Firearms by Law Enforcement Officials (1990)


L’armée Israël a abattu 35 journalistes et photographes en quelques années avec son armée Tsahal.


La Cour internationale de justice a déclaré illégal le mur construit par le gouvernement israélien en Palestine.


L’état l’Israël pratique des liquidations physiques extra judiciaires par l’intermédiaire du Mossad


L’état l’Israël respecte rarement sa signature dans des protocoles avec les états et particulièrement pas avec les palestiniens


Exemple les accords de Lausanne:


Le 12 mai 1949, Israël a signé le Protocole de Lausanne, lequel comporte la reconnaissance par Israël du droit des Palestiniens chassés de chez eux à y retourner, et que l’introduction à la résolution d’admission d’Israël à l’ONU faisait clairement allusion à la résolution 194, allant dans le même sens.


Mais Israël, après s’être assuré de son admission à l’ONU, a renié ses engagements, refusant aux réfugiés palestiniens de retourner dans les régions attribuées aux Arabes par la décision de partage de la Palestine, en commençant à soulever la question de l’intégration de ces réfugiés dans les pays arabes où ils se trouvent. Après quoi, la Commission de conciliation acta l’échec de la conférence de Lausanne.


Viole le traité de paix d’Aqaba , le 26 octobre 1994 , Israël et la Jordanie ont signé un traité de paix d’Aqaba. De libre circulation « les Jordaniens ne purent obtenir de visa sous prétexte de lutte contre le terroriste, les parties religieux ont mené compagne contre la non-circulation des jordaniens en Israël


Viole le Pacte international des droits civils et politique, notamment l’article 27 sur les droits culturels, religieux et linguistiques de la minorité israélienne, ratifié le 3 octobre 1991 par Israël, le droit Israélien interdit aux palestiniens des territoires occupés de ce marié à des Arabes israéliens, ou à des palestiniens résidant en Israël, de vivre en couple.


Viole le droit fondamental à l’enseignement des palestiniens et des Arabes israéliens. Les Arabes Israélien ne disposent d’aucune université sur les 7 universités du pays, aucune n’assure de cours en arabe pourtant l’arabe et Hébreux sont des langues officielles (ceci est une volonté des dirigeants de l’état hébreu, annihilez l’éducation des Arabes israéliens pour qu’ils ne puissent pas obtenir de postes importants dans la société israélienne.)


Le 10 avril 2002, le Parlement européen a adopté une résolution qui « demande à la Commission et au Conseil (...) la suspension de l’Accord d’association euro méditerranéenne UE-Israël », la politique de l’État israélien étant, en effet, en contradiction totale avec l’article 2 de cet accord qui stipule que « les relations entre les parties, de même que toutes les dispositions du présent accord, se fondent sur le respect des droits de l’Homme et des principes démocratiques qui inspirent leurs politiques internes et internationales et qui constitue un élément essentiel du présent accord » Liste non exhaustive, malheureusement » (Voir http://lesogres.org/article.php3?id_article=354)

L’ambassade d’Israël en Mauritanie est un défi permanent à la conscience du peuple.

Et voilà de façon, très concise l’entité avec laquelle la Mauritanie entretient des relations diplomatiques. On comprend donc que toute personne éprise de justice et de liberté, puisse percevoir avec beaucoup de réserve ces relations et cela indépendamment même de sa race , de sa culture ou de sa religion.

Les actes inhumain commis par l’entité israélienne contre le peuple palestinien, homme , femme, enfants et vieillards sont contraires à toutes les conventions internationales relatives aux droits de l’homme et le droit humanitaire; Ils sont là pour montrer que le fait même d’accepter une ambassade d’Israël sur son territoire est une reconnaissance implicite non pas seulement de l’Etat mais aussi un entérinement de ses actes.

C’est justement ce que ressent le peuple mauritanien qui n’a jamais été consulté sur cette relation diplomatique. Et c’est là où le bât blesse.

En effet, l’ancien régime a considéré que l’établissement de relations diplomatique relève uniquement des prérogatives du gouvernement et de sa politique étrangère. Or c’est une grave erreur qui fut commise.

Si, l’établissement de relation diplomatique avec tous le Etats du monde répond bien à la convention de Vienne sur les relations diplomatiques et consulaires, il reste cependant que cette relation ne peut évidemment se faire qu’entre Etats qui respectent le droit international dont fait partie intégrante cette convention. Ce qui n’est pas le cas d’Israël.

Outre cet aspect, Israël ne se présente pas comme tous les Etats du monde. Elle est en conflit direct avec le monde arabe et musulman. Elle est en conflit avec la conscience de leurs peuples et leurs valeurs. C’est le cas du peuple mauritanien.


Ainsi la décision d’établir des relations diplomatiques avec Israël n’appartient à aucun gouvernement mais au peuple lui-même. Avant toute relation avec l’entité sioniste, le peuple aurait dû être consulté par référendum. Dans ce cas c’est la souveraineté populaire qui supplante la souveraineté nationale quand il s’agit de décisions qui touchent, ses valeurs, sa conscience et son devenir.

C’est en ignorant ce fait que l’ancien régime guidé par des intérêts déjà mentionnés se précipita pour établir des relations diplomatiques avec Israël en faisant fi de la volonté de son peuple. Et ce qui arrive actuellement comme réactions pacifiques ou violentes n’est que la conséquence de cette situation.

Pr ELY Mustapha

mardi 29 janvier 2008

Ouvrages 2008: Viennent de paraître.


Finances publiques Mauritaniennes et comparées


(Cliquer pour agrandir l'image)


Editions Institut des Hautes Etudes

3 Avenue Jugurtha - Mutuelleville - 1002 Tunis

Le retour d'exil

Chez vous, vous êtes!

J’invite tous ceux qui visitent ce blog à réserver un accueil digne et chaleureux à tous nos compatriotes qui reviennent dans leur patrie. Je les invite aussi à la générosité et à la tolérance telles qu’elles ressortent de notre culture arabo-africaine et de notre sainte religion.


Faîtes qu’ils perçoivent dans votre attitude et dans vos gestes , ceux d’un frère et d’une sœur.

C’est dans vos premiers comportements à leur égard qu’ils sentiront la chaleur de la patrie retrouvée.

C’est là une occasion inespérée de leur exprimer qu’ils sont une partie d’un grand peuple, d’une grande nation. Et pour que, demain, leurs enfants et les enfants de leurs enfants gardent le souvenir d’un retour mémorable qui effacerait à jamais celui d’un départ misérable.

Il y va de notre conscience et de l’unité de la patrie. C'est un voeu que l'on avait exprimé en 2006 (voir article ci-dessous), il se réalise. Comment ne pourrai-je pas en être heureux , à l'instar de tous nos compatriotes d'ici et d'ailleurs.

Pr Ely Mustapha


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Article publié le 31 décembre 2006 :

Mes meilleurs voeux pour 2007… à nos frères hors de nos frontières
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Quelle meilleure tribune que cette fenêtre ouverte sur le net (http://www.cridem.org/modules.php?name=News&file=article&sid=6536) pour souhaiter mes meilleurs vœux à tous les mauritaniens et à tous ceux épris de paix et de justice qui passeront par cette portail.
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Mais en cette fin d’année 2006, nos cœurs restent serrés tant de choses restent à accomplir et tant de rêves enfouis en nous restent à réaliser. Mes vœux vont certes à tous les mauritaniens mais aussi à ceux d’entre eux, et ils sont nombreux, qui subirent un jour une injustice de nos gouvernants passés et présents et qui ne reçurent, hélas, pas l’ombre d’une excuse. Je pense à tous nos frères qui nous regardent par delà les frontières, à ceux qui dorment encore sur un paillasson de fortune dans un pays riche à en crever.
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Qu’on le sache en cette veille de fin d’année, qu’on le sache : quelles que soient les élections et leur issue, quelle que soit l’assemblée élue et quel que soit le président à venir, aucun règlement, ni en Mauritanie ni ailleurs, ne se fera tant que ceux qui regardent au-delà des frontières de leur pays, reviennent et qu’ils y soient reçus à bras ouverts. Et que chacun à son niveau de responsabilité leur demande solennellement pardon. Qu’ils soient si possible indemnisés, cela ne fait pas de doute mais plus encore que l’Etat Mauritanien reconnaisse sa responsabilité dans un tel crime. Pour que la conscience de tous puisse retrouver la paix pour les générations actuelles et celles à venir.
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Que dirons-nous à nos enfants ? Que leurs frères ont été spoliés de leurs droits et jetés en territoires étrangers ? Nous voiler la face et faire comme si de rien n’était. Ce serait la suprême lâcheté.
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Hélas ! Le silence semble dominer et bien du monde en fait des propos de salon à défaut de porter ce grave problème à une échelle permettant de le résoudre. Qu’il s’agisse de déportation ou de déplacement de populations, il s’agit là de crimes contre l’humanité.
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L’histoire récente ne nous apprend-t-elle rien sur ces actes odieux qui dégradent l’humanité et la ramènent au stade d’une conscience collective grégaire en déliquescence.
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Pour nous en limiter au cas récent, d’une jurisprudence foisonnante, la Chambre de première instance III du Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie, souligne que la déportation et le transfert forcé sont condamnés de la même manière par le Droit International. La déportation désigne le déplacement d’individus en dehors de leur Etat d’origine alors que le transfert forcé vise le déplacement d’individus à l’intérieur d’un Etat. (Le Procureur c. Radislav Krstic, IT-98-33-T, Chambre de première instance III, du Tribunal pénal international pour la Yougoslavie, Jugement, 2 août 2001).
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La Chambre reprend à son compte l’affirmation de la Chambre de première instance II dans l’affaire Kupreskic (Le Procureur c. Zoran Kupreskic et al., IT-95-16, Chambre de première instance II, Jugement, 14 janvier 2000, § 566.] selon laquelle le déplacement forcé à l’intérieur ou à l’extérieur des frontières nationales fait partie des actes inhumains incriminés par l’article 5(i) du Statut du Tribunal pénal international pour la Yougoslavie relatif aux crimes contre l’humanité (§ 523).
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Devrions nous attendre un Tribunal pénal international pour la Mauritanie, pour que conscience soit prise et sanctions adoptées? Bien évidement que non, si dans un sursaut de conscience nos responsables, sous notre pression, réagissent afin que le pire soit évité.
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Mais y a-t-il déjà pire que de penser que ses frères dorment en terre d’exil, parce que des inconscients les ont condamné à cela ? Y’a-t-il, pour un être libre, plus terrible que le tribunal de sa conscience ? Mes frères aux portes de nos portes…vos portes, nous savons que vous reviendrez, nous y veillerons avec ce que notre conscience d’hommes libres nous donnera comme force et rien ne se fera tant que vous ne serez pas là, avec vos droits et votre fierté retrouvés.
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Et si malgré nous cela ne se fait pas, sachez-le la sagesse des siècles l’a déjà révélé : « un Etat peut se bâtir (perdurer) sur la mécréance mais il ne peut se bâtir sur l’injustice ». الدولة تستقيم على الكفر ولا تستقيم على الظلم
Mes meilleurs vœux à tous nos frères d’ici et d’ailleurs, et que la paix règne sur notre patrie commune. Amin.
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Pr. ELY Mustapha.
31 décembre 2006.

samedi 26 janvier 2008

Du Droit et de la Chance

La Commedia Del Armée


Il était une fois, des militaires qui tentèrent un coup d’Etat et qui réussirent. Ils devinrent des chefs d’Etats et des présidents. Et personne ne trouva rien à en dire. Ils avaient de la chance.

Il était une seconde fois, des militaires venus du nord qui tentèrent un coup d’Etat, qui furent pris torturés et fusillés. Et personne ne trouva rien à en dire. Ils n’avaient pas de chance.

Il était une troisième fois, des militaires venus du sud qui tentèrent un coup d’Etat, qui furent pris torturés , internés dans un fort et fusillés. Et personne ne trouva rien à en dire. Il n’avaient pas de chance.

Il était une quatrième fois, des militaires qui furent soupçonnés de fomenter un coup d’Etat et qui furent condamnés au chômage perpétuel. Et personne ne trouva rien à en dire. Ils n’avaient pas de chance.

Il était une cinquième fois, des militaires qui firent un coup d’Etat et qui ne le réussirent pas. Ils furent pourchassés, jugés et emprisonnés. Ils n’avaient pas de chance.

Il était une sixième fois, des militaires qui firent un coup d’Etat et qui le réussirent. Ils avaient transitoirement , de la chance.

Qu’est-ce que alors le droit des militaires ? Le droit des plus chanceux.

Maintenant la question qui se pose est de savoir de quel droit ceux qui ont réussi leur coup d’Etat, doivent avoir tous les droits et ceux qui les ont pas réussi aucun droit ? Et pourquoi ceux qui n’ont pas réussi leur coup d’Etat ont été fusillés , emprisonnés ou bannis et ceux qui les ont réussi reçoivent tous les honneurs et les fonds qui vont avec ?

Des premiers militaires qui ont renversé la première république aux derniers militaires qui renversèrent la dernière des républiques en kaki, en passant par ceux qui tentèrent entre les deux de tout renverser, il n ya qu’une seule et unique appellation : putschistes.

Tous putschistes, qu’ils eurent de la chance ou qu’ils n’en eurent pas. Putschistes de fait, négateurs du droit.

Alors quelles conclusion tirer de cela ?
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Simplement que tous les militaires qui ont été putschistes, ont agit contre l’Etat, la sécurité de la nation et ont mis le peuple en danger. Ce n’est pas la chance qui a accompagné leur coup d’Etat qui doit leur donner plus de droit que ceux qui n’ont pas eu cette chance. Tous putschistes. Tous répréhensibles.

L a logique veut alors que :

- Tous les militaires putschistes fusillés, soient réhabilités par l’Etat et leurs familles indemnisées
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- Tous les militaires putschistes qui furent torturés emprisonnés, soient justement indemnisés par l’Etat

- Tous les militaires radiés de force de leur corps soient réintégrés dans leur corps d’origine et replacés à leur grade d’avancement et indemnisés.

Pourquoi cette logique ?

Parce que :

- un putschiste ne peut se prévaloir au nom de l’Etat de condamner un autre putschiste. Car en fait, ils partagent le même crime et en droit, ils sont tous les deux condamnables.

- dans un Etat de non-droit, l’acte se mesurant à ceux qui l’accomplissent , la logique humaine supplée le droit.

Et dans cette « commedia d’el armée », que fut l’exercice du pouvoir dans l’Etat mauritanien depuis 1978, aucun candide ne put avoir ce monologue :

"- depuis 1978, quel chef d’Etat en Mauritanie n’a pas été putschiste ?

- Personne ?

- Alors au nom de quel droit de la « chance » des putschistes décident du destin d’autres putschistes ?"

On n’applique pas le droit quand on le bafoue.

Et quand on le bafoue, on est hors-la-loi.

Et un hors-la-loi ne peut , au nom du droit, se prévaloir de plus de droit qu’un autre.

Pr ELY Mustapha

jeudi 17 janvier 2008

Un handicapé, un enfant.


Voici sur la route de l’aéroport, la dernière image qui m’est restée de mon riche pays: un handicapé accroupi au milieu de la chaussée, tenant un enfant miséreux dans les bras.

Un handicapé, un enfant. Un Etat, un peuple. Alors...


.... Silence, on mendie !

Un bilan mauritanien de lutte contre la pauvreté très positif, jugez-en plutôt :
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« L’évaluation de quatre années (2001-2005) de mise en œuvre du CSLP (cadre stratégique de lutte contre la pauvreté mauritanien) a permis de constater que des avancées ont été accomplies en matière de réduction de la pauvreté et d’amélioration des conditions de vie des populations et qui permettent de penser que le pays est en bonne voie pour l’atteinte de la plupart des OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement) . "
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Ainsi, l’incidence de la pauvreté monétaire a diminué, passant de 51% en 2000 à 46,7% en 2004, soit un rythme annuel moyen de diminution (1 point environ) correspondant au double de celui que le pays a connu durant la décennie 1990-2000 (près de 0,5 point). » Ne souriez pas, la pauvreté a diminué en Mauritanie ! C’est le Fond monétaire International qui le dit. De 1 point ! Les haillons de nos mendiants sont moins perceptibles …sous leurs oripeaux !
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Et le lecteur est prié de ne pas sombrer dans le fou rire en lisant dans le texte précédant : « des avancées ont été accomplies en matière de réduction de la pauvreté et d’amélioration des conditions de vie des populations et qui permettent de penser que le pays est en bonne voie » !
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Comme quoi le Fonds Monétaire gère bien son image lui qui, en 2006, dénonçait tous les chiffres qui lui étaient fournis les années précédentes par les autorités mauritaniennes.
Mais, la pauvreté du passé est toujours celle d’aujourd’hui et il convient de surveiller la seconde tranche quinquennale de ce fameux plan.En effet, suivant le plan stratégique de lutte contre la pauvreté, une seconde phase a démarré et s’étend de 2006 à 2010 .
Elle est accompagnée par un cadre de dépenses à moyen terme qui détermine le coût global du plan d’action (en fonctionnement et en investissement) et identifie les sources de financements pour son exécution.
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L’Etat mauritanien y contribue pour 92 % du coût global soit 1,167 milliards UM, le reste est financé par le recours à des ressources extérieures.Cela signifie que l’Etat Mauritanien dépensera en fonds propres pour lutter contre la pauvreté chaque année 233,4 millions d’UM. Et ce jusqu’en 2010 !
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Il convient d’espérer qu’à la fin de cette période le constat ne sera pas aussi alarmant que pour la période 2001-2004 où la pauvreté a reculé d’un point !
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Performance « formidable » puisque tous les milliards qui ont été investis en 1990-2000 (toute une décennie !) ont permis d’aboutir à une diminution de la pauvreté monétaire de 0,5 point !
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En somme, celui qui quémandait plus, quémande moins. Mais quémande toujours.
Un mendiant qui a bénéficié de tant de milliards et qui est resté mendigot. Le ridicule ne tue plus.
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En fait les points attendus ont été absorbés par tous ces milliards qui ont été détournés par les fameux commissaires du « Commissariat aux Droits de l’Homme à la Lutte contre la Pauvreté et à l’Insertion » et du « Commissariat à la sécurité alimentaire » en connivence avec leurs satellites concussionnaires au sein de l’Etat.
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N’en déplaise au Fond monétaire international avec ses « vraies-fausses » statistiques, que l’Etat mauritanien lui fournit, sans qu’il puisse les vérifier (interdiction de sourire), en Mauritanie avec nos classes de décideurs rompus à l’accaparation du bien public, on ne lutte plus contre la pauvreté. On lutte pour la pauvreté.
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Mais dans tout cela qui est le vrai mendiant ? Le miséreux qui tend la main au coin d’une rue ou l’Etat qui tend la main au coin d’une conférence internationale ? Un état de mendicité, une mendicité d’Etat.
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Hélas ! Une mendicité d'Etat qui n’a pas même pas le mérite de supprimer l'état de mendicité.


Pr ELY Mustapha
Cet article a été publié en 2007 sur le blog: canalh

samedi 29 décembre 2007

Arrêt sur image



L’ambulance-corbillard :
le guichet unique du trépas.
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En Mauritanie entre les soins et la mort, dans les hôpitaux et les cliniques, passer de vie à trépas est plus plausible que la guérison. Comme en témoigne d’ailleurs cette fourgonnette qui est à la fois ambulance…et corbillard !

En effet, l’inscription sur cette fourgonnette exprime à elle seule toute la politique de santé en Mauritanie : « secours des malades et transport des morts », l’un ne va pas sans l’autre. Le guichet unique du trépas. Secourir le malade dans un corbillard et le transporter mort dans une ambulance.

Deux en un.

Un même service.

Un même véhicule.

Suivant la route que ce véhicule prend vous savez soit que vous êtes mort , soit qu’il vous transporte à l’hôpital , ce qui n’est qu’un simple raccourci.

A-t-on simplement imaginé la panique du malade qui lirait l’inscription sur ce véhicule qui va le transporter ? A-t-on pu imaginer simplement qu’une telle inscription est contraire à toute humanité et érige le croque-mort en médecin et vis-versa ? A-t-on pu simplement imaginer qu’il ne faut pas mettre la vie et la mort au même endroit ?

Bref, a-t-on au moins compris que c’est là , au-delà du bon sens , un manque de tact qui renvoie une image des plus déplorables de l’imaginaire d’une société éreintée.

Mais paradoxalement n’est-ce pas la preuve la plus éclatante de ce que ressent tout un peuple affamé, démuni et sous-développé auquel on ne reprocherait pas de faire l’amalgame entre une vie devenue si difficile et une mort devenue si présente.

Secours des malades et transport des morts.

Ambulance-corbillard.

Peuple en arrêt devant un guichet unique.


Pr ELY Mustapha
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Ps: Photo prise sur l'avenue Gemal abdenasser. Nouakchott. Copyright@elyMustapha 2007

lundi 24 décembre 2007

Roumouz el Vessad:

La gabegie en symbole
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Un fameux « xouldy » en dénombra 500 et la liste est encore sur son blog. Une liste qui suscita maints remous et réponses. Certains s’y retrouvèrent d’autres pas. Certains s’en offusquèrent d’autres pas, mais toujours est-il que le fait existe (« la gabegie ») et que ceux qui l’ont accompli (« Roumouz ») sont toujours là.

Combien sont-ils ? Qui sont-ils ? Où sont-ils ? Autant de questions qui taraudent l’esprit et qui ne laissent pas indifférents ceux qui tiennent à ce que la question cruciale de la dilapidation des biens publics soit résolue. Mais elle ne devrait pas cacher une autre préoccupation non moins importante : celle de préserver la dignité et l’intégrité morale de ceux qui injustement pourraient être qualifiés de « roumouz el vessad ». Aussi une préoccupation majeure s’impose : cerner le contenu de cette appellation non contrôlée et de définir ce concept aux fins de protection des droits de chacun.

« Roumouz el vessad », littéralement « symboles de la gabegie »,exprime en arabe dans la forme masculin pluriel une collection d’individus qui tous se partagent à des degrés divers la commission d’infractions.

« Roumouz el vessad » est un appellation fort utilisée qui a pris son essor avec les dénonciations publiques d’infractions par la presse écrite et sur le net.
Comment donc cerner cette notion si ce n’est par des approches éloignées d’une subjectivité populaire fort légitime qui ne s’expliquerait que par tant d’années de dilapidations de biens publics au vu et au su d’un peuple laissé pour compte.
Une approche économique d’abord, une approche sociologique ensuite et une approche juridique enfin nous permettrons de mieux cerner cette notion, de l’appréhender et de pouvoir mieux identifier ceux qui en sont couverts.

I- L’approche économique : L’overdose d’un enrichissements sans cause

Roumouz el vessad et l’Etat : L’enrichissement sans cause

Tout un chacun est conscient de ce que la gestion de l’Etat, c’est –à-dire de la « chose publique » a donné durant ces trente dernières années. Une infrastructure délabrée, un peuple affamé, une économie en décroissance réelle et une classe super-opulente et qui s’est enrichie sans cause.
Il est connu qu’économiquement une personne ne peut s’enrichir légalement que de trois façons :
- Par le travail (physique ou intellectuel)
- Par l’héritage (attendu ou exceptionnel)
- Par le gain inattendu ( dons ou jeux de hasard)
Nulle autre forme d’enrichissement matériel n’est possible à moins de trouver sa source dans l’illégalité à savoir :
- Le vol
- Le détournement de fonds publics ou privés
- La concussion et la malversation
- La corruption

Or depuis quelques années en Mauritanie, l’enrichissement fulgurant d’une certaine classe à travers certaines personnes aux revenus de fonctionnaires qui se sont mises à bâtir des châteaux est l’expression immédiate d’un enrichissement qui trouve ses explications ailleurs que dans leur revenu.
Pour être plus pratique prenons un exemple concret : le revenu d’un fonctionnaire de l’Etat .
Un fonctionnaire de l’Etat qui occupe un poste de directeur général, par exemple suivant la grille salariale de la fonction publique mauritanienne, il recevrait au titre de ses émoluments environ 400 000 UM et poussières
Or ce fonctionnaire possède deux villas cossues d’une valeur estimées à 250 millions d’ouguiyas chacune de deux tout-terrains d’une valeur estimée à 90 millions d’ouguiyas d’un troupeau de chameaux de 75 têtes d’une valeur moyenne de 50000 UM par tête et qui a inscrit au nom de sa conjointe trois terrains de 800 m² viabilisés dans une zone résidentielle estimés à 300 millions d’ouguiyas et qui possède deux boutiques au marché central et un dépôt loué à une entreprise publique pour une valeur globale de 345 millions d’ouguiyas et d’un dépôt en compte bancaire enregistrant des opérations commerciales estimées en moyennes à 100 millions mois sans compter les intérêts afférents…. Et biens d’autres biens en or et en argent occultes dont l’estimation reviendrait à recenser le patrimoine de sa conjointe et de ses enfants.
Tout cela accumulé au service de l’Etat avec un salaire annuel net de 5 millions d’ouguiyas (448 000 UM/mois). Soit 100 millions en vingt ans. A supposer même que ce fonctionnaire ait conservé l’intégralité de son salaire en vivant d’amour et d’eau fraiche , aurait-il pu réaliser une telle fortune ?
Le bons sens nous dit bien que non. Car pour y arriver ii aurait dû thésauriser l’intégralité de son salaire , jeûner nuit et jour jusque-là et cela pendant un peu moins de cinq siècles ! Soit exactement 487 ans et 7 mois !
En effet sa fortune étant estimée à 2 milliards, 438 millions et 750 000 UM de la diviser par son salaire annuel net (soit 5 millions) pour avoir cet ordre de grandeur .

Ainsi économiquement chaque « ramz el vessad »a pris au pays un part de son avenir et a hypothéqué son futur. 5 siècles, 4 siècles, 3 siècles … chacun des roumouz el vessad peut être qualifié économiquement par le nombre d’années d’investissement et de croissance qu’il a volé au pays et qu’il a investit dans ses biens personnels.
Au niveau des départements ministériels 2 milliards, 438 millions et 750 000 UM c’est :
- quasi-équivalent au budget de tout le ministère de la justice pour 2008 (soit exactement 2 250 869 358 M)
- trois fois supérieurs au budget 2008 du ministère du commerce et de l’industrie (soit 784 879 520)
- Cinq fois le budget du ministère de l’artisanat et du tourisme (soit 523 115 277 UM)
- La moitié de celui de l’agriculture et de l’élévage (Soit 4 895 793 872)
- Supérieur au budget 2008 du ministère de la fonction publique et de la modernisation de l’administration
- Etc.

C’est ainsi qu’un individu a pénalisé( au sens propre et figuré) par ses actes tout un système judiciaire (en privant les juridictions et leurs magistrats de leurs moyens et en les poussant vers la corruption). C’est ainsi qu’un individu par ses détournements a privé toute une économie des moyen de son intervention commerciale et industrielle et des moyens financier de sa croissance.

En matière de santé
, 2 milliards, 438 millions et 750 000 UM, c’est :

- Plus de 4 fois le budget 2008 du Centre Hospitalier national de Nouakchott ( qui s’élève à 562 951 980 UM) !
- 13 fois le budget 2008 du Centre hospitalier de Nouadhibou ( 180 697 680 UM ) !
- Et c’est une trentaine de fois le budget des autres centres hospitaliers du pays (kaedi, néma, kiffa…)

Et l’on comprend pourquoi par manque de moyens les hôpitaux sont des mouroirs du fait justement de ceux qui ont mis leurs budgets (de soins de médicaments et de traitements) dans la pierre des villas cossues et dans leurs comptes..

Au niveau de l’Education nationale, 2 milliards, 438 millions et 750 000 UM, c’est :

- Un peu moins du budget 2008 de l’Université de Nouakchott ( 2 770 633 391 UM)
- le budget des écoles d’application 7 et 8 de Nouakchott (4 400 000 UM) pendant 554 ans !
- etc. etc…
Les exemples peuvent être multipliés sur l’impact économique et financier de ce que les « roumouz el vessad » ont coûté à la Mauritanie. Chacun d’entre-eux est porteur d’une responsabilité dans le retard économique de notre pays. Et c’est sur cette base économique que leurs actes se doivent d’être appréciés.

Rouz el vessad et la drogue : l’enrichissement par overdose

Jusque-là l’enrichissement des roumouz el vessad a été appréhendé sous l’angle du détournement des biens publics, de la concussion, de la malversation etc, en somme sur le « vol» au sens générique du terme.

Ceux qui se sont enrichit de cette façon peuvent être qualifiés de « Roumouz el vessad » de premier niveau ou primaires. Ils se sont servit dans les caisses de l’Etat. Par contre une seconde catégorie recoupe la première sans ce pendant se confondre avec elle et qui, elle, s’est enrichit en se servant de l’Etat. Cette catégorie peut être qualifiée de second niveau, secondaire.
Les roumouz el vessad se conçoivent en deux couches superposées et qui interfèrent à travers notamment la circulation de l’argent, son blanchiment et son intégration dans leur patrimoine ;

C’est ainsi que dans les "roumouz el vessad" primaires on retrouve :

- des fonctionnaires influents (sécurité, douanes..) se servant à travers les détournements de projets ou de budgets confiés, la corruption et les passe-droits qu’ils délivrent.
- Des commerçants (de gros notamment) se servant à travers les appels d’offres qu’ils obtiennent à coup de corruption et de connivence et la logistique qu’ils offrent pour couvrir leurs actes.

Dans les « roumouz el vessad » secondaires on retrouve :

- Des fonctionnaires (civils et militaires) et agents publics (à tous les points du territoire et dans l’administration centrale) toutes catégories confondues qui sont tenus dans le secret des transactions occultes qui traversent le territoire et dont ils facilitent l’acheminement et qui reçoivent en contrepartie rémunération.
- Des commerçants qui ont mis au service de ces transactions leur logistique portuaire et de transport et qui bénéficiaient de protections institutionnelles et qui reçoivent en contrepartie leurs entrées et leurs passe-droits.

Ainsi la récente enquête effectuée par « Interpol » a mis en évidence une interaction très importante entre les pouvoirs publics et le réseau de trafic de stupéfiants en Mauritanie. Une enquête dont la dimension est telle qu’elle achoppe encore sur plusieurs blocages qui restent à lever.
Toujours est-il que les « roumouz el vessad » qui se sont enrichis à travers l’overdose des populations en Mauritanie, dans la sous-région et au-delà, on drainé un argent qui a servi à la corruption et au trafic d’influence. Leur rôle dans la dénaturation du jeu politique en Mauritanie à travers leur poids financier n’est pas négligeable.

Enfin si l’on additionne tout ce dont la Mauritanie a été « siphonnée » financièrement durant ces trente dernières années cela se chiffrera à des centaines de milliards. Tant d’années perdues sur la route de développement, Tant de vies humaines mortes par défaut d’un système sanitaire adéquat, Tant de jeunes sans travail par manque d’éducation, tant de misères par manque de moyens qui sont allés choir dans les comptes de quelques individus sous la bénédiction de l’Etat.

20 ans, dix ans, 5 ans de retard économique cela compte dans la vie d’une nation. Tout est de savoir comment le rattraper en réintégrant les biens volés à la nation. C’est alors que l’approche sociologique et l’approche juridique peuvent aider à mieux cerner les choses.


II- L’approche sociologique: la gabegie une exclusivité nationale.

En Mauritanie, « tout se sait ». Cette formule résume en fait un système d’information, qui fait que les mauritaniens sont proches d’une information politique dont ils ont fait, durant ces dernières années de plomb, un « additif » à leur fade quotidien. Et les « Roumouz el vessad » sont un assaisonnement au goût amer dont pourtant ils savent s’entretenir. Ainsi, s’est constituée une perception populaire de ces symboles de la gabegie. Une perception qui nous renseigne utilement sur ce que ces personnes peuvent être réellement.

Il est unanimement admis que les roumouz el vessad sont des mauritaniens. Des nationaux. On ne retrouva pas des roumouz qui seraient des étrangers . Tous les roumouz el vessad sont des enfants du pays. La gabegie une exclusivité nationale.

Les roumouz el vessad sont soit au pouvoir, soit tournent autour du pouvoir. IL n’ ya pas de roumouz el vessad en dehors du système étatique. Ils sont soit fonctionnaires soit acteurs économiques ou financiers en interaction avec ce système. La gabegie une affaire d’Etat.

Les roumouz el vessad ont leur terrain de prédilection. Ils se regroupent quasiment tous dans une aire géographqiue bien déterminée : Tevragh Zina et les environs immédiats. La mémoire populaire n’en recense pas un du côté de « netegh jemba », quartier fort célèbre mais déserté par le roumouz. La gabegie a son espace d’épanouissement.

Les roumouz el vessad font étalage de leurs richesses, notamment à travers leur progéniture qui sillonne en tout-terrains rutilants le parcours la corniche-le palais des congrès jusqu’aux lumières vespérales. La gabegie laissée en héritage.

Dans la perception populaire donc les roumouz el vessad sont des nationaux qui ont pillé l’Etat qui logent dans les quartiers résidentiels et qui ont un train de vie ostensiblement riche.

Aussi dans la perception populaire c’est une richesse qu’ils n’ont pas mérité et qui génère une sourde animosité.
Une animosité latente qui s’exprime dans les foyers des pauvres gens à l’occasion d’évènements ou de nominations relatés dans l’entourage ou dans le medias. « Ah celui-là, ou celle-là… il ou elle a pillé le projet public tel ou s’est approprié le budget de tel établissement ou a détourné le financement ou les vivres destinées à telles populations ou a vécu d’une corruption notoire sur les marchés publics ou sur les conventions de prêts ou de prospection minéralières ou les licences de pêche ou s’est appropriés pour s’enrichir les cachets de la douane ou les passe-droits du ministère de l’économie ou des finances etc. etc. »

Et l’on cite des noms et des qualités et souvent certains noms, tant ils reviennent pour les mêmes faits, génèrent une forme d’unanimité qui ressemble étrangement à un verdict populaire de condamnation sans retour. Et si les preuves matérielles nécessaire à toute justice restent nécessaires, il n’en demeure pas moins que pour le peuple beaucoup de monde est déjà les grilles de sa conscience.

Mais la conscience populaire est-elle suffisante pour qu’une qualification si grave puisse être donnée à quiconque sans passer par la justice de l’Etat ? Et si cette justice se devait d’être appliquée, comment peut-elle s’y prendre pour que ceux que le peuple qualifie de « Roumouz el vessad » puissent rendre compte de leurs actes sans porter préjudice à ceux qui ne le sont pas ?
C’est là où l’approche juridique prend tout son sens.


III- L’approche juridique : des symboles à qualifier

De l’énumération à la définition

S’il est vrai toutefois que cette appellation a un objet réel, elle n’a jamais bénéficié d’une approche juridique rigoureuse qui permettrait de la placer dans le champ de l’objectif et du saisissable. Cette appellation se fondait sur l’énumération pas la définition. Ainsi Roumouz el vessad c’est davantage une liste de personnes tenues pour telles, à travers une accusation, des faits avérés ou non, des actes notoires ou des présomptions qui prennent leur sources dans l’objectivité mais aussi dans la subjectivité. Cette liste est d’autant plus accusatoire que deux arguments militent matériellement en sa faveur .

D’abord un argument politique : la plupart de ceux qui y figurent ont été au pouvoir, durant le régime précédent dans son giron ou en furent des instruments directs ou indirects, ensuite un argument socioculturel : « En Mauritanie, tout se sait, tout le monde se connait »

Si la liste tire sa source d’un argumentaire sociopolitique qui n’est pas sans intérêt du point de vue du droit et des obligations notamment en matière procédurale (établissement de la preuve) il reste que l’ identification sur la base de critères juridiques définis est plus à même de rendre compte de la réalités , de la valeur du contenu de la liste eu égard aux infractions commises.
Du point juridique on pourra donc considérer que « roumouz el vessad », est un groupe de personnes qui sont responsables d’infractions de nature pénale diverses commises à l’encontre de l’a collectivité nationale.

De la qualification de l’infraction : qu’ont-ils fait ?

La qualification c’est la dénomination que la loi confère aux situations susceptibles de tomber sous son application. Cette qualification est prononcée par le juge eu égard aux faits dont il est saisis, C’est par la qualification que l’on détermine le régime juridique ou les effets d’une situation.
La "qualification", c'est, d'après les éléments qui en constituent la définition juridique, la dénomination que la loi attribue aux situations et aux contrats. La qualification en détermine le régime juridique et les effets.

Le droit pénal général détermine les principes généraux concernant les infractions, les conditions générales d'incrimination et les modalités de fixation des peines. Il fixe les principes de responsabilité pénale, les causes d'irresponsabilité ainsi que les causes d'atténuation ou d'aggravation des peines.

Les principes fondamentaux du droit pénal relèvent du droit constitutionnel. En matière pénale, le législateur ayant seul compétence pour déterminer les incriminations et les peines pour les crimes et délits alors que les contraventions sont de la compétence du pouvoir réglementaire.
« Sont du domaine de la loi : (…) la détermination des crimes et délits ainsi que les peines qui leur sont applicables, la procédure pénale, l’amnistie, la création et l’organisation des juridictions, le statut des magistrats » (Article 47 de la constitution mauritanienne)
Comment donc qualifier les actes qui ont donné à ces « Roumouz el vessad », leur triste célébrité ?

La qualification repose sur la mise en conformité d’un acte avec la description qu’en donne la loi.
Ainsi si l’on s’appuie sur les termes les plus utilisés pour qualifier la multitude d’actes commis par ce groupe on y retrouve invariablement un fond commun : le « vol ».
Celui étant bien entendu défini comme « une soustraction frauduleuse du bien d’autrui ». Le caractère frauduleux emporte l’intention de nuire et l’acte matériel qui en résulte.

Lorsqu’une telle soustraction porte sur les biens de la communauté nationale, la qualification prend une dimension différente et revêt un contenu et une gravité qui va au-delà d’un simple acte de soustraction d’un bien.

Cette soustraction peut en effet se faire de mille et une façon. Cela peut aller de l’extirpation forcée de la chose du fait de la détention d’une autorité quelconque par celui qui fait l’extirpation soit par le recours à des moyens légaux (recours en justice contre les indigents par des personnes influentes). Il peut aussi s’agir de l’accaparation de la chose à travers la falsification de documents de propriété ou de titres publics par l’usage de ses propres fonctions ou par le recours à une complicité administrative, judiciaire ou politique.

Tous ces cas de figure ont été observés en Mauritanie. Des dépositaires publics de l’autorité à leurs « clients et courtisans » intéressés de la sphère politico-financière à la sphère socio-économique le pillage a pris toutes les formes et les figures.

Les actes des « roumouz el vessad » se définissent alors par une batterie de qualifications qui peuvent être rangées en deux grandes catégories sévèrement punies et classés par le droit positif. Il s’agit notamment en sacrifiant à la classification pénale, des crimes et délits qui couvrent les crimes et délits contre la chose publique et ceux contre les particuliers. Ce que le code pénal qualifie justement des crimes et délits « «contre la paix publique ».

Il s’agit notamment :

Faux et contrefaçons :
- Contrefaçon des sceaux de l'Etat, de billets de banque, des effets publics et des
- poinçons, timbres et marques
- Des faux en écriture publique ou authentique
- Du faux en écriture privée, du commerce ou de banque
- Des faux commis dans certains documents administratifs, dans les feuilles de route et
- Certificats

De la forfaiture et des crimes et délits des fonctionnaires publics dans
l'exercice de leurs fonction :
- Des soustractions commises par les dépositaires publics.
- Des concussions commises par les fonctionnaires publics
- Les délits de fonctionnaires qui se seront ingérés dans les affaires ou commerce
incompatibles avec leur qualité
- De la corruption des fonctionnaires publics et des employés des entreprises privées
- Des abus d'autorité contre les particuliers
- Des abus d'autorité contre chose publique
- Des délits relatifs à la tenue des actes de l'état civil
- De l'exercice de l'autorité publique illégalement anticipé ou prolongé


C’est autant dire que l’on retrouve tout un arsenal juridique qui correspond bien à tous les actes reprochés jusque-là aux roumouz el vessad.


Responsabilité pénale : que doivent-ils subir ?

Suivant le principe de responsabilité l’obligation est faite pour toute personne de répondre de ses actes illicites sur la base des sanctions pénales prévues par la loi. Et nul n'est responsable pénalement que de son propre fait. C’est la personnalité de la peine.

Si l’on examine tous les actes commis et qualifiables on peut dire que les peines sont variables mais elles sont pour la plupart sans commune mesure avec la gravité de l’acte. Le code pénal ne sanctionne pas de façon sevère la commission des actes qui touchent les biens de la collectivité. Jugeons-en plutôt. Un simple « vol » par un citoyen à l’étalage est puni sévèrement (amputation des mains et des pieds et flagellation suivant la récidive) et un acte de détournement de biens publics par un dépositaire public est puni de 6 mois à quatre ans de prisons et d’une amende.

Voici le cas du détournement de biens publics :

Ainsi et à titre d’exemple pour les « soustractions commises par les dépositaires publics » le code pénal dispose :

« Tout agent civil ou militaire de l'Etat d'une collectivité publique ou d'un établissement public, d'une coopération ou association bénéficiant du soutien de l'Etat, d'une société dont l'Etat ou une collectivité publique détient la moitié au moins du capital, qu'il soit ou non comptable public, toute personne, revêtue d'un mandat publie ou tout officier public ou ministériel qui aura commis dans l'exercice de ses fonctions les détournements ou dissipations prévus à l'article 379 ART. 379 du présent code ( Quiconque aura détourné ou dissipé, au préjudice des propriétaires, possesseurs ou détenteurs des effets, deniers marchandises ou objets quelconques, billets, quittances ou tous autres écrits contenant ou opérant obligation ou décharge, qui ne lui auraient été remis qu'à titre de louage, de dépôt, de mandat, de nantissement, de prêt à usage ou pour un travail salarié ou non salarié, à la charge de les rendre ou représenter ou d'en faire usage ou un emploi déterminé, sera puni d'un emprisonnement de six mois au moins à quatre ans au plus, et d'une amende de 5.000 à 600.000 ouguiya), sera puni d'un emprisonnement de cinq à dix ans; en outre, une peine d'amende de 5.000 UM à 1 million UM sera obligatoirement prononcée.(article 164) »

Sera punie des mêmes peines toute personne désignée à l'article précédent qui, à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, aura soustrait des effets, quittances ou écrits contenant ou opérant obligation ou décharge, ou qui dans toute autre circonstance aura obtenu frauduleusement de l'Etat ou d'une collectivité publique au moyen de pièces fausses ou de manœuvres quelconques des sommes d'argent ou des avantages matériels qu'elle savait ne pas lui être dus (article 165)
La recherche et la constatation des délits ci-dessus spécifiés lorsqu'ils auront été commis au préjudice de l'Etat ou des organismes publics ou semi-publics visés à l'article 164 seront confiées à des agents de l'Etat habilités à cet effet, conformément aux dispositions réglementaires prises en application de la présente loi.
Préalablement à toute poursuite, les auteurs des délits susvisés auront été mis en demeure, par
l'agent de l'Etat chargé de l'enquête, de rendre ou de représenter les effets, deniers, marchandises ou objets quelconques, billets, quittances ou écrits, contenant ou opérant obligation ou décharge qu'ils avaient détournés, soustraits ou obtenus frauduleusement (Article 166) »

Et voici le cas du vol à l’étalage :


Quiconque a soustrait frauduleusement une chose qui ne lui appartenait pas est coupable de vol et sera condamné à l'amputation de sa main si toutes les conditions suivantes sont remplies:
1. Si le voleur est sain d'esprit et majeur;
2. Si la soustraction est frauduleuse;
3. Si la chose soustraite est susceptible d'appropriation;
4. Si le coupable n'a droit à aucune revendication légitime vis-à-vis de la victime du vol;
5. Si la valeur de la chose soustraite est égale ou supérieure au quart de dinar en or;
6. Si le vol n'a pas pour mobile immédiat une nécessité de fait;
7. Si la soustraction a été opérée dans un lieu habituel de gardiennage ou de conservation de la
chose soustraite;
8. Si le coupable n'est pas autorisé à pénétrer dans le lieu où s'est déroulée la soustraction;
9. Si le coupable n'est pas un ascendant de la victime de la soustraction;
10. Si la chose soustraite est sortie du lieu de sa soustraction;
11. S'il n'existe aucun lien conjugal entre l'auteur et la victime de la soustraction et que la chose soustraite ne peut donner lieu à un vol entre les deux.
Dans tous les cas, l'amputation de la main droite du coupable n'est prononcée que lorsque toutes les conditions ci-dessus énumérées ont été réunies.
Si le coupable est récidiviste primaire, il sera amputé de son pied gauche. S'il est tri-récidiviste, il sera amputé de la main gauche. S'il est récidiviste pour la quatrième fois, il sera amputé de son pied droit. S'il est récidiviste pour la cinquième fois, il sera flagellé et emprisonné.

Les preuves du crime de vol ne peuvent être rapportées que par les modes suivants :
1. L'aveu libre, volontaire et conscient du coupable et qu'il ne se soit pas rétracté de son aveu
de façon plausible;
2. La déclaration de deux témoins de bonne moralité de sexe masculin.
Dans tous les cas, le témoignage d'une seule personne, fut-elle sous la foi d'un serment, ou encore celui d'un homme et de deux femmes ne sauraient être pris en considération que pour la condamnation, la restitution ou le remboursement de la valeur de la chose volée.

Cet article 351 du code pénal ne s’adresse pas aux « roumouz el vessad » mais aux autres voleurs du petit peuple. Comme quoi les mains qui volent l’Etat et réduisent le peuple à la misère ne sont pas celles que l’on coupe.
Outre que cet article du code pénal pourrait réduire tout une classe (politique) en manchots et pieds-bots, il reste complètement hors du champ de la sanction d’un vol bien plus grave que celui d’un gagne-pain à savoir le pillage des maigres ressources de toute une communauté.


L’amalgame du droit et de la politique : Faut-il punir ?

Il ne fait pas de doute que les « roumouz el vessad » sont une réalité. Comme il ne fait pas de doute que beaucoup d’entre-eux font l’unanimité quant aux actes qu’ils ont commis. Il ne fait pas de doute non plus que les actes qu’ils ont commis entrent bien sous le coup de la législation pénale.
Faut-il cependant punir ces « roumouz el vessad » ?

Le crime existe, les criminels existent, l’arsenal juridique existe. Mais faut-il punir et comment punir ?
La réponse varie en fonction des personnes et de leurs intérêts. Il y a ceux qui pensent qu’il faut « tout oublier et éviter une chasse aux sorcières préjudiciables » à la continuité de l’Etat à la tranquillité sociale, d’autres pensent au contraire que tant que les « roumouz el vessad « n’ont pas été punis, il n’ y aura jamais de continuité réelle d’un Etat véritable et non corrompu garant du développement et une colère sourde continuera à gronder chez le peuple et les laissés pour compte.

Hélas, il n’ y a pas de solutions intermédiaires et le silence actuel qui plane sur ce sujet ne présage pas d’un bon augure.

En effet le pays a payé un lourd tribu aux pilleurs de ses ressources . Pilleurs qui hypothéqué des décennies entières sur la voie de son développement et qui n’ont même pas quitté la scène politique . Mieux encore ils peuplent les allées du pouvoir. « Je t’ai volé, je te dirige et tu n’y peux rien ».

C’est là l’image que le peuple reçoit de ce qui constitue encore l’Etat. Et c’est justement cette image qui décrédibilise l’Etat . Une image qu’il gardera toujours tant que la question des Roumouz el vessad n’a pas encore été résolue.

Mais la politisation de la question a caché sa « judiciarité » et l’on s’est pris à faire l’amalgame entre le droit du peuple à se faire restituer ses ressources , droit inaliénable, et la volonté du politique de l’en priver qui va à l’encontre de ce droit. Volonté politique qui fut dictée par des échéances électorale et qui aujourd’hui ne peut plus rien justifier.
Les ressources manquent, la vie est chère, la misère peuple les quartiers et chacun s’en prend à penser que s’il est dans cet état c’est à cause de ce qu’on lui a volé.
Mais passé les constats c’est moins de faire état de tout le préjudice subi par la nation (évaluable et identifiable) du fait de ces « roumouz el vessad » que de trouver une voie permettant à la collectivité nationale de leur demander des comptes.

C’est dans ce sens qu’il convient de réfléchir. Toute solution se devrait de prendre en compte les deux éléments suivants :
- La nécessité de préserver la paix sociale
- La nécessité de restitution des biens de la nation

Aussi le recours aux voies judiciaires serait intéressant mais les concevoir comme accessoires aux fins d’arriver à une solution plus adéquate et plus originale préservant les nécessités mentionnées.

Il pourra s’agir de la mise en place d’une commission spéciale (« commission du patrimoine public ») chargées de recouvrer les biens publics détournées assistée d’un appareil judiciaire, le ministère public auprès d’une juridiction et qui dresserait la liste de tous ceux sur lesquels pèse une présomption de détournement de bien publics.

Mais il va de soi qu’il ne s’agit pas d’une présomption issue d’une conviction ou d’un témoignage individuel ou collectif, mais d’une présomption qui serait établie sur la base d’un comité indépendant (« comité du rapport ») qui aurait recensé le patrimoine de tous ceux qui figureraient sur cette liste. Il dresserait alors un Etat du patrimoine de la personne auquel sera joint l’Etat de ses services (son parcours de fonctionnaires ou d’agent public, ses émoluments ses revenus propres etc.) sur la période définie. Un document final de rapprochement sera alors soumis à la commission sur lequel elle assoira sa décision. Bref, une présomption établie sur des faits et qui emportera l'intime conviction.

Exemple d’une décision à rendre :

- Vue la situation patrimoniale de l’intéressé au moment de sa prise de fonction (attestée par tels documents, tels témoignage, tels faits etc.)
- Vue les investissements réalisés de puis sa prise de fonction (en maisons, véhicule, achats de terrains, de bétail ou de transferts d’argent ou de participation dans le capital de sociétés ou de toute opération d’enrichissement…)
- Vue sa situation patrimoniale actuelle qui est la suivante :…
- Et par application d’un rapport établi par la commission entre le patrimoine actuel et celui qu’il aurait pu se constituer du fait de sa fonction (salaires avantage ou patrimoine parental ou familial ou de tout autre revenu légal,) l’intéressé est invité à restituer à la collectivité les biens indument acquis soit en l’état soit en leur contrevaleur actualisée telle qu’estimée par le comité du rapport.

Les décisions de cette commission auront force de chose jugée et exécutées dans les même formes que les jugements pénaux (pénalités de retard, obstructions à l’exécution etc.)

Enfin, par dérogation aux dispositions du code pénal relatives à la forfaiture notamment (par une modification des textes), la personne qui aurait restitué le patrimoine détourné conformément aux décisions de la commission aura fait amende honorable et ne fera pas l’objet de poursuites. Dans le cas contraire son dossier sera transféré aux tribunaux criminels et sera traités conformément aux dispositions pénales en vigueur relativement aux actes commis (peines de prison, amendes, restitution des biens et déchéance civique).

La procédure exceptionnelle qu’instruirait et exécuterait cette « commission du patrimoine public » aura l’avantage d’offrir une voie de non pénalisation des actes commis en contrepartie de la restitution des biens de la collectivité nationale par ceux qui l’ont extirpé. Elle préservera la paix sociale et l’intérêt national. Ce qui répond bien aux préoccupations actuelles.

En effet, si les « roumouz el vessad » sont essentiellement perçus dans la littérature qui leur est consacrée comme ceux qui ont « volé » des biens publics, il reste cependant qu’ils sont plus que cela. Ils sont l’image même que le citoyen se fait de l’Etat et tant qu’ils restent impunis la crédibilité de l’Etat et sont respect restent sous caution.

Les « Roumouz el vessad » ne sont pas seulement les symboles d’une gabegie ils sont pires que cela : ils représentent un certain Etat dans le conscient d’un peuple qui aujourd’hui a besoin d’effacer cette image pour pouvoir croire en quelque chose. De croire en un Etat moral, en un Etat qui n’est pas bâti sur les crimes d’un passé qu’il fait semblant d’ignorer mais qui n’échappent au plus démuni des charretiers aux tréfonds de sa bidonville.


Pr ELY Mustapha

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Poésie de la douleur.