samedi 24 août 2019

Associer la diaspora mauritanienne au développement du pays : Est-ce possible ?


Depuis le temps que nous avons des députes et autres sénateurs (disparus) qui représentent des mauritaniens à l’étranger alors que jamais un mauritanien à l’étranger ne les a élus pour le représenter, ni même entr’aperçu leur physionomie, ni même discuter d’un quelconque mandat représentatif en son nom…

Depuis que les gouvernements  successifs en Mauritanie ont ignoré les compétences mauritaniennes à l’étranger pour louer et sous-louer pour des milliards,  des experts et autres conseils alors que les administrations, les entreprises, les universités, les centres de recherche, les laboratoires  et les organisations internationales intègrent les compétences de notre diaspora à l’étranger, nous en sommes encore à se demander en 2019… « comment associer la diaspora mauritanienne au développement du pays » !

Sans douter aucunement de la bonne foi et de la volonté du Ministre des affaires étrangères,  de la coopération et, qui s’est vu rattacher  au portefeuille cette mission des mauritaniens de l’extérieur, il est temps de se dire qu’il ne s’agit pas  d’un « slogan » mais d’une véritable mécanique qui se doit d’être mise en place avec ses modalités , ses procédures, ses moyens financiers et sa politique propre définie dans une stratégie supportée par un plan d’action effectif doublé d’indicateurs réels (d’objectifs/résultats), d’efficacité , d’efficience et de performance.

REJETER LES PREJUGES SUR LA DIASPORA

 On ne s’associe pas une compétence mauritanienne de l’étranger que si les modalités de son intervention sont définies et pourtant cela ne demande qu’une volonté de faire. Et pour cela il faut d’abord au-delà de la mise en de la mécanique citée, lever les préjugés et les idées préconçues sur le recours aux compétences mauritaniennes par leur pays.
 
-          Premier préjugé : la compétence mauritanienne de la diaspora vient pour « remplacer » ou prendre la place d’une compétence existante (« le syndrome du fauteuil »)
-          Deuxième préjugé : la compétence mauritanienne à l’étranger est dans une situation d’urgence pour venir travailler en Mauritanie ;  
-          Troisième préjugé :  Les compétences de la diaspora recherchent des postes politiques ou des emplois permanents ou stables ;
-          Quatrième préjugé : les compétences mauritaniennes peuvent être associées à n’importe quelle politique de développement.

Il faut savoir que s’il y a,  il est vrai,  un élan d’une frange de la diaspora mauritanienne qualifiée, travailleuse et bien intégrée à l’étranger pour rejoindre le pays, ce n’est nullement par volonté d’investir l’administration mauritanienne, ses entreprises et ses postes décisionnels (ce qu’elle pourrait brillamment faire et gérer avec la plus grande science du savoir et du savoir-faire acquis dans les pays les plus avancés socialement technologiquement et scientifiquement) , mais c’est qu’elle a  cette attache au pays de naissance au développement duquel elle voudrait contribuer .
C’est autant dire qu’autant le pays a besoin de sa diaspora que celle-ci a besoin de lui.
Maintenant au-delà des déclarations d’intention, qu’est-ce qui pourrait être fait ?
Simplement bien définir ce que contient le mot « associer ». Il comprend plusieurs facettes, malheureusement seule la facette poste permanent est communément perçue au nom des préjugés précités.
 Il faut lever cette vision erronée, nos experts à l’étranger n’auront jamais ni les émoluments, ni les avantages, ni le confort, ni les commodités, ni les moyens, les outils et les infrastructures d’appui à eux et à leurs familles (santé, scolarité, opportunités d’emploi et d’investissement etc..) qu’ils ont à l’étranger s’ils revenaient en Mauritanie ;  ni même l’estime due et la reconnaissance qu’ils ont acquises auprès de leur environnement social et professionnel par un travail de dizaines d’années dans le pays où ils se trouvent.
 Revenus en Mauritanie, ils seront de parfait inconnus que l’on n’appréhendera que difficilement (professionnellement et matériellement) à la mesure de leur importance. Alors ?
Revenir pour quoi faire, si tout cela n’est pas compris, apprécié à sa juste valeur et si les mesures ne sont pas prises pour que « l’association », soit une réussite de coopération, d’assistance et pourquoi pas, à terme, de réintégration.

ASSOCIER : comment ?

Ainsi le processus « associer » se doit d’être compris. Pour faire bénéficier le pays de l’apport de sa diaspora (tant sur le plan technique que celui de l’investissement), un premier type d’association peut se faire efficacement et avec souplesse.  En effet cette association peut se faire par :
Des missions d’experts invitées pour :
-          Renforcer les capacités des ressources humaines du pays (formation académique et professionnelle) dans différents secteurs de développement en Mauritanie.
-          Réaliser un appui technique aux autorités nationales dans les domaines spécialisés et pointus du développement (maitrise des techniques et des technologies, acquisition de savoir et de savoir-faire scientifiques).
-          Assister la définition de stratégies de développement et de plans d’action opérationnels basés sur les connaissances avancées et l’expérience acquise dans d’autres pays
-          Conseiller et assister dans les domaines avancés du développement économique et financier
-          Relayer les expériences et les acquis d’autres pays pour les traduire en réalisation de développement en Mauritanie (sur le plan du développement social et humain)
La diaspora comprend des experts hautement qualifiés ayant longtemps vécu dans des pays industrialisés et qui peuvent servir de relais et d’introduction aisée et facilitée auprès de ces pays pour l’association, le partenariat et l’investissement dans tous les domaines.

NE PAS REINVENTER LA ROUE ET GAGNER DU TEMPS 

Le terme « association » peut donc prendre une multitude de facettes toutes au service du pays et de son développement. Mais ce n’est pas la définition de l’association qui poserait difficulté, ce sont surtout ses moyens de réalisation et les modalités d’exécution. Pour cela, la volonté actuellement exprimée par le gouvernement doit s’accompagner de mesures effectives ; à savoir mettre en action la mécanique que l’on a cité plus haut.
Ce qui rassure c’est que le gouvernement mauritanien n’aura pas à réinventer une approche « d’association de la diaspora au développement », c’est une thématique depuis longtemps débattue dans les sphères intellectuelle et expérimentée sur le terrain par des dizaines de pays, c’est pourquoi nous proposons au gouvernement mauritanien, et tout décideur, pour gagner du temps, de prendre connaissance de l’importante étude téléchargeable sur le lien qui suit :

https://www.migrationpolicy.org › publications › thediasporahandbook_french

Cette étude est intitulée : “comment associer les diasporas au développement : Manuel à l’usage de décideurs et praticiens dans les pays d’origine et d’accueil » (Organisation internationale pour les migrations –OIM et Migration Policy Institute –MPI)
Associer la diaspora mauritanienne au développement du pays, est donc bien possible et souhaitable.
Mais cela reste tout autant qu’une question de conviction, une volonté d’action.

Pr ELY Mustapha

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Poésie de la douleur.